Economie Archives – Page 28 of 29

La semaine dernière, les hommes d’affaires paraissaient devant la commission d’audits du CNDD siégeant au Camp Alfa Yaya Diallo.

Rien n’a encore transpiré des enquêtes ordonnées par le chef de la junte guinéenne. Mais il est fort probable que la commission accouche d’une souris et que le capitaine ait frappé un coup d’épée dans l’eau.

En effet, hier lundi 26 janvier, il a rencontré les mêmes hommes pour leur demander de baisser les prix des denrées alimentaires de base.

Il semble que le président du CNDD aime jouer la comédie et que ni l’ironie ni les faux-pas ne l’embarrassent.

N’est-ce pas le même Moussa Dadis qui promet de bâtir quatre nouvelles universités et une autoroute à péage en Guinée ?

Capitaine Camara n’a pas indiqué comment il entend financer ses projets d’infrastructure. Entretemps, on note une évolution alarmante pour la junte de Conakry. D’une part, les cours des produits minéraliers chutent sur les bourses mondiales. D’autre part, l’étau de l’isolement serre de plus en plus le régime guinéen, qui a éveillé la suspicion de ses partenaires concernant la tenue d’élections en 2009 ou 2010.

Slogans et spirale de la violence

A travers capitaine Moussa Dadis, j’ai la nette impression que Lansana Conté exerce de façon posthume son patriarcat hégémonique sur la Guinée.

L’ancien président guinéen aimait vanter ses mérites de stratège. Il n’entendait pas par là quelque planification géniale au bénéfice de l’Etat et du pays. Non, il sous-entendait les coups bas, les sales combines dans la neutralisation de ses adversaires politiques. Il faisait allusion aussi à l’élimination physique de collègues devenus gênants.

C’est ainsi qu’il fit emprisonner Bâ Mamadou et Alpha Condé, d’une part, et qu’il fit assassiner le colonel Sama Panival Bangoura.

Au plus fort de la révolte populaire contre son régime en 2007, il menaça physiquement les dirigeants syndicaux en leur disant : « J’ai déjà tué … je peux vous tuer tous les quatre. »<

Sentant la mort venir, il conçut un plan de succession dynastique en faveur du capitaine Ousmane Conté, son  fils aîné. Face à la résistance des officiers généraux et supérieurs, il jeta son dévolu sur le capitaine Moussa Dadis. En même temps, il coopta le général Mamadouba Toto Camara et prépara le coup d’Etat du 23 décembre 2008. L’avènement du CNDD est donc un montage préparé par Lansana Conté. De sa tombe, il continue de tirer les ficelles du régime qu’il monta avant de disparaître.

A ce jour, la “stratégie” de Conté a donné les fruits escomptés, à savoir :

La mise à l’écart de Somparé Aboubacar, le dauphin tant haï. Lamine Sidimé, l’ancien président de la Cour suprême, a-t-il hésité ou refusé de proclamer Somparé président intérimaire ? C’est un point obscur. Il boycotta la rencontre des corps constitués avec le CNDD le 28 décembre 2008. Il n’en fut par pour autant inquiété. Au contraire, il semble bénéficier d’une omission surprenante pour un ancien chef du pouvoir judiciaire.

Le retour en force de la complotite et du mercenariat comme épouvantails préventifs ou punitifs contre des individus ciblés. Cela explique notamment :

  • la tentative d’arrestation de Cellou Dalen le 1er janvier
  • l’arrestation et la ré-arrestation des généraux Diarra Camara et Daffé

Caporalisation du gouvernement

Une autre méthode typique de la dictature de Conte-Dadis est la nomination d’un Premier ministre de façade, c’est-à-dire un “caporal-chef” civil qui a le choix entre courber l’échine et obéir aux ordres reçus, ou quitter le pays. Le chef de la junte n’y est pas allé par quatre chemins, il a proclamé à maintes reprises, avant et après la nomination de Kabiné Komara, qu’on n’a pas besoin de diplômés pour diriger la Guinée. Selon lui, sa version du “patriotisme” suffit. Il ne propose pas, outre mesure, une définition de ce concept.

La comédie du chef de la junte

Vu les sautes d’humeur et les caprices de l’esprit du chef de la junte, on ne saurait prédire le cours des choses. Mais le passé étant un prologue, un des régimes dictatoriaux de Sékou Touré et Lansana Conté, suggère que l’Etat guinéen est toujours guidé par l’arbitraire, la conspiration —vraie ou imaginaire—, et leur compagnon inséparable, la violence.

Voilà trois semaines que les menaces verbales, les arrestations et les convocations se succèdent dans la bouche de Dadis Camara. Joignant la parole et l’acte, il continue de séquestrer et d’arrêter des officiers. Les dernières victimes sont les colonels Aboubacar Sidiki Camara, membre du CNDD, Biro Condé, Bambo Fofana. Après un démarrage pacifique voire euphorique, la spirale de la violence réapparait.

L’intolérance et la boulimie du pouvoir conduisirent Sékou Touré à faire assassiner les cadres au Camp Boiro dans le cadre de son Complot Permanent.

Après avoir pris le pouvoir sans coup férir, Lansana Conté liquida Diarra Traoré et les proches de Sékou Touré en juillet 1985. Ensuite, il se tourna contre les populations en donnant l’ordre de tirer dans le tas sur les manifestants civils, tout au long de son “mandat”.

Dans l’interview de Jeune Afrique Moussa Dadis Camara a révélé qu’il  travailla longtemps avec Lansana Conté. S’il a bien appris les leçons de son maître, le sang ne tarderait pas à couler.

Je prie et je souhaite me tromper.

Tierno S. Bah

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YARPPGénéral Mamadouba Toto CamaraGénéral Mamadouba Toto Camara, vice-président du CNDD

Aux funérailles de Lansana Conté au Palais du Peuple et au stade du 28 septembre. Le Général Mamadouba Toto Camara a déclaré :

“Nous allons l’accompagner à la dernière demeure et nous prions Dieu qu’il nous donne le courage de continuer son oeuvre de tolérance, de paix, pour le bonheur de la Guinée”

Le Général se contredit sévèrement au double plan personnel et social.

Contradiction au plan personnel

En 2004, alors qu’il était colonel, le Général fut accusé de participation à un complot contre la sûreté de l’Etat, en compagnie de Sidya Touré, l’ancien ministre Baidy Aribot, etc.

En janvier 2005, après l’attaque du cortège présidentiel à Cosa, dans la haute banlieue de Conakry, le colonel Mamadouba Toto Camara fut arrêté et détenu au Camp Alpha Yaya Diallo jusqu’au 20 juillet.

Ce jour-là, le président Lansana Conté se rendit en personne à la caserne et fit libérer le prisonnier, qui y était gardé à vue.

Après sa libération le colonel fut promu au grade de Général et nommé, ou plutôt exilé, à l’ambassade de Guinée à Washington, DC. Sa mission y fut de courte durée. En effet, le 14 novembre 2008, le président Lansana Conté décreta (n° D0078/PRG/2008) que le Général de Brigade Mamadouba Toto Camara, précédemment Conseiller militaire à l’ambassade de Guinée à Washington, États-Unis d’Amérique est nommé chef d’état major de l’armée de terre en remplacement du Général de Division Kaba 43 Camara.

Victime donc de l’arbitraire de Conté, comment le Général Toto peut-il appeler le défunt président homme de tolérance et paix ? Comment explique-t-il qu’on l’ait accusé et emprisonné sans preuves, avant de le libérer sans motifs ? Pourquoi les hauts et les bas de sa carrière, les déviations grossières du régime de Conté par rapport aux normes cardinales d’un Etat républicain de droit?

Quel contraste entre la réputation d’officier moderne et éclairé du Général Toto Camara et l’auteur de ces propos fallacieux. Le portrait élogieux de ce diplômé de la grande ‘Ecole militaire de Saint-Cyr (France) serait-il surfait  ?

Contradiction au plan politique

27 décembre 2008. Le président du Conseil national pour la démocratie et la république, le Capitaine Moussa Dadis Camara, reçoit les représentants des partis politiques, des syndicates et de la société civile et religieuse au Camp Alfa Yaya.

La veille, il s’était absenté aux funérailles de son prédécesseur.
Ouvrant la rencontre avec ses invités, il fait observer une minute de silence à la mémoire du défunt.
Puis il se lance dans un réquisitoire sommaire et partial du régime qu’il a renversé. Dans son style discursif haletant, il innocenta Conté, d’une part, et accusa l’entourage et les collaborateurs de celui-ci des sept péchés capitaux.  Et il martela en conclusion :

« Ce sont des ministres qui entouraient le chef de l’Etat qui ont pillé ce pays, qui ont fait des buildings, des comptes un peu partout… Au moment où le président était fatigué, tous les gens qui l’ont entouré se sont remplis les poches.»

Général Toto voudrait faire accroire un gros mensonge : à savoir que Lansana Conté est mort honnête et pauvre comme le Job de la Bible ? Pur et dur, indifférent à l’argent et aux femmes, c’est plutôt son entourage qui sombra dans la corruption, la gabégie, l’impunité !!! Ce ne serait donc pas l’ancien président, mais son sosie, qui se rendit à la Prison centrale de Conakry, à Coronthie, pour libérer deux de ses associés, accusés de détournements de fonds de l’Etat:

  • Mamadou Sylla, président de Futurel Holding, bénéficiaire, sur ordre de Conté, des marchés juteux de l’Etat
  • Fodé Soumah, ancien vice-gouverneur de la Banque centrale

Au moment où Lansana Conté les sortait de prison, un garde pénitentiaire secoua la tête et s’exclama en langue Soso :
Bokhi bara kaná ! (Le pays est foutu !)

Le président du CNDD voudrait-il faire attribuer à Mamadou Sylla et à Fodé Soumah, seuls, les combines financières, foncières et autres magouilles du régime ? Et que pense le nouveau chef de l’Etat guinéen de la répression meurtrière de l’insurrection générale contre les abus de Conté ? Insurrection de populations excédées par la démarche inadmissible d’un president de la République libérant personnellement de prison deux citoyens accusés des mêmes crimes — corruption, trafic d’influence — que le Capitaine Dadis est prêt aujourd’hui à châtier de façon extrra-judiciaire.

Répétition de l’histoire

C’est à peu près le même langage que le CMRN tint le 3 avril 1984 dans son premier communiqué, lut par le Capitaine Facinet Touré :

L’oeuvre immortelle de Ahmed Sekou Touré aura été de conduire notre pays à l’indépendance nationale… Toutefois, si sur le plan extérieur, son oeuvre fut couronnée de succès, il n’en fut pas de même au plan intérieur,  où sous l’influence de certains compagnons malhonnêtes et sous la pression féodale de sa famille, les espoirs du peuple de vivre une société juste et équitable ont été balayés par une dictature sanglante et impitoyable, qui a écrasé [ces] espoirs.

L’analyse percutante de Sako Kondé revient ici à la mémoire. En effet, parlant de la succession de Sékou Touré, il écrit :

« Et bien souvent, écrit-il, … la mort du despote… contribue à le grandir dans l’esprit populaire, à associer à sa mémoire quelque mythe, entretenu le plus souvent par  l’incapacité des successeurs  de proposer un dessein nouveau et grand. »

On espère que le Capitaine Camara et le CNDD méditeront ce passage. Un homme averti en vaut deux, dit le proverbe. Et une erreur répétée est une faute. Certains actes du CNDD reproduisent des antécédents du demi-siecle ecoule, qui sont à la base de la faillite de la Guinée postcoloniale. Aujourd’hui, certains aspects du discours du president Camara au Camp Alfa Yaya, ne sont guère rassurants du point de vue républicain et de la promotion des droits de l’homme. Au contraire, ils eveillent une certaine apprehension par leur ton autocratique.

Voici un parallèle frappant.

Le 27 novembre 1958, soit deux mois après la proclamation de la république de Guinée, Sékou Touré, [il ajoutera Ahmed à son nom des années plus tard], president désigné, prononce le discours de clôture de la 2e Conférence nationale des cadres du PDG.  Parlant de l’unité nationale, il decrète soudain :

« Quiconque veut contrecarrer l’indépendance de la Guinée sera châtié. »

La première constitution avait été adoptée le 10 novembre 1958. Il aurait dû s’y referer et preciser : conformément à la Constitution et aux lois en vigueur.
Mais le jeune chef de l’Etat passa outre. Il avait déjà balaye dans sa pensee l’existence d’une justice indépendante de l’exécutif. Au contraire, il imposait son diktat. Ce discours constitua ainsi le premier pas vers l’Etat-policier, le complot permanent et le Camp Boiro, qui ruinerent le pays et ouvrirent la route a Lansana Conte.

Cinquante ans plus tard, le 27 décembre 2008, critiquant la gabégie du régime Conté, le Capitaine Moussa Dadis Camara prévient :

“Toute personne qui veut détourner le bien de l’Etat à son profit, s’il est pris, il sera jugé et châtié devant le peuple”. Aucune allusion au processus judiciaire normal, qui exige un tribunal legal, des magistrats assermentés, le droit à la defense, etc.

Depuis son tour triomphal de Conakry-ville, le mercredi 25 decembre, on note un changement de ton chez Moussa Dadis Camara. Il paraît moins humble, plus autoritaire et tranchant. Il parle à la première personne du singulier, de sa femme, de sa coutume, de son education, etc. Il devrait parler du collectif du CNDD et se referer a l’autorite de groupe de cette institution, dont il tire ses fonctions de president.

Individualisme au sommet

  • Le Général Mamadouba Toto Camara agit comme le maître de cérémonie des funerailles de Lansana Conte. Il se fit assister du gouverneur civil de Conakry, Sorel Soriba Camara, alors que la veille tous les gouverneurs de région avaient été relevés de leurs postes et remplacés par des officiers de  l’armée.
  • Durant toute la cérémonie, le Général Toto ne mentionna pas le nom et/ou le titre du président du CNDD et de la République, Capitaine Moussa Dadis Camara.
  • Il ne s’exprima pas non plus en tant qu’émissaire du CNDD, l’institution suprême du pays.
  • De son côté, le Capitaine Moussa Dadis omet de se référer à sa qualité de président du CNDD ou ne le fait que passablement. Il parle et agi à son nom propre ou au nom d’un Nous vague. C’est ainsi qu’il dit à l’ancien Premier ministre Souaré :

Hier, c’était vous, aujourd’hui, c’est nous. Nous vous avons aidés, vous devez nous aider.

  • Au lieu de planifier et de négocier la composition du gouvernement, le président Moussa D. Camara a  attribué le portefeuille de la défense isolément au Colonel Sékouba Konaté, l’un de ses deux concurrents pour la présidence du CNDD et de la république
  • Six jours apres la prise du pouvoir, les autorités n’ont toujours pas une photo collective du CNDD
  • L’on n’a pas non plus une idée de la hiérarchie complète de l’institution. On a désigné le président et deux vice-présidents. Et les autres postes ?

Tierno S. Bah

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YARPPIbrahima Kassori FofanaIbrahima Kassori Fofana

Signé Moro Sylla, Guinéenews a posté, le 17 juin 2008, un article intitulé “Les capacités d’Ahmed Tidiane Souaré mises à rude épreuve ; une amitié sacrifiée avec Kassory Fofana”

Exaggérément titré chronique politique, le texte est un exemple achevé de griotisme et de journalisme alimentaire. L’auteur montre un zèle excessif à vanter les louanges de l’ancien ministre de l’Economie et des Finances (1997-2000).

“Gestionnaire exceptionnel” : amnésie ou griotisme

L’article viole allègrement les principes de base de la déontologie professionnelle. Ainsi, l’auteur ne cite que des sources anonymes. Cela est facile mais trompeur à souhait pour les lecteurs, qui manqueraient assez de discernement pour prendre les allégations de l’auteur pour de l’argent comptant. Ensuite, l’article confère des mérites exceptionnels de gestionnaire à M. Fofana.

Malheureusement, l’auteur campe dans la répétition de clichés creux et de généralisations abusives. En l’absence de chiffres, ses affirmations restent subjectives et n’ont rien pour les étayer. Citons quelques cas de partialité flagrante de la part de Moro Sylla :

« C’est ce qui, selon plusieurs observateurs, aura permis au groupe de l’adjudant chef Claude Pivi de se sentir maitre des lieux avant l’intervention personnelle et aisée du président de la République. »

Il est naif de croire et dangereux de faire accroire que le Général Lansana Conté peut intervenir “personnellement et aisément” pour le bien des affaires publiques guinéenne. Il n’agit que pour protéger son pouvoir despotique et pour garantir ses biens matériels immenses. C’est son leadership criminel qui a fait de l’armée guinéenne un repaire de bandits, et qui produits des personnages de foire comme ce grand guignol de sous-lieutenant Claude Pivi Togba.

Membres du CMRN , Conakry, 4 avril 1984. 1er rang, de g. à dr.: Commandant Mohamed Lamine Touré, Colonel Diarra Traoré, Colonel Lansana Conté, Lieutenant Abdourahmane Diallo. 2e rang, de g. à dr.: Zainoul Sanoussi (lunettes), Commandant Alhouseny Fofana, etc…Membres du CMRN , Conakry, 4 avril 1984. 1er rang, de g. à dr.: Commandant Mohamed Lamine Touré, Colonel Diarra Traoré, Colonel Lansana Conté, Lieutenant Abdourahmane Diallo. 2e rang, de g. à dr.: Zainoul Sanoussi (lunettes), Commandant Alhouseny Fofana, etc…

Car criminel, Conté l’est de la tête aux pieds. Lui qui, en 2007, a rappelé à l’Inter-Syndicale sa vie de tueur, sous la dictature de Sékou Touré et après son arrivée improvisée au pouvoir le 3 avril 1984. Il commanda les pelotons d’exécution de prisonniers politiques condamné à mort in absentia. Ainsi, par exemple, il dirigea la fusillade des victimes du faux complot Kaman-Fodéba en 1969. De même, Lieutenant Lansana Conté officia en tandem avec Capitaine Diarra Traoré dans le supplice des Quatre Pendus du Pont 8 novembre à Conakry.
Après la prise du pouvoir par l’armée le 3 avril 1984, Conté régla le compte de Diarra Traoré, son complice de jadis. Il est vrai que ce dernier, devenu Premier ministre, n’avait que dénigrations et mépris pour le chef du CMRN. Il chercha ouvertement — et maladroitement— à l’éliminer. Son projet de coup d’Etat fut éventé par les agents de Conté, notamment Hervé Vincent Bangoura, Socrates, etc.
Ayant vaincu son principal rival, Conté transforma l’armée et les forces de sécurité en outils d’enrichissement illicite, oubliant son propre avertissement de 1984 :

« Nous sommes venus au pouvoir pauvres, si vous nous voyez avec des richesses, c’est que nous aurons volé. »

Depuis bientôt un quart de siècle, le chef de l’Etat guinéen vit ouvertement dans l’immoralité, le cynisme, la félonie et la fourberie.

Un passage de l’article souligne :

« la coalition et l’opposition du groupe du clan présidentiel en l’occurrence Idrissa Thiam et celui des anciens ministres du gouvernement de 2007 [est] contre la présence de Kassory Fofana dans la nouvelle équipe gouvernementale. »

Il est ridicule d’avancer l’existence de clans agissement indépendemment de Lansana Conté pour la formation du gouvernement. Ces groupuscules sont des créations du président guinéen. Il les oppose et les manipule selon son humeur et ses intérêts. En dehors du gouvernement et de l’Etat, ils n’ont ni étoffe ni occupation. C’est ce qui explique le retour de Kassory Fofana à Conakry. Il a besoin des maigres coffres de l’Etat pour reconstituer son capital. En 2001, Conté se détourna Soussous du Sud, c’est-à-dire Forécariah (notamment les Moréyanais Fasciné Fofana, Kassory Fofana, Kerfalla Yansané).

Ahmed Tidiane SouareAhmed Tidiane Souare

La gestion calamiteuse de Kassory Fofana avait eu pour effet, en autres, de créér l’agitation dans l’armée. Conté débarassa de lui non sans avoir passé des heures entières à passer en revue leurs comptes privés sous le fromager du Palais de Nations. Depuis lors, la faveur du Général sourit aux Soussoux du Nord (axe Dubréka-Boké). L’ascension de ce groupe culminera avec le ministère de Fodé Bangoura, secrétaire général de la présidence. Mais sa prestation ne fut guère différente. Il s’effondra et s’effaça en 2007.

La réémergence de Kassory Fofana n’est donc qu’un mouvement de pendule dans le même boitier, tantôt à droite, tantôt à gauche, alternant entre le Sud et le Nord de la Basse-Guinée.

L’auteur de l’article poursuit :

« Kassory Fofana n’est nullement contesté, au contraire, il semble jouir d’une réelle popularité dans la capitale et dans l’administration guinéenne. »

L’article se base sur l’opinion “d’un proche du Palais” pour lancer ce canular.  On aimerait examier les résultats d’un sondage impartial pouvant confirmer cette assertion. En l’absence de sources objectives, il faut admetre que ce passage est une tentative maladroite et malhonnête d’intoxication et de manipulation de l’opinion.

L’auteur suggère  :

« Le Premier ministre [Ahmed Tidiane Souaré] craint le retour de son ancien patron dont la rigueur et le sérieux sont incompatibles avec ses appétits et intérêts du moment, murmure-t-on. »

Le ridicule ne tue pas. Mais ici, nous sommes confrontés à deux cas, également négatifs. Soit l’auteur de cette “chronique politique” est un nouveau venu sur la scène éditoriale guinéenne. Il ignore alors beaucoup du passé et ne cherche pas à fouiller — impartialement — les sujets qu’il traite. Soit M. le rédacteur se réfugie dans une amnésie sélective. Et il décide dès lors de passer sous silence l’exercice catastrophique de Kassory Fofana comme “grand” argentier de l’Etat contéen, ou “la république de Doumbélane”, de 1997 à 2001. Il est vrai que des bénéficiaires des largessses de l’ancien ministre ont la nostalgie de ces années folles durant lesquelles l’argent emprunté par l’Etat coulait à flots, entre les mains “généreusese” de M. Fofana. Mais cette richesse gaspillée est aujourd’hui l’une des causes de la pauvreté des populations. De surcroît, l’incapacité de l’administration à payer seulement l’intérêt — pas le principal — de ces dettes, reste l’un des points de discorde entre la Guinée et les bailleurs de fonds.

L’article hasarde encore :

« l’ancien Administrateur des Grands-Projets et ancien ministre [Kassory Fofana], réputé pour sa rigueur, pour son franc-parler, proche du président Conté, sa forte personnalité et ses relations détendues avec les leaders des partis politiques, les syndicats et les représentants de la société civile. »

Le griotisme de la plume spirale en crescendo. Si tant est la notoriété de Kassory Fofana, Conté devrait alors se démettre en sa faveur … De quelle rigeur s’agit-il ? Parmi les traits de la personnalité de Kassory Fofana, on peut, sans risque de se tromper, citer l’esprit de suffisance, la vanité et l’arrogance. Il aurait déjà construit un mausolée somptueux au village pour abriter ses restes éternels. Conté s’entoure de gens qui savent le flatter. Et les Guinéens de tous horizons — et pas seulement eux — manifestent généralement de la déférence pour l’argent. Peu importe la provenance de la fortune, c’est-à-dire, même si — comme c’est le cas de Kassory — elle est tirée des maigres coffres de l’Etat et au détriment des pauvres contribuables. Pour ce qui est de la “forte personnalité”, on aimerait avoir quelques précisions.
A la une de son numéro du 8 mars 1999, L’Indépendant Plus annonçait en gros caractères “Colossal Scandale Financier. Plusieurs hauts cadres seraient impliqués.” L’article suivait en page 3. Ce fut le début de la fin pour le “tout-puissant” Kassory. Un an plus tard, il était limogé par Conté, qui devenait préocuppé par les remous au sein de l’armée, et qui redoutait la réédition de la mutinerie de 1996.
En 2000, de son exil américain, dans une interview à Jeune Afrique l’Intelligent, il avait cherché à se rappeler au bon souvenir de Lansana Conté. Il avait chercher à blanchir son ancien patron, et avait blâmé “l’entourage corrompu” du président pour la détresse financière de l’Etat. Ses anciens collègues ministres n’apprécièrent pas d’être cloués au pilori dans la presse. Feu Diassény Assifat, alors ministre de la Défense, signala dans la presse que la démarche de Kassory équivalait à un malfrat poursuivi qui criait au voleur pour détourner l’attention et semer la confusion.

« C’est sous son administration qu’il y a eu la mise aux arrêts et le licenciement de certains hauts cadres : secrétaires généraux, directeurs des sociétés Elf et Total, etc. et le recouvrement de plus de 10 millions de dollars américains au compte du trésor public guinéen », déclara Assifat.

L’article reprend platement plusieurs “on-dit” ? S’il s’était donné la peine de consulter les archives de l’Indépendant et de l’Indépendant Plus, le journaliste aurait appris que ces deux journaux furent à la source du démantèlement du réseau de Kassory. Acculé, M. Fofana recourut à la méthode forte contre la presse privée et contre la police même. Il fit saisir l’équippement de l’Indépendant. Il tenta également d’arrêter feu Hervé Vincent Bangoura — un bourreau du Camp Boiro. Et pourtant, ce super-flic était un proche de Conté ; il avait notamment préparé et exécuté le plan consistant à devancer le projet de coup d’Etat du Colonel Diarra Traoré en juillet 1985.

Partisans et critiques de Kassory Fofana

Mamadou Alpha Sidou Barry écrit :

« Le retour de Kassory aux affaires selon notre interlocuteur signifierait la fin de la trêve du camp mafieux à la Présidence qui vit d’intrigues pour sauver ses intérêts égoïstes.
Faut-il souligner que le président de la République a fait appel à Kassory pour venir l’aider à mettre de l’ordre dans le pays qui traverse une situation extrêmement difficile et compliquée pour les Guinéens tant la corruption et ses corolaires ont atteint leur paroxysme !
Faut-il souligner que le président de la République a fait appel à Kassory pour venir l’aider à mettre de l’ordre dans le pays qui traverse une situation extrêmement difficile et compliquée pour les Guinéens tant la corruption et ses corolaires ont atteint leur paroxysme !
En tout état de cause et attendant de connaitre les noms des nouveaux ministres du gouvernement Souaré, l’on nous informe que le président Conté semble retrouver le rôle d’arbitre et de garant qui lui avait tant manqué à la veille de la grève de janvier et février 2007. »

Amadou Diallo renchérit dans Africaguinee.com :

Ainsi, pour former son nouveau gouvernement, tous les anciens ministres (au premier rang desquels figurent le tout puissant Fodé Bangoura, l’ancien ministre de l’intérieur Moussa Solano et surtout l’ex argentier Kassory Fofana qui a travaillé étroitement avec notre docteur, au ministère des finances) attendent un geste de « reconnaissance » du Docteur de la primature. (Amadou Diallo.

Teleguika, communicateur et olémiqueur, déclare :

Il s’agit de Monsieur Ibrahima Kassory FOFANA le dérangeant Ministre des Finances natif de Forecariah (Basse Cote) qui ne respecte pas la discipline du clan et n’obéit pas au dictat du prince  Fodé BANGOURA qui a pour politique l’hégémonie du pouvoir du littoral de KOBA. Avec le recul du temps, Kassory, malgré ses vagues dues à la jeunesse, passe pour un modéré et l’un des meilleurs Ministres du régime  de CONTE. Ses amitiés ont étés sincères sans distinction de région et  d’ethnie. Seule la compétence prévalait dans ses choix. Piégé par Fodé BANGOURA qui ne supporte plus que le président porte sa confiance à d’autres personnes que lui, le jeune Kassory finit par être limogé à son tour et à la surprise générale et s’exila aux Etats-Unis où il entreprit de parfaire sa connaissance intellectuelle. (

-Diallo Abdoulaye relève dans Jeune Afrique, n°2407 :

Un seul ministre des finances, Ibrahima Kassory Fofana, a tenté de mettre de l’ordre dans cette nébuleuse. Cette témérité entre autres, lui a valu son poste en Janvier 2000. L. Conté n’a jamais accepté aucun grain de sable dans cette mécanique bien huilée qui lui permet d’acheter l’allégeance des chefs de l’armée. Exerçant lui-même directement des fonctions de ministre de la défense depuis la mutinerie des 2 et 3 février 1996, L. Conté veille en personne sur les troupes, le seul secteur de l’Etat qui le préoccupe vraiment.()

Enfin Aminata.com avance ;

« Selon une source digne de foi, c’est Madame Jeanne  Martin Cissé, ancien Ministre sous la Première République qui aurait spécialement demandé à Mr Kassory Fofana de profiter de son séjour à Conakry pour intervenir auprès du Chef de l’Etat, en vue d’obtenir la libération de Sidikiba. »

Mais les critiques de M. Kassory ne sont pas passifs.

Ainsi, Jacques Kourouma relève dans Aminata.com :

  Ainsi notre pays dégénère-t-il lentement sous le poids de plusieurs fléaux dont les principaux auteurs s’appellent aujourd’hui : Lansana Conté et son clan militaro-affairiste,
Les prédateurs : Kassory Fofana, Facinet Fofana et leurs sbires Les truands : Mamadou Sylla du patronat guinéen, Guido Santullo et leurs complices,
Les fossoyeurs de l’économie nationale : Habib Bah, le cambiste, Fodé Bangoura, Cellou Dalein Diallo, Bruno Bangoura
Les ennemis de la République : Babacar N’Diaye, Kerfalla Camara, Arafan Camara, Henry Toffany, Hervé Vincent Bangoura, Abdourahmane Diallo, El Hadji Sékou Soumah, El Hadji Momo Bangoura du résiduel PDG, Sidimé Lamine, le plus minable des premiers ministres et les rejetons qui ont animé la galerie pendant un temps : Alsény René Gomez, Goureissy Condé, Moussa Solano, Moussa Sampil et maintenant Ousmane Camara.
Les anciens ministres des Mines et de l’Économie et des Finances, Faciné et Kassory Fofana, impliqués dans les plus grands scandales financiers de l’histoire de la Guinée, n’ont jamais été poursuivis après leur limogeage. Aucun audit n’a été fait sur leur département au lendemain de leur destitution du gouvernement. Pourquoi ? Pourtant, le premier vit paisiblement à Londres et le second est richement installé à Washington avec l’argent du contribuable guinéen. C’est scandaleux! En plus de ceux-ci, y a jamais eu d’audit d’un département ministériel sous l’ère Conté. Pourquoi ? », s’interroge Mohamed Lamine Touré, fonctionnaire international
Ayant pris l’option de défendre tous les journalistes poursuivis, il plaide, en 1998, contre la décision d’Ibrahima Kassory Fofana, tout-puissant ministre des Finances de l’époque, de fermer le journal L’Indépendant à la suite d’un article sur le détournement des deniers publics. (Cheick Yérim Seck, Jeune Afrique)

Pour terminer, la faille principale de l’article de Moro Sylla découle de l’opinion unilatérale de son auteur. Le lecteur attend du journaliste l’exposé des faits et non pas la propagande au service de l’individu et/ou de l’Etat. Pour cela, l’article aurait dû peser le pour et le contre de la gestion de Kassory Fofana, sachant que nul — même les prophètes — ne fait l’unanimité ici-bas.

Tierno S. Bah

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YARPP

Cona’cris, La Révolution Orpheline
Film Documentaire de Gilles Nivet

Prix du public 2009 au Festival International du Film d’Histoire de Pessac
53 min. France-Guinée
Co-production: RFO – 10 Francs – Galavidéo. 2008

« Souvenez-vous, en janvier 2007, les syndicats rejoints par la jeunesse de Conakry défiaient le président Lansana Conté aux cris de « Changement !».

Des images amateurs d’une violente répression étaient alors diffusées dans les journaux télévisés. Depuis, plus rien. C’est dire si ce film est opportun. Bourré d’informations, il retrace la crise depuis ses origines historiques jusqu’à ses conséquences actuelles, en passant par son apogée. Il dresse la situation du pays, prend le pouls de la population sur des images soignées où l’imperturbable défilé des trains de bauxite symbolise la richesse qui part vers l’étranger (ou sur les comptes des dirigeants du pays). »
Samuel Gontier – TELERAMA du 26 nov au 4 déc 2008

Si ce film documentaire devait n’avoir qu’un seul but, ce serait de lutter contre l’amnésie collective récurrente dans l’histoire de la République de Guinée. Deux ans après leur sacrifice, les centaines de jeunes victimes de la «révolution de Conakry » sont bien loin des pensées de tous ceux qui leur doivent pourtant leur notoriété, syndicats et Société Civile en tête. Au cours des deux ans de tournage, Gilles Nivet s’est fait l’écho du désespoir de cette jeunesse guinéenne obsédée par le désir d’exil, exprimant sa peur finalement surmontée, sa révolte et sa soif de changement

La Guinée, d’un putsch à l’autre
Prévarication et messianisme

A la demande des Nations unies, une commission d’enquête internationale devrait être créée pour faire la lumière sur les massacres du 28 septembre 2009 à Conakry. Plus de deux cents manifestants avaient alors été tués par l’armée. La Guinée, qui n’a connu que deux présidents en cinquante ans, est dirigée, depuis dix mois, par une junte qui a promis de transmettre le pouvoir aux civils par des élections libres d’ici à la fin 2009. Mais les ambitions de son chef, M. Moussa Dadis Camara, inquiètent la population.

« Nous n’avons pas l’intention de nous éterniser au pouvoir. Nous devons organiser une élection libre et transparente, d’une façon digne qui honore la Guinée, qui honore l’armée guinéenne. » Deux jours après le coup de force du 23 décembre 2008 qui l’a porté au pouvoir à Conakry, le capitaine Moussa Dadis Camara rassure ainsi ses compatriotes et la « communauté internationale ». Dix mois plus tard, les masques tombent. Au stade de Conakry, le 28 septembre 2009, plus de deux cents manifestants pacifiques sont massacrés par les militaires. Le lendemain, le même capitaine Camara, se frayant à coups de Klaxon un chemin au milieu de supporteurs surexcités, hurle à la caméra de TF1, parlant de lui-même à la troisième personne : « C’est le phénoménal patriote Dadis. C’est un mythe. C’est le pouvoir du peuple. Même le capitaine Dadis ne comprend pas ce phénomène. C’est une divinité naturelle ! »

Si le chef de la junte exulte, c’est qu’il savoure le triomphe d’un plan ourdi bien avant la mort de son prédécesseur, le général-président Lansana Conté, le 22 décembre 2008. Ce dernier avait lui-même pris le pouvoir en participant à un coup d’Etat, après le décès du dictateur Ahmed Sékou Touré en 1984. La France, les Etats-Unis et la plupart des pays africains avaient accueilli avec soulagement la disparition du père fondateur de la Guinée aux mains tachées de sang. Bénéficiant de leur bienveillance, absous d’avance malgré son mépris affiché pour les droits de la personne, le général Conté a transformé en un quart de siècle la « perle de l’Afrique » en un lupanar pour multinationales.

Malgré les revenus tirés de ses ressources minières, bauxite notamment, mais aussi or, diamant et fer, la Guinée reste un pays pauvre, classé cent soixante-dixième sur cent quatre-vingt-deux sur l’échelle du développement humain du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Après les espoirs suscités par la mort de Sékou Touré, l’essor économique ne profite qu’à un nombre très limité de secteurs, notamment les enclaves minières. Et à une minorité (…)

Gilles Nivet
Le Monde diplomatique

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YARPP

La Primature de Lansana Kouyaté a-t-elle les mains liées et l’horizon bouché ?

Avec tous les souhaits de réussite que je formule pour le Premier ministre guinéen, Lansana Kouyaté, il me semble que le noeud de l’affaiblissement se reserre davantage sur lui, et que son horizon polique se bouche graduellement. J’espère que ce sont là des constatations prématurées. Mais la position au départ n’en reste pas moins fragilise. Si elle persistait, une telle situation ne devrait ni surprendre ni décevoir. Car elle découle logiquement du piège tendu par le Général Lansana Conté dans le replâtrage temporaire et superficiel de la profonde crise guinéenne. Les dirigeants syndicaux et civils figurent au premier rangs des victimes —consentantes ou non— de la roublardise du président de la république. Quant à M. Kouyaté, il se sera mis lui-même la corde au cou. Je m’explique.

  1. Dès le début de la 3è grève, en janvier dernier, les syndicalistes et la société civile eurent recours à des formules frappantes pour résumer leurs démarches. Les premiers proposèrent l’idée d’un “Premier ministre de consensus”. Et les seconds suggérèrent “le changement apaisé.” En dépit de leur consonnance attrayante, les deux expressions étaient —et restent— désespérement vides de bon sens et de raison. Cela est particulièrement vrai parce qu’on a voulu les appliquer dans le conflit systématique opposant le Général Lansana Conté aux populations guinéennes ; une confrontation qui, depuis quelques années déjà, signifie la victoire exclusive de l’un des deux camps en lutte. Au détriment  de l’autre. La preuve est que la nomination d’un Premier ministre, “chef de gouvernement” ne s’est pas opérée dans l’apaisement. Au contraire, elle est le résultat tragique des bains de sang du 22 janvier et du 12 février dernier. En ce qui concerne le consensus autour de la personne de Lansana Kouyaté, il s’effectue entre les oppresseurs (Lansana Conté et ses tueurs à gages) et les opprimés (les populations guinéennes, les syndicats et la société civile). A l’issue de négociations arbitrées par l’ancien dictateur nigérian, Général Ibrahim Babangida, Lansana  Conté peut logiquement proclamer sa victoire sur la contestation qui a secoué son régime. Ses adversaires finiront, plus tôt que tard, par s’en rendre compte. Que feront-ils alors ?
  2. Entretemps, je me demande pourquoi les syndicalistes et la société civile ont opté pour ce compromis défaitiste. Naiveté ou inexpérience ? Réalisme ou optimisme ? Difficile à dire … On se souvient par exemple le pacifisme affiché par la société civile à travers son initiative du “mouvement bakha [symbolisant le bleu de la paix, disait-on]. Cependant,  les personnalités à la tête de ces institutions sont pétries dans l’action d’une part. Elles jouissent — individuellement ou collectivement — d’une longue et riche connaissance de la Guinée, d’autre part. On notera toutefois les contacts approfondis, le recul nécessaire, et les conditions propices à la réflexion, leur font défaut. Par dessus-tout, il faudrait peut-être souligner la compassion et le souci d’éviter l’impasse et son corollaire de souffrances découlant d’une prolongation de la grève générale.
  3. Un certain esprit de suffisance, ou le dédain des idées d’autrui, ont fait jour au plus fort du soulèvement populaire conte le régime de Conté. Par exemple, les syndicats ont refusé toute concertation avec les politiciens de l’opposition. Ce faisant, ils se sont privés même d’idées stratégiques   véhiculées par certains leaders politiques, concernant spécifiquement le statut non-constitutionnel de la primature. Chat échaudé craint l’eau froide. Lui-même ancien premier ministre (1996-1999) de Lansana Conté, Sydia Touré avait suggéré un amendement ponctuel et accéléré de la Loi fondamentale pour légaliser la Primature et lui conférer juridiquement du moins, un vrai rôle de contrepoids de la présidence. Aussi longtemps que le status quo fera du Premier ministre un simple détenteur de pouvoirs délégués par le président de la république, il n’y aura pas de chef de gouvernement à la Primature guinéenne. En dépit de la pression populaire et du poids déjà évanescent des syndicats, Lansana Kouyaté est l’héritier d’une solution bâtarde. Il faut craindre dès lors qu’il se soit pris dans un engrenage explosif, qui n’a pas lâché sa dernière détonation.
  4. On ne cessera de le répéter : ce qu’il faut en Guinée, c’est le changement total de régime, c’est-à-dire la destitution du Général Lansana Conté, son inculpation pour violations graves des droits de l’homme, pour crimes de génocides —dans l’intention et dans les actes— contre la Guinée, et un procès conforme aux normes internationales de justice.
  5. En attendant, il faut regarder la réalité en face et admettre que le Premier ministre va vers l’impasse. Déjà, la présence du Général Arafan Camara à la tête du ministère de la défense, limite considérablement les prérogatives et sa marge de manoeuvre de M. Lansana Kouyaté, qui aurait dû réhabiliter et promouvoir un officier rééllement républicain, tel que le Colonel Toto Camara. A défaut, Kouyaté aurait pu désigner à ce poste un technocrate civil, spécialisé soit dans la gestion et/ou dans les questions militaires. Au contraire, il se voit imposer un rival direct dans la direction des forces armées et de sécurité, dont le rôle néfaste et l’impunité sont bien établis.
  6. Ce qui m’amène à survoler le bilan temporaire du Premier ministre Kouyaté. Les rumeurs sur son éventuel choix avaient circulé bien avant sa nomination. Et l’on se rappelle avec quelle précipitation il s’est présenté à Conakry le lendemain de la promulgation du décret. Son accueil populaire contrasta fortement avec la réserve, sinon la froideur du cercle présidentiel. M. Kouyaté est patriote assez pour ne pas prendre son accès à la Primature pour le diamant brillant de son résumé et son curriculum vitae de fonctionnaire national et international. Il sait que les populations voient en lui plutôt un sapeur-pompier, et pour les plus désaffranchis de la société, une sorte de sauveur. J’ai confiance qu’il fera son possible pour ne pas décevoir…Cela dit, durant trente jours environ, il a créé une atmosphère inutile d’attente, d’impatience, de rumeurs, de suppositions… En fin de compte, pour pas grand-chose, car avec son gouvernement, la montagne d’espoirs de sa nomination  a accouché d’une souris.

Depuis la constitution du cabinet, on attend … A ce jour, le bilan est maigre et l’activité est suspendue et absente. On note ainsi les faits ci-après :

  • Depuis la promulgation du décrét, il n’y pas eu de conseil des ministres, ou de gouvernement, que je sache.
  • Les passations de service entre ministres entrants et sortants se déroulent en l’absence du Premier ministre.
  • M. Kouyaté a bien signé des notes officielles à l’intention des ministres. Mais elles sont limitées et elles portent sur l’inventaire des biens meubles et du parc automobile de l’Etat. Toutefois, en la matière l’intervention du Premier ministre est précipitée et déplacée. Car il a désigné un ministre du Contrôle économique et financier, de l’Ethique et de la Transparence. Il devrait s’en remettre à l’expertise comptable de ce département. Quitte à se reserver légitimement le mot de la fin sur l’analyse des rapports d’inspection des Garages du gouvernement et de la Direction national du Patrimoine bâti.
  • Le président de la république, Général Lansana Conté, n’a pas daigné rehausser de sa présence la cérémonie de passation de service entre Eugène Camara et Lansana Kouyaté. Mais, il a dirigé en personne l’investiture de son protégé, le ministre de la Défense, Général Arafan Camara. Durant la cérémonie, Lansana Conté n’a fait aucune allusion au soi-disant gouvernement de consensus ou au rôle du Premier ministre comme chef de gouvernement. Au contraire, l’accent a été mis sur la solidarité militaire. L’armée guinéenne est ainsi confortée dans son rôle répressif. Elle est lavée une fois de plus de ses crimes et des massacres de citoyens, abattus à bout portant.
  • L’aspect le plus regrettable de l’inaction de M. Kouyaté, à ce jour, est l’absence d’un projet —ou d’une ébauche, d’une proposition de plan— de gouvernement. A moins qu’il n’entende diriger le gouvernement à l’aveuglette ou au pifomètre, le Premier ministre devrait annoncer au public un tel document. Quelle meilleure manière de diriger que d’associer les citoyens à la gouvernance.

Tierno S. Bah

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