Yacine Diallo. Impréparation et Interview (suite)

Cet article continue et termine ma revue de l’interview de Issa ben Yacine Diallo par Yamoussa Sidibé, re-diffusée sur YouTube.

Souvenirs personnels : insuffisants et superficiels

Iissa Ben Yacine Diallo, 2012
Iissa Ben Yacine Diallo, 2012

L’entretien est maigre au plan biographique . En particulier, l’invité ne s’ouvre pas sur sa jeunesse, dont il fait une évocation insuffisante et superficielle. Ainsi, il se contente seulement d’indiquer qu’il est né à Kindia. Mais il ne dit pas s’il y grandit aussi, ou bien ailleurs, dans d’autres villes du pays. Et lesquelles dans ce cas ?  Curieusement, c’est à travers les violations et crimes du Camp Boiro que nous apprenons que Kindia fut la ville d’enfance de Issa. En effet, le chapitre “Interrogatoire” de La vérité du ministre. Dix ans dans les geôles de Sékou Touré, contient une séance de torture —parmi tant d’autres — à la « cabine technique ». L’auteur et survivant du Goulag Tropical est l’ancien ministre Alpha Abdoulaye ‘Porthos’. Il échange avec un de ses tortionnaires les propos suivants :

Porthos : — « Tu es un vrai monstre. Mais qu’est-ce que je t’ai fait pour que tu me traites ainsi ?
Tortionnaire : — Moi, rien. Au contraire, demande-leur. Depuis que tu es au bloc, je parle de toi en bien à tous mes camarades. Je te connais depuis longtemps. La preuve, tu es le fils de Yacine Diallo. Je connais même tes frères. Tu as un jeune frère Issa qui a grandi à Kindia et que je ne vois plus, depuis longtemps. Lui, il me connaît bien : demande-lui Soriba Soumah. Tu vois que je te connais. … ? »

Plus loin, au chapitre “Libération” du livre, Porthos précise ses liens de parenté avec le député en ces termes :

« Cette nuit-là, je n’ai pas dormi. J’ai prié, avec ferveur, pour le repos de l’âme de mon père. Je sais combien de sacrifices il a consentis pour notre éducation et dans mes pires moments de détresse, j’ai toujours nourri l’espoir de le revoir un jour. Dans ma prière et dans ma ferveur je lui ai associé ma mère et mon oncle Yacine, ces deux êtres auxquels je dois tant et dont, toute ma vie, je regretterai la disparition prématurée. » Et Porthos d’ajouter :
« Ma mère et mon oncle Yacine, premier député de la Guinée française au Parlement français, sont morts le même jour, à six heures d’intervalle, en avril 1954, la première, à la suite d’une septicémie à 39 ans, le second à 57 ans, à la suite d’une embolie. »

C’est cet effort de mémoire et ce style de narration que Issa Ben Yacine aurait dû apporter à l’interview. Hélas, il ne s’éveille et s’anime que lorsque la conversation porte sur la période adulte de sa vie, c’est-à-dire sa carrière professionnelle intercontinentale (Afrique, Europe, Amérique). Une fois terminée, il entreprit — à ses dépens — des entrées dans la sphère gouvernementale et étatique de Guinée.

Retraite officielle

Dans une interview sur GuinéeActu, datant de 2012,  M. Diallo se présente ainsi : « Je suis Secrétaire général adjoint de l’ONU à la retraite ; né guinéen et africain. Je trouve mon équilibre dans la foi, la fraternité et la solidarité. Sans adhérer à aucun parti politique, je demeure avec des convictions auxquelles je suis profondément attaché. »
Mais force est de constater que depuis lors, M. Diallo maintient le même laïus simpliste (sur son père) et erroné sur :

  •  Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan
  •  Ibrahima Barry III
  • le Manifeste du Rassemblement Démocratique Africain (septembre 1946)
  • l’agriculture industrielle en Côte d’Ivoire et en Guinée
  • les relations personnelles entre Houphouët-Boigny et Yacine Diallo
  1. A propos de Barry III. Ainsi,  Issa Ben Yacine suggère que Barry III fut un compagnon de Yacine Diallo. Cette affirmation est invalidée par le témoignage de feu Thierno Mouctar Bah dans le bel ouvrage biographique Guinée, les cailloux de la mémoire de Nadine Bari. Le chapître “Thierno Ibrahima dans l’Histoire de la Guinée”, Thierno Mouctar indique, en témoin oculaire, qu’en 1954 Barry III faisait ses études en France. Lisons :

« En 1954 meurt Yacine Diallo, premier député de la Guinée à l’Assemblée nationale française. Il faut lui trouver un remplaçant.
Les chefs peuls proposent mon frère Thierno Ibrahima, qui décline l’offre. Ils le mandatent alors pour aller trouver Barry III, encore étudiant à Montpellier, et le convaincre d’accepter l’investiture pour la députation. Barry III y consent et revient au Fouta où il est reçu en grande pompe. Mais suite à la rivalité des deux almamy de Mamou (Alfaya) et de Dabola (Soriya), et à la tentative de réconciliation en 1954, les chefs peuls décident finalement de l’investiture de Barry Diawadou, fils de l’almamy de Dabola. Que faire alors de Barry III, rappelé de France ? »

    1. Quant au Manifeste, il fut rédigé et lancé de Paris au mois de septembre.  Son fut le prélude à la tenue du Congrès constitutif du mouvement à Bamako, en octobre 1946. Mais ses signataires étaient au nombre de sept, et non pas six, comme l’affirme Issa Ben Yacine.  En voici la liste :
      • Félix Houphouët-Boigny, député de la Côte d’Ivoire.
      • Lamine Guèye, député du Sénégal-Mauritanie.
      • Jean-Félix Tchicaya, député du Gabon-Moyen-Congo.
      • Sourou Migan Apithy, député du Dahomey-Togo.
      • Fily Dabo Sissoko, député du Soudan-Niger.
      • Yacine Diallo, député de la Guinée.
      • Gabriel d’Ar boussier, ancien député du Gabon-Moyen-Congo.
    1. Issa Ben Yacine suggère : « A cette époque, la Guinée et la Côte d’Ivoire étaient les deux économies les mieux gérées de l’Afrique occidentale française, avec un budget excédentaire. Les deux économies étaient en compétition, mais la Guinée avait l’avantage, du fait de ses abondantes ressources minérales. Par ailleurs, la Guinée était encore le premier producteur et exportateur de banane et d’ananas en Afrique. »
      Erratum. Dans son ouvrage solidement documenté, Joseph-Roger de Benoist fournit les statistiques suivantes :
      « Les territoires côtiers de zone tropicale (Guinée, Côte d’Ivoire et Dahomey) tiraient leurs principales ressources de la culture des plantes stimulantes (café et cacao) et des fruits (notamment bananes et ananas). Pour le café, la production passa de 62 900 tonnes en 1950-1951 à 131 000 tonnes en 1955-1956. Une Caisse de stabilisation fut créée en Côte d’Ivoire et en Guinée le 30 septembre 1955. La Côte d’Ivoire produisit à elle seule les 56 900 tonnes de cacao de 1950-1951 ; la production atteignit 71 400 tonnes en 1955-1956.
      Une Caisse de stabilisation fut créée en même temps que celle du café. La Guinée et la Côte d’Ivoire produisaient des bananes: 78 181 tonnes en 1951, 124 191 tonnes en 1955. La Côte d’Ivoire, venue après la Guinée à la production de l’ananas, la dépassa bientôt et s’orienta très vite vers la transformation sur place des fruits en jus et conserves. » (Source : Joseph-Roger de Benoist. L’Afrique occidentale française de la Conférence de Brazzaville (1944) à l’indépendance (1960 p. 251). Par ailleurs, dans Political Parties in French-Speaking West Africa — et cela est très important —,  Ruth S. Morgenthau établit clairement que la croissance rapide de la Côte d’Ivoire résulta du labeur combiné des planteurs Ivoiriens et de la main-d’oeuvre venue de la Haute-Volta (Burkina Faso) ; voir “Part Five. Planters and Politics In the Ivory Coast”. La Guinée ne bénéficia pas de circonstances aussi favorables.
    2. Issa Ben Yacine affirme : « Gabriel d’Arboussier, un des leaders historiques du RDA et longtemps bras droit du président Houphouët-Boigny, m’a dit toute l’amitié et le respect mutuel que le député de la Guinée et celui de la Côte d’Ivoire se vouaient. Ils avaient en commun la foi, la sagesse et un art consommé de l’action qui consiste, sans jamais perdre de vue l’objectif fixé, à ne pas avancer quand il faut s’arrêter, ou reculer quand il faut avancer. »
      Lire Le “vide guinéen” selon Houphouët-Boigny
      Cette déclaration illustre l’incuriosité de Issa concernant le sort physique et le legs politique de son père. Il se fie et se limite aux sources orales de compagnons et contemporains de Yacine. Il aurait dû élargir et approfondir ces indications et indices par la consultation de bibliothèques et d’archives, qui, en Europe et aux Etats-Unis, offrent des ressources considérables aux lecteurs, chercheurs, auteurs et curieux.
      La citation ci-contient deux erreurs majeures.
      Primo. De père Français et de mère Maasinanke, Gabriel d’Arboussier était le chef de file de l’aile communisante du R.D.A. Au double plan idéologique et politique, il se situait à gauche, et non pas à droite d’Houphouët-Boigny. Au point que les deux hommes s’affrontèrent et se séparèrent en 1950-51 sur la question centrale du désapparentement parlementaire du R.D.A. d’avec le Parti communiste français.
      Secundo. Houphouët-Boigny considérait la Guinée comme un vide politique entre 1947 et 1951. C’est la période de la traversée du désert pour la jeune section territoriale (le PDG). A partir de 1951, Houphouët et Bernard Cornut-Gentille (BCG)se donnèrent la main pour monter le jeune syndicaliste Sékou Touré en épingle.
      Au chapitre 16 du premier  des huit volumes de la biographie intitulée Ahmed Sékou Touré (1922-1984). Président de la Guinée de 1958 à 1984, André Lewin révèle le Pacte secret entre Sékou Touré et le Haut-Commissaire de l’Afrique occidentale française, Bernard Cornut-Gentille :
      « Un soir de fin de saison des pluies en 1953 (Sékou est déjà Conseiller territorial de Beyla et a lancé la fameuse grève de 72 jours), le haut-commissaire Bernard Cornut-Gentille, accompagné de son chef de cabinet Yvon Bourges, arrive à Conakry en grand secret par avion depuis Dakar. Un rendez-vous confidentiel a été arrangé à leur demande, par l’intermédiaire de Bois, à l’époque le directeur de cabinet du gouverneur Parisot et du directeur de la sûreté, Maurice Espitalier. Sékou Touré tient à ce que la rencontre ait lieu de nuit à son domicile privé ; elle est fixée à 11 heures du soir.
      Les six hommes (Cornut-Gentille, Bourges, Parisot, Bois et Espitalier face à Sékou Touré) s’isolent immédiatement.
      Le haut-commissaire ne cache pas son jeu :
      — “Vous êtes déjà conseiller territorial de Beyla et votre influence est réelle en Guinée ; elle s’étend même en AOF. Vous êtes jeune ; votre avenir est encore devant vous ; vous pouvez être député, peut-être ministre, qui sait ? Des dispositions nouvelles seront prises pour l’évolution des territoires d’Afrique. Mais pour cela, il faut savoir jouer avec ceux qui peuvent favoriser ou bien contrarier ces perspectives ; on peut vous aider si vous ne nous gênez pas ; on peut vous gêner si vous ne nous aidez pas !”, lance-t-il à Sékou en substance.
      Sékou reste impassible. La discussion sera longue. Mais au bout de quatre heures de discussions, on débouche une bouteille de champagne et on trinque au succès de l’accord intervenu. Rien ne filtrera jamais sur l’appui que Cornut-Gentille donne à Sékou, soutien et conseils politiques, renseignements confidentiels, aide financière sur ses fonds secrets
      Sur le chemin du retour au Palais du gouverneur, alors que l’aube se lève sur Conakry, Bern confie à Bois :
      — “Vous avez vu comment on peut manoeuvrer un jeune syndicaliste africain ?”.
      Et à son tour, Bois affirme qu’il murmura, au moins in petto :
      — “J’ai surtout vu comment un jeune syndicaliste africain peut manoeuvrer un haut-commissaire !”
      En effet, les Français sauront trop tard qu’ils avaient élevé une vipère, qui les mordra à coups de complots imaginaires, à partir de 1959.En attendant, quelques mois plus tard, en avril 1954, Yacine Diallo tombait, victime d’une ‘“embolie cérébrale” mortelle à domicile. Or l’embolie — cardiaque ou cérébrale — est généralement progressive en ce sens qu’elle donne des signes avant-coureurs avant la crise fatale.
      Yacine ne montra aucun signe de faiblesse (gestes, déplacement parole, etc.), encore moins de paralysie même légère.
      Il fut enterré sans autopsie…   On ne parla plus jamais de lui. Ce fut une double disparition : physique et politique.
      Mourut-il naturellement ou bien fut-il éliminé ? Et pourquoi ? Pour faciliter les ambitions et la montée de Sékou Touré ? Les questions restent posées !Lire Bernard Charles. Le rôle de la violence dans la mise en place des pouvoirs en Guinée (1954-58)En tout état de cause, si le rapport médical sur la cause de la mort de son père existe, Issa Ben Yacine Diallo, devrait se le procurer et le publier… Ce serait une contribution importante dans la quête pour établir les faits ayant conduit à la disparition du Premier député de la Guinée. Sans que plus jamais on parlât de lui !!!

Bons offices

Cela dit, de son propre aveu, Issa Ben Yacine déclare collaboré  successivement avec Lansana Conté, Moussa Dadis Camara, Sékouba Konaté, voire Président Alpha Condé. S’agissant de ce dernier, il se soustrait à la règle ; il ne l’appelle pas professeur, il lui décerne plutôt le titre d’Elhadj !!!
Conduite derrière les rideaux, officiellement et/ou officieusement, cette activité lui valu des critiques vigoureuses et fondées, ainsi que des condamnation sans appel, à mon avis méritées. Feu Ansoumane Doré articula avec la rigueur et l’intégrité coutumières des objections irréfutables contre l’association de Issa Ben Yacine avec les dictateurs et autocrates sus-mentionnés. Il en fut de même de la part de Ibrahima Kylè Diallo. Il est particulièrement regrettable qu’Issa reprenne à son compte l’hypothèse aussi fantaisiste et suspecte d’Alpha Condé faisant de “la Guinée un pays sans Etat”. Non, M. Diallo, la Nature, l’Histoire et la Culture ont horreur du vide. Et, quelle que soit sa forme et son contenu, l’Etat est toujours présent : force du Mal ou du Bien, oppresseur ou libérateur, porteur de misère ou de prospérité… Les chefs d’Etat guinéens auxquel Issa Ben Yacine offrit son expérience  et sa compétence se rangent dans la mauvaise colonne : celle du Mal, de l’oppression et de la pauvreté, infligés depuis 60 ans par les rayons dardants des “soleils” de la prétendue indépendance.

Phonologie et violence politique

Il est intéressant d’entendre IBYD prononcer le prénom Sékou. Au lieu d’articuler -k- comme on s’attendrait d’un haal-Pular, il emploie la consonne -kh. Celle-ci n’appartient pas au système phonologique pular ou maninka. Mais elle est très fréquente et hautement fonctionnelle en sosokui (langue soussou ). En d’autres termes, sa présence ou son absence est signifiante, et elle entraîne une différence de sens entre deux mots. Le son figure dans des mots essentiels du vocabulaire : khamè (homme), khili (nom), khinyè (lait), kharan (apprendre), bankhi (demeure), sakhan (trois), sökhö (oncle), etc.
A noter que ma transcription est ici simplifiée, le sosokui est une langue duo-tonale. Son écriture correcte exige le port du ton (haut ou bas) sur la syllabe, parce que le sens des mots en dépend, dans de nombreux. Même si deux mots ont la même orthographe horizontale, ils peuvent différer sémantiquement par le(s) ton(s).

Pour importantes qu’elles soient ces caractéristiques ne s’appliquent cependant pas aux noms propres. Cela signifie que Sékou et Sékhou sont équivalents.

Toutefois, à partir de 1954, Sékou Touré et le PDG commencèrent à harasser et à attaquer les partisans du Bloc Africains de Guinée, dirigé par Diawadou Barry, Koumandian Keita, Karim Bangoura, etc. Ils savaient qu’un locuteur natif du Pular (quelle que soit son ethnie) ne peut pas naturellement articuler le son –kh-. Dans cette langue, on remplace –kh– par -k-, qui est le son le plus proche. Le PDG lança donc des campagnes de chasse et d’intimidation des militants du B.A.G. L’objectif était de forcer des individus à changer de parti. Pour cela, les gangs du PDG distinguaient les Sose des Fulɓe par la façon de prononcer le mot khoosa-khori. Si la personne confrontée disait koosaa-kori, elle était en danger. Parfois, la confrontation conduisait à la bagarre, qui, à son tour, empirait, provoquant des blessures sérieuses. Et dans certains cas, le malheureux mourait.
Au bout d’un certain temps, les gens du BAG ripostèrent. A leur tour, ils savent qu’un Sose monolingue ne peut pas prononcer la consonne -ɓ- :bhiɓɓe (enfants), ɓaawo (dos),ɓira (lait),ɓundu (source) très fréquente en Pular. Ils créèrent un test inverse. Il consistait à exiger d’une personne suspecte d’appartenir au PDG de dire silɓadere. Et puisque le sosokui n’a pas ce phonème, les locuteurs de cette le remplacent par la consonne -b-. Dans ce cas, l’intéressé répondait silBadere, avec –b– et non –ɓ-. Il était alors aussitôt soumis à des représailles. Par vengeance, car le PDG fut à la base des affrontements !

Lire Bernard Charkes, Le rôle de la violence dans la mise en place des pouvoirs en Guinée (1954-58) Sylvain Soriba Camara. La Guinée sans la France, chapitre “La lutte entre le régime du PDG et son opposition”.

Ainsi le génie maléfique de Sékou Touré instaura-t-il, au milieu des années 1950, la politique de la violence et du meurtre ciblés à des fins politiques. Cette tradition tragique et criminelle sévit toujours encore. Pour preuve, depuis son accession à présidence, Alpha Condé a “parrainé” la mort par balles de plus 94 jeunes citoyens, en majorité des Fulɓe. Leur tort impardonnable pour le régime en place à Conakry: l’exercice de leur droit démocratique, légitime, légal et constitutionnel d’opinion et d’assemblée.

A suivre.

Tierno S. Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

Founder and publisher of webAfriqa, the African content portal, comprising: webAFriqa.net, webFuuta.net, webPulaaku,net, webMande.net, webCote.net, webForet.net, webGuinee.net, WikiGuinee.net, Campboiro.org, AfriXML.net, and webAmeriqa.com.

Leave a Reply