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André Lewin
Ahmed Sékou Touré (1922-1984).
Président de la Guinée de 1958 à 1984.

Paris. L'Harmattan. 2010. Volume II. 263 pages


Chapitre 33. — 5 décembre 1958
Absent de la “Conférence de tous les peuples africains” d'Accra,
Sékou Touré accueille à Conakry les leaders de l'Afrique,
mais aussi leurs opposants


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Sékou Touré a dès l'indépendance adopté envers ses voisins immédiats et les pays proches géographiquement des attitudes différenciées. Avec le Ghana, le Liberia, la Sierra Leone, trois pays anglophones sans attaches antérieures avec la France, il a pris contact dès l'indépendance, il les a rapidement visités, et il est entré avec leurs dirigeants dans une démarche, au minimum de très bon voisinage, parfois unitaire, vis-à-vis du Sénégal et du Soudan français, unis pendant un temps au sein de la Fédération du Mali, il a montré une certaine distance, mais sans hostilité ; après la rupture de la Fédération, il a noué avec l'ancien Soudan français — qui a gardé le nom de Mali — et son président Modibo Keita des relations bien meilleures qu'avec le Sénégal de Senghor. Mais c'est surtout avec la Côte d'Ivoire que les relations se sont immédiatement détériorées, Félix Houphouët-Boigny ayant d'emblée réagi très négativement à l'indépendance de la Guinée et à l'attitude de son ancien protégé Sékou Touré, et n'ayant rien fait, bien au contraire, tant à Paris qu'en Afrique de l'Ouest, pour que les choses s'arrangent.
Parmi les cadres, techniciens ou enseignants africains qui viennent travailler, enseigner ou militer à Conakry dans les premières années de l'indépendance guinéenne, il y a d'ailleurs nombre d'opposants aux régimes en place dans leur pays d'origine ; le travail qu'ils accomplissent en Guinée ne les empêche en général pas d'être actifs au sein de formations politiques interdites chez eux. D'ailleurs, l'article 46 de la constitution guinéenne de 1958 accorde le droit d'asile aux citoyens étrangers poursuivis en raison de leur lutte pour la défense d'une “juste cause” (qui n'est pas autrement définie) ou pour leur activité scientifique et culturelle. Nous allons voir qu'ils seront nombreux à en profiter.
Il s'agit par exemple de militants (ou parfois de dirigeants) du Parti Africain de l'Indépendance (PAI) de Seyni Niang pour le Sénégal [Erratum. Le leader du PAI était Mahjemout Diop. Seyni Niang était un membre de la direction du parti. — T.S. Bah], de l'Union des Populations du Cameroun (UPC) de Félix Moumié pour le Cameroun, du parti Sawaba de Djibo Bakary pour le Niger, du Front Patriotique pour le Progrès (FPP) d'Abel Goumba pour la Centrafrique …

Des exilés de Côte d'Ivoire se regroupent en Guinée : le syndicaliste Yao Ngo Blaise quitte Tunis puis Accra et s'installe en 1960 à Conakry (il est reçu le 23 mars 1960 par Sékou Touré). Camille Adam, animateur du Comité de libération de la Côte d'Ivoire, affirme bénéficier de l'appui moral et de l'assistance matérielle de la Guinée, et quitte lui aussi Accra pour s'installer à Conakry, de manière à ne pas cautionner les visées du Ghana sur des portions de territoire ivoirien. Le 23 octobre 1959, Louis Akin et Bernard Yawo, deux leaders de ce comité, publient une déclaration qui est un véritable appel à l'insurrection contre le gouvernement d'Houphouët-Boigny.
Des éléments du Morena, parti d'opposition marxiste au Gabon à l'époque de Léon Mba, plus tard longtemps opposé à Omar Bongo, trouvent porte ouverte auprès de Sékou Touré, en particulier son fondateur Simon Oyono Aba'a.
Les mouvements de libération sont également bien accueillis en Guinée, qu'il s'agisse du FLN puis du GPRA pour l'Algérie, de l'OLP pour la Palestine, de l'ANC pour l'Afrique du Sud, du FRELIMO pour le Mozambique, du ZAPU et du ZANU pour la Rhodésie du Sud, du PAIGC pour la Guinée-Bissau et le Cap-Vert (dont le leader Amilcar Cabral s'installe à Conakry avec son état-major en juillet 1961 ), du MPLA pour l'Angola (le Mouvement Populaire pour la Libération de l'Angola, dont une importante délégation dirigée par Agostinho Neto visite la Guinée en juillet 1962), de la SWAPO pour la Namibie (ex-Sud-Ouest africain) …
Des personnalités engagées du Tiers monde ou qui se prononcent en faveur du Tiers monde sont également les bienvenues en Guinée, pour de brefs séjours ou même en résidence, tels Franz Fanon, Ben Barka, Nelson Mandela, Laurent Désiré Kabila, Malcolm X, Miriam Makeba (et plus tard son époux Stokeley Carmichael, fondateur du Black Power et des Black Panthers), etc.

[Note. La mention du nom de Frantz Fanon et de Malcolm X sur cette liste reste à confirmer. — Tierno S. Bah]

Mais rien en revanche, en tous cas d'après les informations de l'auteur, n'explique l'absence de Sékou Touré en personne 88 à la première Conférence de tous les peuples africains (“All African Peoples Conference”), organisée à Accra du 8 au 13 décembre 1958 89 par Georges Padmore et Cyril L. R. James à la demande de Nkrumah, qui l'a ouverte officiellement. Il y eût rencontré, souvent pour la première fois, le Zambien Kenneth Kaunda, le Tanzanien Julius Nyerere, Joshua Nkomo, leader de la ZAPU de la Rhodésie du Sud (futur Zimbabwe), le Kenyan Tom Mboya, l'Angolais Roberto Holden, le Congolais Patrice Lumumba, le Camerounais Félix Moumié, ainsi que Frantz Fanon 90 (accompagné d'une délégation algérienne qui comprend Ahmed Boumendjel et Chawki Mostefai). La conférence elle-même réunissait les représentants des huit pays indépendants d'Afrique, à l'exception de l'Afrique du Sud : Éthiopie, Ghana, Guinée, Liberia, Libye, Maroc, République arabe unie d'Égypte et Tunisie, ainsi que des délégués venus de 28 territoires encore sous statut colonial. Au total, il y avait plus de 300 participants, représentant plus de 200 millions d'Africains. C'est Tom Mboya qui fut élu président de la conférence.
Les rencontres africaines et internationales se multiplient elles aussi à Conakry. Du 15 au 18 janvier 1959, nous l'avons vu, le congrès constitutif de l'UGTAN se tient dans la capitale guinéenne et nomme Sékou Touré à sa présidence (geste assez inhabituel, puisqu'il vient d'être élu chef d'État par l'Assemblée nationale).

[Erratum. Sékou Touré venait d'être seulement DÉSIGNÉ chef d'état par l'Assemblée nationale. Il ne sera élu au suffrage universel qu'en janvier 1961. — Tierno S. Bah]

A partir du 15 avril 1959, une autre conférence des peuples africains se tient à Conakry, et Sékou Touré prononce devant son comité directeur un vibrant plaidoyer pour la liberté et l'unité du continent africain. C'est au cours de cette réunion que Sékou Touré rencontre Patrice Lumumba pour la première fois, et que naît entre eux une relation amicale et confiante. En dehors de sa participation à de multiples réunions et de ses voyages dans les pays voisins, Sékou Touré visite progressivement des pays africains plus éloignés des frontières de la Guinée, et s'intéresse à des problèmes plus lointains, la poursuite de la guerre en Algérie, l'indépendance du Congo ex-belge à partir de juillet 1960, la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud, la constitution en Rhodésie du Sud d'un gouvernement minoritaire blanc dirigé par Ian Smith en décembre 1965 (ce régime durera quinze ans, avant que ne naisse en 1980 le Zimbabwe), les luttes de libération menées notamment dans les colonies portugaises ou en Namibie…
Du 1er au 4 décembre 1959, Sékou Touré est en visite au Maroc, où il a des entretiens avec le roi Mohamed V, ainsi qu'avec des leaders politiques et syndicaux. Lors d'une conférence de presse tenue le 4, il se prononce pour un nouveau Bandoeng et explique que le problème n'est pas tellement celui de la décolonisation, mais de savoir qui sera pour et l'aidera, et qui sera contre et s'y opposera. Interrogé sur la compatibilité entre le marxisme et l'Islam, il s'affirme musulman, mais dit qu'il ne voit pas pourquoi il ne tirerait pas du marxisme les recettes qui pourraient aider au développement de la Guinée.
Les relations avec le Maroc seront excellentes tant sous le roi Mohamed V que sous Hassan II 91. Sékou Touré fera très fréquemment escale à Rabat, aura de multiples entretiens avec les responsables marocains, soutiendra régulièrement les positions marocaines (à la seule exception de l'indépendance de la Mauritanie en 1960-61 ), en particulier dans le conflit frontalier avec l'Algérie, dans le problème du Sahara occidental, dans le rôle du comité Al-Qods sur Jérusalem. Pourtant, l'un des opposants les plus en vue, Mehdi Ben Barka, séjourne souvent en Guinée, et occupe des fonctions importantes lors de plusieurs conférences tiers-mondistes tenues à Conakry.
L'ambassadeur du Maroc proteste régulièrement, mais cela ne va en général pas plus loin. Mehdi Ben Barka est nommé membre du Comité directeur de l'Organisation de solidarité afro-asiatique en avril 1960 à Conakry. Peu après, cette organisation met sur pied un Fonds de solidarité dont Ben Barka devient membre du Comité exécutif, puis, en février 1963, vice-président. Ce Fonds, alimenté par des capitaux versés par divers pays, mais essentiellement par les Soviétiques et les Chinois, sert à financer des mouvements insurrectionnels dans le Tiers monde. Présidé par Ismaël Touré, il a comme autres vice-présidents le Soviétique Gafourov, directeur de l'Institut des Études Orientales de l'Académie soviétique des Sciences, et le Chinois Chou Tsou Tchi.
Pour son dernier séjour à Conakry, Mehdi Ben Barka arrive à Conakry le 28 octobre 1963. Il est installé à l'Hôtel de France (actuel Novotel-Hôtel de l'Indépendance). Ismaël Touré devait aller le chercher à l'aéroport, mais le rate. Ben Barka assiste comme vice-président du bureau de la session au comité du Fonds de solidarité. Le 1er novembre, il assiste à la réception donnée par Sékou Touré en l'honneur de Moktar Ould Daddah, ainsi qu'au défilé qui donne lieu à l'incident franco-guinéen relaté par ailleurs. L'ambassadeur du Maroc El Khatib proteste parce que le communiqué du comité mentionne que “tous les pays membres” étaient représentés, or le Maroc n'y était pas. L'ambassade d'Algérie marque une certaine distance vis-à-vis de Ben Barka. Ben Barka vient d'être condamné à mort par contumace au Maroc, pour des déclarations violemment hostiles au régime marocain faites à Beyrouth quelques jours plus tôt, le 16 octobre, à propos du conflit armé entre le Maroc et l'Algérie sur le tracé des frontières entre les deux pays — mais il avait déjà été condamné à mort antérieurement pour l'affaire “du complot de juillet 1963”. Il repart pour Dakar le 2 novembre. Il ne retournera plus à Conakry avant son arrestation et sa disparition à Paris exactement deux années plus tard, fin octobre 1965, bien que ses derniers mois aient été essentiellement consacrés à la préparation de la Conférence Tricontinentale qui se tiendra à La Havane en janvier 1966 ; Ben Barka en a été, jusqu'à sa disparition, le président du Comité préparatoire. Il faut savoir que le projet de film élaboré par le journaliste Philippe Bernier et le cinéaste Georges Franju — et dont le commentaire a été confié à Marguerite Duras — sur les révolutions et la lutte des peuples colonisés dans le monde (film nommé “Basta”, dont un nouveau synopsis et une somme d'argent destinée à rémunérer ses services en tant que conseiller politique du film, devaient être remis à Ben Barka lors du fatal rendez-vous parisien du 29 octobre 1965) faisait une bonne place à Sékou Touré et à la révolution guinéenne.
Pour ce qui est de l'Algérie, en dépit de fortes pressions de Paris, Sékou Touré reconnaîtra le GPRA de facto le 9 juillet 1959, et officiellement le 9 août 1959. En mars 1960, le FLN algérien ouvre à Conakry un bureau d'information confié à Omar Oussedik, qui sera rapidement nommé ambassadeur du GPRA en Guinée (il le sera déjà au moment de la visite de Patrice Lumumba en été 1960). Ben Khedda, président du GPRA depuis août 1961, se rend visite à Conakry en mai 1962, deux mois après les accords d'Évian et deux mois avant l'indépendance de l'Algérie 92. Quelques mois plus tard, Sékou Touré tiendra à être présent à New York lorsque l'Algérie sera en octobre admise à l'ONU. Ses relations personnelles avec le président algérien Ben Bella seront excellentes, ils se verront à plusieurs reprises lors de la session de l'Assemblée générale des Nations Unies, et Ben Bella sera l'un des tout premiers à être reçu dans la nouvelle résidence de Guinée à Riverdale, dans la banlieue de New York ; en revanche, Sékou Touré ne se joindra pas au leader algérien pour aller avec lui à Cuba à l'invitation de Fidel Castro.
Du 20 au 24 février 1964, Ben Bella est l'hôte de Sékou Touré en Guinée. Ensemble, accompagnés par la veuve de Patrice Lumumba, ils visitent Kindia, Kissidougou, Macenta, Nzérékoré et Kankan ; dans cette dernière ville, ils assistent à l'ouverture du 3ème Congrès de la JRDA. L'ambassadeur du Maroc en Guinée est revenu à Conakry afin de rencontrer Ben Bella (il avait quitté la capitale guinéenne depuis quelque temps pour protester contre le soutien donné par la Guinée à l'Algérie dans le conflit frontalier entre Rabat et Alger). Un mois plus tard, du 18 au 24 mars 1964, c'est Sékou Touré qui séjourne en Algérie, comme hôte de Ben Bella. Les deux hommes se reverront une dernière fois les 14 et 15 mars 1965, lorsque avec Nkrumah et Modibo Keita, ils se retrouvent en réunion secrète à Bamako, afin de parler des suites à donner à la création de l'OCAM. Le 19 juin 1965, c'est le coup d'État contre Ben Bella, renversé par le ministre de la défense le colonel Boumediène, qui s'installe au pouvoir à la tête d'un Comité révolutionnaire. Dès le lendemain 20 juin, le Bureau politique national du PDG exprime sa “profonde consternation”

Le 21 juin, Sékou Touré envoie Keita Fodéba à Alger (via Paris) pour demander à Boumediène d'épargner la vie de Ben Bella, qui a été arrêté et emmené vers une destination inconnue.

[Rappel. Sékou Touré, lui-aussi, sourd aux supplications du père de ce dernier, n'épargnera pas la vie de Fodéba. Il le fera fusiller le 26 mars 1969. — T.S. Bah]

Dans une allocution radiodiffusée le 27 juin, Sékou Touré loue vivement Ben Bella et demande au Conseil Révolutionnaire de prouver qu'en Algérie, un homme ne peut être assassiné comme Lumumba l'a été 93.
Le 4 juillet, un nouveau gouvernement est formé à Alger, rapidement reconnu par certains pays (Chine, Indonésie, Syrie), mais beaucoup d'autres sont réticents et hésitent. Une délégation algérienne composée de Belkacem Benyahia, ancien ambassadeur d'Algérie en Guinée, d'Oumar Oussedik, ancien représentant en Guinée du GPRA et de Mhamed Yala, ancien moudjahid et ministre de l'intérieur, arrive mi-juillet à Conakry ; elle est reçue par Sékou Touré, mais n'obtient pas la reconnaissance de la Guinée. Moins d'un mois après, du 11 au 13 août, c'est le ministre des affaires étrangères Abdelaziz Bouteflika qui vient à Conakry à son tour ; il connaît Sékou Touré, car il était déjà venu à Conakry en mai 1963 en tant que ministre de la jeunesse et des sports ; mais il n'obtient pas non plus que Sékou Touré reconnaisse le fait accompli. Première délégation ministérielle à se rendre en Algérie après le coup, c'est Nfamara Keita qui la dirige en avril 1966. Quelques mois plus tard, le 6 juillet, Sékou Touré écrit pour la première fois à Boumediène : il le félicite d'avoir refusé de faire participer l'Algérie à la Francophonie, que Hamani Diori était venu lui présenter de la part des présidents Senghor et Bourguiba.
Le 12 juin 1969, Abdelaziz Bouteflika revient en Guinée. Un mois plus tard, en juillet-août 1969, c'est au Festival culturel panafricain d'Alger que la Guinée envoie 400 participants, après avoir refusé de participer au Festival des arts nègres à Dakar. Pourtant, l'année précédente, en 1968, la Guinée avait transféré vers le Maroc tous les étudiants guinéens qui se trouvaient en Algérie.
Il faudra attendre le 31 mai 1972 pour que le président Boumediène lui-même soit reçu en visite officielle à Conakry. L'ambassadeur d'Algérie Zitouni Messaoudi, qui sera longtemps doyen du corps diplomatique, est l'un des ambassadeurs les plus populaires et les plus influents ; mais il partira en 1976, plein d'amertume après l'arrestation de son ami Diallo Telli, et l'Algérie ne sera pendant de longs mois représentée à Conakry que par un chargé d'affaires. C'est de nouveau une période de tension entre les deux pays, d'autant que Sékou Touré prend de plus en plus ouvertement position en faveur de la thèse marocaine sur le Sahara occidental, et qu'il sera, comme nous le verrons, l'un des chefs de file de l'hostilité à l'admission de la RASD (République arabe Sahraouie Démocratique) à l'OUA, alors que l'Algérie a reconnu la RASD dès le 6 mars 1976, entraînant la rupture des relations de Rabat et de Nouakchott avec Alger.
Incident caractéristique et symbolique : début décembre 1976, l'équipe guinéenne du Hafia Football Club de Conakry bat l'équipe nationale algérienne (par 3 buts à zéro), ce qui lui donne la possibilité de gagner la coupe Nkwame Nkrumah ; mais le 19 décembre 1976, le Hafia se fait battre à Alger (par 3 à 0), ce qui permet à l'Algérie de remporter la coupe convoitée. De plus, le match est jugé brutal, l'arbitrage est mis en cause, les supporters algériens se conduisent mal avec les joueurs guinéens, l'atmosphère est détestable. Sékou Touré accueille les joueurs guinéens dans une grande mauvaise humeur, et démet de ses fonctions le ministre de la jeunesse, des sports et de la culture Toumani Sangaré.

[Note. L'affaire prit une plus grande ampleur en tournant à la complotite. Les joeurs et les entraîneurs du Hafia furent séquestrés dans les bureaux du stade du 28 septembre et reçurent l'ordre de “déposer” par écrit leur explication de la défaite de l'équipe. Publiées dans l'hebdomadaire Horoya, les sportifs terminaient par des supplications et des serments de fidélité au Responsable Suprême de la Révolution. — T.S. Bah]

Les 29 et 30 avril 1978, Abdelaziz Bouteflika se rend de nouveau à Conakry. L'affaire du Sahara occidental tend de plus en plus les relations entre les deux pays, d'autant plus que Sékou Touré recommencera à participer cette année-là aux Sommets de l'OUA, où se joue une partie décisive, celle de l'admission — ou non — de la RASD comme État-membre. Sékou Touré est totalement engagé dans la défense de la position marocaine, mais essaiera — sans y parvenir réellement — d'éviter une crise majeure pour l'OUA, en jouant les médiateurs.
Avec la Tunisie avec une succession de hauts et de bas, les relations sont nettement moins différenciées, qu'avec l'Algérie et bien moins intenses qu'avec le Maroc. En novembre 1958, une mission tunisienne de bonne volonté conduite par l'ancien ambassadeur de Tunisie en France Masmoudi se rend en Guinée. Fin 1959, au terme de son premier grand voyage international, Sékou Touré annule l'étape qui devait le conduire en Tunisie. Au cours de la crise congolaise, en été 1960, le président Habib Bourguiba réagit très négativement à l'idée de Sékou Touré de mettre des troupes africaines directement à la disposition du gouvernement Lumumba et de sortir du cadre onusien. L'année suivante, Bourguiba est agacé par l'activisme de Sékou Touré au moment de la conférence de Casablanca.
En juillet 1962, Bourguiba visite la Guinée, déclare qu'il a beaucoup d'admiration pour Sékou Touré, avec lequel il dit avoir beaucoup de points communs, et dont il loue les tentatives de rapprochement avec Paris au terme de la guerre d'Algérie 94 ; mais il déteste Nkrumah autant que Nasser. En novembre 1962, Tahar Belkhodja, ambassadeur de Tunisie, présente ses lettres de créance. Bourguiba a invité Sékou Touré à venir en Tunisie en automne, et ce voyage, une première fois reporté, aura lieu en mars 1964, au retour d'une tournée européenne ; Sékou Touré ira notamment se recueillir au cimetière des Martyrs de Bizerte. Cependant l'année suivante, en novembre 1965, Bourguiba, qui vient d'être fait Docteur Honoris Causa de l'Université de Dakar, lance aux côtés de Senghor le projet de Francophonie, auquel Sékou Touré est vivement opposé. Du coup, Bourguiba renonce à son projet de déplacement en Guinée, alors qu'il visite plusieurs des pays voisins. C'est seulement en mars 1974 que Sékou Touré se rendra de nouveau en Tunisie, puis en janvier 1978, et encore à deux reprises, en janvier 1979 et en juillet 1983.
Toujours dans le nord du continent, Sékou Touré noue d'excellentes relations avec Moktar Ould Daddah, président de la Mauritanie. Dès le 28 novembre 1960, il le félicite pour l'indépendance de la Mauritanie, l'un des très rares dossiers où il se dissocie de la position de Rabat, qui bataille à l'ONU contre l'admission de ce pays, sur lequel il a émis des prétentions territoriales. Du 27 octobre au 3 novembre 1963, le président Moktar Ould Daddah et son épouse sont en visite en Guinée ; accompagnés de Sékou Touré, ils se rendent à Kankan, Nzérékoré, Kissidougou, Labé et Kindia.

C'est en leur présence qu'a lieu le défilé militaire du 1er novembre qui provoque un incident avec la France 95. Le président mauritanien fait plusieurs fois escale à Conakry, et y séjourne plus longuement en 1969, en 1971 et en 1975. Il vient y assister en 1972 aux funérailles de Nkrumah. Et il rencontre régulièrement Sékou Touré aux réunions des institutions qui s'occupent de la mise en valeur du fleuve Sénégal, aux côtés des présidents Senghor du Sénégal et Moussa Traoré du Mali, notamment lors du Sommet de Labé, qui voit en 1968 la naissance de l'Organisation des États riverains du Sénégal (OERS). Et Sékou Touré réagit fort mal au coup d'État militaire qui met fin à la présidence de Moktar Ould Daddah en 1978. Il n'aura guère de relations avec ses successeurs, mais coopérera avec les délégations mauritaniennes sur divers dossiers au sein de l'OUA.
Pour ce qui est de la Libye, Sékou Touré n'aura guère de relations avec ce pays avant que Khadafi y accède au pouvoir, en 1969. Mais à partir de là, les relations se développent régulièrement, en particulier parce que Tripoli a nommé à Conakry un remarquable ambassadeur, Mohamed Houdeiri, d'ailleurs apparenté au Guide (par son épouse). La Libye met en oeuvre dans les années 70 de multiples projets en Guinée, dans le domaine des conserveries et des jus de fruits, par exemple, ou encore en finançant l'installation de la télévision, qui commencera ses émissions en noir et blanc. Khadafi visite la Guinée du 21 au 24 novembre 1974, ce qui lui permettra d'être cette année-là l'hôte d'honneur des manifestations du 22 novembre ; les deux pays signent à cette occasion un traité de défense mutuelle.
Sékou Touré se rend en Libye du 17 au 23 avril 1978 (le pays a pris entre-temps le nom de Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste), puis de nouveau en décembre, et en juillet 1979. C'est au cours de ce dernier voyage qu'il annonce qu'à son retour à Conakry, il libérera tous les prisonniers politiques restants, parmi lesquels Mgr Tchidimbo.
Avec l'Égypte, les relations se situent au début dans le cadre du groupe de Casablanca, puis dans celui du mouvement des non-alignés, et enfin, dans celui de la préparation de la conférence constitutive de l'OUA. A ce titre, Sékou Touré se rend à plusieurs reprises au Caire. De plus, il est vite personnellement proche de Nasser ; ainsi le 10 août 1965, il est l'un des invités d'honneur lors du mariage de Hoda, la fille du président égyptien, et il est assis à la droite de Nasser lors du déjeuner qui a lieu au domicile de Nasser à Manshiet El-Bakry 96. Du 1er au 5 novembre 1965, le président Nasser est à son tour l'hôte de Sékou Touré, avec lequel il visite Kissidougou, Nzérékoré, Kankan et Labé. Après la mort du Rais (qui disparaît en 1970, le 28 septembre, date historique en Guinée), Sékou Touré entretient de bons rapports avec Sadate. En mars 1977, il participe au Sommet arabo-africain du Caire. Quelques mois plus tard, en novembre 1977, c'est le spectaculaire voyage de Sadate à Jérusalem ; puis en septembre 1978, ce sont les accords de Camp David et en mars 1979 l'accord de paix entre Israël et l'Égypte. Sékou Touré refusera toujours de condamner la démarche de Sadate (“il a fait ce qu'il estimait utile à son pays, positif pour sa région et constructif pour la paix”, a-t-il dit un jour à l'auteur), et il fera tout son possible pour que l'Égypte, qui en avait été exclue en 1979, puisse être réintégrée comme membre de l'Organisation de la Conférence Islamique (OCI), ce qui sera fait en janvier 1984, lors du 4ème Sommet de l'OCI à Casablanca, le dernier auquel Sékou Touré ait assisté. Quittons maintenant les pays du Maghreb et du Nord du continent africain pour examiner les relations de la Guinée avec quelques uns des pays de l'Afrique sub-saharienne 97.
Les 2 et 3 juillet 1960, Sékou Touré se rend à Lomé où il a des entretiens avec le président Sylvanus Olympio 98. Deux ans plus tard, en octobre 1962, il l'invite à Conakry pour les célébrations du 4ème anniversaire de l'indépendance (Olympio s'y trouvera en même que l'abbé Fulbert Youlou, du Congo-Brazzaville ; tous deux seront renversés quelques mois plus tard). En janvier 1963 a lieu à Lomé le coup d'État qui verra l'assassinat de Sylvanus Olympio, premier coup d'État — sanglant — qui a lieu en Afrique de l'Ouest, et premier d'une longue série. En novembre 1963, Sékou Touré dira à ce propos : “Je connaissais bien l'ex-président dont le régime était fait de paternalisme et de dictature, régime à la tête duquel se trouvaient quelques poignées de notables plutôt gourmands.” Selon lui, il en avait fait part à l'ex-président lors de sa récente visite, et celui-ci lui avait promis de modifier toute l'orientation de sa politique ; il entreprenait cette transformation lorsque survint l'assassinat “décidé par les impérialistes opposés à la cause de sa séparation de l'Ouest et de l'Europe en général”.
Ceci dit, Sékou Touré précise qu'il connaît le successeur, Nicolas Grunitzky, de longue date ; ce dernier viendra à Conakry en décembre 1964 (mais, manque de chance … ou de coordination, Sékou Touré vient de partir pour la Mauritanie). Sékou Touré a reconnu son gouvernement après maintes discussions et hésitations, et après des entretiens avec d'autres leaders africains. Il recommande aux opposants togolais de rejoindre le Togo après le rétablissement de la légalité et la formation du nouveau gouvernement. Plus tard, il rencontrera régulièrement Gnassingbe Eyadéma, qui accède au pouvoir en 1967. En mars 1976, celui-ci se rend à deux reprises à Conakry, pour y négocier — positivement — avec le président du Bénin, Matthieu Kerekou et sous l'égide de Sékou Touré, la réouverture de leur frontière commune, la normalisation de leurs relations et l'interdiction des activités hostiles à l'autre régime. De son côté, Sékou Touré se rend à Lomé en janvier 1981 (pour le 14ème anniversaire de l'accession au pouvoir d'Éyadéma et pour une réunion spéciale de l'OUA sur le Tchad), puis en février et en septembre 1982. Le président togolais s'était entremis en mars 1978 pour la réconciliation de Monrovia entre Sékou Touré, Houphouët-Boigny et Senghor. Le président Hubert Maga, du Dahomey (futur Bénin), fait escale à Conakry en novembre 1960 (il est en route pour l'ONU en même temps qu'Houphouët-Boigny). Le 1er mai 1961, c'est son successeur Apithy qui préside aux côtés de Sékou Touré à la Fête du Travail à Conakry. Sourou Migan Apithy se rend de nouveau à Conakry en mars 1964, et assiste en mai 1972 aux funérailles de Nkrumah. Mais quelques mois après, c'est Matthieu Kérékou qui prend le pouvoir (il le gardera jusqu'en 1991, et redeviendra président en 1996). Bien que plus proche de lui que de ses prédécesseurs en raison de son orientation nettement plus progressiste, Sékou Touré n'a jamais semblé à l'auteur avoir une sympathie particulière pour son nouveau collègue béninois. Peu après leur première rencontre en 1975, Sékou Touré soupçonne Kerekou d'avoir fait assassiner son ministre de l'intérieur, Michel Aikpé, qu'il accusait d'adultère avec la Première dame (madame Kerekou avait accompagné son époux en Guinée et y avait été appréciée). Pourtant, lorsque le 16 janvier 1977, des groupes de mercenaires français, marocains, guinéens et autres, tentent — sans réussir — un coup de force sur l'aéroport de Cotonou, Sékou Touré est l'un des premiers à réagir, lance un appel aux chefs d'État africains et à l'OUA et envoie un contingent militaire à Cotonou, cependant que la Guinée fait partie de la commission d'enquête désignée par le Bénin puis par l'OUA. Sékou affirmera un peu plus tard que ces mercenaires ont été recrutés et entraînés au Sénégal et en Côte d'Ivoire. Quelques mois plus tard, en juin 1977, c'est un Matthieu Kerekou reconnaissant qui rend visite à Sékou Touré, lequel séjourne à son tour au Bénin en janvier 1979. Le leader guinéen n'a pas spécialement de sympathie pour les positions du président du Niger Hamani Diori, auquel s'oppose depuis des années son ami Djibo Bakary, l'un des responsables politiques africains qui étaient comme lui-même favorables au “non” lors du référendum de 1958. Djibo Bakary est toujours bien accueilli à Conakry, où il réside fréquemment et où il continue à militer. Ainsi, en octobre 1961, l'opposant tient une conférence de presse à Conakry, où il se montre particulièrement sévère pour Diori, qui vient de prendre (avec l'aide de la France et de son ambassadeur à Niamey, Don Jean Colombani), des mesures drastiques contre le parti Sawaba 99.
Son amitié pour Djibo Bakary et le soutien qu'il accorde à son action n'empêchent pas Sékou Touré d'accueillir le président nigérien Hamani Diori à Conakry, où il séjourne en avril 1961 , en même temps que le président Maurice Yaméogo de la Haute-Volta (futur Burkina Faso) ; Diori est de nouveau présent à Conakry du 3 au 7 juin 1962, et au terme de ses conversations avec Sékou Touré, il fait savoir à Paris qu'il souhaiterait rencontrer prochainement le général de Gaulle pour travailler à une réconciliation entre Paris et Conakry ; mais l'Élysée ne répond pas à cette suggestion.
En mars 1964, Hamani Diori est encore une fois reçu par Sékou Touré, en compagnie cette fois-ci de Philippe Yacé, président de l'Assemblée nationale de la Côte-d'Ivoire. Il s'agit de préparer une rencontre d'anciens leaders du RDA ; celle-ci a lieu à Bouaké (Côte d'Ivoire) le 9 avril 1964, et réunit Houphouët-Boigny, Sékou Touré, Hamani Diori, Modibo Keita et Maurice Yaméogo ; c'est la première fois que ces anciens collègues du RDA se retrouvent tous ensemble depuis 1958. Le successeur de Diori, qu'il a renversé en 1974, Seyni Kountché est accueilli en Guinée du 4 au 8 mai 1983.
Bien qu'il ait reçu à Conakry, en juin 1961 , le président camerounais Ahidjo, et que le 13 septembre 1963, la Guinée et le Cameroun aient décidé d'établir des relations diplomatiques au niveau des ambassadeurs, Sékou Touré a toujours manifesté plus de sympathies pour l'Union des Populations du Cameroun (UPC), mouvement interdit et dissous par le gouvernement français en 1955, mais qui a continué la lutte aimée et idéologique dans la brousse 100. Après la mort en septembre 1958 d'Um Nyobé, tué au cours de combats avec les troupes coloniales, c'est le docteur Félix Roland Moumié qui prend la tête de l'UPC en exil. Installé au Caire depuis 1955, il vient s'établir à Conakry début 1959. Sékou Touré lui demande de l'accompagner (notamment comme interprète) lors d'un longue visite de Nkrumah en avril-mai 1959. De son côté, l'écrivain camerounais Mongo Béti vient en Guinée en 1959 pour la revue Preuves et y publie un article 101.
Félix Moumié quitte Conakry pour aller s'installer à Accra en juin 1960, mais il reste titulaire d'un passeport diplomatique en tant que membre de la représentation guinéenne au Ghana. Et surtout, dès le mois de mai, Sékou Touré l'a chargé de diriger à Léopoldville (future Kinshasa) la mission guinéenne qui deviendra ambassade peu après l'indépendance du Congo-Léopoldville, proclamée le 1er juillet 1960. Il y restera jusqu'en octobre 1960, date à laquelle il partira sur l'ordre du président Kasavubu, qui lui fait signifier son expulsion le 14 octobre ; il se rendra de Léopoldville à Genève, d'où il voulait regagner Conakry, mais il sera empoisonné par des membres des services secrets français et décédera rapidement, comme il est relaté en annexe. Le président Ahidjo visite de nouveau la Guinée du 25 au 28 mai 1972. Et en mars 1980 puis en février 1981 , Sékou Touré se rend au Cameroun.
Au printemps 1962, Sékou Touré reçoit (à un deuxième passage à Conakry, car il y a eu semble-t-il un malentendu protocolaire lors de la première visite) le leader de l'ANC Nelson Mandela, accompagné d'Oliver Tambo. Mais le futur prisonnier politique puis président de l'Afrique du Sud conserve un souvenir mitigé de son séjour à Conakry et de son entretien avec le président Sékou Touré 102. Ce qui n'empêche d'ailleurs pas le 29 octobre 2004, le président sud africain Thabo Mbeki de décerner à titre posthume à Sékou Touré (en même temps qu'à Nasser) la médaille d'or de l'ordre des compagnons d'Oliver Tambo (distinction reçue à Pretoria par madame Andrée).
Le 6 août 1963, Sékou Touré annonce la rupture des relations diplomatiques de la Guinée avec le Portugal 103 et avec l'Afrique du Sud, en application des résolutions d'Addis Abeba. Le 12 novembre 1965, il déclare que tous les pays d'Afrique devraient se considérer comme en état de guerre avec la Rhodésie, et qu'un contingent guinéen était prêt à aller se battre contre le régime illégal 104. Suite à une réunion spéciale ministérielle sur la Rhodésie tenue à Addis Abeba le 5 décembre 1965, la Guinée (de même que huit autres pays africains) rompt ses relations avec la Grande Bretagne. Elles seront rétablies le 20 février 1968, bien que le problème de la Rhodésie du Sud ne soit finalement réglé, par les accords de Lancaster House et la naissance du Zimbabwe, qu'en 1980. Entre-temps, le 4 avril 1967, Nasser a convoqué un mini-sommet au Caire de tous les pays qui ont rompu leurs relations avec la Grande-Bretagne, pour mettre en cause celle-ci à cause de sa politique vis-à-vis de la Rhodésie. Sékou ne souhaite pas y aller en raison de la situation créée “par des forces colonialistes et antirévolutionnaires” ; et il se fera représenter par Léon Maka.
En février 1967, Sékou proteste contre la tentative de coup d'État menée en Sierra Leone contre le Premier ministre Albert Margai, et masse des troupes à la frontière et aux points stratégiques. Le 14 septembre 70, Siaka Stevens, le nouveau Premier ministre, décrète l'état d'urgence ; le 23 mars 1971, il y a une tentative de coup contre lui ; le 24 mars, Sékou Touré déclare que la Guinée se tient en “solidarité sans réserve” ; le 26 mars, un accord de défense est signé (il est en fait en préparation depuis plusieurs années, comme avec le Liberia); il prévoit que 2.000 hommes peuvent être envoyés si nécessaire. Le 28 mars, Stevens annonce qu'il a demandé l'envoi de troupes guinéennes à Freetown et que les forces armées sierraleonaiseset guinéennes “ne forment qu'un”. Un commando est aéroporté vers la capitale sierra-léonaise et prend position autour de la résidence privée du Premier Ministre; trois MIGS, un hélicoptère et d'autres troupes suivent 105. Stevens se rend à Conakry le 17 mars puis le 26. Le brigadier Bangura, l'un des leaders du coup, est arrêté. L'assemblée nationale se réunit le 31, gardée par des soldats sierra-leonais et guinéens. L'opposition (Salia Jusu-Sheriff) demande le départ des Guinéens ; Stevens met en cause les États Unis et justifie la présence des troupes guinéennes. Selon le ministre sierra-leonais de l'information Daramy, il y aurait sur place seulement 200 soldats guinéens et ils resteraient plusieurs mois si nécessaire. En tous cas, la République est proclamée le 19 avril 1971, et le Premier ministre devient président et chef de l'État. Jusque-là, c'était encore en principe la Reine d'Angleterre).
Le 26 décembre 1972, la Guinée établit des relations diplomatiques avec Madagascar. Curieusement, il aura fallu pour cela attendre le départ du pouvoir du président Philibert Tsiranana, que Sékou Touré connaissait pourtant fort bien.
Le 31 mars 1973, Sékou offre au président libérien Tolbert (qui a succédé en juillet 1971 à Tubman) un soutien contre toute tentative pour le renverser. Le 28 mars, il y avait eu une tentative de soulèvement à Monrovia, et le vice-ministre de la défense, ainsi que plusieurs officiers, avaient été arrêtés. C'est finalement en 1979 que cette offre jouera effectivement. Des émeutes éclatent en avril 1979 à Monrovia à la suite d'une décision gouvernementale d'augmenter sensiblement le prix du riz ; on dénombre quarante morts ; le couvre-feu est imposé à Monrovia. Tolbert attribue les troubles à l'action d'un parti d'opposition, le Progressive Alliance of Liberia (PAL). Le 17, devant les chambres réunies, Tolbert explique que Félix Houphouët-Boigny, Gnassingbé Éyadéma et Sékou Touré lui ont proposé leur aide, et qu'il avait décidé d'accepter celle de la Guinée ; cent militaires guinéens étaient en position aux côtés des soldats libériens dans la capitale. Un traité de non-agression et de défense mutuelle avait été signé le 23 janvier 1979 lors d'une visite de Sékou Touré au Liberia. Tolbert est néanmoins renversé et tué le 12 avril 1980 ; un conseil de rédemption populaire est constitué, dirigé par le sergent-chef Samuel Doe, issu d'une ethnie qui s'est à plusieurs reprises prononcée contre la monopolisation du pouvoir par les Libériens descendants des esclaves libérés et revenus d'Amérique. A la suite d'accusations de corruption, treize ministres sont condamnés et exécutés en public le 22 avril, parmi lesquels John Sherman, le ministre du commerce, de l'industrie et des transports, qui fut de longues années ambassadeur du Liberia à Conakry et que Sékou appréciait fort. Khadafi est le premier à reconnaître le nouveau régime, puis l'Éthiopien Mengistu le 21 mai. Le 23 mai, Samuel Doe se rend en “visite officielle” à Conakry, où il a des entretiens avec Sékou Touré. Le 28 mai, ils se rendent ensemble (dans l'avion de commandement de Sékou Touré) à Lomé pour un Sommet de la CEDEAO, mais Doe ne réussit pas à se faire admettre dans la réunion. Le 14 juin, les troupes libériennes pénètrent dans l'ambassade de France et capturent le fils de Tolbert qui y a trouvé asile. Théoriquement, le Libéria est toujours président en exercice de l'OUA. Mais lors de la réunion du Sommet extraordinaire de Lagos, peu après, les pays membres, Nigeria en tête, refusent que Doe préside la réunion et confient cette charge à Senghor.

Notes
88. Une explication pourrait être que le Conseil de sécurité statue le 9 décembre et l'Assemblée générale le 1er décembre, sur l'admission de la Guinée à l'ONU, et qu'il n'a pas voulu quitter son bureau a Conakry à cette période cruciale. Madame Andrée Touré, son épouse, en revanche, s'est rendue à Accra en même temps qu'une délégation composée de plusieurs ministres et dirigée par Abdoulaye Diallo, ministre résident de Guinée au Ghana, qui après la disparition de Padmore en 1959 deviendra secrétaire général du secrétariat permanent de ces Conférences, installé à Accra. Autre explication : la tenue à Conakry, en avril 1959, d'une Conférence des peuples africains, qui ne s'inscrit pas dans le même cadre que la All-African People's Conference d'Accra : la seconde édition de celle-ci aura lieu à Tunis (25-30 janvier 1960) et la troisième au Caire (25-31 mars 1961 ). Il n'a pas été possible à l'auteur de déterminer si Sékou Touré y a assisté.
89. La conférence avait été précédée, du 5 au 8 décembre, par une réunion au niveau ministériel.
90. Le Portrait de Frantz Fanon d'Alice Cherki (Paris, Seuil, 2000) affirme en page 204 — à tort, selon l'auteur — que Frantz Fanon et Sékou Touré se seraient rencontrés pour la première fois lors de cette conférence.
91. Elles le resteront après la disparition de Sékou Touré, puisque dès leur libération en 1985, sa veuve et d'autres membres de sa famille seront accueillis à Rabat par les soins d'Hassan II. Aminata y est encore actuellement basée.
92. Voir aussi le chapitre 51 sur les accords d'Evian.
93. Ben Bella sera libéré le 4 juillet 1979, mais assigné à résidence. Il sera complètement libre le 30 octobre 1980. Boumediène était mort en décembre 1978.
94. Ce qui contredit ce qu'il a dit le 8 octobre 1958 à Georges Gorse, ambassadeur de France en Tunisie, lors d'une conversation à propos de la guerre d'Algérie, à propos de laquelle il se montre pessimiste : “Tous ses espoirs de voir cette affaire rapidement réglée se sont effondrés. Il sent bien que la France est maintenant résolue à poursuivre la guerre et il peut que constater l'irréalisme des deux parties en cause : la France qui croit à la possibilité d'une solution militaire et les Algériens FLN qui sont de ‘grands enfants’ sans envergure politique, sans vision de l'avenir, moins hommes d'État même que les Noirs, moins intelligents que Sékou Touré, et qui ne pensent plus avec exaltation qu'à la guerre.”
95. Cet incident est relaté en détail au chapitre 53.
96. Nasser avait une autre fille prénommée Mouna, qui épousa en juillet 1966 Achraf Marouane, qui se révéla ultérieurement comme un agent du Mossad israélien, que pourtant il induisit en erreur au moment de la guerre du Kippour en 1973. Voir “L'espion égyptien qui a berné le Mossad”, in La Revue pour l'intelligence du monde, n° 13, mars-avril 2008.
97. Les relations avec certains pays sont traités plus en détail dans les chapitres 41 (Sénégal), 45 (Congo-Kinshasa), 46 et 62 (Côte d'Ivoire), 55 (Congo-Brazzaville), 61 (Ghana), 70 (Guinée-Bissau), ainsi que dans ceux sur les organisations continentales ou régionales (chapitres 32, 47, 54, 56, 84) ou sur la réconciliation de Monrovia (80)
98. “Handicapé par une foulure à laquelle il semblait prêter grande attention, M. Sékou Touré n'en a pas moins apporté le plus grand soin à jouer son personnage. De belle stature, tribun né, il a, tour à tour, joué de ses talents, soit lors de son arrivée devant la foule qui l'acclamait, soit au cours d'une réception donnée en son honneur au Parlement, soit enfin devant les journalistes … Les conversations en tête à tête ont accentué la différence de formation et de tempérament des deux hommes d'État ; d'un côté, M. Sylvanus Olympio, héritier d'une riche bourgeoisie conservatrice, de l'autre, M. Sékou Touré, syndicaliste, doctrinaire, utopiste et défenseur acharné de l'unité africaine. Le président guinéen n'a pas pu ignorer que son interlocuteur, comme les autres hommes d'État africains modérés, nourrissait quelque inquiétude sur ses tendances communisantes qui lui font admettre sans crainte la mainmise économique de l'URSS et de ses satellites sur la Guinée et souhaiter la venue d'une forte colonie chinoise. M. Sékou Touré a également dû sentir chez M. Sylvanus Olympio une opposition à toute idée d'unité africaine. Il m'est d'ailleurs revenu à ce sujet que si le leader guinéen avait publiquement exposé avec beaucoup de conviction ses vues à ce propos, il avait mis beaucoup moins de chaleur dans ses conversations privées à plaider le dossier Nkrumah. D'ailleurs, selon certaines informations émanant de l'entourage du président guinéen, les relations entre M. Sékou Touré et M. Nkrumah seraient moins bonnes. Sans doute l'indépendance accordée au Mali et celle qui va l'être aux pays du Conseil de l'Entente incitent-elles M. Sékou Touré à se rapprocher des leaders africains d'expression française, avec lesquelles il se sent évidemment beaucoup plus d'affinité naturelle et plus proche de formation qu'avec M. Nkrumah.” (Télégramme de M. Mazoyer, ambassadeur de France au Togo, 13 juillet 1960)
99. Après la victoire des partisans du “Oui” au référendum du 28 septembre 1958, Djibo Bakary, qui avait été le premier vice-président du conseil de gouvernement du Niger selon la Loi-cadre Defferre, doit quitter son pays, car son parti le Sawaba, qui militait pour le “non”, a été interdit par le président Diori (dont Bakary est d'ailleurs un cousin). II se réfugie d'abord à Dakar, puis à Bamako. Il compte un moment reprendre le pouvoir par la force, constitue une petite armée et se rend dans divers pays communistes pour y recueillir des appuis et de l'aide. Ayant rompu avec le Mali, car Modibo Keita ne veut pas se brouiller avec Hamani Diori, Bakary s'installe au Ghana et lance une attaque armée contre le Niger en octobre 1964. Quand Nkrumah est renversé en 1966, Bakary s'installe en Guinée, où il restera quelques années, puis en Tanzanie. Revenu au Niger en 1974 après le renversement de Diori, il est arrêté un an plus tard sur l'ordre du président Kountché. Libéré en 1984 il fonde en 1990 un nouveau par l'Union Démocratique des Forces Progressistes, mais il est battu aux élections presidentielles de 1993. Malade depuis plusieurs années Djibo Bakary meurt à Niamey le 16 avril 1998, à l'âge de 78 ans.
100. Encore à la fin des années 70, l'auteur a rencontré à Conakry un représentant de l'UPC qui y était installé en permanence, Paul-Bernard Kemayou-Sinkam.
101. Entretien de Mongo Béti avec l'auteur, Paris, 4 décembre 1999.
102. Dans son ouvrage Un long chemin vers la liberté (Paris, Fayard, 1995), Mandela minimise et même ridiculise quelque peu son voyage en Guinée. Il semble qu'il y ait fait un premier séjour au cours duquel il ne rencontra pas Sékou, puis un second, quelques jours après. Voici les passages pertinents de ce livre :

“(…) Du Maroc, j'ai survolé le Sahara pour aller à Bamako, la capitale du Mali, et de là en Guinée. Du Mali en Guinée, nous avons volé dans quelque chose qui ressemblait plus à un autobus qu'à un avion. Des poulets se promenaient dans le couloir, des femmes marchaient de long en large avec des paquets sur la tête et vendaient des cacahuètes et des légumes séchés. C'était un vol de style démocratique et j'aimais beaucoup cela. Au Liberia, j'ai rencontré le président Tubman, qui non seulement m'a donné 5.000 dollars pour des armes et de l'entraînement, mais m'a aussi demandé d'une voix calme : ‘Avez-vous de l'argent de poche?’ Je lui ai avoué qu'il ne me restait pas grand-chose, alors immédiatement un aide de camp est venu avec une enveloppe contenant 400 dollars en liquide. Du Liberia, je suis allé au Ghana où j'ai retrouvé Oliver (Tambo), et nous avons été reçus par l'ambassadeur de Guinée, Abdoulaye Diallo. Quand je lui ai dit qu'en Guinée, je n'avais pas vu Sékou Touré, il a immédiatement organisé notre retour dans ce pays aride (sic). Sékou Touré nous a impressionnés, Oliver et moi. Il habitait dans une maison modeste et portait un vieux costume aux couleurs passées qui aurait eu besoin d'aller chez le teinturier. Nous lui avons expliqué l'histoire de l'ANC et de MK (La lance de la nation, organisation militaire de l'ANC) et nous lui avons demandé 5.000 dollars en soutien à MK. Il nous a écoutés calmement et nous a répondu de façon formelle, comme s'il faisait un discours : “Le gouvernement et le peuple de Guinée soutiennent entièrement la lutte de nos frères d'Afrique du Sud et nous avons fait des déclarations à l'ONU en ce sens.” Il est allé jusqu'à une bibliothèque dans laquelle il a pris deux livres de lui qu'il nous a dédicacés. Puis il nous a dit merci et nous a raccompagnés. Nous étions très ennuyés : on nous avait rappelés d'un autre pays et tout ce qu'il nous avait donné, c'étaient deux exemplaires dédicacés de son livre ? Nous avions perdu notre temps. Peu de temps après, nous étions dans notre chambre d'hôtel quand un fonctionnaire du ministère guinéen des affaires étrangères a frappé à notre porte et nous a tendu une valise. Nous l'avons ouverte pour découvrir qu'elle était remplie de billets de banque ; nous nous sommes regardés, très contents. Mais Oliver a changé de visage : “Nelson, c'est de l'argent guinéen, a-t-il dit. Il ne vaut rien en dehors d'ici ; ce n'est que du papier.” Mais Oliver a eu une idée : nous avons emporté l'argent à l'ambassade de Tchécoslovaquie où il avait un ami qui l'a échangé contre une monnaie convertible.”

L'hôtel dont parle Mandela était probablement le “Kaloum”, ancien immeuble de la compagnie d'assurances “L'Urbaine et la Seine” situé en plein centre-ville et que Sékou avait fait transformer en établissement hôtelier pour ses hôtes étrangers. Il était géré par la gendarmerie nationale et utilisait des militants de la capitale comme personnel.
103. Il a cependant fait une brève escale technique à Lisbonne en 1959, lorsqu'il a effectué son premier voyage aux États-Unis. Sans doute a-t-il préféré s'arrêter à Lisbonne plutôt qu'à Paris.
104. Déclaration faite à Nouakchott à l'occasion d'un sommet sur l'aménagement du fleuve Sénégal qui réunit Mali, Sénégal, Mauritanie et Guinée.
105. Le quotidien britannique Times affirme que des troupes guinéennes étaient présentes dès le 23.

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