Une citation manipulatrice de Sidiki Kobélé Keita

J‘ai récemment reçu d’Harmattan-France ma double commande du dernier livre de Nadine Bari. Il est intitulé L’Accusé. Sékou Touré devant le TPI. Paris. Editions L’Harmattan, 2014. 190 p. Il est disponible en version imprimée (19 €) et en version eBook (13,99 €).

Après réception des deux copies, j’ai commencé la publication de la version Web, qui comporte les liens requis et les images appropriées, contribuant ainsi à  contextualiser davantage ce travail de fiction sur la dictature de Sékou Touré et son Camp Boiro.

La page Citations reproduit un passage attribué à Sidiki Kobélé Keita. On y lit :

« On ne peut pas corriger l’histoire d’un pays, les faits sont têtus. Une plaie masquée n’est pas une plaie guérie. Pour avoir toujours masqué la nôtre, celle-ci a fini par se gangrener. »
Sidiki Kobélé Keita

Le contexte de ces citations manque. Cela est peut-être normal pour la plupart des auteurs mentionnés. Cependant la dernière note fait exception du fait même de sa source. En conséquence, ma réaction à l’opinion de M. Keita est la suivante :

Tel quel, le passage donne une impression d’objectivité. En réalité, la citation déguise l’intention manipulatrice de son auteur. Celle-ci se révèle dans toute son ampleur et sa nocivité à la lecture des livres de M. Keita. C’est donc tout le contraire qui se passe. Et Sidiki Kobélé Keita fait l’opposé de ce qu’il prêche ici.

Lire Point de vue caduc et falsificateur :
Première partie et Deuxième partie

On sait notamment qu’il tente maladroitement et vainement depuis des décennies de réécrire l’histoire coloniale et post-coloniale de la Guinée à la gloire de son idole, Sékou Touré. Au mépris et en violation des principes, concepts et méthode de la discipline historique, dont il se réclame, mais que nombre d’intellectuels lui dénient.

Car tous les chercheurs qui l’ont approché, ont déploré la superficialité, la subjectivité, le ton militant et le langage polémique de ses ouvrages : Jean-Suret Canale, Djibril Tamsir Niane, Ibrahima Baba Kaké, André Lewin, etc.

En 2003, Aminata Barry, fille de Diawadou Barry, intenta un procès en diffamation contre Sidiki Kobélé Keita. Les séances du Tribunal de Première Instance de Conakry furent houleuses et révélatrices de l’approche non-orthodoxe de Kobélé, du ton agressif et dérogatoire de son style, ainsi que du contenu partisan de ses écrits, qui se cantonnent générement dans l’historiographie et la biographie politiquement biaisées, et les attaques ad hominem. Autrement dit,  au lieu de chercher à décortiquer le texte  et à réfuter le message des adversaires politiques du PDG, M. Keita préfère s’en prendre aux messagers, dont il met en cause la moralité, et qu’il accuse — en termes irrévérencieux, indécents et inacceptables— des tous les péchés capitaux de Guinée.

N’eût-été l’immixion directe, illégale et dictatoriale de Lansana Contéqui ordonna la suspension sine die de la phase finale du procès—, le magistrat s’apprêtait à rendre un verdict favorable à la plaignante, et négatif pour Kobélé, qui frôla une forte amende et peut-être la prison…

Les dossiers, je l’espère, dorment toujours cependant dans les archives du système judiciaire guinéen.

Toutefois, je ne perd pas un seul instant de vue que, bien qu’elle soit — constitutionnellement et théoriquement — co-égale et paritaire de l’Exécutif et du Législatif, cette branche du pouvoir d’Etat a, depuis 1959, sombré dans l’anarchie. Vidée de sa raison d’exister, elle est devenue dysfonctionnelle, corrompue et soumise aux caprices et diktats du président de la république, sans exception, du premier (Sékou Touré) à l’actuel (Alpha Condé).

Tierno S. Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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