Un général propose, un général dispose

31 octobre, un général propose ; 7 novembre un général dispose

Général Sékouba Konaté, président de la Transition, a signé le décret convoquant le corps électoral le 7 novembre pour le second tour de la présidentielle. La date du 31 octobre n’aura finalement donc pas été retenue. Général Malien à la retraite, le président de la Ceni, le Siaka Toumani Sangaré, l’avait proposée malgré la tension ambiante à Conakry et ailleurs en Haute-Guinée et en Guinée Forestière. Et en dépit des objections de l’Allliance Cellou Dalen Président. Lire Premier et fulgurant faux-pas. Toutefois, sagace — et une fois n’est pas coutume — le chef du régime transitoire, a tranché en étalant le calendrier.

Général Sékouba Konaté et Premier ministre Jean-Marie Doré
Général Sékouba Konaté et Premier ministre Jean-Marie Doré

Espérons que les camps en lice réviseront leur stratégie et affineront leur tactique pour éviter la violence et la tragédie de la quinzaine écoulée.

Pour leur part, les autorités de la transition doivent prévenir plutôt que guérir l’intimidation et l’intoxication. L’Onu a déjà prévenu: zéro tolérance pour l’usage disproportionné et excessif de la puissance de feu par les forces armées et de sécurité. La FOSSEPEL doit bannir les bastonnades et l’usage de munitions réelles et ne recourir qu’aux moyens conventionnels de contrôle de foules (gaz non toxiques, jets d’eau, menottes, etc.). En tout état de cause, la justice veille et l’impunité a vécu. La Cour pénale internationale poursuivra les violations des droits de l’homme (coups, blessures, séquestration) et les crimes contre l’humanité (torture, massacre, viol, génocide intentionnel ou factuel).

Le Général Malien Toumany Siaka Sangaré, président de la CENI
Le Général Malien Toumany Siaka Sangaré, président de la CENI

Car dans toute cette étape éreintante, il ne s’agit que de la refonte d’une des trois branches de l’état à travers l’élection du chef de l’exécutif. Nonobstant le prestige ainsi que les pouvoirs et les privilèges de la fonction présidentielle, le prochain président guinéen n’aura pas la tâche aisée face à la misère écrasante du pays. Au lieu de brader les ressources naturelles (mines, forêts), il devra diriger la reconstruction d’un Etat à genoux, s’occuper du monde rural, de la santé, de l’éducation, et commencer à bâtir une infrastructure moderne (transports, communications, banques et finances, etc.).
N’étant plus désormais le seul maître à bord — l’Etat, ce ne sera plus lui seul — il devra apprendre à composer avec :

  1. L’Assemblée nationale, creuset des intérêts et sensibilités régionales, préfectorales et locales
  2. La Cour suprême, gardienne de la Constitution et des lois, axée sur la lutte contre l’impunité et l’instauration, enfin, d’une ère de justice, où la force de la loi prévaut sur la loi de la force.

Une hirondelle ne fait pas le printemps et l’arbre n’est pas la forêt. Autrement dit, même libre et plurielle, l’élection du président de la république ne saurait être la fin de la galère cinquantenaire des populations. Ce ne sera qu’un début, pour un mandat, renouvelable une seule fois. Pour ensuite céder la place à une équipe politique différente.

Les besoins et les exigences de la Guinée sont immenses et ne feront que s’accumuler. Face à cette réalité, les prochains dirigeants seront peut-être tentés d’emprunter les raccourcis catastrophiques du passé, en cherchant à être juge et partie, en brimant les libertés individuelles et en renouant ainsi avec les démons de l’autocratie, de la tyrannie et de la dictature. Ils trouveront alors dans le camp adverse des populations qui en ont marre d’être trichées par leurs propres fils et filles.

Tierno S. Bah

Un Malien président de la CENI

Un Malien, Siaka Toumani Sangaré, a été nommé mardi président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de Guinée, cinq jours avant le second tour de la présidentielle prévu dimanche, selon un décret pris par le président de la transition, Sékouba Konaté.

M. Sangaré, de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), était jusqu’alors “expert assistant technique auprès de la Céni”. Il est nommé pour l’organisation du second tour uniquement.

Il sera assisté de deux vice-présidents, Louncény Camara, ex-président contesté de la Commission, et de Mme Aminata Mane Camara, qui avant l’élection de Loucény Camara, avait assuré la présidence intérimaire de la Céni.

Le départ de la présidence de la Céni de Louncény Camara était exigée par l’un des deux candidats au second tour, Cellou Dalein Diallo, qui l’accusait d’être proche de son advesaire, Alpha Condé, et de ne pouvoir en conséquance assurer ses fonctions de manière impartale.

La nomination d’un étranger à la tête d’une commission nationale électorale est un fait exceptionnel qui survient après des affrontements mardi à Conakry entre des partisans de M. Diallo et les forces de l’ordre, qui ont tiré sur eux à balles réelles, faisant au moins deux morts et 29 blessés.

Elle pourrait permettre de mettre un terme aux profondes divisions qui minent la Céni depuis des mois et d’organiser le second tour dimanche comme prévu, soit près de quatre mois après le premier tour du 27 juin.

Cellou Dalein Diallo était alors arrivé en tête avec 43% des voix contre 18% à Alpha Condé.

AFP

Cardinal Sarah président du conseil pontifical

Cardinal Robert Sarah présidera le conseil pontifical « Cor unum »
Cardinal Robert Sarah présidera le conseil pontifical « Cor unum »

Autre nomination importante, hier, par Benoît XVI, celle de président du Conseil pontifical « Cor Unum ». Mgr Sarah s’est toujours investi courageusement dans des dossiers difficiles, y compris dans son pays, la Guinée

C’est une figure respectée de l’épiscopat africain que Benoît XVI a nommé jeudi 7 octobre à la tête de son « ministère des affaires humanitaires », le conseil pontifical « Cor Unum ».

Mgr Robert Sarah, qui était depuis 2001 le secrétaire (numéro deux) de la très puissante congrégation pour l’Évangélisation des peuples, fut archevêque de Conakry, capitale de la Guinée, son pays, de 1979 à 2001. À l’époque de sa consécration épiscopale, seulement dix ans après son ordination presbytérale, il était le plus jeune évêque du monde.

Peu adepte de la langue de bois, lors de l’ouverture du synode pour l’Afrique, en octobre 2009, il avait averti :

« L’Afrique doit se protéger de la contamination du cynisme intellectuel de l’Occident. Il est de notre responsabilité pastorale d’éclairer la conscience des Africains quant aux dangers de cette idéologie meurtrière. »

Peu adepte de la langue de bois

Courageux et attaché à la présence en Afrique d’un clergé de qualité, tant humaine que spirituelle, Mgr Sarah s’était rendu en 2008 en visite apostolique en République centrafricaine, dont le clergé était secoué par de graves crises internes concernant les mœurs.

En 2001, à l’occasion de son départ de Guinée, il s’était livré à un violent réquisitoire contre le régime du général Lansana Conté :

« Je suis inquiet pour la société guinéenne, qui se construit sur l’écrasement des petits par les puissants, sur le mépris du pauvre et du faible, sur l’habileté des mauvais intendants de la chose publique, sur la vénalité et la corruption de l’administration et des institutions républicaines. »

Cette allocution n’avait pas été diffusée à la télévision nationale, l’enregistrement ayant été saisi.

N’hésitant pas, de Rome, à s’investir dans l’évolution de son pays natal, Mgr Sarah avait proposé, en juin dernier, une « neuvaine de prière à la Vierge Marie pour des élections pacifiques et transparentes en Guinée » :

« Tu connais notre histoire douloureuse et pleine de misères et d’oppressions, de souffrances et de morts. Tu as connu notre Révolution et notre sinistre Camp Boiro. Que de fleuves de larmes et de sang se sont mêlés pour porter la barque de la Révolution vers des destins inconnus. (…) Tu connais aussi que la Guinée ne sera nouvelle et ne se reconstruira que grâce à des hommes et des femmes nouveaux, totalement et radicalement transformés dans leur cœur, leur esprit et leur mentalité. »

Frédéric Mounier
La Croix

[PS. Sékou Touré fut le premier à être sermonné par Mgr. Sarah, qui lui rappela publiquement en 1979 que “le pouvoir absolu corrompt absolument”. — T.S. Bah]