Yacine Diallo. Impréparation et Interview (fin)

Issa Ben Yacine Diallo est décédé le 28 mai dernier à Genève après une longue maladie. Luttant contre la mort, il n’a probablement pas eu vent de mes articles en cours de publication sur son interview télévisée par Yamoussa Sidibé. Surprenante  et pénible, la disparition du deuxième des fils de Yacine Diallo nous prive d’une éventuelle réévaluation des souvenirs sur le père.
Repose en paix !

A moins qu’il n’ait laissé des écrits, sa perte nous prive à jamais de la contribution d’un témoin-participant. Mais pour autant les initiatives et les efforts de reconstruction de la mémoire historique doivent continuer. Et c’est cet objectif que je pourchasse dans cette série intitulée Cinq Fuutanke et l’Histoire. La présente livraison conclut ma revue de l’interview de Issa Ben Yacine.  Ici, je me penche sur deux déclarations : l’une portant sur les débuts politiques, et l’autre concernant les compagnons du député. Dans le prochain et dernier article, je passerai en revue la carrière parlementaire de Yacine Diallo.

Répondant donc à la question sur les débuts politique de son père, Issa Ben Yacine déclare :

«… ils ont organisé la candidature de mon père. Euh ! On a envoyé d’abord en France en 1944-45, on a envoyé des délégués par territoire. Et c’est dans ce sens que mon père a été délégué, d’abord… pour representer la Guinée en France concernant les débats sur l’avenir, euh, euh, du territoire. Et ensuite, on a organisé des élections. »

La réponse est vague : elle passe à côté du passé, et elle ne reflète surtout pas la complexité du paysage politique et des rapports de forces entre leaders et militants de l’époque.
Sur la base des faits et documents exposés ci-dessous, on peut d’emblée affirmer  que les délégations en question n’existèrent pas. De même,  la première visite officielle de Yacine Diallo en France se situe après sa victoire électorale  en octobre 1945. C’est alors qu’il prit part aux délibération de la Première Assemblée Constituante en février 1946. Yacine fut l’un des neuf Africains élus au Deuxième Collège. En voici la liste :

  • Sénégal-Mauritanie
    • Lamine Guèye, 1er Collège
    • Léopold Sédar Senghor, 2e Collège
  • Guinée :  Yacine Diallo, 2e Collège
  • Côte d’Ivoire : Félix Houphouët-Boigny, 2e Collège
  • Soudan-Niger : Fily Dabo Sissoko, 2e Collège
  • Dahomey-Togo : Marcellin Sourou Migan Apithy, 2e Collège
  • Cameroun : Douala Manga Bell, 2e collège
  • Moyen-Congo-Gabon
    • Gabriel d’Arboussier, 1er Collège
    • Félix Tchicaya, 2e Collège

Joseph-Roger de Benoist écrit que pour l’élection au Deuxième Collège en Guinée  :

« … les jeunes intellectuels de l’Amicale Gilbert Vieillard auraient voulu présenter le fils du chef de canton de Dabola, Barry Diawadou.
Mais celui-ci était trop « progressiste » aux yeux des chefs peul, qui lui préférèrent Yacine Diallo, « un Peul originaire du Fouta-Djalon [tout comme Diawadou] qui dut son élection à son prestige de directeur d’école ayant formé des générations en Guinée d’une part, et d’autre part, à l’importance démographique des Peul qui, à eux seuls, représentaient 50 % de la population »

Joseph-Roger de Benoist fait ici une double confusion.
Premièrement, il laisse croire que seul Yacine était “un Peul originaire” du Fuuta. En réalité, Diawadou l’était au même titre que son aîné. Et en plus, c’était un Seediyanke, descendant direct de la lignée d’Almami Ibrahima Sori Mawɗo, le fondateur de la branche soriya, alternante de celle alfaya issue, elle, de Karamoko Alfa mo Timbo, le premier souverain de l’Etat théocratique islamique.
Deuxièmement, ce n’est pas l’Amicale Gilbert Vieillard (1941-45), mais plutôt l’Association Gilbert Vieillard (créée sur les cendres de l’Amicale) qui fit opposition à la candidature de Yacine Diallo. La différence entre l’Amicale et l’Association tient au fait que la première poursuivait des objectifs culturels, alors que la seconde  avait des visées ouvertement politiques

Rupture et continuité :
pouvoir colonial, chefferie et diplômés 

Durant la première décennie de son autorité coloniale, la France chercha à écarter les familles régnantes de la théocratie. Elle nomma d’anciens conseillers et courtisans au commandement local.
Dans La Guinée : Bilan d’une Indépendance, trois chapitres traitent de la chefferie. L’auteur, Ameillon, suggère correctement que la chefferie dépendait, tout comme l’élite politique occidentalisée, du système colonial. C’est ce dernier, remarque-t-il, qui créa les deux groupes à ses propres fins, à savoir l’exécution des sa politique et le renforcement de son pouvoir sous prétexte d’assimilation culturelle. Ameillon écrit :

«…  l’administration s’affranchissait des prétentions des familles traditionnelles autres que celles du Fouta-Djalon. Elle caporalisait systématiquement la chefferie à laquelle accédèrent surtout d’anciens militaires, particulièrement dociles aux diktats administratifs et ce, en application de l’article 12 de l’arrêté du 15 novembre 1934…»

Il appuie son argumentation par cet extrait du rapport du conseiller Mamady Kourouma, à la session budgétaire du 25 octobre 1948 du Conseil Général de Conakry :

« Il n’y a pas que les chefs de canton coutumiers, il y a aussi des anciens boys, des cuisiniers qui nous ont été imposés et qui sont actuellement chefs de canton… Or, nul ne peut être chef de canton, s’il n’est de famille régnante… Il ne faut pas que les enfants de ces anciens boys ou cuisiniers prennent la place des enfants de la famille régnante. »

Et il dit que Mamady Kourouma proposa que “les chefs ne puissent être élus que parmi les grandes familles.”

Spécificité du Fuuta-Jalon

Ameillon  insiste également que « … par effet de démonstration tous les chefs de Guinée, de quelque région qu’ils soient, avaient calqué leur attitude sur celle des “Almamys” du Fouta-Djalon, qui bénéficiaient d’un passé historique glorieux et du maintien de leur région hors des circuits commerciaux. »

Cette continuité conférait à la chefferie au Fuuta-Jalon une légitimité. Prenons les cas d’Almami Aguibou (soriya) et Almami Ibrahima Sori Daara (alfaya). Ils collaborèrent avec les autorités coloniales, certes. Mais, en même temps, ces chefs de file surent manoeuvrer adroitement. En conséquence, ils s’assurèrent, et pas seulement symboliquement, une présence réelle au triple plan local, territorial et même inter-territorial (fédéral). Graduellement cependant, ils durent compter avec la contestation des produits de l’école coloniale.…

Almami Ibrahima Sori Daara

Almami Aguibou (soriya) remplit une vie historique et active, qui alla de la fin du régime théocratique du Fuuta au début de la phase la plus intense de la dictature de Sékou Touré. Comme on le sait, il la subit personnellement. Et sa famille en souffrit tragiquement.

A l'extrême-droite, Almami Ibrahima Sori Daara II, en bournous gris et ceint du turban blanc. A sa gauche son fils aîné, Elhadj Boubakar (qui devint gouverneur de région dans les années 1970-80), et leur entourage à Mamou, vers 1950. (Source : Kesso Barry, princesse peule) - BlogGuinée.
A l’extrême-droite, Almami Ibrahima Sori Daara II, en bournous gris et ceint du turban blanc. A sa gauche son fils aîné, Elhadj Boubakar (qui devint gouverneur de région dans les années 1970-80), et leur entourage à Mamou, vers 1950. (Source : Kesso Barry, princesse peule) – BlogGuinée.

Quant à Almami Ibrahima Sori Daara, il échappa physiquement — mais pas moralement — à la rancune et à la vengeance du premier président de la République de Guinée. Ce sont ses enfants et neveux qui en firent les frais dans leur chair. Ainsi, Mody Oury, son fils puiné, fut extrait d’une cellule de la prison civile de Kindia, ligoté et emmené pour être fusillé au Mont Gangan de Kindia en 1971. Sans preuve de culpabilité, sans procès ! Tout comme ce fut le case pour des milliers d’autres victimes de la “Révolution” !

Lire Kindo Touré. “Les difficultés de Mody Oury

L’une des premières mentions du nom de Moodi Sori Daara date de 1912. En effet, dans la monographie intitulée “Une ville-champignon au Fouta-Djallon : Mamou” P. Humbold donne du jeune prince le portrait suivant :

« Chef du canton de Téliko, représente la jeune génération. Agé de vingt-cinq ans, il a reçu l’enseignement de l’école primaire de Conakry. La connaissance de notre langue lui a ouvert l’esprit à toutes les nouveautés modernes ; il lit toutes les publications françaises qu’il peut trouver, et il n’ignore rien des dernières inventions européennes. Son grand désir est de venir en France, pour voir toutes les merveilles dont il a eu un aperçu, mais il a la soif de commander et l’ambition le retient, comme elle retient l’activité de presque tous ses congénères. »

Teliko est, comme on le sait, la terre natale de Ramatullaahi, la noble poétesse du Fuuta-Jalon.

Ffils aîné de l’Almami, feu Elhadj Boubacar était le mari de feue Yaaye Aissatou ‘Mamou’, la fille benjamine de Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan et soeur cadette de ma mère, Yaaye Kadidiatou Manda (ou Koubia).

Ecrivant presque un demi-siècle plus tard, en 1956, le grand chercheur-professeur George Balandierdont la carrière débuta au Centre IFAN de Conakry — rendit visite à Almami Sori Daara. Un sous-chapitre passage de son livre célèbre Afrique ambigüe. Le livre parut en 1957, donc trois ans après la mort subite de Yacine Diallo. Balandier y résume  son arrêt chez le chef en ces termes :

« Avant de quitter la région du Fouta-Djallon que contrôlent les Peul, j’avais vivement souhaité voir leur chef suprême, l’Almamy de Mamou, représentant ancien d’un Islam rigoureux. Le quartier où se dressent ses habitations est déjeté par rapport à la ville, caché par un écran de boutiques libanaises, de bâtiments officiels et de villas toutes semblables. Je m’attendais à un strict cérémonial, à un décorum exaltant encore un pouvoir politique et religieux autrefois étendu. Mais quelques serviteurs, somnolant dans une cour, s’animent avec lenteur et m’introduisent sans formalisme comme si leur maître était le plus ordinaire des chefs de canton.
L’Almamy reste assis sur le bord d’un lit de fer à boules et ornements de cuivre, tel qu’il s’en trouvait dans les foyers français modestes aux environs de 1925. Cinq jeunes hommes sont accroupis à ses pieds. Il perd de sa noblesse d’attitude dans ce mauvais décor d’importation. Et je m’aperçois vite que le personnage lui-même a été banalisé, ramené à l’échelle d’un tel cadre, par les sécessions de suzerains que l’administration a encouragées, par le contrôle insidieux et « énervant » que cette dernière a imposé. Je me reporte plus de cinquante ans en arrière. Le pays peul est certes affecté par les rivalités existant entre les deux familles qui règnent alternativement et entre les féodaux, mais le dynamisme reste entier, presque disponible… »

Jeune et anthropologue débutant, Balandier n’applique pas ici quelques règles cardinales de la recherche de terrain.
Primo, il ne nomme même pas son “informateur”, en l’occurrence, l’Almami. Il le maintient dans l’anonyme pour le lecteur d’Afrique ambigüe.
Secundo, Balandier se contente de mentionner le nom Mamou. En réalité, pour l’Almami cette localité n’était pas chez lui. Car Timbo, le terroir natal de l’Almami — à quelque cinquante kilomètres de là — avait cessé d’être la capitale de l’Etat du Fuuta-Jalon depuis l’occupation française, en 1896. Pire, la suppression du statut fut accompagnée du déracinement et de l’exil des familles naguère régnantes. Les Alfaya furent assignés en résidence à Mamou, tandis que les Soriya furent déplacés à Dabola.

Quoiqu’il en soit, le passé actif de l’Almami Ibrahima Sori Daara échappe complètement à Balandier. Considérons, par exemple, les faits suivants :

  1. L’Almami fut le parrain de Yacine Diallo. Son protégé remporta quatre  campagnes électorales
    1. la Première Assemblée Nationale Constituante (21 octobre 1945)
    2. la Deuxième Assemblée Nationale Constituante (2 juin 1946)
    3. la Première Assemblée Nationale (10 novembre 1946)
    4. la Deuxième Assemblée Nationale (17 juin 1951)
  2. Mais l’Almami ne s’en arrêta pas là. Bien au contraire,  il épaula son poulain Yacine en se lançant à son tour dans l’arène politique. C’est ainsi qu’il   brigua le mandat  électif de membre du Grand Conseil de l’Afrique Occidentale Française. Et il fut élu, de 1947 à 1952. Sa première victoire connut un vrai moment d’apothéose.
    En effet, le 5 décembre 1947, le Haut-Commissaire René Barthes prononça le discours d’ouverture de la session inaugurale de l’Assemblée fédérale. Le  lendemain, souligne Joseph-Roger de Benoist, l’élection du bureau du Grand Conseil se déroula sous la présidence de l’Almami Ibrahima Sori Daara, doyen d’âge. Ainsi un descendant de Karamoko Alfa mo Timbo siégea pendat cinq ans aux côtés d’autres grands leaders de l’Afrique occidentale. Parmi eux :Lamine Guèye, Léopold Senghor, Houphouët-Boigny, Mamady Kourouma, Migan Apithy, Hubert Maga, Ahomadegbe, Horma oul Babana, Oumar Bâ (Niger), Boubou Hama, etc.  L’Almami conserva sa fonction parlementaire jusqu’en 1952. Trois ans ans plus tard, un autre Fuutake de Mamou occupait un poste-clé au Grand Conseil de l’AOF, qui, entre autres attributions, délibérerait et votait le budget de la Fédération de huit colonies. C’était Boubacar Telli Diallo. Il devint le premier secrétaire général du parlement fédéral. Il prit les rênes  et en dirigea le fonctionnement administratif jusqu’en 1958.

Yacine ne vécut pas pour voir la folie meurtrière de Sékou Touré frapper la famille de l’Almami, dont une douzaine de membres (Modi Oury, Ibrahima Kandia, Hadiatou, Abdoulaye Djibril, le mari de Nadine Bari, etc.) connurent les affres,l’ignominie et/ou mort au Camp Boiro.

La base politique de Yacine

En Guinée même, pendant 9 ans, Yacine Diallo bénéficia de l’appui des deux Almami et des chefs de canton. Son  dynamisme, son charisme et son autorité firent le reste. Comme indiqué plus haut, il parvient ainsi à triompha  des défis et rivalités de ses cadets de William Ponty, avec à leur tête Diawadou Barry. L’Association Gilbert Vieillard fut elle-même connut la division entre partisans et adversaires de Yacine. Mais, dans l’ensemble,  elle maintint sa domination du paysage électoral jusqu’en 1952. C’est ce que montrent les données recueillies par Ruth Morgenthau dans le chapitre “Trade Unionists and Chiefs in Guinea” de son livre tant cité Political Parties in French-Speaking West Africa.

Affiliation politique des membres de l’Assemblée territoriale
(liste incomplète montrant 16 des 24 élus du Deuxième Collège (1947-52)

Association Gilbert Vieillard4 a
Union Basse-Guinée3 b
Entente Guinéenne4 c
Union Mandingue2
Socialiste-Renovation1 d
Union Forestière2
P.D.G.-R.D.A1
Total16
  1. Association Gilbert Vieillard (AGV) du Fuuta-Jalon, formation socialiste opposée à Yacine Diallo, qui était pourtant  Socialist au Palais Bourbon. L’AGV fut créée pour honorer la mémoire de l’ethno-anthropologue Gilbert Vieillard. Il acquit une solide réputation pour la qualité de  ses recherches sur les Fulbe. Et il était apprécié au Fuuta-Jalon les érudits et la population. Finement rédigée par le Rév. Père Patrick O’Reilly, un de ses amis de lycée, sa biographie est accessible sur webFuuta.  Avant son départ pour le front en 1930, sur conseil de son ami Théodore Monod, directeur-fondateur de l’IFAN, Gilbert Vieillard prit  contact avec Amadou Hampâté Bâ et lui passa le bâton de la recherche sur le Pulaaku. Il fut abattu en 1940 par un tireur allemand embusqué.
  2. Parti Socialiste Fulɓe pro-Yacine Diallo, opposé à l’AGV.
  3. Parti de la Basse-Guinée, anti-Yacine Diallo
  4. Parti de la Basse-Guinée, pro-Yacine Diallo

Voici la représentation graphique de la liste originale et du tableau ci-dessus :

Affiliation politique des membres de l'Assemblée Territoriale - Deuxième Collège. Guinée Française. 1947-52. (D'après la liste établie par Ruth S. Morgenthau in <a href="https://www.semanticafrica.net/political-parties-french-speaking-west-africa">Political Parties en French speaking West Africa</a>. Clarendon Press, Oxford University Press, 1964, <a href="https://www.semanticafrica.net/political-parties-french-speaking-west-africa-guinea-territorial-assemby">page 411</a> — Tableau et graphique par Tierno S. Bah)
Affiliation politique des membres de l’Assemblée Territoriale – Deuxième Collège. Guinée Française. 1947-52. (D’après la liste établie par Ruth S. Morgenthau in Political Parties en French speaking West Africa. Clarendon Press, Oxford University Press, 1964, page 411 — Tableau et graphique par Tierno S. Bah)

L’alignement politique des uns et des autres n’était donc pas soumis à des considérations strictement ethniques. Dans le dernier de cette série d’articles sur Yacine Diallo, on verra que le député  continua d’étendre son électorat jusqu’à sa mort subite en 1954.

Assemblée territoriale  (1947-52)
Composition ethnique

EthnieNombre
Peul7
Soussou4
Malinke3
Toma1
Baga1
Kuranko 1
Total16
Appartenance ethnique des élus au Deuxième Collège de l'Assemblée Territoriale de la Guinée Française. 1947-52. (D'après la liste établie par Ruth S. Morgenthau in <a href="https://www.semanticafrica.net/political-parties-french-speaking-west-africa">Political Parties en French speaking West Africa</a>. Clarendon Press, Oxford University Press, 1964, <a href="https://www.semanticafrica.net/political-parties-french-speaking-west-africa-guinea-territorial-assemby">page 411</a> — Tableau et graphique par Tierno S. Bah)
Appartenance ethnique des élus au Deuxième Collège de l’Assemblée Territoriale de la Guinée Française. 1947-52. (D’après la liste établie par Ruth S. Morgenthau in Political Parties en French speaking West Africa. Clarendon Press, Oxford University Press, 1964, page 411 — Tableau et graphique par Tierno S. Bah)

Assemblée territoriale  (1947-52)
Fonction/profession des membres

Profession
Enseignant5
Chef de canton4
Agent d’entreprise3
Commis d’admiinistration2
Agent agricole1
Avocat1
Statut professionnel des élus au Deuxième Collège de l'Assemblée Territoriale de la Guinée Française. 1947-52. (D'après la liste établie par Ruth S. Morgenthau in <a href="https://www.semanticafrica.net/political-parties-french-speaking-west-africa">Political Parties en French speaking West Africa</a>. Clarendon Press, Oxford University Press, 1964, <a href="https://www.semanticafrica.net/political-parties-french-speaking-west-africa-guinea-territorial-assemby">page 411</a> — Tableau et graphique par Tierno S. Bah)
Statut professionnel des élus au Deuxième Collège de l’Assemblée Territoriale de la Guinée Française. 1947-52. (D’après la liste établie par Ruth S. Morgenthau in Political Parties en French speaking West Africa. Clarendon Press, Oxford University Press, 1964, page 411 — Tableau et graphique par Tierno S. Bah)

Le rôle des chefs de canton

Les Almami alfaya et soriya créèrent une solide coalition avec la couche des chefs de canton du Fuuta-Jalon, dont ils faisaient eux-même partie. Deux-personnalités assurèrent le leadership du groupe : Alfa Bakar Diallo (canton de Diari) et Tierno Oumar Diogo Bah (canton de Dalaba).

Alfa Bakar Diari

Il fut l’aîné des trois garçons de sa mère, Kadidiatou, soeur cadette de Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan, et épouse de Moodi Aliyyu Teli Lariya. Il s’agit aussi du père de Saifoulaye Diallo, dont le profil est préparation dans L’énigmatique Sphinx. Patriarche du lignage  des Ngeriyaaɓe du Diiwal de Labé, Alfa Bakar était également le doyen d’âge des chefs de canton du Fuuta. Tout comme ses pairs, il servit et sut naviguer les vents turbulents et les tempêtes de la colonisation. Ainsi la fin des années 1940, il fut invité à un voyage d’information en France. Accompagné de son chroniqueur, Farba Seck, il partit pour la capitale française. Notons au passage la différence de degré entre le griot ordinaire (gawlo) et le maître-griot (farba). Au retour des visiteurs, le Farba composa à l’intention de son Pullo un récit de la randonnée. La performance de ce maître de la parole fut à ce point remarquable qu’on l’appela dès lors Farba-Paris. …

Tierno Oumar Diogo Dalaba

Décédé en 1948, le chef de Dalaba est, selon Professeur Djibril Tamsir Niane, un descendant de l’illustre lignée de Koli Teŋella Pullo Baa, le fondateur de la dynastie des Deeniyaaɓe. Cette succession dura du 12e au 17e siècle. Elle prit la relève de l’antique Etat du Tekrur. Son principal accomplissement fut de maintenir et d’étendre la présence économique, politique et militaire des Fulɓe après la défaite du Tekrur par l’Empereur Soundiata Keita au 12e siècle.

Baaba Maal, Mansour Seck et l’orchestre Daande Lenyol font  une prestation superbe de l’hymne à Koli Teŋella. Se référer à Fulɓe and Africa.

Tierno Oumar Diogo Dalaba
Tierno Oumar Diogo Dalaba. (Source: Guinée, les cailloux de la mémoire)

Figure de proue du clan des Ludaaɓe, de la tribu des Uururɓe, au patronyme Bah ou Baldé, Tierno Oumar fut le président de l’association des chefs de canton du Fuuta. En leur nom, et à l’apogée de son rayonnement, il adressa une invitation au Gouverneur général de l’Afrique Occidentale Française, qui y répondit favorablement. Il se rendit à Dalaba pour une visite grandiose, hélas effacée et oubliée aujourd’hui ! L’on vint de tous les coins du Fuuta-Jalon pour assister à l’évènement.…
Feue Hadja Hadiatou, soeur cadette de Tierno Oumar, est la mère de Siradiou Diallo. Le fils puiné, Tierno Ibrahima, épousa feue Hadja Hadiatou Barry, fille cadette d’Almami Ibrahima Sori Daara.

Le duo Alfa Bakar/Tierno Oumar Diogo joua un rôle important dans la lancement et la consolidation de la carrière politique de Yacine Diallo. Cependant,  leurs fils diplômés de l’école française devinrent paradoxalement des contestataires de la chefferie de canton.  Estimant que celle-ci, “en réalité, n’était plus qu’en survie juridique” ils s’acharnèrent contre elles . Et “contre l’arme de la chefferie et la coutume”, ils “se servirent d’une arme moderne, le parti politique”.

Hélas, Yacine Diallo n’assista pas, et ne participa pas à l’évolution tragique de la politique partisane en Guinée. Les politiciens de ce pays ont fait plus de dégâts matériels et de ravages économiques, et ils ont commis —et continuent de perpétrer — plus de crimes que le régime colonial. C’est ainsi que Emile Cissé osa profaner la tombe de Tierno Oumar Diogo à la recherche d’armes et de munitions portugaises, suite au raid des commandos le 22 novembre 1970 ! Approbateur, Sékou Touré ordonna l’arrestation de Tierno Ibrahima et Elhadj Bademba, tous fils de Tierno Oumar Diogo. Ils furent précédés par leur benjamin, Thierno Mouctar, dont Nadine Bari a rédigé l’émouvante biographie dans Guinée, les cailloux de la mémoire. Comble de cruauté : Neene Fouta, la mère, et Hadiatou,  (la femme de Thierno Ibrahima) furent également incarcerées comme agent de la “cinquième colonne impérialiste”. Elhadj Bademba et son aîné, Thierno Ibrahima, furent fusillés au Mont Gangan de Kindia.

Les homonymes de Tierno Oumar Diogo Dalaba sont légion. Malheureusement, l’un d’entre eux nous a quitté la semaine dernière pour toujours. Il s’agit de mon neveu, Elhadj Oumar Diogo Baldé. Décédé dans une clinique de Rabat le 31 mai, il a été inhumé dans notre village ancestral de Kompanya — jadis misiide autonome, désormais partie intégrante de la commune urbaine de Labé — le 3 courant. Le défunt était un membre brillant de la promotion Vladimir Lénine, la première de l’université guinéenne (1967). Administrateur-économiste, il dirigea plusieurs entreprises d’Etat. Il était le fils benjamin de mon cousin paternel Tierno Ibrahima Kompanya, l’un des grands érudits fuutaniens dans la première moitié du 20è siècle. Ce disciple de Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan fut imam de la mosquée de Dalaba du temps de Tierno Oumar Diogo. Composé en Pular ajamiyya par Tierno Jaawo Pellel dans les années 1940 et publié par Alfâ Ibrâhîm Sow, le Dictionnaire des Hommes Saints et Illustres du Labé décline poétiquement les qualités et vertus de Tierno Ibrahima Kompanya : science, droiture, piété et simplicité.
Repose en paix !

Pour conclure, une question fut posée à Issa Ben Yacine Diallo. On lui demanda :
— « Est-ce que vous avez une idée de quelques uns de ses compagnons en ce moment-là. Est-ce qu’on a vous a raconté, est-ce qu’on vous adonné quelques noms, guiné-y-ens (sic !) ou africains ? »
Il éluda l’interrogation et esquissa une réponse laconique  :
— Non, mais on m’a parlé de, euh, bon… Il y a Fodé Mamoudou Touré, il y a Mamba Sano, essentiellement, en ce moment-là.
Cela est vrai, s’agissant de ces deux pionniers. Avec Diawadou Barry, ils prirent part aux funérailles de Yacine. Mais Issa Ben Yacine aurait dû dire le nom de Musee (Monsieur) Saliou Popodara, le père d’Alpha-Abdoulaye ‘Portos’ Diallo, auteur de La vérité du ministre. Dix ans dans les geôles de Sékou Touré. C’était le cousin de Yacine et ce fut un très proche compagnon de lutte, au sein de l’AGV et au-delà. A mon avis, l’arrestation de ‘Portos’ en 1971, son long séjour, son exécution approuvée par Sékou Touré, mais —heureusement —  opposée par Ismael Touré, tout ce cauchemar infernal relève de la haine diabolique et de l’instinct assassin du “responsable suprême”. Il tenait à punir le fils pour la rivalité d’antan et les triomphes politiques passés du père.

A suivre.

Tierno S. Bah

Yacine Diallo. Impréparation et Interview (suite)

Cet article continue et termine ma revue de l’interview de Issa ben Yacine Diallo par Yamoussa Sidibé, re-diffusée sur YouTube.

Souvenirs personnels : insuffisants et superficiels

Iissa Ben Yacine Diallo, 2012
Iissa Ben Yacine Diallo, 2012

L’entretien est maigre au plan biographique . En particulier, l’invité ne s’ouvre pas sur sa jeunesse, dont il fait une évocation insuffisante et superficielle. Ainsi, il se contente seulement d’indiquer qu’il est né à Kindia. Mais il ne dit pas s’il y grandit aussi, ou bien ailleurs, dans d’autres villes du pays. Et lesquelles dans ce cas ?  Curieusement, c’est à travers les violations et crimes du Camp Boiro que nous apprenons que Kindia fut la ville d’enfance de Issa. En effet, le chapitre “Interrogatoire” de La vérité du ministre. Dix ans dans les geôles de Sékou Touré, contient une séance de torture —parmi tant d’autres — à la « cabine technique ». L’auteur et survivant du Goulag Tropical est l’ancien ministre Alpha Abdoulaye ‘Porthos’. Il échange avec un de ses tortionnaires les propos suivants :

Porthos : — « Tu es un vrai monstre. Mais qu’est-ce que je t’ai fait pour que tu me traites ainsi ?
Tortionnaire : — Moi, rien. Au contraire, demande-leur. Depuis que tu es au bloc, je parle de toi en bien à tous mes camarades. Je te connais depuis longtemps. La preuve, tu es le fils de Yacine Diallo. Je connais même tes frères. Tu as un jeune frère Issa qui a grandi à Kindia et que je ne vois plus, depuis longtemps. Lui, il me connaît bien : demande-lui Soriba Soumah. Tu vois que je te connais. … ? »

Plus loin, au chapitre “Libération” du livre, Porthos précise ses liens de parenté avec le député en ces termes :

« Cette nuit-là, je n’ai pas dormi. J’ai prié, avec ferveur, pour le repos de l’âme de mon père. Je sais combien de sacrifices il a consentis pour notre éducation et dans mes pires moments de détresse, j’ai toujours nourri l’espoir de le revoir un jour. Dans ma prière et dans ma ferveur je lui ai associé ma mère et mon oncle Yacine, ces deux êtres auxquels je dois tant et dont, toute ma vie, je regretterai la disparition prématurée. » Et Porthos d’ajouter :
« Ma mère et mon oncle Yacine, premier député de la Guinée française au Parlement français, sont morts le même jour, à six heures d’intervalle, en avril 1954, la première, à la suite d’une septicémie à 39 ans, le second à 57 ans, à la suite d’une embolie. »

C’est cet effort de mémoire et ce style de narration que Issa Ben Yacine aurait dû apporter à l’interview. Hélas, il ne s’éveille et s’anime que lorsque la conversation porte sur la période adulte de sa vie, c’est-à-dire sa carrière professionnelle intercontinentale (Afrique, Europe, Amérique). Une fois terminée, il entreprit — à ses dépens — des entrées dans la sphère gouvernementale et étatique de Guinée.

Retraite officielle

Dans une interview sur GuinéeActu, datant de 2012,  M. Diallo se présente ainsi : « Je suis Secrétaire général adjoint de l’ONU à la retraite ; né guinéen et africain. Je trouve mon équilibre dans la foi, la fraternité et la solidarité. Sans adhérer à aucun parti politique, je demeure avec des convictions auxquelles je suis profondément attaché. »
Mais force est de constater que depuis lors, M. Diallo maintient le même laïus simpliste (sur son père) et erroné sur :

  •  Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan
  •  Ibrahima Barry III
  • le Manifeste du Rassemblement Démocratique Africain (septembre 1946)
  • l’agriculture industrielle en Côte d’Ivoire et en Guinée
  • les relations personnelles entre Houphouët-Boigny et Yacine Diallo
  1. A propos de Barry III. Ainsi,  Issa Ben Yacine suggère que Barry III fut un compagnon de Yacine Diallo. Cette affirmation est invalidée par le témoignage de feu Thierno Mouctar Bah dans le bel ouvrage biographique Guinée, les cailloux de la mémoire de Nadine Bari. Le chapître “Thierno Ibrahima dans l’Histoire de la Guinée”, Thierno Mouctar indique, en témoin oculaire, qu’en 1954 Barry III faisait ses études en France. Lisons :

« En 1954 meurt Yacine Diallo, premier député de la Guinée à l’Assemblée nationale française. Il faut lui trouver un remplaçant.
Les chefs peuls proposent mon frère Thierno Ibrahima, qui décline l’offre. Ils le mandatent alors pour aller trouver Barry III, encore étudiant à Montpellier, et le convaincre d’accepter l’investiture pour la députation. Barry III y consent et revient au Fouta où il est reçu en grande pompe. Mais suite à la rivalité des deux almamy de Mamou (Alfaya) et de Dabola (Soriya), et à la tentative de réconciliation en 1954, les chefs peuls décident finalement de l’investiture de Barry Diawadou, fils de l’almamy de Dabola. Que faire alors de Barry III, rappelé de France ? »

    1. Quant au Manifeste, il fut rédigé et lancé de Paris au mois de septembre.  Son fut le prélude à la tenue du Congrès constitutif du mouvement à Bamako, en octobre 1946. Mais ses signataires étaient au nombre de sept, et non pas six, comme l’affirme Issa Ben Yacine.  En voici la liste :
      • Félix Houphouët-Boigny, député de la Côte d’Ivoire.
      • Lamine Guèye, député du Sénégal-Mauritanie.
      • Jean-Félix Tchicaya, député du Gabon-Moyen-Congo.
      • Sourou Migan Apithy, député du Dahomey-Togo.
      • Fily Dabo Sissoko, député du Soudan-Niger.
      • Yacine Diallo, député de la Guinée.
      • Gabriel d’Ar boussier, ancien député du Gabon-Moyen-Congo.
    1. Issa Ben Yacine suggère : « A cette époque, la Guinée et la Côte d’Ivoire étaient les deux économies les mieux gérées de l’Afrique occidentale française, avec un budget excédentaire. Les deux économies étaient en compétition, mais la Guinée avait l’avantage, du fait de ses abondantes ressources minérales. Par ailleurs, la Guinée était encore le premier producteur et exportateur de banane et d’ananas en Afrique. »
      Erratum. Dans son ouvrage solidement documenté, Joseph-Roger de Benoist fournit les statistiques suivantes :
      « Les territoires côtiers de zone tropicale (Guinée, Côte d’Ivoire et Dahomey) tiraient leurs principales ressources de la culture des plantes stimulantes (café et cacao) et des fruits (notamment bananes et ananas). Pour le café, la production passa de 62 900 tonnes en 1950-1951 à 131 000 tonnes en 1955-1956. Une Caisse de stabilisation fut créée en Côte d’Ivoire et en Guinée le 30 septembre 1955. La Côte d’Ivoire produisit à elle seule les 56 900 tonnes de cacao de 1950-1951 ; la production atteignit 71 400 tonnes en 1955-1956.
      Une Caisse de stabilisation fut créée en même temps que celle du café. La Guinée et la Côte d’Ivoire produisaient des bananes: 78 181 tonnes en 1951, 124 191 tonnes en 1955. La Côte d’Ivoire, venue après la Guinée à la production de l’ananas, la dépassa bientôt et s’orienta très vite vers la transformation sur place des fruits en jus et conserves. » (Source : Joseph-Roger de Benoist. L’Afrique occidentale française de la Conférence de Brazzaville (1944) à l’indépendance (1960 p. 251). Par ailleurs, dans Political Parties in French-Speaking West Africa — et cela est très important —,  Ruth S. Morgenthau établit clairement que la croissance rapide de la Côte d’Ivoire résulta du labeur combiné des planteurs Ivoiriens et de la main-d’oeuvre venue de la Haute-Volta (Burkina Faso) ; voir “Part Five. Planters and Politics In the Ivory Coast”. La Guinée ne bénéficia pas de circonstances aussi favorables.
    2. Issa Ben Yacine affirme : « Gabriel d’Arboussier, un des leaders historiques du RDA et longtemps bras droit du président Houphouët-Boigny, m’a dit toute l’amitié et le respect mutuel que le député de la Guinée et celui de la Côte d’Ivoire se vouaient. Ils avaient en commun la foi, la sagesse et un art consommé de l’action qui consiste, sans jamais perdre de vue l’objectif fixé, à ne pas avancer quand il faut s’arrêter, ou reculer quand il faut avancer. »
      Lire Le “vide guinéen” selon Houphouët-Boigny
      Cette déclaration illustre l’incuriosité de Issa concernant le sort physique et le legs politique de son père. Il se fie et se limite aux sources orales de compagnons et contemporains de Yacine. Il aurait dû élargir et approfondir ces indications et indices par la consultation de bibliothèques et d’archives, qui, en Europe et aux Etats-Unis, offrent des ressources considérables aux lecteurs, chercheurs, auteurs et curieux.
      La citation ci-contient deux erreurs majeures.
      Primo. De père Français et de mère Maasinanke, Gabriel d’Arboussier était le chef de file de l’aile communisante du R.D.A. Au double plan idéologique et politique, il se situait à gauche, et non pas à droite d’Houphouët-Boigny. Au point que les deux hommes s’affrontèrent et se séparèrent en 1950-51 sur la question centrale du désapparentement parlementaire du R.D.A. d’avec le Parti communiste français.
      Secundo. Houphouët-Boigny considérait la Guinée comme un vide politique entre 1947 et 1951. C’est la période de la traversée du désert pour la jeune section territoriale (le PDG). A partir de 1951, Houphouët et Bernard Cornut-Gentille (BCG)se donnèrent la main pour monter le jeune syndicaliste Sékou Touré en épingle.
      Au chapitre 16 du premier  des huit volumes de la biographie intitulée Ahmed Sékou Touré (1922-1984). Président de la Guinée de 1958 à 1984, André Lewin révèle le Pacte secret entre Sékou Touré et le Haut-Commissaire de l’Afrique occidentale française, Bernard Cornut-Gentille :
      « Un soir de fin de saison des pluies en 1953 (Sékou est déjà Conseiller territorial de Beyla et a lancé la fameuse grève de 72 jours), le haut-commissaire Bernard Cornut-Gentille, accompagné de son chef de cabinet Yvon Bourges, arrive à Conakry en grand secret par avion depuis Dakar. Un rendez-vous confidentiel a été arrangé à leur demande, par l’intermédiaire de Bois, à l’époque le directeur de cabinet du gouverneur Parisot et du directeur de la sûreté, Maurice Espitalier. Sékou Touré tient à ce que la rencontre ait lieu de nuit à son domicile privé ; elle est fixée à 11 heures du soir.
      Les six hommes (Cornut-Gentille, Bourges, Parisot, Bois et Espitalier face à Sékou Touré) s’isolent immédiatement.
      Le haut-commissaire ne cache pas son jeu :
      — “Vous êtes déjà conseiller territorial de Beyla et votre influence est réelle en Guinée ; elle s’étend même en AOF. Vous êtes jeune ; votre avenir est encore devant vous ; vous pouvez être député, peut-être ministre, qui sait ? Des dispositions nouvelles seront prises pour l’évolution des territoires d’Afrique. Mais pour cela, il faut savoir jouer avec ceux qui peuvent favoriser ou bien contrarier ces perspectives ; on peut vous aider si vous ne nous gênez pas ; on peut vous gêner si vous ne nous aidez pas !”, lance-t-il à Sékou en substance.
      Sékou reste impassible. La discussion sera longue. Mais au bout de quatre heures de discussions, on débouche une bouteille de champagne et on trinque au succès de l’accord intervenu. Rien ne filtrera jamais sur l’appui que Cornut-Gentille donne à Sékou, soutien et conseils politiques, renseignements confidentiels, aide financière sur ses fonds secrets
      Sur le chemin du retour au Palais du gouverneur, alors que l’aube se lève sur Conakry, Bern confie à Bois :
      — “Vous avez vu comment on peut manoeuvrer un jeune syndicaliste africain ?”.
      Et à son tour, Bois affirme qu’il murmura, au moins in petto :
      — “J’ai surtout vu comment un jeune syndicaliste africain peut manoeuvrer un haut-commissaire !”
      En effet, les Français sauront trop tard qu’ils avaient élevé une vipère, qui les mordra à coups de complots imaginaires, à partir de 1959.En attendant, quelques mois plus tard, en avril 1954, Yacine Diallo tombait, victime d’une ‘“embolie cérébrale” mortelle à domicile. Or l’embolie — cardiaque ou cérébrale — est généralement progressive en ce sens qu’elle donne des signes avant-coureurs avant la crise fatale.
      Yacine ne montra aucun signe de faiblesse (gestes, déplacement parole, etc.), encore moins de paralysie même légère.
      Il fut enterré sans autopsie…   On ne parla plus jamais de lui. Ce fut une double disparition : physique et politique.
      Mourut-il naturellement ou bien fut-il éliminé ? Et pourquoi ? Pour faciliter les ambitions et la montée de Sékou Touré ? Les questions restent posées !Lire Bernard Charles. Le rôle de la violence dans la mise en place des pouvoirs en Guinée (1954-58)En tout état de cause, si le rapport médical sur la cause de la mort de son père existe, Issa Ben Yacine Diallo, devrait se le procurer et le publier… Ce serait une contribution importante dans la quête pour établir les faits ayant conduit à la disparition du Premier député de la Guinée. Sans que plus jamais on parlât de lui !!!

Bons offices

Cela dit, de son propre aveu, Issa Ben Yacine déclare collaboré  successivement avec Lansana Conté, Moussa Dadis Camara, Sékouba Konaté, voire Président Alpha Condé. S’agissant de ce dernier, il se soustrait à la règle ; il ne l’appelle pas professeur, il lui décerne plutôt le titre d’Elhadj !!!
Conduite derrière les rideaux, officiellement et/ou officieusement, cette activité lui valu des critiques vigoureuses et fondées, ainsi que des condamnation sans appel, à mon avis méritées. Feu Ansoumane Doré articula avec la rigueur et l’intégrité coutumières des objections irréfutables contre l’association de Issa Ben Yacine avec les dictateurs et autocrates sus-mentionnés. Il en fut de même de la part de Ibrahima Kylè Diallo. Il est particulièrement regrettable qu’Issa reprenne à son compte l’hypothèse aussi fantaisiste et suspecte d’Alpha Condé faisant de “la Guinée un pays sans Etat”. Non, M. Diallo, la Nature, l’Histoire et la Culture ont horreur du vide. Et, quelle que soit sa forme et son contenu, l’Etat est toujours présent : force du Mal ou du Bien, oppresseur ou libérateur, porteur de misère ou de prospérité… Les chefs d’Etat guinéens auxquel Issa Ben Yacine offrit son expérience  et sa compétence se rangent dans la mauvaise colonne : celle du Mal, de l’oppression et de la pauvreté, infligés depuis 60 ans par les rayons dardants des “soleils” de la prétendue indépendance.

Phonologie et violence politique

Il est intéressant d’entendre IBYD prononcer le prénom Sékou. Au lieu d’articuler -k- comme on s’attendrait d’un haal-Pular, il emploie la consonne -kh. Celle-ci n’appartient pas au système phonologique pular ou maninka. Mais elle est très fréquente et hautement fonctionnelle en sosokui (langue soussou ). En d’autres termes, sa présence ou son absence est signifiante, et elle entraîne une différence de sens entre deux mots. Le son figure dans des mots essentiels du vocabulaire : khamè (homme), khili (nom), khinyè (lait), kharan (apprendre), bankhi (demeure), sakhan (trois), sökhö (oncle), etc.
A noter que ma transcription est ici simplifiée, le sosokui est une langue duo-tonale. Son écriture correcte exige le port du ton (haut ou bas) sur la syllabe, parce que le sens des mots en dépend, dans de nombreux. Même si deux mots ont la même orthographe horizontale, ils peuvent différer sémantiquement par le(s) ton(s).

Pour importantes qu’elles soient ces caractéristiques ne s’appliquent cependant pas aux noms propres. Cela signifie que Sékou et Sékhou sont équivalents.

Toutefois, à partir de 1954, Sékou Touré et le PDG commencèrent à harasser et à attaquer les partisans du Bloc Africains de Guinée, dirigé par Diawadou Barry, Koumandian Keita, Karim Bangoura, etc. Ils savaient qu’un locuteur natif du Pular (quelle que soit son ethnie) ne peut pas naturellement articuler le son –kh-. Dans cette langue, on remplace –kh– par -k-, qui est le son le plus proche. Le PDG lança donc des campagnes de chasse et d’intimidation des militants du B.A.G. L’objectif était de forcer des individus à changer de parti. Pour cela, les gangs du PDG distinguaient les Sose des Fulɓe par la façon de prononcer le mot khoosa-khori. Si la personne confrontée disait koosaa-kori, elle était en danger. Parfois, la confrontation conduisait à la bagarre, qui, à son tour, empirait, provoquant des blessures sérieuses. Et dans certains cas, le malheureux mourait.
Au bout d’un certain temps, les gens du BAG ripostèrent. A leur tour, ils savent qu’un Sose monolingue ne peut pas prononcer la consonne -ɓ- :bhiɓɓe (enfants), ɓaawo (dos),ɓira (lait),ɓundu (source) très fréquente en Pular. Ils créèrent un test inverse. Il consistait à exiger d’une personne suspecte d’appartenir au PDG de dire silɓadere. Et puisque le sosokui n’a pas ce phonème, les locuteurs de cette le remplacent par la consonne -b-. Dans ce cas, l’intéressé répondait silBadere, avec –b– et non –ɓ-. Il était alors aussitôt soumis à des représailles. Par vengeance, car le PDG fut à la base des affrontements !

Lire Bernard Charkes, Le rôle de la violence dans la mise en place des pouvoirs en Guinée (1954-58) Sylvain Soriba Camara. La Guinée sans la France, chapitre “La lutte entre le régime du PDG et son opposition”.

Ainsi le génie maléfique de Sékou Touré instaura-t-il, au milieu des années 1950, la politique de la violence et du meurtre ciblés à des fins politiques. Cette tradition tragique et criminelle sévit toujours encore. Pour preuve, depuis son accession à présidence, Alpha Condé a “parrainé” la mort par balles de plus 94 jeunes citoyens, en majorité des Fulɓe. Leur tort impardonnable pour le régime en place à Conakry: l’exercice de leur droit démocratique, légitime, légal et constitutionnel d’opinion et d’assemblée.

A suivre.

Tierno S. Bah

Yacine Diallo. Impréparation et Interview

Interview de Issa ben Yacine Diallo par Yamoussa Sidibé. Radio-Télévision de Guinée, Conakry, janvier 2017.
Interview de Issa ben Yacine Diallo par Yamoussa Sidibé. Radio-Télévision de Guinée, Conakry, janvier 2017.

On trouve sur YouTube l’interview de Issa ben Yacine Diallo par Yamoussa Sidibé de la Radio-Télévision Guinéenne. Le lieu, l’heure et la durée (1h 54 min. 04 sec.) sont indiqués. Mais la date de l’émission ne s’affiche pas .
L’entretien porte sur Yacine Diallo. L’interviewé étant le fils cadet du Premier député, on s’attendait à une conversation informative et riche. Mais  la double ‘impréparation de l’interview — par l’hôte et par l’invité — se révèle tôt.  Et au bout du compte, l’objectif d’informer l’audience ne sera pas atteint. Loin s’en faut !
Le blâme revient aux deux protagonistes. Du côté du journaliste, le problème réside dans l’inadéquation du questionnaire. Les interrogations ne imprécises, non-spécifiques. Yamoussa se campe dans les généralités.  Du côte de Issa Ben Yacine, même si elle involontaire, je déplore l’occultation du passé. Au lieu de parler directement et humblement de son expérience individuelle, ses premières phrases sont conjuguées à la première personne du pluriel. Employant le fameux — et souvent agaçant, grandiloquent ou moche — “nous” royal, il déclare en effet :

« Nous avons eu le privilège d’avoir eu comme père un éminent pédagogue, très rigoureux. Il nous a appris à vivre selon des valeurs, et à ne pas transiger là-dessus. Et au fur et à mesure que nous avancions dans la vie, nous comprenions mieux ce qu’il entendait par là. Et nous voyions à quel point il avait raison. La rigueur, la discipline, et les valeurs. Voilà ce qu’il nous a légué. »

Il parle certes de ses frères et soeurs et de lui-même. Mais le ton n’en est pas moins solennel et l’accent distant. Il est vrai qu’il revient par la suite  au simple Je. L’échange démarre ainsi par une question fourre-tout, peu susceptible de provoquer une réponse concise et intéressante :

« Qui était Yacine Diallo, pas d’abord l’homme politique, mais le père, qui il était ? »

Yamousssa aurait dû préparer une batterie de questions bien affûtées pour en bombarder Issa. Par exemple :

  • Comment s’appelaient votre mère, vos frères et soeurs ?
  • Votre père était-il polygame ? Si oui, comment s’appelaient les co-épouses de votre mère ?
  • Qui étaient vos grand-parents maternels et paternels ?
  • Décrivez le village natal de votre père ? Celui de votre mère ?
  • Pouvez-vous décrire la vie quotidienne au village ?
  • Quels sont les villages voisins de Tulel-Nuuma ?
  • Qui fut votre maître d’école coranique ?
  • Quel était le plat favori de votre père ?
  • Qui étaient ses auteurs préférés ?
  • Quelles langues parlait-on à la maison ?
  • Où et à quel moment apprit-il la nouvelle de la mort de son père ?
  • Comment réagit-il ?
  • Et quelles en furent les conséquences immédiates et graduelles sur la famille ?
  • ………………

Hélas, le journaliste est pris à son propre piège. Insatisfait de la réponse initiale vague de Issa, il revient à la charge, insiste et prie son hôte en ces termes :

« Mais vous qui êtes son fils, quelle autre image vous pouvez… Est-ce que vous n’avez pas d’autre anecdote de cet homme ? Est-ce que c’était un homme comme les autres ? Voilà, à la maison, en famille … Quelque chose qui nous permettrait de mieux accéder à ce grand homme politique. »

Non, en bon Diallo, l’invité fait la sourde oreille, ignore la requête et persiste dans le même style verbal. Résultat : les spectateurs n’obtiennent aucun détail biographique. Par exemple Issa ne mentionne pas le nom de sa mère (elle s’appelait Dienabou), celui des co-épouses de celle-ci, le nom de tous ses frères (il ne cite que celui de son aîné, Alfa Bakar ‘De Gaulle’), etc. Autant de données familiales qui auraient pu accrocher l’attention et retenir l’intérêt du spectateur. De sorte que l’entretien laisse les gens sur leur désir de mieux connaître Yacine Diallo.…

A noter cependant que Issa Ben Yacine devient plus actif dans la deuxième partie de l’interview. Celle où on ne parle plus de Yacine, mais plutôt de la Loi-cadre de 1956, du référendum du 28 septembre, des rapports franco-guinéens, du baptême diplomatique de la république de Guinée, etc.
Je publie ma transcription partielle de la conversation dans la section Documents.
Et ici, je me concentre sur la période allant de la naissance à la mort de Yacine Diallo ; sur le chronomètre de la vidéo, cela va de la 1ère à la 54ème minute.

Le présent article comporte le présent volet : la famille et l’école. Un second volet —la politique — sera traité dans la prochaine livraison. Enfin, le quatrième et dernier article (Premier de Guinée) de cette série traitera de la carrière parlementaire de Yacine.

Spéculation

Question : Comment ça s’est-fait ? Comment l’enseignant est devenu politique ?
Réponse : Je pense que c’est à travers les relations de grand-père avec le grand érudit du Fuuta, Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan. Et je crois que ce lien nous amenés, nous a tous entraînés, mon père et nous-mêmes dans l’érudition.

Là, Issa Ben Yacine ne pense pas du tout. Il spécule plutôt. Et à tort, car deux faits le réfutent incontestablement et définitivement. En effet :

  • Yacine Diallo est entré en politique électorale en 1945.
  • Son maître d’école coranique, Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan, est mort en 1927.

Dix-huit ans séparent donc les deux évènements :  la disparition du maître et l’ascension de l’ancien élève. Et Tierno Aliyyu — mon grand-père maternel — n’interrompit certainement pas son repos éternel pour se mêler de la candidature de son ex-pupille. Les vivants se mêlent du sort des morts. C’est naturel. Et c’est évident. Mais l’inverse ne s’applique pas. Cela n’empêche pas M. Diallo d’invoquer par trois fois le nom de Tierno Aliyyu et de lui attribuer un rôle clef dans le lancement de la carrière politique de Yacine. C’est de la spéculation pure, qui ne repose pas sur la réalité historique.

Ensuite, Issa Ben Yacine évoque le maître du Pulaaku, Amadou Hampâté Bâ, comme source de son information. C’est dommage. Car Issa ben Yacine aurait dû consulter, non pas le vénérable Maasinanke, mais des Fuutanke qui avaient vécu avec son père. Ce fut le cas de mes oncles maternels, par exemple. Notamment Tierno Chaikou Baldé, le précurseur de la recherche en science sociale en Guinée. Ce brillant instituteur forma des générations d’élèves, qui réussirent dans la vie. Je me contenterai de mentionner son neveu Saifoulaye Diallo et Ibrahima Khalil Fofana, auteur de la substantielle et lucide synthèse sur Samori Touré. Hampâté et Tierno Chaikou étaient des amis. Ils participèrent activement, pour le compte du Pular/Fulfulde, à la réunion d’experts que l’UNESCO convoqua pour la création d’alphabets standardisés des principales langues africaines à Bamako en 1966.

Issa ben Yacine : « … C’est le vieux Amadou Hampâté Bâ, notre fameux historien et anthropologue, Malien, qui m’a parlé un peu de cette période… Et il m’a dit que c’est le vieux Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan qui a poussé mon père, au niveau de l’école, la medersa, l’école coranique. D’abord une école qu’on a qualifié d’école des otages. Parce que c’est une école qui a été ouverte et dans laquelle les Français ont commencé à mettre les enfants privilégiés. On a appelé ça finalement l’école des otages, c’est-à-dire que les Français voulaient tenir les Africains en tenant leurs enfants. »

Il est fort douteux, je rejette la suggestion  qu’un homme de culture du haut calibre de Hampâté Bâ ait pu faire une telle confusion. Hampâté a largement traité de ces questions, par exemple dans  Amkoullel. L’enfant peul. Mémoires I, Oui, mon commandant ! Mémoires II et L’étrange destin de Wangrin ou Les roueries d’un interprète africain.  Il en connaissait les tenants et les aboutissants. C’est plutôt Issa Ben Yacine qui confond des institutions distinctes quoique liées :

  • l’école coranique traditionnelle
  • l’Ecole des Otages et Fils de chefs
  • l’école coloniale française
  • la medersa islamique ou franco-arabe.

Quatre Types d’Ecoles

Ecole coranique au fuuta-jalon

L’Islam en Guinée : Fouta-Djallon de Paul Marty parut en 1921. Il est le fruit de recherches de terrain et de la compilation des notes copieuses d’Ernest Noirot. Surnommé Tierno Baleejo (= noir, donc une association sémantique taquine au nom de famille d’Ernest), cet ancien artiste des cabarets de Pigalle, à Paris, accompagna la mission de Dr Jean-Marie Bayol au Fuuta en 1881. Seize ans plus tard, après la bataille de Porédaka, il devint résident de la France à Timbo et vice-roi de l’ancien état théocratique. Intitulé “L’enseignement musulman”, le chapitre 8 de l’ouvrage de Marty contient une description détaillée de l’école coranique du Fuuta-Jalon. Celle-là même que le jeune Yacine Diallo suivit. Elle était obligatoire pour les hommes libres. Et elle précède d’un siècle l’école française et la medersa dans le pays.
Marty rapporte que le système pédagogique comportait (et comporte toujours) quatre niveaux :

  • Lecture (Jangugol)
  • Ecriture (Windugol)
  • Explication du Coran en Pular, ou exégèse pratique (Firugol)
  • Etudes supérieures (Fennyu)

« Le premier cycle de l’enseignement a pour but d’apprendre aux enfants à lire l’arabe. Il comprend trois parties:

  • Ba (dit à Dinguiraye limto) ou connaissance de l’alphabet
  • Sigi (dit à Dinguiraye hijjo) ou prononciation et épellation
  • Findituru ou rendingol (dit à Dinguiraye taro assemblage des lettres, des sons, et des mots; et lecture. »

ecole des Otages et des Fils de chefs

L’Ecole des Otages et des Fils de chefs fut créée par le gouverneur Louis Faidherbe.

Ecole des otages et des fils de chefs à Kayes, vers 1889
Ecole des otages et des fils de chefs à Kayes, vers 1889

Wikipédia la décrit ainsi :

« Les écoles des otages sont des établissements scolaires créés par le colonisateur français au Sénégal et au Soudan français où sont recrutés de force les fils de chef et de notable afin de les surveiller et les former pour devenir des auxiliaires au pouvoir colonial. La première école des otages a été créée à Saint-Louis du Sénégal par le gouverneur Faidherbe en 1855.
Jusqu’à l’arrivée de Faidherbe en 1854, l’enseignement occidental était entièrement aux mains du clergé catholique. Cette école est destinée aux fils des chefs de villages et de notables que le gouverneur a ramenés de ses campagnes militaires. Faidherbe souhaite inculquer à ces enfants la culture et les valeurs françaises. Ce sont aussi des otages au sens propre, puisque leur présence dissuade leurs familles de toute tentative de rébellion. Elle traduit le besoin de disposer d’une élite africaine éduquée à l’européenne et capable de servir d’interface avec la population2. Par la suite, l’école est rebaptisée de façon explicite “école des fils de chefs et des interprètes”.»

D’autre part, le chapitre “Les fils de Koli” du roman Les écailles du ciel de Tierno Monenembo offre un tableau captivant de l’implantation d’une école coloniale à Kolisoko par le capitaine Rigaux et Yala-Poore, son homme de main. Le rejet initial céda à l’acceptation et à la normalisation de l’école. Mais celle-ci eut une influence fatidique et des conséquences tragiques pour les deux héros du roman : Grand-père Siɓɓe et son  son petit-fils, Cousin Samba. Voici un extrait :

« Le pays fit appel à ce qui lui restait de ruse, ressortit les maigres ressources de sa résistance, le tout enrobé d’apparente soumission et de fausse passivité. Quand les soldats de Yala le sillonnèrent de nouveau, les enfants avaient disparu comme par enchantement. Certains étaient déclarés morts, d’autres partis pour un mystérieux voyage. La perspicacité en dénichait-elle un dans les greniers, au faîte des arbres ou dans les entrailles de la brousse que les parents s’interposaient, argumentaient laborieusement et orchestraient avec l’évidente complicité de leur progéniture toutes sortes de situations tragi-comiques. On eût dit que l’enfance de Kolisoko se composait uniquement de fous, d’épileptiques, d’aveugles, de sourds-muets, de paralytiques, de bossus, de bègues, de crétins, cachant sous leur impotence de foudroyantes maladies contagieuses allant allègrement de la tuberculose à la maladie du sommeil.
A un argument ruiné succédait un autre. On falsifia souvent l’âge réel des enfants, opération providentiellement facilitée par l’absence bien connue d’état civil officiel. Pour les filles, quand étaient dévoilées les fausses grossesses, on invoquait des mariages aussi fantaisistes les uns que les autres. On feignit même d’en célébrer un à la barbe des soldats.
Rien de tout cela ne fléchissant la détermination du capitaine Rigaux et de ses sbires, on recourut aux inextricables sentiments et liens de parenté qui unissaient tout le monde à Kolisoko :
— Soldat, dis-tu ? Mais, tu n’es pas soldat. Tu es Bentè, le fils de Labbo, celui-là même qui est mon cousin du côté de son arrière-grand-mère maternelle. Tu n’enverras pas mon fils, je veux dire ton frère à cette galère dite lekkol. Prends donc cette poule, ce mouton, cette vache et n’oublie pas que j’ai des filles en âge de se marier… »

En sciences sociales, Denise Bouche demeure une autorité sur la question de l’école coloniale. Et ses recherches fouillées confirment largement la peinture littéraire de l’imposition de cette institution par Tierno Monenembo. Les livres de Denise incluent :

  • Les écoles françaises au Soudan à l’époque de la conquête. 1884-1900 (à paraître sur Semantic Africa)
  • L’enseignement dans les territoires français de l’Afrique occidentale de 1817 à 1920: Mission civilisatrice ou formation d’une élite?
  • Histoire de la colonisation française. 1815-1962
  • Les villages de liberté en Afrique noire française, 1887-1910

Ecole coloniale française

Paul Marty conclut :

« On préconisera au contraire — et très instamment — l’installation d’une école française dans le centre diakanké de Touba, et l’extension de celle de Labé qui a produit, en peu d’années, par la valeur de ses maîtres, comme par le choix de la clientèle scolaire, les plus brillants résultats. »

Paul Marty fit ses recherches auprès de Tierno Aliyyu BN à Labé en 1919. Yacine Diallo avait bouclé sa formation à la vénérable école de Kouroula à Labé cinq ans plus tôt. Son biographe, Boubacar Yacine Diallo, note qu’en 1914 le futur député fut admis à l’Ecole normale William Ponty de l’Ile Gorée, au large de Dakar. Il y vécut les années déterminantes de sa vie. Et contrairement aux esclaves embarqués pour les Amériques, Gorée ne fut pas un point de non-retour. Ce fut un point de départ, et le tremplin de sa brillante mais brève carrière d’enseignant-politicien-parlementaire.

Kouroula fut mon école aussi, et celle de milliers d’autres enfants de la région le long des décennies.

La medersa

Paul Marty évoque le projet — vite abandonné — de construction d’une Medersa au Fuuta-Jalon. Il écrit :

« Il a été question à plusieurs reprises, tant au Gouvernement de la Guinée que dans les sphères du Gouvernement général, de créer une Medersa dans le Fouta-Diallon. »

Deux lieux étaient en lice : Touba et Labé.  Selon Marty, les arguments en faveur de Touba cité étaient les suivants :

« D’un caractère placide, disaient-ils, les Diakanké de Touba ne nous ont jamais donné le moindre sujet de plainte. Leur mosquée, une des plus belles de l’Afrique Occidentale, est entourée des tombeaux des saints protecteurs qui attirent les pèlerinages. Les grandes bibliothèques, possédées par les notables, sont renommées en Guinée. Les relevés des catalogues témoignent d’un large éclectisme. Les talibés étrangers en quête d’une instruction supérieure, accourent nombreux entendre la parole des maîtres ; ceux-ci d’ailleurs, pendant la saison chaude, se déplacent pour la plupart et vont chez les grands chefs des pays voisins surveiller l’éducation des enfants. Au cours de ces déplacements, il est naturel qu’ils accroissent leur importance religieuse. L’affluence des étudiants donne à Touba une physionomie spéciale et, dans l’ardeur de leur conviction, les promoteurs de cette création comparaient Touba “à quelque montagne Sainte-Geneviève du Moyen Age avec sa rue du Beurre et ses carrefours”.… »

Marty continue :

« Les partisans de la création d’une Medersa guinéenne, que le choix de Touba ne satisfaisait pas, ont préconisé Labé. Le choix de Labé ne présente indéniablement aucune des objections précitées.
Labé, capitale du diiwal foula du même nom, a toujours joui d’une réputation intellectuelle et maraboutique considérable parmi les Fulɓe du Fouta-Diallon. Al-Hadj Omar, à la bannière tidiane de qui l’immense majorité des Foula est ralliée, a sanctifié Labé par un séjour de quelque durée et par son enseignement. Les plus illustres Karamoko du Fouta y sont nés, y ont étudié et y ont professé, y ont consacré des disciples, qui se sont répandus dans les autres diiwe, y sont morts en odeur de sainteté. On citera parmi ceux de la génération précédente : Alfa Oumar Rafiou Daara-Labe, Tierno Doura, Sombili, le groupement de Koula. Parmi ceux de la génération présente, le plus illustre entre eux : Tierno Aliou Bouba Ndiyan, son disciple éminent: Tierno Ibrahima Karamoko Dalen.
Dans le Labé, à Zawiya, subsiste le dernier groupement de l’antique voie sadialïa à laquelle, il y a un siècle, le Fouta fut fier d’appartenir. Et le siège de la confrérie est l’objet des visites et des pèlerinages des fidèles, dispersés un peu partout dans les misiide foula.… »

En guise de conclusion, la déclaration de Issa Ben Yacine confond des périodes et des institutions distinctes. Retenons en dernière analyse que l’école coranique du Fuuta-Jalon précéda de loin l’école des otages. Celle-ci, à son tour, ouvrit la voie à l’école coloniale. Et cette dernière coexista et/ou supplanta la médersa islamique et/ou franco-arabe.

Les titres de Denise Bouche sont mentionnés à titre indicatifs. En réalité, la bibliographie sur le thème de l’école coloniale est si vaste qu’elle prend une dimension encyclopédique. J’y reviendrai.

A suivre.

Tierno S. Bah

 

Yacine Diallo, revue critique d’une biographie (suite-fin)

La tombe de Yacine Diallo au cimetière de Camayenne, Conakry
La tombe de Yacine Diallo au cimetière de Camayenne, Conakry 

Je continue et conclus ici ma revue critique du livre Yacine Diallo le Guinéen. Pour la Patrie et dans l’Honneur. Une fois de plus, pour lever l’équivoque de l’homonymie du député et de l’auteur,  je réserve le nom Yacine dans cet article au défunt. J’utilise les initiales BYD pour désigner l’auteur.

Comme auparavant indiqué, le présent article aborde les trois points suivants :

  • la mort de Diawadou Barry
  • la vie spirituelle de Yacine Diallo
  • la mort de Yacine

La mort de Diawadou Barry

Dans la note 20 de la page 107, BYD écrit :

« Né le 10 mai 1916 à Kolo (cercle de Dabola) député de 1954 à 1958 ; décédé en 1973 à Conakry. »

S’agit-il ici d’une erreur monumentale, ou bien d’une falsification délibérée ? J’ai déjà réagi sur Facebook contre cette fausse affirmation. Et je m’élève contre elle, parce qu’elle distord et brouille l’histoire de la Guinée, des quatre dernières années de la colonisation à ce jour.

BYD est tombé dans une tentation et un piège typiques des auteurs de biographie. Au lieu de se tenir à une distance objective par rapport à leur sujet, ils prennent fait et cause pour lui. Cela est évident ici dans la manière dont BYD traite les rapports entre trois politiciens des années 1945-1955 : Yacine Diallo, Fodé Mamoudou Touré et Diawadou Barry.

Son livre aurait dû être equidistant par rapport à la carrière des trois hommes. Hélas, non ! BYD affiche sa sympathie pour le duo Yacine-F. Mamoudou Touré. Et il dépeint de façon hostile les relations entre Yacine et Diawadou. La subjectivité émerge donc et s’impose finalement. Résultat :  l’auteur et le lecteur sont tous deux perdants. Le premier succombe à une démarche facile et contre-productive ; le second se retrouve avec un livre au contenu dévalué. BYD aurait dû épargner le public de l’étalage de son opinion. Celle-ci est positive sur F. Mamoudou, et négative sur Diawadou. Il aurait dû se concenter sur la présentation aussi rigoureuse que possible de faits vérifiables. Et non pas se hasarder dans des spéculations rétroactives.

En définitive, sa cette partialité pousse BYD à raturer l’histoire par deux fois dans la même phrase. Ainsi, il place la mort de Diawadou en 1973 !?

Primo, Diawadou disparut en 1969, non pas en 1973. Cela est irréfutable !
Secundo, Diawadou ne décéda pas naturellement, à l’hôpital ou dans sa chambre, entouré des siens ! Bien au contraire, il fut mitraillé à bout portant en 1969 au Mont Kakoulima. Un escadron militaire, de la terreur et de la mort, l’assassina en même temps que Fodéba Keita, Kaman Diaby, Karim Fofana, Mohamed Cheick Keita, Tierno Ibrahima Diallo, Sangban Kouyaté, Mamadou Diallo, etc. Ce peloton d’exécution fut, vraisemblablement, commandé par celui qui était à l’époque le lieutenant Lansana Conté.
A propos de l’arrestation et de l’exécution de Diawadou et de ses compagnons lire Kindo Touré. Unique Survivant du « Complot Kaman-Fodéba » et Lt.-colonel Kaba 41 Camara. Dans la Guinée de Sékou Touré, cela a bien eu lieu.

Le reste de ce blog concerne deux  aspects fondamentaux de la personnalité de Yacine. Ils sont à la fois personnels et privés, collectifs et publics, car il s’agit de la religion et de la mort du Premier député de Guinée.

Notice. — Avant de continuer, je voudrais souligner que je considère Yacine comme un père, non pas au sens biologique, mais plutôt au sens générationnel. Et cela pour les raisons suivantes :
– Né en 1897, il était le cadet d’un an de mon père, Tierno Saidou Kompanya (1896-1968)
– Enfants, mon père et lui étudièrent le Qur’an chez Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan. Ils passèrent donc ensemble une partie de leur jeunesse à la même école islamique (duɗal) à Labé.
– De là, leurs destins divergèrent pour converger partiellement plus tard à l’âge adulte.
– Yacine s’inscrivit, pour le meilleur et le pire, à l’école française.
– Cumulant sa fonction avec celle de chef du village de Kompanya, Tierno Saidou fut pendant seize ans le premier secrétaire d’arable de son maître au tribunal indigène de Labé. Après la mort du waliyyu, il épousa Kadidiatou, l’avant-dernière fille de Tierno Aliyyu. Elle me mit au monde en 1948. Elle était d’un an plus jeune que Tierno Abdourahmane (de son vivant Le Poète du Fuuta-Jalon), et d’un an plus âgée que sa soeur et amie, feue Hadja Aissatou Mamou. Séparées certes par leur mariage, et, de façon ultime, par la mort, les deux mères de famille, s’apellèrent respectivement dewi (chérie) toute leur vie durant.
– Ma soeur aînée, Hadja Mariama Kesso, se souvint de la visite officielle du député Yacine à Koubia. Il fut accueilli par le chef de canton, en l’occurrence, son ancien camarade d’école, Tierno Saidou Kompanya. Hadja Kesso témoigne que Yacine portait un costume européen et qu’il avait le Qur’an en bandoulière. Koubia célébra la présence du parlementaire. Et les retrouvailles entre les deux anciens camarades furent, dit-elle, on ne peut plus chaleureuses.

A gauche ma mère, Yaaye Kadidiatou Manda (ou Koubia), à droite sa soeur Yaaye Aissatou Mamou, au milieu leur nièce Hadja Kadidiatou Jiwo-Buuɓa, à l'occasion d'une ziyara au Mausolée de Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan, Labé, 1995. Les trois matriarches furent des témoins de la carrière publique de Yacine Diallo. Yaaye Aissatou était l'épouse de feu Elhadj Boubacar Barry, fils aîné d'Almaami Ibrahima Sori Daara II (Alfaya, Mamou). Nous verrons dans la quatrième partie de ce profil que Yacine Diallo fut le poulain de l'Almaami et des chefs de canton du Fuuta. Il siégea également avec l'Almaami au Grand Conseil de l'Afrique Occidentale Française à Dakar. (Photo: Lamine Baldé) — T.S. Bah BlogGuinée.
A gauche ma mère, Yaaye Kadidiatou Manda (ou Koubia), à droite sa soeur Yaaye Aissatou Mamou, au milieu leur nièce Hadja Kadidiatou Jiwo-Buuɓa, à l’occasion d’une ziyara au Mausolée de Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan, Labé, 1995. Les trois matriarches furent des témoins de la carrière publique de Yacine Diallo. Yaaye Aissatou était l’épouse de feu Elhadj Boubacar Barry, fils aîné d’Almaami Ibrahima Sori Daara II (Alfaya, Mamou). Nous verrons dans la quatrième partie de ce profil que Yacine Diallo fut le poulain de l’Almaami et des chefs de canton du Fuuta. Il siégea également avec l’Almaami au Grand Conseil de l’Afrique Occidentale Française à Dakar. (Photo: Lamine Baldé) — T.S. Bah BlogGuinée.

Pour les considérations ci-dessus, Yacine Diallo et mon père ne fut pas de simples promotionnaires. Les deux hommes furent des compagnons de route dans le Fuuta-Jalon colonial. Je dédie à leur mémoire respect filial et déférence posthume.

Yacine Diallo et la religion

 BYD écrit : « Yacine pour apprendre le latin, pour mieux maîtriser la langue française, se fit convertir au catholicisme (c’était une condition pour apprendre le latin) et se fit prénommer Louis Yacine » 5. Simple boutade sur l’itinéraire d’un érudit assoiffé de culture et qui ne s’embarrassait pas de préjugés.
Témoignage suspect qui ignore volontairement une grande tradition du Fouta. Qu’un fils de mandarin lettré cherche à satisfaire sa soif d’érudition, quoi de plus normal ! Que les missionnaires exigent un nom chrétien sur leur registre d’inscription au cours de Latin ? Qu’à cela ne tienne ! Mais, ne nous éloignons pas du sujet. L’essentiel ici est la soif d’érudition qui l’avait amené à fréquenter plus que de coutume le milieu fermé des missionnaires.
D’ailleurs, le français enseigné était à l’époque officiellement classique. Il fallait être patronné pour s’initier au latin et l’apprendre surtout pour un « Major de l’Ecole William Ponty ». (page 27)

La politique française de ségrégation et d’assimilation eut un impact négatif sur la mentalité des colonisés, notamment dans les villes. Les idéologues de la colonisation étalèrent leur zèle. Surmontant le ridicule, ils faisaient entonner à des écoliers — à la peau d’ébène et aux cheveux crépus — une chanson intitulée “Nos ancêtres les Gaulois” !!!  Graduellement, les us et coutumes de la Mère-France devinrent des modèles à imiter.  Comme le souligne Joseph-Roger de Benoist dans L’Afrique occidentale française de la Conférence de Brazzaville (1944) à l’indépendance (1960) :

« La scolarisation, même limitée, avait provoqué la constitution d’une classe couche (plutôt — T.S. Bah) nouvelle : les évolués africains, fonctionnaires et employés, collaborateurs de l’administration et du commerce. L’élite en était composée par les diplômés des écoles normales, particulièrement ceux de l’École Normale William Ponty — installée successivement à Saint-Louis, Gorée et Sébikotane (Sénégal) — qui étaient médecins, pharmaciens, instituteurs et commis de l’administration. »

Des jeunes Africains musulmans adoptèrent des surnoms européens. Même de nos jours. Quitte à les abandonner à l’âge adulte.
En fut-il ainsi pour Louis Yacine Diallo ?
BYD répond par l’affirmative. Mais Mahmoud Bah écrit :

« Yacine était un instituteur très volontaire. Voulant à tout prix apprendre le latin pour mieux maîtriser la langue française. Il se convertit au catholicisme (c’était une condition pour apprendre le latin) et se fit prénommer Louis Yacine. Il s’affirma comme un brillant interlocuteur dans le milieu « évolué » guinéen. En 1939, il devint le premier directeur d’école du corps enseignant indigène guinéen. »

Notons que l’Occident capitaliste n’a pas le monopole de l’hégémonie sur l’Afrique. Il fut précédé par la conquête et la domination arabe-musulmane. Et il fut suivi — avec moins de succès — par le Bloc soviétique. Ainsi, avec l’appui du Parti communiste français — alors d’obédience stalinienne — Gabriel d’Arboussier, métis Français-Pullo, rompit (provisoirement) avec Félix Houphouët-Boigny et chercha à verser le Rassemblement démocratique africain dans le camp du marxisme. Avant lui (1943-1946), les Groupes d’Etudes communistes évangélisaient des groupes de jeunes fonctionnaires dans les colonies françaises d’Afrique.

En réalité, il ressort du témoignage de ses contemporains que l’acculturation de Yacine fut plus marquée. Par exemple, ancien élève du député et témoin occulaire, feu Emile Tompapa, confie ce qui suit :

«  J’ai connu Monsieur Yacine Diallo entre 1939 et 1941 en compagnie de mon père dont il était un grand ami. Ils avaient tous deux la même inclination pour la musique en général et la musique classique en particulier. A partir de ma dixième année, j’ai grandi auprès de deux grands mélomanes.
Yacine était un grand violoniste, et mon père était pianiste.
La gent huppée, autrement dit l’élite de Conakry, se retrouvait les après-midi vaporeux pour écouter mon père et quelques musiciens, dont Yacine Diallo, interpréter des airs sud-américains en vogue à l’époque.
Je ne décrirai pas ici la tenue vestimentaire (trois pièces, canne, chapeau melon, bretelles, cravate, ceinture, lunettes ovales à monture argentée, chaîne accrochée à la montre à gousset, queue de pie ou redingote, etc), dont le port soigné était calqué sur les colons.
Bref, Monsieur Yacine Diallo me donnera de bon coeur des cours de solfège pour compléter les leçons de musique dispensées à la Mission Catholique que je fréquentais. C’est avec lui et sous son contrôle que je fis mes premières mains au piano, alors qu’il m’accompagnait tantôt avec son violoncelle, tantôt avec son violon ou sa flûte Boehm à la maison.
Avec mon père et d’autres musiciens, ils formaient un quatuor (flûte, piano, violon, accordéon) pour égayer les amis et parfois le Gouverneur de la Guinée Française ou le Maire de Conakry. »

Certains de ces détails semblent corroborer une apostasie de la part de Yacine.
Et une autre source, plus autorisée que Mahmoud Bah, m’a confirmé la conversion religieuse de Yacine au catholicisme.
En dernière analyse, toutefois, cet acte — murmuré plus qu’établi de manière définitive — ne diminue pas le rôle précurseur et la stature historique du premier député de la Guinée française. Il ne put être élu en 1945 qu’au deuxième collège, le premier collège était alors réservé aux Blancs. Paradoxalement, la France appliquait une politique raciste dans les colonies qui venaient de payer un lourd tribut pour sa libération des griffes d’Hitler. Et l’Afrique du Sud systématisera le système d’Apartheid en 1948.

Mort, funérailles et enterrement de Yacine Diallo

Oraison funèbre de Yacine Diallo avant son enterrement au cimetière de Camayenne, Conakry, le 27 mars 1954. Derrière et à gauche de l'orateur se tiennent <a href="https://www.webguinee.net/etat/colonial/parlement/mamba-sano/index.html">Mamba Sano</a>, <a href="https://www.campboiro.org/victimes/barry_diawadou.html">Diawadou Barry</a>, <a href="https://www.senat.fr/senateur-4eme-republique/toure_fode_mamadou0435r4.html">Fodé Mamoudou Touré</a>. Contrairement aux rumeurs, <a href="https://www.webguinee.net/">Sékou Touré</a> n'apparaît pas sur cette photo. Etait-il présent à la cérémonie ? (Source : <a href="https://www.webguinee.net/bibliotheque/droit_politique/boubacar-yacine-diallo/yacine-diallo-le-guineen/index.html">Boubacar Yacine Diallo</a>) — T.S. Bah. BlogGuinée.
Oraison funèbre de Yacine Diallo avant son enterrement au cimetière de Camayenne, Conakry, le 27 mars 1954. Derrière et à gauche de l’orateur se tiennent Mamba Sano, Diawadou Barry, Fodé Mamoudou Touré. Contrairement aux rumeurs, Sékou Touré n’apparaît pas sur cette photo. Etait-il présent à la cérémonie ? (Source : Boubacar Yacine Diallo) — T.S. Bah. BlogGuinée.

Emile Tompapa ajoute :

« Le 14 avril 1954, c’est l’effet inattendu d’une bombe qui ébranla les populations guinéennes à l’annonce de la mort subite et inexpliquée du Premier Représentant de la Guinée Française au Palais Bourbon le Député Yacine Diallo. Le Troisième Boulevard à Conakry inondé par la foule de Conakry en larmes fut aussitôt d’un accès impossible avec un service d’ordre débordé aux abords de la maison mortuaire. »

Et BYD souligne que Yacine jouissait “apparemment d’une parfaite santé’. Mais Yacine et Sékou Touré, élu à l’Assemblée territoriale en 1953, échangent des propos acerbes durant les débats de ce jour. André Lewin conclut sa narration de l’incident en ces termes :

« Dans la nuit du mardi 13 au mercredi 14 avril, à 4 heures du matin, le député de la Guinée meurt d’une foudroyante hémorragie cérébrale, en dépit des soins que lui apportent les docteurs Farah Touré (lui-même membre de l’Assemblée), Marx et Leroux. Certains en tous cas n’hésiteront pas à affirmer : “C’est Sékou qui l’a tué !” »

La rumeur persiste depuis lors. Et le livre BYD complique les choses puisqu’il identifie faussement Sékou Touré parmi les trois personnalités  sur la  photo ci-dessus. Il y prend Mamba Sano pour Sékou Touré ! Et malgré leurs divergences politiques, Fodé Mamoudou Touré participèrent aux funérailles de Yacine. Quant à la présence de Sékou Touré ce jour-là au cimetière de Camayenne, cela reste à prouver.

Je me pose quelques questions :

  1. De quelle maison mortuaire parle Emile Tompapa parle-t-il ? S’agit-il d’un édifice public de services funéraires, ou bien du domicile du défunt ?
  2. Quel itinéraire le cortège funèbre suivit-il après la levée du corps ?
  3. Se rendit-on à la mosquée pour le sermon religieux et la prière sur le corps comme l’exige le rite islamique ?
  4. Ou bien alla-t-on directement de la demeure familiale au cimetière sans satisfaire à l’obligation de la cérémonie à la mosquée ?

La scène de la photo me paraît insolite et paradoxale. Car, d’une part, on constate que le corps est enveloppé dans un linceul blanc. Mais, d’autre part, et en dérogation à la tradition islamique, une femme figure parmi les présents, à l’extrême droite. En face d’elle, un orateur faisant une oraison. Son apparence n’a rien d’un imam ou d’un karamoko, c’est-à-dire d’un musulman. En face de lui, on voit l’habit masculin et la coiffure (puuto) coutumière du Fuuta. L’habillement du maître de cérémonie ressemble davantage à celui d’un prêtre catholique. Il remplit une fonction qui aurait dû échoir à un imam, étant donné l’éducation familiale et de base de Yacine Diallo à Labé. Pourquoi ? Question anxieuse et légitime, mais sans réponse, hélas !

Il serait donc souhaitable que l’on dispose d’autres photos de la cérémonie funéraire. Elles pourraient nous indiquer par exemple si le corps de Yacine fut transporté dans une mosquée pour une prière finale. De même, elle pourrait montrer les croyants alignés derrière l’imam, identifier ce dernier, etc.
Que les personnes qui détiennent de telles photos les diffusent. Cela permettrait d’éclairer le public et les chercheurs sur les circonstances de la mort et de  l’enterrement de Yacine Diallo.

Tierno S. Bah

Fulɓe: Africa’s Pollinators Under Assault?

Map A. Pular (Pulaar) : western area of the language of the Fulbe.
Map A. Pular (Pulaar) : western area of the language of the Fulbe. (Source : voir Carte B)
Map B. Fulfulde : eastern area of the language of the Fulbe
Map B. Fulfulde : eastern area of the language of the Fulbe. (Source : Marquis Michel de la Vergne de Tressan. Inventaire linguistique de l’Afrique occidentale française et du Togo. Mémoires de l’Institut français d’Afrique noire. N° 30. Dakar, IFAN. 1953, 240 p. cartes)
Fulbe (Fulani) pastoralists and their cattle in Northern Nigeria. They are wearing the traditional conical hat (libitiwal, in Fuuta-Jalon dialect). They are also holding the blessed and sacred herder's stick. The Republic of the Gambia's Tourism and Culture minister, <a href="http://www.webguinee.net/blogguinee/2017/12/les-hubbu-du-fuuta-jalon-lecture-critique/">Hamat Bah</a>, was pictured sporting a similar item in his swearing-in ceremony in 2017. (T.S. Bah)
Fulbe (Fulani) pastoralists and their cattle in Northern Nigeria. They are wearing the traditional conical hat (libitiwal, in Fuuta-Jalon dialect). They are also holding the blessed and sacred herder’s stick. The Republic of the Gambia’s Tourism and Culture minister, Hamat Bah, was pictured sporting a similar item in his swearing-in ceremony in 2017. (T.S. Bah)

Titled “Genocide, hegemony and power in Nigeria” Obadiah Mailafia’s paper is a case study of pseudo-historical rambling and misguided political activism. From the title to the last line it is filled with false assumptions, malicious accusations, and malignant statements. The article illustrates the confusion sowed by “educated” and “elite” individuals and groups among the peoples of the Federal Republic of Nigeria. The propagators of the growing discord are a heteroclite bunch. For instance, they include Nobel literature laureate Wole Soyinka as well as heretofore unknown individuals, such as Mr. Obadiah Mailafia.
I re-post his paper here in the Documents section. The tract is replete with vile insults, ignorant statements, absurd allegations, vitriolic partisanship, fallacious claims and laughable distortions of history. The author refers to the Hausa-Fulani peoples as “a new mongrel race.” How low can someone who considers himself an African be so rude and stoop so low against fellow Nigerians and other Africans? How can hurl on the Web such a derogatory and vulgar term? How can he so gratuitously and readily commit such a despicable and outrageous offense!
In this blog, I denounce, rebut, recuse and refute some of the most egregious passages of Obadiah’s inflammatory article.

Africa’s pollinators

The domestication of the bovine constituted “one of humanity’s first leap forward” (Anselin 1981). It was a watershed achievement that spurred humans’ march into civilization. In parallel with other groups in Asia, America, Africa, ancient Fulɓe partook in such an accomplishment.

See Fulbe and AfricaThe Semantic Web and Africa

In “Cattle Before Crops: The Beginnings of Food Production in Africa,” a remarkable  research paper, Fiona Marshall and Elisabeth Hildebrand argue that, contrary to the other continents, domestication of plants came after that of animals. In other words, pastoralists preceded agriculturalists in “the development of food production” aimed at meeting “the need for scheduled consumption.”
 Thus, while their prehistoric neighbors figured out plant cultivation, ancient Fulbe were a step ahead in taming the wild ancestor of the bovine. In so doing, those pastoralists and agriculturalists forebears  became, metaphorically, the pollinators of Africa. Which, in turn, as we all know, is the cradle of humankind. It is appalling that Mr. Obadiah Mailafia chose to waste his time assaulting one of Africa’s indigenous peoples.

War mongers instead peace makers

Big problems and serious contradictions —legitimate or fabricated — strife and tensions have plagued the Federal Republic of Nigeria since its founding in 1963. And in recent decades its middle section, bad blood has opposed Muslim Fulɓe (Fulani) cattle herders to Christian agriculturalists. Such hostilities are neither new, nor specific to Nigeria. Thus, Ireland is still recovering from a lengthy and bloody civil war between Protestants and Catholics. Likewise, in the tinderbox region of the Balkans, in southern Europe, peace remains fragile as new countries continue to cope with the collapse and splinter of Yougoslavia.

Read (a) The Butcher’s Trail : how the search for Balkan war criminals became the world’s most successful manhunt (b) The Trial of Radovan Karadzic

Back in the Middle Age, France and England fought the Hundred Year’s War. It pitted Catholics against Protestants and, among other atrocities. Joan of Arc life was engulfed by fire at the stake, reducing her body in ashes. In this 21st century the world watches the Rohingya’s plight and flight from persecution by Myanmar’s Buddhist extremists…
Nigeria’s Muslim/Christian divide is deep-seated in history. But they can —should and must — be negotiated amicably and resolved in peace. Unfortunately, instead of seeking positive solutions to the feuds, militants and agitators — like Obadiah Mailafia — who are recklessly bent on fanning the flames of hostility and hatred. Instead of being peace makers, they demonize their neighbors and sound like war mongers. Such a dangerous behavior must be stopped.

Obadiah Mailafia writes:

Gramsci invented the notion of “hegemonia” (hegemony) to explain the structure and anatomy of domination in political society

Error! The editors of Wikipedia would beg to differ with Obadiah Mailafia. They, who pinpoint that Gramsci studied the cultural aspect of hegemonic power, i.e., not hegemony, by and large, but one aspect of its aspects. Other manifestation of supremacy rule include the economy, warfare religions, science…

I find this concept of hegemony so relevant with what is going on in relation to the genocide being perpetrated by the Fulani militias in the Middle Belt of our country today.

Obadiah is entitled to his opinion, but not to the facts. First, he fails to cite any external references or sources. Then, he does not care to provide evidence of ongoing genocide in Nigeria. We know that such tragedy  befell the country during the Biafran War. Then, genocide stroke in Rwanda. But here, my view is nothing demagoguery brings Obadiah to claim that the recurrent attacks and retaliations in Nigeria amount to genocide.

Historians the world over agree that the original home of the Fulani people is Futa Jallon (also known in the French as Fouta Djallon) in the Upper Guinea highlands of the West African Republic of Guinea.

Wrong! Fuuta-Jalon (not Futa Jallon, or Fouta Djallon!) is one of the many regions the Fulɓe call home in 21 Africa countries. But it is certainly not their birthplace. In reality, pushing their cattle herds out of Takrur (southern Mauritania-northern Senegal), they began migrating to the region back in the 12th century C.E.. Takrur existed since the 4th century. Although it has fallen into oblivion, it was a lasting and glorious experiment that forged a new people (the Takruri) out of a melting pot of Soninke, Serer, Wolof, Mande, Fulɓe communities. And, significantly, around the 9th century Takrur became the first sub-Saharan state to adopt Islam as its official religion. However, it conquest by Emperor Sunjata Keita sealed its demised. Fulbe had been leaving the areas for quite some time. But the destruction of Takrur accelerated their exodus. They moved south toward what is today’s Fuuta-Jalon. They also headed east into Maasina, Jelgoogi, Sokoto, Adamawa, etc. In The Fulani Empire of Sokoto, historian H.A.S. Johnston indicates that Fulbe herdsmen begun settling in the Sokoto region as early as the 12th century.

Also known as Fula, Fulbe or Pullo, the Fulani are thought to have emigrated from North Africa and the Middle East in ancient times, settling in the Futa Jallon Mountains and intermarrying with the local population and creating a unique ethnic identity based on cultural and biological miscegenation.

It’s other way around, the indigenous pair (Pullo, singular / Fulɓe, plural) provides the basis for the various names given to the Fulɓe . For instance, they are called Takruri (Moors), Fellasha (Arabs), Peul (Wolof), Fula (Mande), Fulè (Sose, Jalunka) Fulani (Hausa), etc.

The Malian writer and ethnologist Amadou Hampaté Ba famously described Futa Jallon as “the Tibet of West Africa”, on account of its surfeit of Muslim clerics, Sufi mystics, itinerant students and preachers.

Correction: Amadou Hampâté Bâ was no ordinary writer and ethnologist. He was a leader of Pulaaku, the Fulbe way of life. He coined the phrase: “In Africa, when an elder dies, its a library burning down.” Thanks to serendipity, he had received in 1953 an initiation in the sacred rite of Geno and by-gone fulɓe spirituality built around the bovine. In 1961, he teamed with Germaine Dieterlen, a noted ethnologist of religions and the author of Essai sur la religion bambara. The pair co-edited the French version of Kumen, the bible of Fulbe pastoralists. In his review of the book, ethnologist fell in aw with “La poésie saisissante de ce récit [qui] évoque les plus belles pages de la Bible”.
Amadou Hampâté Bâ once declared: “I love Fulfulde, my language. I am proud to be a Pullo poet.” For his tireless advocacy for the continent’s verbal heritage, Ivoirian writer Isaac Biton Coulibaly bestowed upon A. H. Bâ the title of “pope of African oral tradition.” Bâ lived his life as a disciple of Tierno Bokar Salif Taal, a tijaniyya sufi master who taught Islam and tolerance …
Never mind, displaying his bellicose mindset, Obadiah seeks to tarnish “the Tibet of West Africa” homage with the epithet “surfeit.” Again, Gilbert Vieillard must be turning in his grave. For he asserted that Fuuta-Jalon was the Dar-al-Islam (Door of Islam) of western Africa. And in his book The Holy War of Umar Tal: the Western Sudan in the mid-nineteenth century Prof. Robinson concurred in these terms:

« Fuuta-Jalon was much more than an Almamate dominated by a Fulɓe aristocracy. It was a magnet of learning, attracting students from Kankan to the Gambia, and featuring Jakhanke clerics at Tuba as well as Fulɓe teachers. It acted as the nerve centre for trading caravans heading in every direction. The more enterprising commercial lineages, of whatever ethnic origin, established colonies in the Futanke hills and along the principal routes. It served their interests to send their sons to Futanke schools, to support the graduates who came out to teach, and in general to extend the vast pattern of influence that radiated from Fuuta-Jalon. »

Such were, among other things, the facts that prompted A.H. Bâ to label Fuuta-Jalon, a spiritual stronghold akin to Thibet.

The second traditional home of the Fulani is Futa Toro, by the banks of the Senegal River in the current nation of Senegal.

Wrong! Fuuta-Tooro was located in the direct sphere of influence of Takrur. Therefore Fulbe lived there, first, and centuries before the headed down south toward Fuuta-Jalon.

Over the centuries the Fulani converted to Islam and some of them became zealous Muslim clerics and itinerant proselytisers. Through war and conquest they formed several kingdoms, among them Tukolor, Massina, the Caliphate of Usman Dan Fodio and Fombina in the early nineteenth century.

Wrong! In “The Social and Historical Significance of the Peul Hegemonies in the Seventeenth, Eighteenth and Nineteenth centuries,” Marxist historian Jean Suret-Canale join other scholars to point out that the Fulbe clerics became victorious through a combination of preaching the Word and wielding of the Sword. It behooved them to win the mind more than the body of new converts. They largely succeeded in their mission. And in Sokoto, Usman ɓii Fooduyee (Usman dan Fodio, in Hausa), his brother Abdullah, his children Mohammed and Asma’u offer a stellar example of such accomplishments.
Read The Caliph’s Sister: Nana Asma’u 1793-1865: teacher, poet and Islamic leader and One woman’s Jihad : Nana Asma’u, scholar and scribe.

To be continued.

Tierno S. Bah