Réflexion sur le Pastoralisme. Le talon d’Achille

Birooɓe nagge. Fuuta-Jalon
Birooɓe nagge. Fuuta-Jalon

Ayant visionné les vidéos de la journée de Réflexion sur le Pastoralisme, j’examine ici ce ce qui, à mon avis, est le talon d’Achille d’efforts sincères de résistance, de promotion et de dynamisation des sociétés africaines — fulɓe/halpular et autres — face à une globalisation encore plus déstabilisatrice  que le colonialisme des 19è et 20è siècles.

Suggestions

Si c’était à refaire, je propose les suggestions suivantes aux organisateurs de Tawaangal Pastoralisme et autres groupes similaires dans la préparation et la tenue de rencontres pour échanges de vues et d’expériences.

Côté panels

  • Exiger des présentations rédigées voir soumises et distribuées à l’avance
  • Placer un temps-limite sur ces présentations, par ex. 15 min.
  • Publier le texte de chaque conférencier sur le site web des organisateurs/sponsors

Côté audience

  • Limiter le temps d’intervention des participants, par ex. 5 min.
  • Eviter l’écueil des participants qui monopolisent le microphone et s’improvisent conférenciers

Enregistrement et diffusion des travaux

  • Au moins deux micros pour les conférenciers
  • Un micro sur pied pour l’audience
  • Deux caméras pour la séance, une pour le presidium, une pour l’audience

Talon d’Achille

Pour l’essentiel, la journée de Versailles a présenté les caractéristiques typiques du volontariat engagé  dans la “défense et illustration” des cultures et de la civilisation Fulɓe/Halpular, à commencer par l’élevage et l’agriculture. Il s’agit d’un véritable Talon d’Achille, d’une faiblesse institutionnelle déplorable, qui sont encore plus débilitants lorsqu’on considère la recherche, l’éducation et la diffusion du riche héritage des peuples pasteurs.

Tabital Pulaaku International

Des intervenants prirent la parole au nom de Tabital Pulaaku International (section Ile-de-France, Allemagne, etc.). Les racines du déséquilibre dénoncé plus sont enfouies dans la création de cette ONG en 2001, à Bamako.
Fondée en présence d’intellectuels, de figures publiques (Alpha Oumar Konaré, Amadou Toumani Touré, Muhammadu Buhari, etc.), de politiciens, d’hommes d’affaires, d’artistes, etc. Avançant des justifications politiciennes, la délégation guinénne partit de Conakry sans feu Alfâ Ibrâhîm Sow.

Lire Morts et rédemption d’Alfâ Ibrâhîm Sow.

En vérité, TPI ne s’est jamais doté des moyens de remplir sa mission assignée. Organisation non-gouvernementale, elle est tendue entre la diplomatie envers les autorités et un programme culturel populiste. A l’affiche des ses activités figurent des spectacles fréquents et hauts en couleurs, ansi que des conférences épisodiques. Entre ces manifestations médiatisées, il ne passe pratiquement rien.

Hormi les pleins feux sur la personnalité de son président, TPI est généralement muette sur son financement, ses opérations, la composition de son personnel dirigeant,.…

La solution

Il est plus que temps de créer un centre ou un institut de recherche sur l’histoire, l’économie et la culture des nombreuses et diverses communautés qui composent la “planète” ou “l’archipel” fulɓe. Un tel organe est nécessaire et indispensable pour jeter les bases d’une action coordonnée, méthodique et efficiente. Son mode de fonctionnement se démarquerait complètement de la quête de publicité pour travailler, au quotidien et en toute humilité, aux fins de rassembler et d’améliorer les ressources, la réflexion, la pensée et l’action des Fulɓe dans leur quête d’identité, de stabilité et de prospéritee. Ce centre ou institut fournirait, par exemple, l’appui et l’expertise — intellectuels, scientifiques, humains et logistiques — aux organisations du Pulaaku, qu’elles soient affiliés ou non à  TPI.

Objectif commun, approches divergentes

Que l’on ne s’y trompe pas, un objectif commun unit TPI, les ONG affiliées ou non, et les nombreuses initiatives — collectives et individuelles — qui existent sur le terrain et/ou sur le Web. Toutes visent la préservation, la conservation et la dynamisation de la civilisation Fulɓe/Halpular. Toutefois, —et ce n’est pas surprenant — les conceptions, approches et méthodes divergent pour mener cette lutte existentielle.
Pour ma part,  vice président en 2003-2004 du Comité préparatoireprésidé par Elhadj Alpha Amadou Kourou Diallo —  j’ai dirigé concrètement à Conakry les démarches fructueuses qui aboutirent à la reconnaissance officielle de Tabital Pulaaku-Guinée. Mais une fois l’arrêté ministériel acquis, les désaccords émergèrent quant à l’orientation de la section nouvellement née. Deux tendances s’affrontèrent. Un camp mettait l’accent sur le commerce, la déférence obséquieuse à l’autorité d’Etat, l’exercice du leadership personnel, tout cela saupoudré d’un calendrier épisodique de spectacles. L’autre groupe défendit la nécessité d’investir dans la recherche, la publication et l’éducation. Les membres du premier camp l’emportèrent vite. La  conséquence personnelle fut tout aussi immédiate ; je quittai Tabital Pulaaku Guinée.

Mes collègues du comité préparatoire étaient feu Elhadj Mamadou Gangué (survivant du “Complot des Enseignants” 1961. Ce grand-maître de la langue fut mon respecté adjoint à la tête de la Commission Pular de l’Académie nationale des Langues, de 1973 à 1979. Il nous a laissé un poème bucolique et de jeunesse intitulé “Lewru ndun no nyenkitaa”), feu Elhadj Mistaoul Barry (premier rédacteur et présentateur du Pular sur les antennes de Radio-Moscou, années 1960-70) et Moodi Mamadou Saidou Mombeya Diallo, sociologue.

Depuis, j’observe et je formule une critique constructive de  TPI.

Lire Président Macky Sall reçoit Tabital Pulaaku International.

Plus d’une décennie après, ma position et celle des leaders de TPI restent inchangées. Je publie webPulaaku depuis 1997. On y accède aux chef-d’oeuvres et ouvrages fondamentaux sur l’histoire, la culture, la langue, les traditions, us et coutumes de la civilisation Fulɓe/Halpular.
De son côté, TPI maintient ses contacts au sommet et ses activités sporadiques. Mais si elle veut laisser des traces positives, l’ONG devra, tôt ou tard,  contribuer à institutionnaliser la recherche de fond, l’éducation systématique et la diffusion large de l’héritage des peuples qu’elle est censée représenter.

Tierno S. Bah

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Author: Tierno Siradiou Bah

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