Remarques sur La danse avec l’aveugle

Finalement, après correction de la configuration  du serveur (Apache) et enregistrement des formats vidéos (.ogv, .m4v, .mp4), j’ai rétabli le lien du film documentaire « La danse avec l’aveugle », qui est désormais accessible ici sur BlogGuinée. Les auteurs et distributeurs du film le présente en ces termes :

« A travers des documents et des témoignages, l’histoire politique de la Guinée depuis son indépendance en 1958, la dictature de Sékou Touré, jusqu’en 1978. Une dénonciation virulente du régime guinéen : tortures, exécutions sommaires, exil, émigration, etc. »

Le site InformAction ajoute :

Saisi en France, le livre Prison d’Afrique est le point de départ du film La danse avec l’aveugle (1978). Jean-Paul Alata, auteur de Prison d’Afrique, est l’un des témoins filmés. Il témoigne sur la répression qui sévit dans la Guinée de Sékou Touré, féroce dictateur jusque là protégé par son auréole de militant tiers-mondiste. Alata sera mortellement empoisonné à Abidjan en septembre 1978. La danse avec l’aveugle circula sous le manteau en Guinée avant la mort de Sékou Touré en 1984. Il a été plusieurs fois primé dans les festivals internationaux.

Images d’écran saisies du film La danse avec l’aveugle

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Quelques remarques sur la présentation

Première remarque. Il s’agit de l’histoire politique partielle, c’est-à-dire les 18 ans après la proclamation de la république de Guinée. La présentation n’est donc pas complète, même pour la période considérée. Mais elle se concentre sur deux la première affaire (les dépôts d’armes à la frontière sénégalaise en 1959-60) et la tentative de génocide contre les Fulɓe en 1976-77. Le film ne traite pas des autres « complots » antérieurs à l’attaque du 22 novembre. Il s’agit précisément des faux complots suivants :  Ibrahima Diallo  (1960), Enseignants (1961)  Petit Touré (1965), Kaman-Fodéba-Diawadou (1969). Et à propos des armes et activités de 1959, le film se limite aux affirmations de l’ancien Premier ministre Mamadou Dia, qui ne fournit pas de détails toutefois…

Deuxième remarque. La dénonciation de la dictature n’est pas virulente. Elle est plutôt équilibrée. Le récit inclut des interviews de témoins et des points de vues opposés. C’est le cas par exemple des témoignages de Jean Suret-Canale (chercheur, professeur, membre du Parti communiste français), d’une part, et de l’ambassadeur américain William Attwood (journaliste, auteur, représentant du président John Kennedy et ami de l’ambassadeur Karim Bangoura), d’autre part. Les deux hommes divergent ainsi sur des questions telles que la guerre froide (1944-1990), le néo-colonialisme, le non-alignement. A noter la précision de Suret-Canale, qui rappelle que Sékou Touré ne voulait pas de la séparation ; elle lui fut imposée par de Gaulle.

Troisième remarque. Le film critique aussi la politique coloniale de la France. Le commentaire est par exemple sarcastique à propos de la “générosité” du référendum du Général de Gaulle !

Quatrième remarque. Jean Mauberna, le dernier gouverneur de la Guinée française, confirme les atermoiements et confusions de la 4è république française, surtout à travers la loi-cadre de 1956. A force d’arrangements et de compromis, il n’était qu’une figure symbolique et protocolaire, puisque Sékou Touré, précise-t-il,  était monté, depuis juillet 1958, de la vice-présidence à la présidence du conseil de gouvernement du territoire.

Cinquième remarque. Des sous-titres ou légendes sont sélectivement appliqués. Il eût été mieux de les créer pour tous les témoins. Par exemple, il fallait identifier le trio Sékou Touré, Fodéba Keita et Ismael Touré lors d’une visite à Mamou. Filmés ici ensemble et amicaux au début des années 1960, ils se sépareront tragiquement en 1969, avec l’exécution de Fodéba Keita.

Gabriel d'Arboussier (1908-1976)
Gabriel d’Arboussier (1908-1976)

Sixième remarque. René Cazau, membre de Parti communiste français et survivant du Camp Boiro, fait erreur sur le début de sa contribution à l’activité des Groupes d’études communistes. Il le place en 1944 et ce, ajoute-t-il, dans le cadre du Rassemblement démocratique africain. Or ce mouvement ne fut créé qu’en 1946 à Bamako. Lire Les Groupes d’Études Communistes en Afrique noire (1943-1951). Il est vrai cependant que les GEC furent  la pépinière de l’aile gauche et intellectuelle du RDA. Et la figure de proue de cette mouvance fut le métis Français-Pullo (Maasina) Gabriel d’Arboussier. Suite au désapparentement parlementaire d’avec le Pcf en 1951, il perdit du terrain face à Houphouët-Boigny, président du mouvement, récupéré par le ministre de l’Intérieur — et futur président — François Mitterand.

Tierno S. Bah

Addendum. La Lettre signée de Félix Houphouët-Boigny et Gabriel d’Arboussier, en date du 18 septembre 1946. Adressée de Paris, la correspondance émane du Comité d’organisation. Elle présente le texte du Manifeste du Rassemblement Démocratique Africain, qui déclencha les préparatifs du Congrès constitutif du mouvement, tenu à Bamako, du 18 au 21 octobre 1946. Les signataires du Manifeste furent :

  1. Félix Houphouët-Boigny, député de la Côte d’Ivoire
  2. Lamine Gueye, député du Sénégal-Mauritanie
  3. Jean Félix Tchicaya, député du Gabon-Moyen Congo
  4. Sourou Migan Apithy, député du Dahomey-Togo
  5. Fily-Dabo Sissoko, député du Soudan-Niger
  6. Yacine Diallo, député de la Guinée
  7. Gabriel d’Arboussier, ancien député du Gabon-Moyen Congo