Une peinture terne et simpliste de l’Afrique

Béchir Ben Yahmed
Béchir Ben Yahmed

L’éditorial de Béchir Ben Yahmed (BBY) intitulé “Sombre tableau du continent” offre une peinture terne et simpliste de la situation du continent. La substance de l’article prête ainsi le flanc à la critique et à l’objection sur trois points :

  • Les clichés et la dichotomie artificielle
  • Les statistiques de routine
  • L’approche décontextualisée

Clichés et dichotomie

D’entrée de jeu, Béchir Ben Yahmed évoque le cliché de l’afro-optimisme, dont le revers est, on le sait, “l’afro-pessismisme”.  Ces expressions équivalent certes à l’euro-pessimisme et à l’euro-optimisme. Mais la comparaison est déplacée et l’on doit admettre que l’application de ces mots à l’Afrique est plus significative. Pourquoi ? Parce que les pays européens ont, indéniablement, des économies, des infrastructures sociale et des institutions culturelle plus solides. Alors que l’Afrique, elle, ne parvient pas à se dégager de la tutelle et de l’hégémonie occidentales. Les fluctuations boursières, les contradictions politiques, etc. fondent l’optmisme des uns et le pessimisme des autres sur le “Vieux Continent”, certes. Mais les populations et les élites n’en bénéficient pas moins de niveaux de vie élevés.
Cela n’est pas le cas en Afrique, où tous les pays sont des entités à deux niveaux ; à la base se trouvent des masses paupérisées depuis des décennies, au sommet trônent des élites politiques récentes, qui, en général, sont à la remorque de l’Europe. Les sociétés africaines vivent en permanence dans cette disjonction entre dirigeants et dirigés. Un  exemple majeur concrétise ce fossé ; d’un côté les populations ont “leur langue maternelle ; c’est-à-dire une langue ni écrite ni lue, qui ne permet que l’incertaine et pauvre culture orale” ; de l’autre, les dirigeants “n’entendent et n’utilisent” que les langues europénnes. Je cite ici Portrait du Colonisé par Albert Memmi, compatriote Tunisien de Béchir Ben Yahmed. En un mot, afro-optimisme et afro-optimisme sont des concepts et des expressions de l’élite africaine (francophone, anglophone, lusophone). Ces mots n’appartiennent pas au répertoire lexical et ne relèvent pas du comportement linguistique des populations. Autant dire que la distinction entre Africains optimistes et pessimistes constitute plutôt une dichotomie artificielle et superficielle.

Les statistiques habituelles

M. Yahmed continue avec une sélection de statistiques qui confirment sa son opinion présente, mais pas son parcours de combattant et sa vision originelle de l’Afrique. On relève les passages suivants :

  • Le produit intérieur brut du Nigeria et de l’Afrique du Sud, respectivement de 415 milliards et de 280 milliards de dollars par an.
  • La position économique de ces deux pays
    • 46,7% de la production totale de l’Afrique subsaharienne
    • 31,9% de la production africaine en général
  • Le poids démographique de quatre pays :
    • Nigéria, 184 millions d’habitants
    • Ethiopie : 91 millions
    • Egypte : 91 millions
    • RDC, 85 millions

Béchir Ben Yahmed évoque ensuite, sans pause ni transition, des faits d’actualité dominants au Nigéria et en Afrique du Sud. Ainsi, parlant du Nigéria, il écrit que le président Muhammadu Buhari est “malade et … ne dit rien — ni à son peuple ni aux Africains — du mal qui l’a maintenu éloigné de son pays pendant deux longs mois et l’empêche de reprendre son travail à un rythme normal”. Mais BBY aurait dû rappeler l’acte de transfert provisoire du pouvoir au vice-président Yemi Osinbajo, signé par Buhari et approuvé par la branche judiciaire (Sénat et Assemblée fédérale). De la sorte, l’équipe Buhari n’a pas totalement répété l’indécision du gouvernement de Umaru Yar’adua en 2008.

Quant à l’Afrique du Sud, l’éditorial dénonce le comportement du président Jacob Zuma “notoirement corrompu et dont l’obsession est de voir son ex-femme lui succéder au terme de son deuxième et dernier mandat. Pour se protéger d’éventuelles poursuites judiciaires”. L’article met ici en exergue un mal plus étendu, à savoir, la mal-gouvernance des héritiers de Nelson Mandela. Car avant les scandales financiers de Zuma, le pays de l’Arc-en-ciel a connu l’incompétence et l’affairisme de Thabo Mbeki. Négociateur dans le conflit ivoirien dans les années 2004-2005, il essuya la contestation de son rôle par les opposants du président Gbagbo, qui se plaignirent de son zèle à placer plutôt les produits d’exportation de son pays, et de sa partialité.

Cela dit, les économies du Nigéria et de l’Afrique du Sud sont —à l’image du reste du continent — exocentrées et dépendent de l’exploitation pétrolière et de l’extraction minière, respectivement. Pire, les deux sont loin de panser les plaies profondes de leur passé et de corriger les handicaps de leur présent. Pour le Nigeria, ce sont la guerre civile du Biafra, (1966-1970), la confiscation du pouvoir par l’armée pendant trois décennies environ, la corruption, les insurrections armées du  MEND dans le Delta du Sud-est, les ravages encore plus criminels de Boko Haram dans le Nord-est. En Afrique du Sud,  la libération et l’élection du président Mandela marquèrent la fin de l’Apartheid, certes, et le changement de régime politique. Mais, les rênes du pouvoir économique n’ont pas changé de main. Par exemple, citons le massacre en 2012 de 34 mineurs grévistes de la mine de platine de Marikana. Les forces de l’ordre au service du gouvernement de l’ANC commirent une tragédie qui rappelle la boucherie de Sharpeville en 1960. L’ex-couple Jacob et Nkosazana Dhlamini Zuma réussira-t-il là où le duo Bill et Hillary Clinton a échoué ? Leur plan tient-il en compte la crise endémique de la société africaine, dont certaines couches affichent une xénophobie d’autant plus regrettable que la lutte contre l’Apartheid fut soutenue par la plupart des pays africains ?

Un éditorial qui décontextualise l’Afrique

L’éditorial de BBY contient seulement le nom de l’Afrique. Il ne désigne nommément ni l’Asie, ni l’Amérique, ni l’Europe. Et pourtant l’auteur sait à quel point les autres parties du monde sont redevables à l’Afrique en  matières premières. Que font-ils, au nom de la solidarité humaine, pour prévenir les dérives récurrentes ou pour aider à punir les auteurs de crimes de sang et de guerre ? L’Afrique est le seul continent à ne pas siéger en permanence au Conseil de sécurité de l’ONU. A-t-elle une chance d’en être membre un jou ? Voire.
En attendant, la pendule de l’Histoire marche sans arrêt. Elle balance entre la paix et la guerre, la prospérité et la misère, la droiture et la corruption. La stagnation et les revers de l’Afrique sont évidents. Mais en même temps l’on note des efforts de correction et de prévention. Ainsi, des magistrats du continent siégeant dans les Chambres africaines extraordinaires, (CAE), et en vertu d’un accord entre l’Union africaine (UA) et le Sénégal, ont jugé, reconnu coupable et condamné l’ex-dictateur tchadien Hissène Habré, le 9 janvier dernier. De même, sous la menace d’une intervention militaire coordonnée et d’une arrestation par les forces de la CEDEAO, Yahya Jammeh a dû céder le pouvoir à Adama Barrow, son successeur démocratiquement élu.
Il y a donc une dynamique positive que l’éditorial de Béchir Ben Yahmed ne mentionne pas. L’article réflète une vision en tunnel qui ne sied guère au fondateur de l’hebdomadaire Jeune Afrique et président du Groupe éponyme. Pis, aucune ébauche de solution n’est indiquée. Et Le ton  pessimiste persiste du début à la fin. Il ne sert à rien d’énumérer les faillites du continent, si l’on ne le replace dans le contexte de son passé historique négatif, c’est-à-dire l’esclavage, la colonisation, la néo-colonisation et la perpétuation des hégémonies étrangères nonobstant les indépendances nominales, juridiques et politiques. De même, l’Afrique souffre le plus, certes. Mais les autres contients ne s’en tirent pas non plus à bon compte. Du Brésil aux USA, en passant par la Chine, l’Inde, la Russie, l’Union Européenne, le ras-le-bol des laissés-pour compter et la réprobration contre les politiciens et les élites économiques se manifestent, ouvertement, ou en sourdine.Et la mondialisation en porte la responsabilité. L’environnement global du 21è siècle est un géant aux pieds d’argiles. Sa tête (les économies avancées) est dans les nuages post-industriels et cybernétiques. Mais une grande partie de son corps (les damnés de la terre, Fanon) vit 20e siècle, voire au 19e. En particulier, l’Afrique gémit entre le marteau des hégémonies extérieures et l’enclume d’élites nationales défaillantes et dans certains criminelles. Toutefois, l’épidemie Ebola (2013-2014) a montré à quel point la fragilité de l’être humain et la nécessité de la solidarité planétaire.

Pour terminer, il est étonnant de la part de Béchir Ben Yahmed, auteur du livre Les années d’espoir : 1960-1979, d’appliquer à l’Afrique des oeillères réductrices, simplificatrices et simplistes. Engagé dans les tranchées depuis son départ du gouvernement de Habib Bourguiba en 1957, il continue de jouer un rôle prééminent dans la presse francophone. Pour ma part, je réitère ici mes remerciements à Jeune Afrique pour sa dénonciation infatigable de la dictature de Sékou Touré, président de la Guinée (1958-1984). Je compte republier sur mon site Camp Boiro Mémorial le dossier élaboré que BBY et son équipe exposèrent au public durant le « Complot Peul », qui aboutit à la liquidation atroce de Telli Diallo, premier secrétaire général de l’Organisation de l’Unité Africaine, devenue l’Union Africaine.

Ce qui manque à l’éditorial “Sombre tableau du continent”, c’est la longue expérience, la sagacité et la largesse de vue d’un acteur avéré et d’un témoin émérite de l’Afrique contemporaine.

Tierno S. Bah

Jeanne-Martin Cissé (1926-2017)

Jeanne Martin Cissé et Sékou Touré, circa 1970
Jeanne Martin Cissé et Sékou Touré, vers 1970

Sous la plume de François-Xavier Freland Jeune Afrique reprend la nouvelle de la mort de Jeanne-Martin Cissé (1926-2017). Reflétant diverses sources d’information, l’hebdomadaire évoque, en quelque 532 mots, la vie de cette compagne de Sékou Touré.

  1. On y relève ainsi le tableau du cadre familial au crépuscule de la vie à Conakry. Il n’y est question toutefois que des filles de la disparue, alors qu’au moins trois de ses enfants sont des hommes. L’aîné, Cheick Mohammed ‘Papus’ Camara, est un de mes promotionnaires aux lycées de Conakry et de Labé. Notre dernière rencontre, vite transformée en une longue, amicale et intéressante conversation, remonte à 2003 à Dakar.
  2. Mais l’auteur reste vague sur la naissance, l’éducation et l’adolescence : noms et occupation des parents, un brin de généalogie, postes d’enseignement. Il néglige, par exemple, un détail important, à savoir comment peut-on naître “dans une famille musulmane modeste d’origine Soussou et Malinké” et s’appeler Jeanne-Martin ?
  3. L’article maquille et embellit le passage sur “la célèbre école normale de Rufisque”,  qu’il présente comme étant  un établissement “d’élite féminine qui s’était employée à faire de ces élèves venues de toutes l’Afrique coloniale française de futures enseignantes, attachées à leur africanité.” François-Xavier Freland aurait dû mettre un peu d’eau dans son vin, car dans l’ensemble le palmarès de l’école française n’est pas du tout rose. Surtout sous la Troisième République (1870-1940) qui imposa le déshumanisant Empire colonial et l”abominable régime de l’Indigénat.
  4. François-Xavier glisse le nom de Germaine Le Goff sans préciser qu’il est l’auteur de la biographie intitulée L’Africaine blanche (1891-1986) : Germaine Le Goff, éducatrice mythique.  Il aurait dû apporter la précision, ne serait-ce que pour élargir l’horizon des lecteurs.
  5. Certaines camarades de formation de Jeanne-Martin sont mieux introduites, notamment avec la mention d’Une si longue lettre, l’oeuvre principale de Mariama Bâ.
  6. Le portrait matrimonial de Jeanne-Martin se limite à son  mariage avec Bansoumane Touré. Cette victime du Camp Boiro fut en réalité le second époux de Mme. Jeanne. Sur les circonstances de la disparition de Bansoumane à la Prison de Kindia, lire Kindo Touré “La mort de Ban Ansoumane Touré”.
  7. Dans sa biographie de Sékou Touré André Lewin indique, à juste titre, que le premier mari de Jeanne-Martin s’appelait Camara. Malheureusement, il omet le prénom du défunt, qui mourut victime d’un accident de circulation en 1958. Lire Ahmed Sékou Touré (1922-1984). De Gaulle à Conakry,  25/26 août 1958 (volume 2, chapitre 25)
  8. L’article présente Bansoumane Touré comme “un des fondateurs du Parti Démocrate Guinéen (PDG) animé par Sékou Touré. Très vite, elle (Jeanne-Martin) milite pour l’indépendance et œuvre pour l’émancipation des femmes en Afrique.” L’auteur va vite en besogne et commet ici deux erreurs aussi gratuites que légères :
    (a) Bansoumane ne figure pas parmi les membres fondateurs du PDG-RDA
    (b) Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les pionniers de l’activité politique visaient d’abord l’autonomie interne. Le régime colonial fit la sourde oreille et traîna la savate jusqu’en 1956, date de promulgation de la loi-cadre Gaston Deferre. Mais c’était trop tard. Le Viet-Minh avait déjà vaincu des milliers de troupes françaises en 1954 à Dien Bien Phu. Cette cinglante défaite militaire ainsi que le déclenchement de la guerre d’Indépendance d’Algérie accélérèrent le cours de l’Histoire. Les protectorats du Maroc et de la Tunisie devinrent des états souverains en 1956. En mai 1958, l’armée imposa le Général Charles de Gaulle au Parlement français. Cherchant à retarder l’implosion du domaine colonial de la France, le vieux guerrier,  intellectuel et homme d’Etat organisa le référendum de 1958 autour d’une nouvelle Constitution. Le projet de loi fondamentale proposait, entre autres, l’abolition de l’instable 4ème république (en place depuis 1946), l’avènement de l’actuelle 5è république,  et l’instauration de la Communauté franco-africaine, en lieu et place de l’Union française, elle-même héritière de l’Empire colonial.
  9. L’auteur effleure ensuite la carrière onusienne de Jeanne-Martin. François-Xavier Freland écrit : “… elle est désignée en 1972 au poste de représentante permanente de la Guinée aux Nations unies, et devient … même présidente du Conseil de Sécurité de l’ONU, son pays étant alors membre non permanent de ce comité.”
    Lire également “Jeanne-Martin Cissé accepte une invitation de Louis de Guiringaud, ambassadeur de France auprès des Nations Unies”, A. Lewin, volume 6, chapitre 68
    Aucun mot sur Telli Diallo et Marof Achkar, autrement plus efficients et prestigieux que l’ambassadrice Cissé. Silence total aussi sur le sort des proches de Madame Sow Nima Bâ, ancienne détenue du Camp Boiro et dont Sékou Touré décima la famille en faisant assassiner :

Et en condamnant à mort par contumace le frère cadet, Bâ Mamadou.

  1. L’article cite Hadja Nima en ces termes : « Mais la période des purges l’avait rendu triste. » Peu importe que ma belle-soeur ait prononcé des mots. Le fait est qu’ils sont en porte-à-faux avec la réalité post-sékoutouréenne.
  2. Dirigeante ddu Conseil national des Femmes de Guinée, membre du Comité central du Parti démocratique de Guinée, membre du Burean politique national et du Gouvernement, feue Jeanne-Martin fut, de bout en bout,  une collaboratrice fidèle et une porte-parole aussi “impénitente et non-repentante” de la dictature de Sékou Touré que Mme. Andrée Touré.

Pour conclure, je me propose de lire La fille du Milo. Après quoi, je  ferai une suite à cet article.

Tierno S. Bah

L’Afrique reste le continent de la pauvreté

Béchir ben Yahmed
Béchir ben Yahmed

Je re-publie ici l’article “L’Afrique reste le continent de la pauvreté” par Béchir Ben Yahmed. De la part de ce pionnier et vénérable journaliste, c’est un constat réaliste et amer. C’est surtout un témoignage de valeur qui résume quelque soixante-dix ans d’indépendance africaine — la Tunisie cessa d’être un protectorat français et obtint sa souveraineté en 1956.
Après son départ du gouvernement de Habib Bourguiba, premier président de la Tunise, Béchir ben Yahmed fonda le magazine Afrique Action en 1960. L’année suivante, la publication devint Jeune Afrique. Je me souviens vaguement avoir été témoin de la présence et d’une conversation de Béchir ben Yahmed à Conakry, au milieu des années 1960.  C’était au dancing La Paillotte, dont le décor et l’ambiance était rehaussée en l’occurrence par François Luambo Makiadi (Franco) et le Tout-Puissant OK Jazz.

Pour mémoire, La Paillote devint le bercail de feu maître Kélétigui Traoré et ses Tambourinis.  Un autre orchestre congolais — le nom n’échappe — avait élu domicile et jouait régulièrement au dancing Jardin de Guinée. Après le départ des Congolais, le night-club  accueillit  en permanence feu maître Balla Onivogui et ses Balladins. C’était quatre ans environs avant la création du Bembeya Jazz de Beyla, avec le soutien d’Emile Condé, gouverneur de la région.

Béchir ben Yahmed avait donc rompu avec le despote de sa Tunisie natale. De même, il devint tout aussi indésirable dans la Guinée, qui pâlissait graduellement la dictature d’Ahmed Sékou Touré. La brouille était prévisible et inévitable entre celui-ci et un Béchir attaché aux principes de la démocratie, dont celui de la liberté de la presse.

Siradiou Diallo (1936-2004)
Siradiou Diallo (1936-2004)

Pour autant, Béchir ben Yahmed ne renonça, ni ne délaissa la Guinée à son sort dans les mains sanguinaires de Sékou Touré. Au contraire, il embaucha feu Siradiou Diallo —mon propre neveu— dans sa rédaction. Mieux,  il récompensa le talent du jeune Guinéen en l’intégrant progressivement à la direction de l’hebdomadaire, et cela jusque dans des fonctions de décision au sommet. Ben Yahmed, Siradiou Diallo, et toute l’équipe de Jeune Afrique, s’attelèrent méthodiquement à l’accomplissment de leur délicate mission. Guidé par une politique éditoriale lucide, ils livrèrent à l’Afrique et au monde des reportages clés. Et des révélations implacables sur les dictatures du continent. Jeune Afrique devint une plateforme nouvelle, solide et fiable de diffusion des nouvelles du continent : bonnes ou mauvaises, encourageantes ou déprimantes.… Autant les interdictions frappaient la revue, autant les exemplaires —et les articles — de ses numéros étaient fièvreusement attendus et, souvent, secrètement partagés.
En particulier, les Guinéens doivent une fière chandelle à Jeune Afrique. En effet, durant deux décennies, la revue publia des informations rares, vitales, au moment où le terrorisme d’Etat et la peur paralysaient le pays. Imaginaires ou/et rééls, les complots furent exposés de manière précise,  professionnelle.
Autant de raisons pour lire et méditer sur le papier de Béchir ben Yahmed. C’est un rappel bref et alarmant du rayonnement continu des “soleils des indépendances”.

Lire de la part de Jeune Afrique, le journal et la maison d’édition : (a) Plus dure est la chute … Guinée : dix-neuf ans après le “non” du 28 septembre 1958, le mythe et les réalités  (b)Guinée, la carpe et le lapin (c)
Sékou Touré. Ce qu’il fut. Ce qu’il a fait. Ce qu’il faut défaire (d) Le diplomate et le tyran (e) Sékou tel que je l’ai connu (f) Diallo Telli. Le destin tragique d’un grand Africain

Merci, Béchir !

Tierno S. Bah


La démocratie, la vraie, est-elle en train de progresser en Afrique ? La pauvreté y est-elle en régression ? À ces deux questions, les plus importantes qu’on puisse et doive se poser, la réponse est, hélas, négative.

  1. Malgré certaines apparences, la démocratie africaine, au lieu de progresser, s’est mise à régresser.
  2. La pauvreté ? Elle a reculé partout dans le monde et de façon spectaculaire en Asie, mais guère en Afrique.

Une trop grande partie de la population de la majorité des cinquante-quatre pays du continent est encore engluée dans un état de grande pauvreté.

C’est là le résultat de la mauvaise gouvernance et de l’absence de toute industrialisation digne de ce nom, contrastant avec la richesse du sous-sol d’un continent où l’électricité fait encore défaut et qui donne l’impression de n’être pas sorti du XIXe siècle.

La situation de la démocratie

Tout le monde sait, et en premier lieu ceux qui y aspirent, que le pouvoir ne s’acquiert plus par des coups d’État. L’on y accède durablement, et l’on ne s’y maintient désormais que par les urnes.

Mais celles-ci sont capricieuses, et leur verdict est aléatoire. Que faire quand on veut le pouvoir à tout prix ?

On triche, et, dès lors que tous les candidats ou presque s’adonnent à cet exercice, ce qui est le cas, l’emporte celui qui triche le plus et le mieux.

Il le fait trois fois de suite : lors de l’établissement des listes, le jour du vote et au moment du dépouillement.

Ceux qui détiennent le pouvoir et veulent s’y maintenir ont appris, en outre, à contrôler la commission électorale (censée être indépendante) et à faire en sorte que ce juge suprême qu’est le Conseil constitutionnel arbitre en leur faveur.

L’alternance est ainsi quasi impossible.

La Constitution dont vous avez hérité ou que vous avez vous-même fait élaborer limite le nombre de vos mandats ? Qu’à cela ne tienne ! Vous cherchez et trouvez le moyen de la modifier.

Vos concurrents crient à la fraude ? Leurs contestations sont trop bruyantes ? Vous avez les moyens, dont la prison ou même pire, de les faire taire.

Et si eux-mêmes, leurs avocats et leurs partisans protestent, vous répondez sans ciller : « Nous sommes dans un État de droit, la justice est indépendante… »

Et vous jouez la montre, attendez que le temps fasse son œuvre. On se lassera de protester, et « le fait accompli » viendra confirmer votre victoire : au bout de quelques semaines, vous voilà « un président démocratiquement élu ».

Ces pratiques ont pour principale victime la démocratie africaine elle-même : est-elle « morte-née » ?

Oui, tant que l’opinion publique africaine acceptera cette situation, que l’Union africaine (UA) et ce qu’il est convenu d’appeler « la communauté internationale » ne seront pas plus sévères à l’endroit de ces présidents faussement élus et qui ne sont, en réalité, que des dictateurs qui se défendent de l’être.

Il suffirait de refuser de reconnaître « les assassins de la démocratie » et de s’abstenir de traiter avec eux. N’est-ce pas de cette manière qu’on a combattu les coups d’État au point de leur enlever tout intérêt et de les faire ainsi disparaître ?

Un signe qui ne trompe pas : la pauvreté

Début octobre, la Banque mondiale en a donné les derniers chiffres disponibles : dans le monde, 767 millions d’hommes, de femmes et d’enfants, soit un peu plus de 10 % des êtres humains, ne disposent (en parité de pouvoir d’achat) que de 1,90 dollar par jour au maximum, juste de quoi ne pas mourir de faim.

Ce chiffre et ce pourcentage ont beaucoup baissé en vingt ans (entre 1993 et 2013), car ces malheureux étaient près de 2 milliards en 1993, soit le tiers de l’humanité.

En Inde et en Chine, respectivement plus de 200 millions et plus de 300 millions de personnes sont sorties de la pauvreté au cours de la dernière décennie.

Quid de l’Afrique ? La même Banque mondiale donne les pourcentages disponibles par pays. On note tout d’abord l’absence de chiffres pour une quinzaine d’entre eux : on ne sait pas ! Dans une dizaine d’autres, plus de la moitié de la population vit dans la pauvreté.

Dans d’autres États enfin, qui forment la moitié du continent et sont les mieux lotis, la proportion de pauvres se situe entre 20 % et 40 %.

Nous sommes, comme vous le voyez, le continent de la pauvreté : elle est plus répandue chez nous que partout ailleurs…

Si l’on s’aventure à comparer avec les pays riches ou assez riches, membres de l’OCDE, on doit tout d’abord changer de critère : dans ces trente-cinq pays sont décomptés comme pauvres ceux dont le revenu est inférieur à la moyenne nationale.

Le pourcentage des personnes dites pauvres est en même temps indicatif de l’inégalité qui règne dans les pays considérés.

Béchir Ben Yahmed
fondateur de Jeune Afrique (17 octobre 1960 à Tunis)
Président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

A quarter-century of Linux

Linus Benedict Torvalds with the Penguin, mascot of Linux
Linus Benedict Torvalds with the Penguin, mascot of Linux

Linux celebrates its 25th anniversary: a quarter-century in which it truly changed the world. Luckily for me, I was an early convert. And an adopter, if not in practice at least in mind. It was 1991, and I was living in Washington, DC, Southwest. Somehow my MCIMail account was among the recipients of a mailing list message that is likely to remain a memorable and historic announcement. It read:

From: torvalds@klaava.Helsinki.FI (Linus Benedict Torvalds)
Newsgroups: comp.os.minix
Subject: What would you like to see most in minix?
Summary: small poll for my new operating system
Message-ID: <1991Aug25.205708.9541@klaava.Helsinki.FI>
Date: 25 Aug 91 20:57:08 GMT
Organization: University of Helsinki
Hello everybody out there using minix –
I’m doing a (free) operating system (just a hobby, won’t be big and professional like gnu) for 386(486) AT clones. This has been brewing since april, and is starting to get ready. I’d like any feedback on things people like/dislike in minix, as my OS resembles it somewhat (same physical layout of the file-system (due to practical reasons) among other things).
I’ve currently ported bash (1.08) and gcc (1.40), and things seem to work. This implies that I’ll get something practical within a few months, and I’d like to know what features most people would want. Any suggestions are welcome, but I won’t promise I’ll implement them ?
Linus (torvalds@kruuna.helsinki.fi)
PS. Yes – it’s free of any minix code, and it has a multi-threaded fs. It is NOT portable (uses 386 task switching etc), and it probably never will support anything other than AT-harddisks, as that’s all I have :-(.

I don’t recall giving Linus Torvalds a technical feedback or even a broad suggestion. For I was still a UNIX newbie challenged by an entrenched industrial operating system. For a while, I looked into A/UX —Apple’s defunct version of UNIX. Next, I made unsuccessful efforts to run an Apache web server on MachTen UNIX, from Tenon Intersystems. That company’s Berkely Software Distribution (BSD)-based OS targeted Macintosh computers built on either the PowerPC, M68K or G3 chips.…

Dr. Bob Kahn (left) and Dr Vinton Cerf (right): inventors of the TCP/IP Internet, which made the creation of Linux possible, and spurred its growth and popularity.
Dr. Bob Kahn (left) and Dr Vinton Cerf (right): inventors of the TCP/IP Internet, which made the creation of Linux possible, and spurred its growth and popularity.

Months after receiving Torvald’s email, I had the privilege of participating in the 1992 Kobe, Japan, conference. Co-inventor, with Dr. Robert Kanh, of the TCP/IP Stack — of Standards and Protocols — that underlies the Internet, Dr. Vinton Cerf chaired the event. And I was part of a group of technologists from eight African countries (Algeria, Tunisia, Egypt, Kenya, Zambia, Nigeria, Senegal, Guinea) who were invited to the meeting. There, with the other delegates, we witnessed and celebrated the founding of the Internet Society.…
In hindsight — and for a social sciences and humanities researcher like me —, the early 1990s proved serendipitous, challenging and groundbreaking. As Linux began to gain foothold, I alternatively tested some of its distributions: MkLinux, Red Hat, CentOS, Ubuntu, Debian… before settling on CentOS and Ubuntu. Ever since, I keep busy managing my Linux Virtual Private Server (VPS) which hosts a fairly complex array of services,  languages, utilities, applications, front-end frameworks (Bootstrap, Foundation), the Drupal, WordPress and Joomla Content Management Systems, etc. The VPS runs in full compliance with rules, regulations and Best Practices for efficiency, availability, productivity and security. It delivers rich content on each of my ten websites, which, together, make up my webAfriqa Portal. Still freely accessible —since 1997—, the sites offer quality online library collections and public services: history, anthropology, economy, literature, the arts, political science, health sciences, diplomacy, human rights, Information Technology, general topics, blogging, etc. They are searchable with the integrated Google Custom Search Engine.
Obviously, with the mobile devices onslaught, websites can double up as apps. However, beyond responsive web design stand  Web 3.0 era aka of the Semantic Web. Hence the raison d’être of the Semantic Africa project. It is yet a parked site. Hopefully, though, it will  evolve into an infrastructure capable of mining and processing Big Data and Very Large  African Databases (MySQL, MongoDB), with advanced indexing and sophisticated search features (Solr, Elasticsearch). The ultimate goal is to build networks of knowledge distribution aimed at fostering a fuller understanding of the African Experience, at home and abroad, from the dawn of humankind to today.
Needless to say, such an endeavor remains a tall order. Worse,  an impossible dream! For the roadblocks stand tall; chief among them are the predicaments of under-development (illiteracy, schooling, training, health care, food production, water supply, manufacturing, etc.), compounded by the self-inflicted wounds and crippling “technological somnanbulism” of African rulers and “elites.”

Looking back at the 2014 USA-Africa Summit in Washington, DC, I will publish additional articles about the continent’s economic and technical situation and prospects. One such paper is called “Obama and Takunda:  a tale of digital Africa,” another is named  “African telecommunications revolution: hype and reality.”

For decades now, proprietary and Open Source software have been competing head to head around the world for mind and market share. I wonder, though, to what extent African countries seek to leverage this rivalry. Are they implementing policies and spending resources toward balancing commercial applications with free software? Are they riding the Linux wave ? Or are they, instead, bucking the trend? To be determined!
Anyway, I share here Paul Venezia’s piece “Linux at 25: How Linux changed the world,” published today in InfoWorld. The author is profiled as “A devoted practitioner (who) offers an eyewitness account of the rise of Linux and the Open Source movement, plus analysis of where Linux is taking us now.”
Read also “A Salute To Shannon
Tierno S. Bah

Linux at 25:
How Linux changed the world

I walked into an apartment in Boston on a sunny day in June 1995. It was small and bohemian, with the normal detritus a pair of young men would scatter here and there. On the kitchen table was a 15-inch CRT display married to a fat, coverless PC case sitting on its side, network cables streaking back to a hub in the living room. The screen displayed a mess of data, the contents of some logfile, and sitting at the bottom was a Bash root prompt decorated in red and blue, the cursor blinking lazily.

I was no stranger to Unix, having spent plenty of time on commercial Unix systems like OSF/1, HP-UX, SunOS, and the newly christened Sun Solaris. But this was different.

The system on the counter was actually a server, delivering file storage and DNS, as well as web serving to the internet through a dial-up PPP connection — and to the half-dozen other systems scattered around the apartment. In front of most of them were kids, late teens to early 20s, caught up in a maze of activity around the operating system running on the kitchen server.

Those enterprising youths were actively developing code for the Linux kernel and the GNU userspace utilities that surrounded it. At that time, this scene could be found in cities and towns all over the world, where computer science students and those with a deep interest in computing were playing with an incredible new toy: a free “Unix” operating system. It was only a few years old and growing every day. It may not have been clear at the time, but these groups were rebuilding the world.

A kernel’s fertile ground

This was a pregnant time in the history of computing. In 1993, the lawsuit by Bell Labs’ Unix System Laboratories against BSDi over copyright infringement was settled out of court, clearing the way for open source BSD variants such as FreeBSD to emerge and inspire the tech community.

The timing of that settlement turned out to be crucial. In 1991, a Finnish university student named Linus Torvalds had begun working on his personal kernel development project. Torvalds himself has said, had BSD been freely available at the time, he would probably never have embarked on his project.

Yet when BSD found its legal footing, Linux was already on its way, embraced by the types of minds that would help turn it into the operating system that would eventually run most of the world.

The pace of development picked up quickly. Userspace utilities from the GNU operating collected around the Linux kernel, forming what most would call “Linux,” much to the chagrin of the GNU founder Richard Stallman. At first, Linux was the domain of hobbyists and idealists. Then the supercomputing community began taking it seriously and contributions ramped up further.

By 1999, this “hobby” operating system was making inroads in major corporations, including large banking institutions, and began whittling away at the entrenched players that held overwhelming sway. Large companies that paid enormous sums to major enterprise hardware and operating system vendors such as Sun Microsystems, IBM, and DEC were now hiring gifted developers, system engineers, and system architects who had spent the last several years of their lives working with freely available Linux distributions.

After major performance victories and cost savings were demonstrated to management, that whittling became a chainsaw’s cut. In a few short years, Linux was driving out commercial Unix vendors from thousands of entrenched customers. The stampede had begun— and it’s still underway.

Adaptability at the core

A common misconception about Linux persists to this day: that Linux is a complete operating system. Linux, strictly defined, is the Linux kernel. The producer of a given Linux distribution — be it Red Hat, Ubuntu, or another Linux vendor — defines the remainder of the operating system around that kernel and makes it whole. Each distribution has its own idiosyncrasies, preferring certain methods over others for common tasks such as managing services, file paths, and configuration tools.

This elasticity explains why Linux has become so pervasive across so many different facets of computing: A Linux system can be as large or as small as needed. Adaptations of the Linux kernel can drive a supercomputer or a watch, a laptop or a network switch. As a result, Linux has become the de facto OS for mobile and embedded products while also underpinning the majority of internet services and platforms.

To grow in these ways, Linux needed not only to sustain the interest of the best software developers on the planet, but also to create an ecosystem that demanded reciprocal source code sharing. The Linux kernel was released under the GNU Public License, version 2 (GPLv2), which stated that the code could be used freely, but any modifications to the code (or use of the source code itself in other projects) required that the resulting source code be made publicly available. In other words, anyone was free to use the Linux kernel (and the GNU tools, also licensed under the GPL) as long as they contributed the resulting efforts back to those projects.

This created a vibrant development ecosystem that let Linux grow by leaps and bounds, as a loose network of developers began molding Linux to suit their needs and shared the fruit of their labor. If the kernel didn’t support a specific piece of hardware, a developer could write a device driver and share it with the community, allowing everyone to benefit. If another developer discovered a performance issue with a scheduler on a certain workload, they could fix it and contribute that fix back to the project. Linux was a project jointly developed by thousands of volunteers.

Changing the game

That method of development stood established practices on their ear. Commercial enterprise OS vendors dismissed Linux as a toy, a fad, a joke. After all, they had the best developers working on operating systems that were often tied to hardware, and they were raking in cash from companies that relied on the stability of their core servers. The name of the game at that time was highly reliable, stable, and expensive proprietary hardware and server software, coupled with expensive but very responsive support contracts.

To those running the commercial Unix cathedrals of Sun, DEC, IBM, and others, the notion of distributing source code to those operating systems, or that enterprise workloads could be handled on commodity hardware, was unfathomable. It simply wasn’t done — until companies like Red Hat and Suse began to flourish. Those upstarts offered the missing ingredient that many customers and vendors required: a commercially supported Linux distribution.

The decision to embrace Linux at the corporate level was made not because it was free, but because it now had a cost and could be purchased for significantly less — and the hardware was significantly cheaper, too. When you tell a large financial institution that it can reduce its server expenses by more than 50 percent while maintaining or exceeding current performance and reliability, you have their full attention.

Add the rampant success of Linux as a foundation for websites, and the Linux ecosystem grew even further. The past 10 years have seen heavy Linux adoption at every level of computing, and importantly, Linux has carried the open source story with it, serving as an icebreaker for thousands of other open source projects that would have failed to gain legitimacy on their own.

The tale of Linux is more than the success of an open kernel and an operating system. It’s equally as important to understand that much of the software and services we rely on directly or indirectly every day exist only due to Linux’s clear demonstration of the reliability and sustainability of open development methods.

Anyone who fought through the days when Linux was unmentionable and open source was a threat to corporate management knows how difficult that journey has been. From web servers to databases to programming languages, the turnabout in this thinking has changed the world, stem to stern.

Open source code is long past the pariah phase. It has proven crucial to the advancement of technology in every way.

The next 25 years

While the first 15 years of Linux were busy, the last 10 have been busier still. The success of the Android mobile platform brought Linux to more than a billion devices. It seems every nook and cranny of digital life runs a Linux kernel these days, from refrigerators to televisions to thermostats to the International Space Station.

That’s not to say that Linux has conquered everything … yet.

Though you’ll find Linux in nearly every organization in one form or another, Windows servers persist in most companies, and Windows still has the lion’s share of the corporate and personal desktop market.

In the short term, that’s not changing. Some thought Linux would have won the desktop by now, but it’s still a niche player, and the desktop and laptop market will continue to be dominated by the goliath of Microsoft and the elegance of Apple, modest inroads by the Linux-based Chromebook notwithstanding.

The road to mainstream Linux desktop adoption presents serious obstacles, but given Linux’s remarkable resilience over the years, it would be foolish to bet against the OS over the long haul.

I say that even though various issues and schisms regularly arise in the Linux community — and not only on the desktop. The brouhaha surrounding systemd is one example, as are the battles over the Mir, Wayland, and ancient X11 display servers. The predilection of some distributions to abstract away too much of the underlying operating system in the name of user-friendliness has rankled more than a few Linux users. Fortunately, Linux is what you make of it, and the different approaches taken by various Linux distributions tend to appeal to different user types.

That freedom is a double-edged sword. Poor technological and functional decisions have doomed more than one company in the past, as they’ve taken a popular desktop or server product in a direction that ultimately alienated users and led to the rise of competitors.

If a Linux distribution makes a few poor choices and loses ground, other distributions will take a different approach and flourish. Linux distributions are not tied directly to Linux kernel development, so they come and go without affecting the core component of a Linux operating system. The kernel itself is mostly immune to bad decisions made at the distribution level.

That has been the trend over the past 25 years — from bare metal to virtual servers, from cloud instances to mobile devices, Linux adapts to fit the needs of them all. The success of the Linux kernel and the development model that sustains it is undeniable. It will endure through the rise and fall of empires.

Paul Venezia
Paul Venezia

The next 25 years should be every bit as interesting as the first.

Paul Venezia
InfoWorld