Interview de Issa Ben Yacine Diallo. Transcription partielle

Interview de Issa ben Yacine Diallo par Yamoussa Sidibe. RTG, Conakry. 2017

Interview de Issa ben Yacine Diallo
par Yamoussa Sidibé
Radio Télévision Guinéenne (RTG) — janvier 2017

Lire Yacine Diallo. Impréparation et Interview

Présentation de l’invité

C’est un monument de la diplomatie internationale que nous accueillons ce soir dans cette émission. Ancien secrétaire général adjoint des Nations Unies, ancien secrétaire exécutif de la Commission Economique des Nations Unies pour l’Afrique, ancien représentant spécial des Nations Unies pour l’Angola, professeur des sciences politiques dans une université de Genève, Issa ben Yacine Diallo a exercé plusieurs autres fonctions. Il a su porter fièrement la présence guinéenne dans le monde. Mais Issa est le fils de Yacine, Yacine Diallo, premier député guinéen à l’Assemblée nationale française. Vous comprendrez donc que nous ouvrons cette page importante de notre histoire, où Conakry était un carrefour important de l’AOF.

Yamoussa Sidibé. Qui était Yacine Diallo, pas d’abord l’homme politique, mais le père, qui il était ?

Issa ben Yacine Diallo. Nous avons eu le privilège d’avoir eu comme père un éminent pédagogue, très rigoureux. Il nous a appris à vivre selon des valeurs, et à ne pas transiger là-dessus. Et au fur et à mesure que nous avancions dans la vie, nous comprenions mieux ce qu’il entendait par là. Et nous voyions à quel point il avait raison. La rigueur, la discipline, et les valeurs. Voilà ce qu’il nous a légué. Et je dois vous dire que c’est une fortune.

YS. Oui, mais à la maison, vous avez des souvenirs de votre père, Yacine Diallo. A la maison comment il était, avec sa femme, avec ses enfants, Comment il était ? C’était un homme toujours de bonne humeur…, qui savait s’amuser… L’homme, tout court. Qui il était à la maison ?

IBYD. C’était un homme attentif, il était attentif à chacun de nous. Et la maison était organisée. Les repas, à des heures précises. Les leçons, à apprendre à des heures précises. Sa musique, il jouait du violon, tous les jours, tous les soirs. Il jouait du piano aussi, à des heures précises. Et les règlements de problèmes, de problèmes disciplinaires, le soir, toujours après le dîner. Jamais rien, avant. Aucune dispute, aucune querelle, avant…

YS. Yacine Diallo que nous connaisssons, c’est l’homme des grands meetings, l’homme politique, l’homme qui haranguait les foules… Mais vous qui êtes son fils, quelle autre image vous pouvez… Est-ce que vous n’avez pas d’autre anecdote de cet homme ? Est-ce que c’était un homme comme les autres ? Voilà, à la maison, en famille … Quelque chose qui ne permettrait de mieux accéder à ce grand homme politique.

IBYD. L’homme politique, c’est autre chose. Le père, c’est encore autre chose. Nous avions le sentiment d’être … je ne dirai pas abandonnés, mais d’être laissés de côté pour la population. Il était toujours dans la foule. On le voyait dans la foule, et quand il nous voyait après un voyage, c’était en coup de vent… Mais il tenait à nous voir. Il fallait qu’on aille le voir… à sept heures du matin… J’arrivais. Il était déjà en train de faire son projet de discours déjà.… Tout le reste des besoins, c’est lui qui s’en occupait. Et jamais nous ne lui demandions quoi que ce soit. Il était au courant de tout, il veillait sur tout …

YS. Vous aviez quel âge en ce moment-là ?

IBYD. Of!. Je devait peut-être avoir dix ans, one ans.

YS. Et votre père était enseignant.

IBYD. Il était enseignant mais il était déjà en politique.

YS. Comment ça s’est-fait ? Comment l’enseignant est devenu politique ?

IBYD. Je pense que c’est à travers les relations de grand-père avec le grand érudit du Fuuta, Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan. Et je crois que ce lien nous amenés, nous a tous entraînés, mon père et nous-mêmes dans l’érudition. Nous aimons la culture, nous aimons l’education. Et, euh, nous aimons les valeurs. Personne ne peut nous sortir de là. Et nous pensons que c’est quelque chose qui n’a pas de prix. Vouloir nous sortir de là, des valeurs, eh bien, je crois que c’est trop tard. C’est trop tard ! Nous y croyons fermement… Et c’est grâce à l’éducation du père…

YS. Alors cette proximité de votre père avec le grand érudit Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan aura été peut-être le déclic ?

IBYD. Certainement, il l’a poussé …

YS. Alors comment ça s’est fait le chemin ? De la classe où il enseignait vers la tribune où il haranguait les foules.

IBYD. Il l’a poussé. Et là, c’est le vieux Amadou Hampâté Bâ, notre fameux historien et anthropologue, Malien, qui m’a parlé un peu de cette période.

YS. Hmm!

IBYD. Et il m’a dit que c’est le vieux Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan qui a poussé mon père, au niveau de l’école, la medersa, l’école coranique. D’abord une école qu’on a qualifié d’école des otages. Parce que c’est une école qui a été ouverte et dans laquelle les Français ont commencé à mettre les enfants privilégiés. On a appelé ça finalement l’école des otages, c’est-à-dire que les Français voulaient tenir les Africains en tenant leurs enfants.
Et c’est un avantage, parce qu’après on va à l’école française. On est déjà familier avec la discipline scolaire. Et ça sent… Donc, mon père parlait l’anglais, même le vieil anglais, le latin, le grec.
Bon ! Pendant cette période-là, on se demande comment ça a pu se faire. Et effectivement, il l’a fait, c’est-à-dire embrasser et l’école coranique et l’école française. Ca aussi, je crois que Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan était, euh, derrière pour pousser dans cette formation franco-africaine.

YS. Votre père était enseignant. Il a enseigné un peu partout en Guinée.

IBYD. C’est juste.

YS. Alors quelle a été sa première sortie. Je sais que vous étiez très jeune,… est-ce que vous en avez entendu parler… sa première sortie publique, pour parler à la foule, pour dire je veux ça… je veux ceci pour mon pays.

IBYD. Non, sa première sortie publique, non ! Mais, euh, le vieux Amadou Hampâté Bâ m’a dit que … ils ont organisé la candidature de mon père. Euh! On a envoyé d’abord en France en 1944-45, on a envoyé des délégués par territoire. Et c’est dans ce sens que mon père a été délégué, d’abord… pour representer la Guinée en France concernant les débats sur l’avenir, euh, euh, du territoire. Et ensuite, on a organisé des élections.

YS. Est-ce que vous avez une idée de quelques uns de ses compagnons en ce moment-là. Est-ce qu’on a vous a raconté, est-ce qu’on vous adonné quelques noms, guiné-y-ens ou africains ?

IBYD. Non, mais on m’a parlé de, euh, bon… Il y a Fodé Mamoudou Touré, il y a Mamba Sano, essentiellement, en ce moment-là.

YS. D’accord ces délégués sont allés en France.

IBYD. Ca, déjà, d’après ce que Amadou Hampâté Bâ m’a expliqué, ils ont organisé cela, pour décider qui pouvait représenter la Guinée. Et là, le vieux Amadou Hampâté Bâ m’explique que le nom du père n’a pas été innocent en cela (?!) Et que Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan a simplement dit à certains de ses interlocuteurs : « Vous cherchez un délégué, mais qu’est-ce que vous cherchez, vous avez Yacine. Vous avez Yacine, le messager. Est-ce que vous pouvez trouver un meilleur délégué ? »
Et il paraît que ça a joué !

YS. Hmm! Vous parlez souvent du vieux AHB, de Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan, mais vous ne parlez pas des témoignages de votre mère ! Est-ce qu’elle parlait de votre père ?

IBYD. Euh, non, pour la simple raison que ma mère est décédée [alors] que j’avais trois ans. Je n’ai pas eu le bonheur de la connaître. J’ai quelques images de ma maman. J’ai quelques sons de sa voix. Mais j’ai pas eu le privilège de la connaître. Mais j’ai été gâté par ma grand-mère, par le grand-père et par le père, aussi.… Le souci de mon père était que je ne sois pas gâté, mais que je marche droit.…

YS. Vous avez été bien couvé.

IBYD. C’est juste.

YS. Alors, comment Yacine Diallo, enseignant, de retour de France comme délégué guinéen, est devenu député ?

IBYD. Oui, le raccourci a cette question est que… il avait enseigné dans quasiment toutes les régions de Guinée. Au Fuuta, en Basse-Guinée, en Forêt… à Guéckédou. J’ai un frère qui est y né d’ailleurs, mon grand-frère, Alpha ‘de Gaulle’, d’autres frères qui sont nés à Labé, et moi-même qui suis né à Kindia. Donc c’était quelqu’un qui connaissait la Guinée. Et que la Guinée connaissait aussi. On le connaissait. Lorsqu’il s’est agi de désigner quelqu’un, surtout un député, les gens disaient : “On le connaît, cest lui qui s’occupe de nos enfants… qui s’est occupé de nos enfants. Par conséquent, c’est pas un étranger.”
Et c’est un avantage considérable. Dans ce sens-là … c’est les rapports qu’il avait avec la population… et quand il s’agissait de défendre les intérêts de la population, on pensait à quelqu’un comme lui, même s’il n’était pas de la région.

YS. Député guinéen à l’Assemblée nationale, qu’est-ce que Yacine Diallo a apporté à concrètement à la Guinée, au territoire guinéen. Qu’est-ce qu’il a changé dans la vie des citoy… dans la vie des populations des populations ?

Ben. Mon père est décédé en avril 1954. Donc il était en politique depuis 1945. Ca fait dix ans environ. Et en dix ans, il était devenu le vice-président du groupe parlementaire socialiste à l’Assemblée nationale française. Ehmm! Il était du parti socialiste. Et il a créé le parti socialiste africain, ici, avec Lamine Guèye. Lamine Guèye, Senghor et lui-même étaient les piliers du parti socialiste en Afrique. Ils se sont affiliés au parti socialiste français, SFIO. Et dans ce cadre-là, ils ont mené un combat qui était très structuré. Pourquoi l’alliance au parti socialiste ? Bon, d’abord il y avait une certaine sensibilité du père concernant les problèmes sociaux, oui. Mais aussi la décision que les députés africains ont prise concernant leur arrivée en France. Ils venaient dans un parlement où il y avait quelque 300 députés, dont à peu près une douzaine de députés de la FOM. Ils se sont dit, dès qu’ils sont rencontrés à Marseilles. Ils sont arrivés en bateau à Marseilles en même temps. La question s’est posée : comment, à dix, ils allaient assurer leur présence.
Et ils se sont répartis [entre les partis métropolitains]…

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Tierno S. Bah