Mots et actes du Capitaine Dadis

 « C’est avec le Coran dans la main gauche et la Bible dans la main droite que le président du CNDD le capitaine Moussa Dadis Camara a entamé son discours. “Amenez-moi le coran et la bible. Mon éducation, nos moeurs et coutumes et nos différentes religions… quand à la connaissance parfaite, ce sont ces deux textes qui régissent la vie des hommes que nous sommes, nos enfants, nos petits enfants, c’est la parole de Dieu. Je jure au nom de cette parole que ce débat sera sincère. » (Guinéenews 29 janvier 2009

La scène est surréelle et peu crédible.
D’abord en tant que non musulman, Capitaine Moussa Dadis Camara aurait dû éviter le contact avec le Qur’an, qui requiert l’ablution rituelle avant d’être touché ou ouvert. De plus, l’usage de ce Livre saint pour un acte de serment public, présuppose l’adhésion des parties aux cinq piliers de l’Islam, en particulier la Shahâda, le premier de ces piliers, et qui consiste en la formule sacrée  : « Il n’y a de dieu qu’Allah et Muhammad est Son Envoyé. »

Quant au serment sur la Bible, il constitue également une nouveauté du chef de la junte guinéenne, qui ne cesse de surprendre par ses improvisations médiatiques. Car, au nom d’une laïcité — toute théorique —, ses deux prédécesseurs (Sékou Touré et Lansana Conté) ne banalisèrent pas aussi aisément la Parole du Créateur en déballant publiquement les querelles internes de places et les disputes de postes au sommet de l’Etat.

Mais que capitaine Dadis se souvienne bien d’une chose : l’opinion le juge davantage à ses actes qu’à ses mises en scène télévisées. Même lorsqu’elles font appel à la Bible et au Qur’an.

Le Capitaine a déjà violé deux de ses promesses initiales :

  • L’équilibre ethnique dans la composition du CNDD
  • La constitution d’un cabinet entièrement civil, dirigé par un Premier ministre, chef du gouvernement.

Pis, le président du CNDD continue de fouler aux pieds les droits fondamentaux des citoyens. C’est ainsi que depuis trois semaines des prisonniers sont détenus au Camp Alfa Yaya sur la base d’accusations de complot contre le nouveau régime.

Ces détentions sont extra judiciaires et illégales, même dans le cadre exceptionnel qui prévaut en Guinée depuis le 23 décembre 2008. Dans cette affaire, il semble que le capitaine Dadis Camara ait décidé de se venger contre un rival.

Actes : mort certaine

En effet il a confié à Jeune Afrique qu’entre l’ancien général Diarra Camara et lui, c’est une question de vie ou de mort.

Je n’avais pas trop le choix. Je ne compte pas que des amis dans la haute hiérarchie militaire. J’étais donc face à un dilemme après la mort du président Lansana Conté: soit je prenais le pouvoir, soit je quittais le pays. Si le pouvoir était tombé entre les mains du chef d’état-major, Diarra Camara, j’aurais été obligé de m’exiler pour échapper à une mort certaine.

Est-ce là une motivation suffisante pour que le président du CNDD ordonne l’arrestation, la libération, puis la ré-arrestation de Diarra Camara et d’autres officiers, vaincus et déjà mis à la retraite ?

Actes : tranquillité ou tourmente ?

Dans le même entretien capitaine Dadis Camara poursuit :

Quant au général Diarra Camara, nous nous sommes expliqués en soldats, et je pense que nous nous sommes compris. Il ne tient qu’à lui désormais de vivre dans la tranquillité ou la tourmente.

Devant une telle menace et face à la détention prolongée de Diarra Camara et de ses co-accusés, on est en droit de se poser un certain nombre de questions :

  • Quelles sont les suspicions ou les chefs d’accusation contre eux ?
  • Où et dans quelles conditions sont-ils gardés ?
  • Ont-ils droit à la visite ?
  • Quel sort leur réserve-t-on ? Un procès, une cour martiale?
Général Diarra Camara
Général Diarra Camara

Entretemps, je suppose qu’ils croupissent aux Escaliers 32, le bâtiment correctionnel de la police militaire situé au bord de la route traversant le Camp Alfa Yaya, presque immédiatement à gauche du portail d’entrée. J’y ai été emprisonné moi-même, de janvier à avril 1970, avec 9 de mes camarades du Conseil d’administration des étudiants de l’Institut Polytechnique G. A. Nasser (l’actuelle université).

 

  1. Pierre Basamba Camara, qui devint plus tard inspecteur politique du PDG, gouverneur, ambassadeur, et ministre de Sékou Touré, et chef du cabinet civil du Général Lansana Conté
  2. feu Mamadou Bobo Dieng
  3. Mamadou Saidou Diallo
  4. Tierno Siradiou Bah
  5. feu Dorank Diassény Assifat, qui devint directeur du bureau de presse de la présidence de Sékou Touré et plusieurs fois ministre de Lansana Conté
  6. feu Bappa Diop
  7. Ibrahima Kourouma
  8. Bouréma Condé
  9. Koikoi Kalivogui
  10. Mamadi Diaré, actuellement ambassadeur de Guinée à Beijng
  11. Deux membres du C.A. — Mamadou Cellou Diallo et Mara Kaba — se désolidarisèrent du groupe et ne furent pas arrêtés.

Invités par le Responsable suprême à nous prononcer sur le cours de la révolution, nous avions eu la naiveté et l’outrecuidance de dénoncer les carences et les déviations du régime devant Sékou Touré et le Conseil national de la révolution de janvier 1970. Je reviendrai sur ce point dans un autre document.

C’est dans ces locaux qu’en 1965, Fodéba Keita fit périr au gaz des dizaines de sans-abris chassés de leurs villages par la pauvreté et venus à Conakry à la recherche de quelque moyen de subsistance.

C’est aussi du même bâtiment que
Barry III, Baldé Ousmane, Moriba Magassouba et Kara Soufiana Keita vécurent l’enfer dans la même prison avant d’être pendus le 25 janvier 1971 au Pont Tombo.

On peut lire à ce sujet la narration du lieutenant-colonel Kaba 41 Camara.

J’espère, sans trop d’illusions, que les méthodes de la dictature cinquantenaire de Guinée ne sont pas appliquées aux accusés, et que la présomption d’innocence leur est reconnue, jusqu’à preuve irréfutable du contraire.

Il ne servirait à rien de les mettre à la diète pendant une ou deux semaines avant de leur faire lire des « aveux » rédigés par leurs tortionnaires.

Malheureusement personne ne devrait être surpris de la persistance des habitudes et de la mentalité du Camp Boiro chez le lieutenant Pivi ‘Coplan’ Togba, ministre de la sécurité présidentielle du capitaine Moussa Dadis Camara.

Tierno S. Bah

Comédie et spirale de violence

La semaine dernière, les hommes d’affaires paraissaient devant la commission d’audits du CNDD siégeant au Camp Alfa Yaya Diallo.

Rien n’a encore transpiré des enquêtes ordonnées par le chef de la junte guinéenne. Mais il est fort probable que la commission accouche d’une souris et que le capitaine ait frappé un coup d’épée dans l’eau.

En effet, hier lundi 26 janvier, il a rencontré les mêmes hommes pour leur demander de baisser les prix des denrées alimentaires de base.

Il semble que le président du CNDD aime jouer la comédie et que ni l’ironie ni les faux-pas ne l’embarrassent.

N’est-ce pas le même Moussa Dadis qui promet de bâtir quatre nouvelles universités et une autoroute à péage en Guinée ?

Capitaine Camara n’a pas indiqué comment il entend financer ses projets d’infrastructure. Entretemps, on note une évolution alarmante pour la junte de Conakry. D’une part, les cours des produits minéraliers chutent sur les bourses mondiales. D’autre part, l’étau de l’isolement serre de plus en plus le régime guinéen, qui a éveillé la suspicion de ses partenaires concernant la tenue d’élections en 2009 ou 2010.

Slogans et spirale de la violence

A travers capitaine Moussa Dadis, j’ai la nette impression que Lansana Conté exerce de façon posthume son patriarcat hégémonique sur la Guinée.

L’ancien président guinéen aimait vanter ses mérites de stratège. Il n’entendait pas par là quelque planification géniale au bénéfice de l’Etat et du pays. Non, il sous-entendait les coups bas, les sales combines dans la neutralisation de ses adversaires politiques. Il faisait allusion aussi à l’élimination physique de collègues devenus gênants.

C’est ainsi qu’il fit emprisonner Bâ Mamadou et Alpha Condé, d’une part, et qu’il fit assassiner le colonel Sama Panival Bangoura.

Au plus fort de la révolte populaire contre son régime en 2007, il menaça physiquement les dirigeants syndicaux en leur disant : « J’ai déjà tué … je peux vous tuer tous les quatre. »<

Sentant la mort venir, il conçut un plan de succession dynastique en faveur du capitaine Ousmane Conté, son  fils aîné. Face à la résistance des officiers généraux et supérieurs, il jeta son dévolu sur le capitaine Moussa Dadis. En même temps, il coopta le général Mamadouba Toto Camara et prépara le coup d’Etat du 23 décembre 2008. L’avènement du CNDD est donc un montage préparé par Lansana Conté. De sa tombe, il continue de tirer les ficelles du régime qu’il monta avant de disparaître.

A ce jour, la “stratégie” de Conté a donné les fruits escomptés, à savoir :

La mise à l’écart de Somparé Aboubacar, le dauphin tant haï. Lamine Sidimé, l’ancien président de la Cour suprême, a-t-il hésité ou refusé de proclamer Somparé président intérimaire ? C’est un point obscur. Il boycotta la rencontre des corps constitués avec le CNDD le 28 décembre 2008. Il n’en fut par pour autant inquiété. Au contraire, il semble bénéficier d’une omission surprenante pour un ancien chef du pouvoir judiciaire.

Le retour en force de la complotite et du mercenariat comme épouvantails préventifs ou punitifs contre des individus ciblés. Cela explique notamment :

  • la tentative d’arrestation de Cellou Dalen le 1er janvier
  • l’arrestation et la ré-arrestation des généraux Diarra Camara et Daffé

Caporalisation du gouvernement

Une autre méthode typique de la dictature de Conte-Dadis est la nomination d’un Premier ministre de façade, c’est-à-dire un “caporal-chef” civil qui a le choix entre courber l’échine et obéir aux ordres reçus, ou quitter le pays. Le chef de la junte n’y est pas allé par quatre chemins, il a proclamé à maintes reprises, avant et après la nomination de Kabiné Komara, qu’on n’a pas besoin de diplômés pour diriger la Guinée. Selon lui, sa version du “patriotisme” suffit. Il ne propose pas, outre mesure, une définition de ce concept.

La comédie du chef de la junte

Vu les sautes d’humeur et les caprices de l’esprit du chef de la junte, on ne saurait prédire le cours des choses. Mais le passé étant un prologue, un des régimes dictatoriaux de Sékou Touré et Lansana Conté, suggère que l’Etat guinéen est toujours guidé par l’arbitraire, la conspiration —vraie ou imaginaire—, et leur compagnon inséparable, la violence.

Voilà trois semaines que les menaces verbales, les arrestations et les convocations se succèdent dans la bouche de Dadis Camara. Joignant la parole et l’acte, il continue de séquestrer et d’arrêter des officiers. Les dernières victimes sont les colonels Aboubacar Sidiki Camara, membre du CNDD, Biro Condé, Bambo Fofana. Après un démarrage pacifique voire euphorique, la spirale de la violence réapparait.

L’intolérance et la boulimie du pouvoir conduisirent Sékou Touré à faire assassiner les cadres au Camp Boiro dans le cadre de son Complot Permanent.

Après avoir pris le pouvoir sans coup férir, Lansana Conté liquida Diarra Traoré et les proches de Sékou Touré en juillet 1985. Ensuite, il se tourna contre les populations en donnant l’ordre de tirer dans le tas sur les manifestants civils, tout au long de son “mandat”.

Dans l’interview de Jeune Afrique Moussa Dadis Camara a révélé qu’il  travailla longtemps avec Lansana Conté. S’il a bien appris les leçons de son maître, le sang ne tarderait pas à couler.

Je prie et je souhaite me tromper.

Tierno S. Bah

Président absolu et Premier ministre figurant

Promesse non tenue

Le CNDD avait promis un gouvernement entièrement civil, formé et dirigé par le Premier ministre. Qu’en est-il aujourd’hui ?

L’ossature du cabinet du 14 janvier est essentiellement militaire. Dix postes sur trente sont détenus par le CNDD,  soit le tiers.

  1. Général Mamadouba Camara
  2. Général Sekouba Konaté
  3. Commandant Keletigui Faro
  4. Capitaine Mamadou Sandé
  5. Colonel Siba Nolamou
  6. Colonel Mamadou Korka Diallo (le communiqué radiodiffusé décline partiellement son nom et le rétrograde au rang de Commandant !)
  7. Colonel Mathurin Bangoura
  8. Colonel Abdoulaye Cherif Diaby
  9. Colonel Fodeba Touré
  10. Capitaine Moussa Diokoro Camara

Le président Capitaine Moussa Dadis Camara a prévalu sur le Premier ministre Kabiné Komara. Il a imposé son autorité en confiant les postes clefs du gouvernement soit à son domaine — la présidence — soit à ses collègues officiers. Et protocolairement ou hiéarchiquement, les quatre premiers postes qui suivent immédiatement celui de premier ministre, sont contrôlés par la présidence et la Grande muette. Ce sont :

  1. La Sécurité et la Protection civile
  2. La Défense Nationale
  3. La Construction, l’aménagement du territoire et du Patrimoine bâti public
  4. Le Secrétariat général de la Présidence

Le Premier ministre est un économiste doublé d’un banquier. Mais on ne lui fait suffisamment confiance pour gérer le ministère de l’Economie et des finances. Et dire que Kabiné Komara précède Moussa Dadis Camara de 17 ans dans l’ordre de sortie des promotions de l’université guinéenne. Sans compter son expérience domestique (ancien directeur du budget d’investissement public) et internationale. C’est plutôt au Capitaine Mamadou Sandé, ministre à la Présidence, que revient la responsabilité de l’Economie et des Finances, qui est le cheval de bataille du CNDD.

Par ailleurs, on note :

  • L’absence de Kerfalla Yansané et du lieutenant Pivi Togba.
  • La présence d’un fils putatif de Sékou Touré dans le gouvernement
  • Le retour de Justin Morel, Jr. à un ministère amputé de sa partie lucrative : les communications (téléphonie). Il s’occupera donc de l’information à laquelle s’ajoute la Culture. En ce qui concerne l’information, on verra bien s’il parviendra à restreindre les révisionnistes de l’histoire qui s’expriment dans les éditoriaux de la RTG. Je pense notamment à l’éditorial du 13 janvier, lu par Mohamed Sankon, et qui vantait le patriote Sékou Touré et le démocrate Lansana Conté, tout en attribuant l’échec des deux régimes à l’entourage des deux présidents. En ce qui concerne la culture, on espère que M. Morel dépassera le niveau des réjouissances (mamaya et sèrè) pour insuffler un peu de vie à un secteur délaissé.
Ration civils/militaires dans le gouvernement du CNDD
Ration civils/militaires dans le gouvernement du CNDD

Président absolu et Premier ministre figurant

  • Le vrai pouvoir est exercé par le capitaine Dadis Camara, qui cumule la présidence du CNDD et les portefeuilles les plus importants du gouvernement. Il a certes rayé le nom de Pivi “Coplan” de la liste, cédant peut–être à la pression générale. Mais avec le récent renfort de troupes de la Forêt, le lieutenant Togba reste vraisemblablement omniprésent et actif dans les questions sécuritaires.
  • Le président Dadis Camara a la main à la pâte sur l’activité gouvernementale quotidienne.
  • Quel est donc le rôle du Premier ministre, si ce n’est que celui de figurant civil fortement diminué dans ses prérogatives ?
  • On a parlé de gouvernement de transition. Mais la structure du cabinet reflète plutôt les plans d’une équipe qui veut s’installer dans la durée. La réforme constitutionnelle et la préparation du transfert du pouvoir aux civils n’entrent pas dans les préoccupations du chef de la junte.
  • Il n’y a pas d’ouverture en direction des partis politiques, des syndicats et de la société civile.

Composition ethnique

Le nouveau gouvernement est ethniquement plus représentatif que le CNDD.

Mais le déséquilibre qualitatif des postes entre militaires et civils n’augure rien de bon.

Compositition ethnique du Gouvernement du CNDD
Tierno S. Bah

Tierno S. Bah

Komara au carrefour

Premier ministre Komara Kabine, Conakry, décembre 2008
Premier ministre Komara Kabine, Conakry, décembre 2008

Le 10 janvier courant, le Premier ministre Kabiné Komara s’est rendu à Abuja pour demander, au nom du CNDD, à la CEDEAO de ne pas suspendre la Guinée. Son appel tomba dans des oreilles sourdes et décidées à appliquer le principe de non-tolérance du coup d’Etat. A l’issue de la rencontre, M. Komara déclara en somme ceci à Jeune Afrique :

Je pense que l’avenir de la Guinée  dépendra d’abord de la façon dont les gens seront sincères par rapport à leurs engagements. S’ils font ce qui est différent de ce qu’ils disent, nous retournerons à la case départ et je ne serai pas l’homme qui participera à ceci.

L’heure pour le Premier ministre de la junte de choisir son camp est venue, peut-être. Plus tôt que prévue.

Arrivé à Conakry au lendemain de sa désignation comme Premier ministre, le 29 décembre 2008, Komara se retrouve soudain à un carrefour inattendu. Depuis la formation du gouvernement le 14 janvier 2009, les options du chef de la Primature se réduisent à trois :

  • Imiter Lamine Sidimé, se courber et obéir aux volontés d’un président du CNDD décidé à contrôler l’essentiel du pouvoir.
  • Tenter, comme Cellou Dalen Diallo, de résister et de se taillant, tant bien que maml une parcelle de pouvoir. Il devra alors affronter la meme l’hostilité sournoise non deguisee de Moussa Dadis Camara
  • Adopter l’attitude courageuse de François Louncény Fall et démissionner, conformément à sa declaration ci-dessus.

Chacune de ces approches comporte évidemment des conséquences individuelles et sociales.

La voie Sidimé implique que le Premier accepte de servir docilement un régime militaire déjà empêtré dans des contradictions inextricables. En acceptant de jouer un rôle figurant, il donnerait une façade civile à des militaires qui, tel leur maître Lansana Conté, méprisent profondément leurs concitoyens civils. S’il joue cette carte, Komara deviendrait le complice et l’otage impuissant du CNDD.

Toute résistance se ferait avec risque et péril. On a déjà assisté à la descente des militaires chez l’ancien Premier ministre Cellou Dalen. Depuis sa prise du pouvoir le 23 décembre 2008, le CNDD brandit la complotite et la menace d’invasion extérieure comme épouvantail pour mieux asseoir son pouvoir. Comme au temps maudit du Complot Permanent de Sékou Touré.
Les choses étant ce qu’elles sont, toute confrontation avec un Moussa Dadis Camara chaud et imprévisible, pourrait tourner au pire pour le Premier ministre Komara.

La solution Fall consisterait à refuser de se prêter à la mascarade des poulains de Lansana Conté dirigés par le capitaine Capitaine Moussa Dadis Camara et le général Camara Mamadouba Toto.
Une telle démarche est, certes, la plus difficile. Mais elle imprime le sceau de l’intégrite et de l’honorabilité. Mieux, elle ajouterait une pression interne de poids et amènerait peut-être la junte à se appliquer les priorités en se concentrant sur :

  • Le respect de ses engagements initiaux sur sa présence transitoire à la tête de l’Etat
  • Le dialogue avec les dirigeants politiques, les syndicats et la société civile et les partenaires bi et multilatéraux pour l’élaboration d’une nouvelle constitution et d’un calendrier électoral rigoureux.
  • La préparation du retour de l’armée aux casernes.

La balle est dans le camp du Premier ministre Kabiné Komara. Il est à la croisée des chemins. A lui d’emprunter le bon. Il y va plus de l’évolution de la Guinée — catastrophique depuis 1958 — que de sa carrière personnelle.

Tierno S. Bah

Keep the pressure on !

 

President Laurent Gbabgo and African Union's Jean Ping attend Lansana Conté funerals. Conakry, December 2008
President Laurent Gbabgo and African Union’s Jean Ping attend Lansana Conté funerals. Conakry, December 2008

The National Council for Democracy and Development (NCDD) rules Guinea since the early hours of December 23rd, 2008. A trained economist and former manager of the army’s fuel depot, Captain Moussa Dadis Camara chairs the Council and has been appointed the head of State. The 44-year president is now faced with pressing battles on both the external and domestic fronts.

Pressure from the external front

The African Union (AU) reacted to the Guinean coup d’Etat swiftly by suspending the country’s membership in the organization on December 29. On January 11, the Economic Community of West African States (ECOWAS) followed suite, pursuant to the zero-tolerance rule for coups in Africa. Given the political instability of post-colonial Africa, such a policy is commendable, especially if it serves as a deterrent to military coup plotters around the continent.

But that remains to be seen. So far, it has not prevented Mauritania’s army to depose a democratically elected president. However, the AU suspended Mauritania promptly ever since. Hence, Guinea’s punishment is only logical and fair.

However, despite the official ruling should not prevent close behind-the-scene contacts aimed at pushing for the return to civilian rule. In that regard, Guinean is particularly worthy of cautious treatment to prevent the country from sliding further into chaos.

In Mauritania, a duly elected head of State was deposed, whereas in Guinea, a rogue regime collapsed following the death of dictator Conté. The Constitution had been amended in 2001 to make him a president-for-life. Also, the Fundamental Law ruled that the head of the parliament would be designated as a caretaker president in the eventuality of incapacitation or death of the head of state. However, the 5-year term of the National Assembly expired last year. And its president, Aboubacar Sompare, became a de facto successor to Conte, not a de jure one. Captain Moussa Dadis have argued that loophole to justify, among other things, his bloodless coup. However, beyond those legalistic considerations lays the dire situation of Guinea. A country profoundly wounded by 50 years of dictatorship and authoritarian rule.

French Cooperation minister, Alain Joyandet
French Cooperation minister, Alain Joyandet

Nicknamed the Water house of West Africa and endowed with abundant natural resources (water, fertile land, livestock, timber, and minerals) Guinea is plagued by corruption and it ranks among the poorest countries in the world. Hence the dilemma faced by the international community. On one hand, it must apply a relentless until the army returns to the barracks. One the other hand, it cannot expect such a challenging outcome to happen by miracle. On the contrary, Guinea external partners should stay engaged and provided the required collaboration to the political parties, the unions and civic groups to usher in the advent of constitutional rule.

The Federal Republic of Nigeria has lived under military dictatorship for most of its existence. However, it has consistently responsive to the violent crises that have rocking post-colonial Africa. First, it overcame the Biafra secession in the mid-1960s. Then it played a leading role in peacekeeping and combat duties against the decade-long rebellions in Sierra Leone and Liberia.

Col. Muammar Khadafi and Guinea Prime minister Komara Kabine, Conakry 2009
Col. Muammar Khadafi and Guinea Prime minister Komara Kabine, Conakry 2009

 

It is therefore understandable that Abuja led the uncompromising ECOWAS voices against the Conakry putsch. They must apply a tactful yet relentless pressure on the NCDD to help achieve a smooth transition to civilian rule.

That said, Guinea’s suspension from the AU and ECOWAS, is a rebuttal to the backers of the Conakry coup: France, Senegal and Libya.

  1. On January 3rd President Nicolas Sarkozy of France dispatched State Secretary for Cooperation and Francophony, Alain Joyandet, to assess the situation in Conakry. Following two days of talks, the emissary announced that the French government would provide financial assistance to the struggling National Independent Electoral Commission. He added that France would also monitor the situation closely… But France has had a complicated history with the Government of Guinea. The relationship soured following Guinea’s overwhelming No vote in the September 28, 1958 referendum organized by General Charles de Gaulle, the founder of the current French 5th republic. Things improved only 1975 when President Giscard d’Estaing resumed diplomatic ties with Conakry, thanks in part to the tireless effort of former ambassador André Lewin. Ever since, France has reasserted its Guinea policy, as the former colonial power, a diplomatic ally and an economic partner. In 1976, anxious to accommodate the late president Sekou Toure, the French government banned Jean-Paul Alata’s Prison d’Afrique, a book denouncing the torture and the killings carried out at Camp Boiro. Despite the uproar, the measure was not immediately rescinded. French newspapers and authors condemned the cynicism of their government (See L’affaire Alata and Grain de sable). In 2000, the World Bank decided to stay out of the Garafiri electric dam project due to its negative impact on the environment. But President Jacques Chirac decided to back the investment. In short, France’s policy implements the principle that states are not guided by sentiments. Instead, they protect their assets and promote their interests.
  2. President Abdoulaye Wade of Senegal, does the opposite of France. Chairman Moussa Dadis earned his support by simply calling Daddy! Falling for Captain Camara’s reverence, he said that he could not throw stones at the NCDD. He went on to lend the junta his presidential plane on which  General Mamadou Toto Camara, the NCDD’s 1st vice president toured neighboring Guinea-Bissau, Mali, Côte d’Ivoire, Liberia and Sierra Leone. Yet, Abdoulaye Wade faces a declining popularity at home. His fellow citizens accuse him of mismanagement, erratic behavior, human rights violations, and nepotism. And the journalist Souleymane Jules Diop has sued Wade’s family on embezzlement charges. As it turns out, President Wade’s democratic credentials are fading fast. The Guinean junta should be mindful of Senegal’s alarming evolution.
  3. Also on January 3rd, Colonel Muammar Khadafi, president of the Libyan Jammahiriya, who preceded Abdoulaye Wade for a stop-over at Conakry Gbessia airport. The simple mention of the colonel’s name creates some uneasiness. Persistent rumors see his hand and Burkina Faso’s Compaore behind the rebellions in Liberia, Côte d’Ivoire, and elsewhere in West Africa. In reality, Khadafi’s impromptu visit to Conakry may have political as well as business reasons. Last year, former Prime minister Lansana Kouyate agreed to give ownership of two hotels in downtown Conakry to Libyan investors. The late president Conté voided the deal. Did the Supreme leader come to revive those lost contracts?

The above bilateral considerations matter little in the aftermath of the ECOWAS decision. The NCDD has lost an important battle in Abuja. Its hopes for official multilateral recognition have been dashed. It must now bear the brunt of the rejection and adjust to a delicate international context. What will it do next? Watch and see !

However, keep the pressure on !

Tierno S. Bah