Amnesty International. Fiche Guinée 2015-2016

Amnesty International. Rapport Guinée 2015-2016
Amnesty International. Rapport Guinée 2015-2016
Rien de nouveau sous le sombre ciel des violations des droits de l’homme en Guinée. Depuis 1973, les rapports annuels d’Amnesty International sur la Guinée se suivent et se ressemblent. De Sékou Touré à Alpha Condé, en passant par Lansana Conté, Moussa Dadis Camara et Sékouba Konaté, d’une part, du Camp Boiro au Camp Koundara, sans oublier les casernes militaires et le sempiternel et sordide PM3 de la Gendarmerie, c’est la même litanie lugubre et tragique de violences, de blessés et de morts infligés aux citoyens par un Etat incompétent, corrompu, oppressif et répressif.
Extraite du rapport — de 485 pages — annuel mondial d’Amnesty International, voici la situation 2015-2016 des droits de l ‘homme au pays du 28 septembre 1958, de la tyrannie et de l’impunité.
Tierno S. Bah

Pays : République de Guinée
Chef de l’Etat : Alpha Condé
Premier ministre : Mohamed Said Fofana

Dans le contexte de l’election présidentielle, les autorités ont interdit les manifestations et les forces de securitéont fait usage àplusieurs reprises d’une force excessive contre des manifestants. Des arrestations arbitraires ont de nouveau eu lieu cette année, touchant notamment des membres de l’opposition. Des personnes ont étéarrêtées en raison de leur orientation sexuelle supposée. L’impunité pour des violations des droits humains a persisté.

Contexte

Le président Alpha Condé a été réélu en octobre avec 57,84 % des voix. L’opposition a contestéle resultat du scrutin, invoquant des irrégularités. Les violences entre membres de partis d’opposition et les affrontements avec les forces de sécurité  ont fait au moins 20 morts, et des centaines de personnes ont étéblessées tout au long de l’année lors de heurts liés à l’élection.

Surveillance internationale

En janvier, le bilan de la Guinée en matière de droits humains a été examiné dans le cadre de l’Examen périodique universel des Nations unies. Parmi les motifs de préoccupation évoqués figuraient les restrictions à l’exercice du droit à la liberté de réunion pacifique, le recours excessif à la force pour disperser des manifestations et la culture de l’impunité au sein des forces de sécurité. La Guinée n’a pas accepté les recommandations préconisant l’abolition de la peine de mort et la dépénalisation des relations sexuelles librement consenties entre personnes de même sexe 1.

Recours excessif à la force

Au moins 20 personnes sont mortes lors de violences commises autour de l’élection présidentielle ; la moitié d’entre elles au moins ont été tuées par les forces de sécurité  2. D’autres personnes, dont des enfants, ont été blessées par des tirs à balles réelles ou du fait d’un usage inapproprié d’équipement antiémeute, ou encore dans des accidents impliquant des véhicules des forces de sécurité. En mai, trois journalistes ont été passés à tabac par la police à Hamdallaye, dans la région de Boké.
En juin, l’Assemblée nationale a adopté un projet de loi précisant les circonstances dans lesquelles la force peut être utilisée, ou non, en vue de maintenir l’ordre lors des manifestations, et la manière dont elle doit être utilisée. Ce texte pourrait restreindre le droit de réunion pacifique car il n’autoriserait pas les rassemblements publics spontanés, et les forces de sécurité resteraient habilitées à disperser des groupes de manifestants pacifiques si elles soupçonnent au moins une personne d’avoir une arme. De telles dispositions pourraient aussi être invoquées pour interdire ou réprimer des manifestations pacifiques.

Détentions arbitraires

Des membres de formations d’opposition, des syndicalistes et d’autres personnes ayant exprimé une opinion dissidente ont été arrêtés de façon arbitraire à l’approche de l’élection 3. Jean Dougo Guilavogui, dirigeant syndical et militaire à la retraite, a été arrêté à Conakry, la capitale, le 19 septembre et détenu sans être présenté devant une autorité judiciaire jusqu’à son inculpation, le  25 septembre. La durée de sa détention est contraire au droit international et au droit guinéen. Quatre autres membres de son syndicat ont été arrêtés en octobre. Ils ont tous été inculpés d’outrage au chef de l’État et de diffamation et se trouvaient toujours en détention à la fin de l’année  4.
En mai, le Groupe de travail sur la détention arbitraire de l’ONU a estimé que le général Nouhou Thiam, l’adjudant Mohamed Kaba, le lieutenant Mohamed Condé, le colonel Saadou Diallo et le lieutenant Kémo Condé étaient détenus de manière arbitraire. Ces hommes avaient été arrêtés en 2011, à la suite d’une attaque contre le domicile du président Alpha Condé. Le groupe de travail a demandé à la Guinée de les remettre en liberté mais, à la fin de l’année, ils étaient toujours en détention.

Droits des Lesbiennes,  Gays, Personnes Bisexuelles, Transgenres ou Intersexuées

L’article 325 du Code pénal qualifie d’infraction pénale les relations sexuelles entre personnes consentantes de même sexe. Trois personnes au moins ont été arrêtées en raison de leur orientation sexuelle supposée. Deux hommes ont été arrêtés le 22 avril à Conakry. En mai, le tribunal de Mafanco les a condamnés à trois mois d’emprisonnement.

Impunité

L’enquête sur le massacre perpétré au Grand Stade de Conakry s’est poursuivie. En 2009, les forces de sécurité avaient tué plus d’une centaine de manifestants pacifiques et en avaient blessé au moins 1 500. Des dizaines de femmes avaient été violées et d’autres avaient disparu. Moussa Dadis Camara, à l’époque à la tête de la junte militaire, a été inculpé en juillet. Mamadouba Toto Camara, alors ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, a été inculpé en juin.
D’autres violations des droits humains commises par des membres des forces de sécurité sont restées impunies. Les gendarmes et les policiers soupçonnés d’être pénalement responsables du recours à une force excessive contre des manifestants pacifiques, qui a fait plusieurs morts et blessés entre 2011 et 2015, n’ont toujours pas été déférés à la justice, et aucune avancée n’a été enregistrée dans ce sens.
Aucune enquête n’a été menée sur les policiers, les gendarmes et les militaires impliqués dans des actes de pillage systématiques et dans la contamination des sources d’eau à Womey, dans la région de N’Zérékoré, en septembre 2014. Les forces de sécurité avaient été déployées dans ce secteur à la suite du meurtre de sept membres d’une équipe d’information sur le virus Ebola et d’une huitième personne qui assistait à la scène, à Womey. Plusieurs personnes arrêtées ont dit avoir été torturées, et au moins six femmes ont été violées alors qu’elles tentaient de retourner dans leur village pour aller chercher de la nourriture ou des objets de valeur. Deux hommes sont morts en détention, en décembre 2014 et en mai 2015. En avril, le tribunal de N’Zérékoré a condamné 11 villageois à la réclusion à perpétuité pour meurtre.
En mars, la cour d’assises de Kankan a renvoyé à une date ultérieure le procès de quatre membres des forces de sécurité accusés d’avoir tué six personnes pendant un mouvement de grève à la mine de Zogota, en 2012. Les accusés ne s’étaient pas présentés à leur procès.
En juin, des membres de la communauté de Saoro, un village de la région de N’Zérékoré, ont déposé une plainte auprès de la Cour de justice de la CEDEAO, affirmant que les autorités guinéennes n’avaient rien fait pour poursuivre en justice les forces de sécurité accusées de faits d’arrestation arbitraire, torture, viol et exécution extrajudiciaire à l’encontre de villageois qui protestaient contre leur expulsion forcée en 2011.

Notes
1. Guinée. The culture of excessive use of force threatens civil and political rights ahead of the presidential elections (AFR 29/1950/2015)
2. Guinée. Empêcher le recours excessif à la force et respecter le droit à la liberté de réunion pacifique avant et après les élections de 2015 – Appel à l’action (AFR 29/2160/2015) ; Guinée. Coups de feu tirés dans  le dos et tabassage à mort par les forces de sécurité à Conakry (communiqué de presse, 22 octobre)
3. Guinée. Urgence – Craintes pour la santé de deux détenus (AFR 29/1868/2015) ; Deux détenus libérés pour raisons médicales (AFR 29/1889/2015)
4. Guinée. Arrestation de quatre autres syndicalistes (AFR 29/2660/2015)

Conakry. Abattus dans le dos et tabassés à mort

Démentissant les déclarations diplomatiques conventionnelles et la langue de bois des messages de la communauté internationale, d’une part, et la conclusion hâtive de Tyson Robers dans 5 Things About Guinea’s Peaceful Election, d’autre part, Amnesty International montre — avec des preuves d’enquête sur le terrain à l’appui — que le premier tour de l’élection présidentielle n’a été ni paisible, ni pacifique.
L’ONG mondiale dénonce, au contraire, les tueries et les violences perpétrées — comme d’habitude — par les forces dites de sécurité durant le vote du 11 octobre courant. Elle dénonce les crimes de la police et de la gendarmerie, qui ont tiré des coups de feu dans le dos de personnes non armées et ont tabassé à mort des civils à Conakry.
Tierno S. Bah

Les forces de sécurité ont tué au moins trois personnes — deux en leur tirant dans le dos et une en la battant à mort — à Conakry, la capitale guinéenne, lors d’échauffourées liées à l’élection présidentielle, a publié Amnesty International hier jeudi 22 octobre.

Par ailleurs, des affrontements entre sympathisants de partis rivaux ont fait trois morts et au moins 80 blessés dans la même ville. Dans le reste du pays, au moins sept personnes ont perdu la vie dans les mêmes circonstances. Les homicides ont eu lieu entre les 8 et 13 octobre, soit en pleine période électorale. Les résultats du scrutin présidentiel sont contestés et des élections locales doivent se tenir en 2016, ce qui fait craindre que de nouvelles manifestations ne donnent lieu à d’autres décès, à moins que les forces de sécurité ne fassent preuve de retenue et que les agents soupçonnés d’avoir tiré sur des civils ne soient traduits en justice et jugés équitablement par des tribunaux civils de droit commun.

« Des éléments démontrent que des agents des forces de sécurité guinéennes ont tué ou blessé des civils sans arme. Rien ne peut justifier d’avoir tiré sur ces personnes ni de ne pas engager la responsabilité pénale des auteurs présumés des coups de feu, a déclaré François Patuel, spécialiste de l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International, qui se trouve actuellement à Conakry.
Tant que les autorités toléreront que les forces de sécurité fassent usage d’armes à feu contre la population, il sera impossible d’instaurer un climat de confiance et de mettre fin aux violences électorales récurrentes en Guinée. »

Les quartiers où les victimes habitaient ont été le théâtre de manifestations autour de la date de l’élection et, lors de rassemblements de ce type, il arrive souvent que la foule jette des pierres aux forces de sécurité. Cependant, des témoins oculaires et des proches des personnes tuées par les forces de sécurité ont indiqué à Amnesty International que ces personnes n’avaient pas pris part aux violences et n’étaient pas armées.

Parmi les victimes figurent un chauffeur de 24 ans ; des gendarmes lui ont tiré dans le dos alors qu’il marchait en direction du domicile de son frère. Six policiers ont matraqué à mort un étudiant de vingt 20 ans. Un gendarme a aussi abattu un charpentier de 20 ans d’une balle dans le dos alors qu’il s’enfuyait par une ruelle ; son corps a été abandonné sur un tas d’ordures.

Un témoin ayant assisté aux coups de feu a déclaré à Amnesty International :

« C’était le 13 octobre, vers minuit. Nous discutions près de l’atelier où nos amis travaillaient. Un pick-up de la gendarmerie est arrivé dans la rue et sept gendarmes armés de fusils en sont sortis en trombe. Il y avait eu des affrontements violents dans notre quartier ce jour-là, alors nous avons pris peur et nous sommes partis en courant. Ils ont tiré sur nous et touché notre ami au dos. Nous l’avons retrouvé dans sur un tas d’ordures le lendemain matin. »

Amnesty International a recensé plus de 80 blessés pris en charge dans des centres de santé de Conakry à la suite des violences liées à l’élection présidentielle. Des délégués de l’organisation ont rencontré huit personnes blessées par les forces de sécurité, dont sept par balle. Il s’agissait notamment de trois amis, âgés de 17 à 21 ans, sur qui des gendarmes avaient tiré à Sonfonia Gare 2 le 10 octobre. Les délégués d’Amnesty International ont découvert sur les lieux des douilles de munitions réelles correspondant aux armes des forces de sécurité.

L’une des victimes a fait le récit suivant :

« Nous étions à l’école coranique lorsque nous avons entendu une femme crier dans la rue. Nous sommes sortis pour voir ce qui se passait. Il y avait des pick-up de la gendarmerie et de la police. Des agents démontaient les barricades dressées sur la route. Un gendarme nous a visés. Apeurés, nous avons essayé de retourner dans l’école. J’ai été touché au bras et deux de mes amis l’ont été au genou et dans le bas du dos où la balle est toujours. Un autre jeune a été abattu en bas de la rue. »

Par ailleurs, des témoins ont indiqué à Amnesty International que plusieurs policiers et gendarmes avaient participé au pillage du supermarché Koumi, près de Médina, après qu’il avait été attaqué par des hommes portant des t-shirts de campagne les 8 et 9 octobre. Ils avaient mis à sac un restaurant et incendié des voitures, des boutiques et des générateurs.

Une nouvelle loi a pourtant été adoptée en juin afin de mieux encadrer le recours à la force et aux armes à feu par les forces de sécurité guinéennes et de limiter les violences liées aux élections. Plus de 350 personnes ont trouvé la mort dans des circonstances liées à des élections au cours des 10 dernières années ; six ont ainsi été tuées lors de manifestations organisées en avril et mai 2015 mais aucun agent des forces de sécurité n’a été inculpé pour l’instant.

Dans un rapport publié en septembre, Amnesty International estimait que la loi en question représentait une avancée, tout en mettant en évidence les déficiences considérables qui compromettraient son efficacité. En outre, ce texte ne protège pas suffisamment le droit de manifester pacifiquement.

« Une nouvelle loi visant à endiguer le recours à une force excessive et meurtrière par les forces de sécurité ne peut être efficace que si elle est à la fois renforcée et appliquée de manière stricte, a déclaré François Patuel.

« Les forces de sécurité doivent non seulement être dotées des ressources nécessaires et formées comme il se doit pour respecter les droits humains, mais aussi être amenées à rendre des comptes devant des tribunaux civils en cas de manquement. Les agents soupçonnés d’avoir tué des personnes sans arme à Conakry au début du mois d’octobre doivent en subir les conséquences. »

Complément d’information

L’élection présidentielle guinéenne s’est tenue le 11 octobre. La Commission électorale nationale indépendante a annoncé les résultats provisoires, indiquant qu’Alpha Condé avait été réélu au premier tour. Les sept autres candidats ont contesté ces résultats.

En septembre, Amnesty International a publié un rapport dans lequel elle révélait que six personnes avaient été tuées en avril et mai 2015 lors d’échauffourées liées à l’élection et appelaient les autorités à prendre des mesures en vue de protéger la liberté d’expression et de réunion, de mettre fin à l’usage excessif de la force et des armes à feu, et de traduire en justice les responsables présumés de violations des droits humains.

Selon les informations recueillies par Amnesty International, au moins 350 personnes sont mortes et plus de 1 750 ont été blessées lors de manifestations organisées en Guinée au cours des 10 dernières années. La plupart étaient des manifestants, et parfois des passants, blessés ou tués par les forces de sécurité.

Le 2 juin, l’Assemblée nationale a adopté un texte de loi sur le maintien de l’ordre public, qui définit quand et comment il est possible d’avoir recours à la force pendant des manifestations. Bien qu’il comporte des dispositions judicieuses établissant les missions et les responsabilités des forces de sécurité guinéennes, il présente des lacunes importantes qui pourraient restreindre le droit de réunion pacifique. En effet, il n’autorise pas les rassemblements publics spontanés, tandis que les forces de sécurité sont toujours habilitées à disperser des groupes de manifestants pacifiques si elles soupçonnent ne serait-ce qu’une personne d’avoir une arme. Ces dispositions pourraient aussi servir à interdire ou à réprimer les manifestations pacifiques.

Amnesty International

5 Things about Guinea’s peaceful election

Guinea’s National Independent Electoral Commission has released the provisional results of the first round of the presidential election held October 11. See Le “Coup KO” n’est pas OK.
I reprint this blog post from the Washington Post because it provides an overview of the voting process. Also, the 5-point ordered list may be just the length of text and type of content that casual readers may need. However, the author proposes a historical review of Guinea’s electoral politics that falls way short for the following reasons:

  1. Tyson Roberts jumps to a hasty conclusion and uses  “peaceful” inappropriately. In reality, and according to an Amnesty International report, “Unarmed people shot in back and beaten to death by security forces in Conakry.” The human rights group  condemns the “clear evidence that members of Guinea’s security forces were responsible for the death and injury of unarmed civilians. There could be no justification for firing at these unarmed people, and no excuse for failing to hold those suspected of criminal responsibility to account.
  2. The author over-simplifies his picture of the situation by reducing the contest to a rivalry between Alpha Condé and Cellou Dalein Diallo. In fact, Guinea’s political landscape extends beyond these two leaders, notwithstanding the fact they —mainly but exclusively — represent  the main communities: Fulbe and Maninka
  3. As a result, the name and role of a solid contender such as Sidya Touré appears nowhere
  4. The successive dictatorships of Sékou Touré (1958-1984) and Lansana Conté (1984-2008) are merely and leniently described as rules. Yet, the author points out that Alpha Condé was sentenced to death in absentia. With such a hint, he should have logically concluded that Guinea was run by a tyrant. Furthermore, M. Condé was not the only person to receive a death penalty. Twenty other Guineans exiles suffered the same fate. Read the verdict of the Tribunal révolutionnaire suprême on the Camp Boiro Memorial.
  5. The author is silent on the rigged results of the second round of the 2010 presidential. Soundly beaten on the first round, Alpha Condé was dubiously proclaimed the victor in the second round. Most serious observers remain puzzled by the reversal of fortune of the two candidates. Ever since, details have emerged linking Waymark Infotech, the company that tallied the ballots, to South African intelligence circles.
    Read High Noon at the Guinea Corral
    Tierno S. Bah

Which Guinea, you ask? There are 4 countries whose name includes “Guinea” (named for the Guinea region in West Africa), including Equatorial Guinea (formerly Spanish Guinea), Guinea-Bissau (formerly Portuguese Guinea), and Papua New Guinea (in Oceania rather than Africa – a Spanish explorer apparently thought the natives resembled people he had seen on the Guinea coast of Africa).

Supporters of candidate Alpha Conde gather in a street in Conakry on Saturday to celebrate after it was announced that he had won the elections. (Youssouf Bah/AP)
Supporters of candidate Alpha Conde gather in a street in Conakry on Saturday to celebrate after it was announced that he had won the elections. (Youssouf Bah/AP)

The country that had the election a week and a half ago was just plain “Guinea,” officially “the Republic of Guinea,” formerly known as “French Guinea,” and sometimes referred to as “Guinea-Conakry” (Conakry is the capital) to differentiate it from the other Guineas.

What is special about Sunday’s election?

  1. Incumbent Alpha Condé was the first president in Guinea to come to power (in 2010) through a democratic election.
    At independence from France in 1958, Guinea was led by Ahmed Sékou Touré, who went on to “win” uncontested presidential elections from 1961 to 1982. Days after Sékou Touré died in 1984, Lansana Conté took power in a military coup and won three multiparty elections in what observers described as a “facade” of democracy.
    Days after Conté died in 2008, Capt. Moussa Dadis Camara took power in a military coup. Following a massacre of opposition members in a meeting in 2009, one of Camara’s aides shot him in the head. Camara survived and went into exile. Condé won the multiparty presidential election that followed in 2010.
  2. Sunday’s election was the fourth presidential contest Condé has competed in, but the first time he has run as an incumbent.
    Condé, 77, has been in politics for a long time, but the presidential term he is finishing is the first political office he has ever held. As an opposition activist during Sékou Touré’s rule, he was sentenced to death in absentia. He placed second and third in presidential elections that Conté was accused of stealing in 1993 and 1998. Conté’s government threw Condé into jail in 2000 for “undermining the authority of the state”; after his release in 2001 he boycotted the election of 2003. In his third presidential contest in 2010, Condé placed second in the first round with 18 percent (behind Cellou Dalein Diallo with 44 percent), and then won the presidency in the second round with 53 percent.
  3. In Guinea’s highly fractionalized political system, success relies on making (sometimes surprising) alliances.
    In the 2010 presidential election, 24 candidates from 24 different parties competed. Although he won a mere 18 percent in the first round, Condé was able to win in the second round by gaining endorsements from at least twelve of the other competing parties.
    In the campaign for this most recent election on Oct. 11, Diallo formed an alliance with the party led by former junta leader Camara, currently in exile and indicted in absentia for the 2009 massacre of the opposition, including members of Diallo’s party. Notwithstanding that surprising alliance, Condé was predicted by observers to win last week’s election because of the ethnic and personal rivalries that divide his opposition (as well as some accomplishments such as completion of a Chinese-built hydroelectric dam). Eight candidates (considerably fewer than in 2010) competed in the first (and only) round of this year’s presidential election.
  4. The election’s main contestants come from two of the larger ethnic groups in the country, but neither group is large enough to deliver electoral victory alone.
    The largest ethnic group in Guinea is the Fulani, with more than 40 percent of the population; followed by the Malinké, with 30 percent; and the Sossou, with 20 percent. The remaining 10 percent comes from more than 20 smaller ethnic groups.
    In the first round of the 2010 presidential election, Diallo, a Fulani, won 44 percent of the vote vs. 18 percent for the Malinké candidate, Condé.
    Some observers believe that Condé successfully united most of the other parties against Diallo by uniting the non-Fulani ethnic groups against the Fulani.  Diallo, however, argued that Condé rigged the 2010 result. Despite being the largest and economically dominant ethnic group, no Fulani has been president of Guinea.
  5. Although Guinea has a history of troubled elections, and Diallo has rejected this year’s result, election observers described the election as valid (if disorganized).
    Guinea’s first three multiparty elections, under Lansana Conté, were described by observers as fraudulent. In response to major candidates being ruled ineligible to run, most opposition parties boycotted the 2003 election (including Condé’s party), which was also considered fraudulent.
    The first round of the 2010 election was open, transparent and peaceful, but before the runoff election in 2010, violent clashes between supporters of Condé and Diallo led the election to be postponed three times. Diallo accused Condé of fraud but conceded when the Supreme Court ruled against him.
    In the run-up to this October’s election, Diallo complained about the Independent Electoral Commission over a number of issues, including disorganized distribution of voter cards, and he demanded a five-day delay for the election, which was not granted. Nonetheless, Diallo chose not to follow through on his threat to boycott the election.
    This election was peaceful. Observers say the vote was transparent and valid, despite such logistical problems as insufficient materials. In response to early returns that indicate another victory for Condé, Diallo’s supporters accused the president of fraud and called for the election to be repeated. Last Wednesday, Diallo withdrew from the election, alleging fraud, and said he would not recognize the results.
    On Saturday, the Independent Electoral Commission declared Condé the winner with 58 percent of the vote, which makes a run-off election unnecessary (pending confirmation by the Constitutional Court). Diallo, with 31 percent of the vote, still refuses to recognize the result, but said he would not appeal.

Tyson Roberts
Reprinted from The Washington Post

Présidentielle. Mutisme de la CEDEAO et de l’UA

Fournis par la CENI, les résultats — provisoires et officieux — du premier tour de l’élection présidentielle guinéenne donnent le candidat Alpha Condé gagnant. Ces informations ont provoqué le retrait immédiat de ses principaux rivaux, Cellou Dalein Diallo et Sydia Touré, du processus électoral. Face à ces développements, “le mutisme de la CEDEAO et de l’UA est décrié”, écrit Assanatou Baldé (Afrik.com).
Ce silence contraste avec l’intervention rapide africaine dans la récente crise burkinaɓe. Il faudrait garder cependant en mémoire le rejet essuyé par le président sénégalais, Macky Sall, pour avoir voulu inclure les putschistes dans la résolution de la confrontation entre le régime de la transition et les populations, d’une part, et — désormais — l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP), d’autre part.
Lire Burkina-CEDEAO : le peuple rejette l’accord
Ce n’est pas la première fois qu’une médiation de la Cedeao tourne court à cause de son approche biaisée en faveur du pouvoir dictatorial et/ou illégitime en place. Ce fut notamment le cas avec la désignation de l’ex-président Blaise Compaoré comme médiateur entre Moussa Dadis Camara et son CNDD, d’un côté, les partis politiques et la société civile, de l’autre, en 2009.
Lire :

Tierno S. Bah

 

Dépouillement des bulletins de vote à Conakry, le 14 octobre 2015, après le premier tour de l'élection présidentielle en Guinée (AFP/Cellou Binani)
Dépouillement des bulletins de vote à Conakry, le 14 octobre 2015, après le premier tour de l’élection présidentielle en Guinée (AFP/Cellou Binani)

Le Président sortant guinéen Alpha Condé pourrait être réélu dès le premier tour de l’élection présidentielle, selon la commission électorale nationale indépendante (CENI). De son côté, le principal parti d’opposition s’est retiré du processus électoral. Alors que l’on craint de nouvelles violences en Guinée, le mutisme des organisations régionales africaines, qui ne se sont pas encore exprimées à propos du scrutin, est pointée du doigt par les observateurs du continent.

Les évènements s’accélèrent en Guinée. La commission électorale nationale indépendante (CENI) a annoncé, jeudi soir, que le Président guinéen sortant Alpha Condé s’acheminait vers une réélection dès le premier tour de l’élection présidentielle, avec près de 2 millions de voix en sa faveur, selon les résultats provisoires partiels. La CENI a également estimé la participation à l’élection présidentielle en moyenne à 75% pour le premier tour, qui s’est tenu le 11 octobre.

Bien qu’à l’international, on affirme que les élections se sont déroulées dans le calme et sans irrégularités majeures, la version des faits de l’opposition diffère. Le leader de l’opposition, Cellou Dalein Diallo, qui dirige l’UFDG, a annoncé son retrait du processus électoral, évoquant une véritable « mascarade » autour du scrutin, « entaché de fraudes », selon lui. Le correspondant d’Afrik.com, basé en Guinée, a fait état dans ses reportages de nombreux manquements à l’ouverture des votes du premier tour.

De même, sur le continent, notamment au Sénégal, où réside une forte communauté guinéenne et où Cellou Dalein Diallo a « battu à plate couture » Alpha Condé, de nombreux observateurs, lors de débats télévisés sur l’élection présidentielle, ont estimé que ce n’était pas à l’Union Européenne ou aux Occidentaux en général d’affirmer si l’élection s’est bien déroulée ou non. Ils ont été plus loin, décriant le mutisme des organisations africaines telles que la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) ou encore l’Union Africaine (UA) qui ne se sont toujours pas exprimées sur ce scrutin, estimant qu’elles devaient être en premières ligne pour garantir la pérennité de la Présidentielle.

Pour l’heure, la Guinée retient son souffle. De nouvelles violences à l’issue du scrutin pourraient bien éclater dans le pays entre partisans du Président sortant et ceux du leader de l’opposition.

Assanatou Baldé
Afrik.com