Remarques sur La danse avec l’aveugle

Finalement, après correction de la configuration  du serveur (Apache) et enregistrement des formats vidéos (.ogv, .m4v, .mp4), j’ai rétabli le lien du film documentaire « La danse avec l’aveugle », qui est désormais accessible ici sur BlogGuinée. Les auteurs et distributeurs du film le présente en ces termes :

« A travers des documents et des témoignages, l’histoire politique de la Guinée depuis son indépendance en 1958, la dictature de Sékou Touré, jusqu’en 1978. Une dénonciation virulente du régime guinéen : tortures, exécutions sommaires, exil, émigration, etc. »

Le site InformAction ajoute :

Saisi en France, le livre Prison d’Afrique est le point de départ du film La danse avec l’aveugle (1978). Jean-Paul Alata, auteur de Prison d’Afrique, est l’un des témoins filmés. Il témoigne sur la répression qui sévit dans la Guinée de Sékou Touré, féroce dictateur jusque là protégé par son auréole de militant tiers-mondiste. Alata sera mortellement empoisonné à Abidjan en septembre 1978. La danse avec l’aveugle circula sous le manteau en Guinée avant la mort de Sékou Touré en 1984. Il a été plusieurs fois primé dans les festivals internationaux.

Images d’écran saisies du film La danse avec l’aveugle

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Quelques remarques sur la présentation

Première remarque. Il s’agit de l’histoire politique partielle, c’est-à-dire les 18 ans après la proclamation de la république de Guinée. La présentation n’est donc pas complète, même pour la période considérée. Mais elle se concentre sur deux la première affaire (les dépôts d’armes à la frontière sénégalaise en 1959-60) et la tentative de génocide contre les Fulɓe en 1976-77. Le film ne traite pas des autres « complots » antérieurs à l’attaque du 22 novembre. Il s’agit précisément des faux complots suivants :  Ibrahima Diallo  (1960), Enseignants (1961)  Petit Touré (1965), Kaman-Fodéba-Diawadou (1969). Et à propos des armes et activités de 1959, le film se limite aux affirmations de l’ancien Premier ministre Mamadou Dia, qui ne fournit pas de détails toutefois…

Deuxième remarque. La dénonciation de la dictature n’est pas virulente. Elle est plutôt équilibrée. Le récit inclut des interviews de témoins et des points de vues opposés. C’est le cas par exemple des témoignages de Jean Suret-Canale (chercheur, professeur, membre du Parti communiste français), d’une part, et de l’ambassadeur américain William Attwood (journaliste, auteur, représentant du président John Kennedy et ami de l’ambassadeur Karim Bangoura), d’autre part. Les deux hommes divergent ainsi sur des questions telles que la guerre froide (1944-1990), le néo-colonialisme, le non-alignement. A noter la précision de Suret-Canale, qui rappelle que Sékou Touré ne voulait pas de la séparation ; elle lui fut imposée par de Gaulle.

Troisième remarque. Le film critique aussi la politique coloniale de la France. Le commentaire est par exemple sarcastique à propos de la “générosité” du référendum du Général de Gaulle !

Quatrième remarque. Jean Mauberna, le dernier gouverneur de la Guinée française, confirme les atermoiements et confusions de la 4è république française, surtout à travers la loi-cadre de 1956. A force d’arrangements et de compromis, il n’était qu’une figure symbolique et protocolaire, puisque Sékou Touré, précise-t-il,  était monté, depuis juillet 1958, de la vice-présidence à la présidence du conseil de gouvernement du territoire.

Cinquième remarque. Des sous-titres ou légendes sont sélectivement appliqués. Il eût été mieux de les créer pour tous les témoins. Par exemple, il fallait identifier le trio Sékou Touré, Fodéba Keita et Ismael Touré lors d’une visite à Mamou. Filmés ici ensemble et amicaux au début des années 1960, ils se sépareront tragiquement en 1969, avec l’exécution de Fodéba Keita.

Gabriel d'Arboussier (1908-1976)
Gabriel d’Arboussier (1908-1976)

Sixième remarque. René Cazau, membre de Parti communiste français et survivant du Camp Boiro, fait erreur sur le début de sa contribution à l’activité des Groupes d’études communistes. Il le place en 1944 et ce, ajoute-t-il, dans le cadre du Rassemblement démocratique africain. Or ce mouvement ne fut créé qu’en 1946 à Bamako. Lire Les Groupes d’Études Communistes en Afrique noire (1943-1951). Il est vrai cependant que les GEC furent  la pépinière de l’aile gauche et intellectuelle du RDA. Et la figure de proue de cette mouvance fut le métis Français-Pullo (Maasina) Gabriel d’Arboussier. Suite au désapparentement parlementaire d’avec le Pcf en 1951, il perdit du terrain face à Houphouët-Boigny, président du mouvement, récupéré par le ministre de l’Intérieur — et futur président — François Mitterand.

Tierno S. Bah

Addendum. La Lettre signée de Félix Houphouët-Boigny et Gabriel d’Arboussier, en date du 18 septembre 1946. Adressée de Paris, la correspondance émane du Comité d’organisation. Elle présente le texte du Manifeste du Rassemblement Démocratique Africain, qui déclencha les préparatifs du Congrès constitutif du mouvement, tenu à Bamako, du 18 au 21 octobre 1946. Les signataires du Manifeste furent :

  1. Félix Houphouët-Boigny, député de la Côte d’Ivoire
  2. Lamine Gueye, député du Sénégal-Mauritanie
  3. Jean Félix Tchicaya, député du Gabon-Moyen Congo
  4. Sourou Migan Apithy, député du Dahomey-Togo
  5. Fily-Dabo Sissoko, député du Soudan-Niger
  6. Yacine Diallo, député de la Guinée
  7. Gabriel d’Arboussier, ancien député du Gabon-Moyen Congo

Guinée. Documents sur la dictature et la répression

“Guinée. La révolution en miettes”. Revue française d'études politiques africaines. No. 94. 9è année, octobre 1973, pp. 17-19
Philippe Decraene. “Guinée. La révolution en miettes”. Revue française d’études politiques africaines. No. 94. 9è année, octobre 1973, pp. 17-19

Les archives de la Revue française d’études politiques africaines contiennent de nombreux documents sur la répression du “Complot permanent” au Camp Boiro sous la dictature de Sékou Touré. Voici une sélection de trois articles :

  1. Claude Rivière
    1. Purges et complots au sein du Parti Démocratique de Guinée”. Revue française d’études politiques africaines. No. 95. 8è année, novembre 1973, pp. 31-45
    2. “Les partis politiques guinéens avant l’indépendance”.
      Revue française d’études politiques africaines. No. 107. 9è année, novembre 1974, pp. 61-82
  2. Philippe Decraene. “Guinée. La révolution en miettes”. Revue française d’études politiques africaines. No. 94. 9è année, octobre 1973, pp. 17-19

Pour le moment j’ai choisi de publier deux de ces trois papiers. Dans le troisième, “Les partis politiques guinéens avant l’indépendance”, l’auteur rate partiellement son sujet, en mettant l’accent sur l’activité syndicale autant que sur celle politique. Par ailleurs, Claude Rivière fait plusieurs fois référence — et sans effort critique — à Guinée : Albanie d’Afrique ou néo-colonie américaine ?, le livre d’Alpha Condé paru en 1972. Or cet ouvrage est pamphlétaire, dogmatique, peu empirique et désorganisé. Par exemple, le titre du livre n’est pas mentionné une seule fois dans le corps du texte ! Autrement dit, Alpha Condé semble poser un postulat qu’il ne lui vient pas à l’idée de développer un tant soit peu par la suite ! Etrange et illogique.

Quant à l’article d’opinion de  Philippe Decraene, en voici le texte intégral.

Tierno S. Bah

“Guinée. La révolution en miettes”
Revue française d’études politiques africaines. No. 94. 9è année, octobre 1973, pp. 17-19

Si, en octobre 1958, la proclamation de l’indépendance de la Guinée fut célébrée dans l’enthousiasme par tous les éléments progressistes du continent africain, la commémoration du quinzième anniversaire de cet événement, considéré comme capital à l’époque, vient de passer pratiquement inaperçue. Il est vrai qu’après le cinglant et spectaculaire “non” du turbulent leader révolutionnaire guinéen, ancien commis des postes, promu chef d’Etat après une éclatante carrière syndicale, ce que l’on appelait alors avec quelque romantisme “l’expérience guinéenne” paraissait avoir valeur exemplaire pour l’ensemble tiers-monde africain.

Depuis quinze ans, la voie suivie par M. Sékou Touré l’a mené à l’échec et il est clair que « la révolution guinéenne » reste surtout marquée par des manifestations de verbalisme dénuées de toute portée pratique. Ni économiquement, ni politiquement, la République de Guinée n’a tenu aucune des riches promesses qu’elle portait en elle en 1958.

Autrefois exportatrice de denrées agricoles tropicales, la Guinée a pratiquement cessé d’occuper une place importante dans ce domaine. Les plantations de bananes notamment sont en grande partie retournées à la brousse après le départ des exploitants européens.

Présentée au moment de son accession à l’indépendance comme le territoire de l’ancienne fédération de l’Afrique occidentale française dont les ressources potentielles étaient les plus importantes, la Guinée n’a pas été en mesure de mettre en valeur son capital agricole et minier. La plupart des capitaux étrangers, inquiets de l’évolution d’un regime qui n’a cessé de multiplier des menaces à leur égard, se sont investis soit au Sénégal, soit en Côte d’Ivoire, zones réputées plus “sûres”. Seule la présence d’immenses gisements de bauxite dans le pays a permis à celui-ci, grâce à l’implantation à Fria d’un important secteur “capitaliste” de connaître une certaine expansion et de ne pas manquer de devises étrangères. Cet apport en dollars et en francs français est d’autant plus précieux pour M. Sékou Touré que le franc guinéen est non seulement inconvertible, mais encore à peu près dépourvu de tout pouvoir d’achat réel.

Politiquement, en dépit ·d’une répression impitoyable qui a d’abord frappé le Fouta-Djalon, fief du “oui” au référendum de 1958 et, en tant que tel, considéré comme rebelle au pouvoir central, puis n’a épargné aucune couche de la population, l’opposition refuse de courber la tête. Plus d’un million de ressortissants guinéens vivent en exil en Europe, en Amérique et dans les pays limitrophes du leur. Certains d’entre eux mènent, à partir de l’étranger, une action hostile à M. Sékou Touré, mais, divisés, dépourvus de moyens financiers importants, ils restent inefficaces.

Philippe Decraene simplifie l’histoire en présentant le Fuuta-Jalon comme le “fief du Oui”. La liste des résultats du scrutin montre 56 959 bulletins “oui” contre 1 130 292 “non”. Les circonscriptions fuutaniennes enregistrèrent le plus grand nombre de votes positifs, certes. Et Labé vint de loin en tête avec 27 440 “oui” contre 40 143 “non”. Sékou Touré s’appuya sur ces chiffres pour déclarer que Labé était la “gangrène” de son parti. Mais l’anti-colonialisme et le rejet de la constitution proposée par de Gaulle n’étaient pas des fins en soi. C’étaient des moyens, des voies vers d’autres objectifs, d’autres fins, notamment la liberté, l’union et la prospérité. La Guinée sous Sékou Touré échoua sur ces trois fronts. Et l’absurde le plus cruel — eu égard aux milliers de victimes du Camp Boiro — est que le leader guinéen constata sa défaite et ravala son orgueil en invitant Jacques Foccart, son ennemi juré, à Conakry. La reddition de Sékou Touré est formulée dans cette demande qu’il adressa le 25 juin 1983 à Jacques Foccart, qui la rapporte : “Vous savez, m’a-t-il dit, que je vais sans doute devenir président de l’OUA. J’ai besoin d’un conseiller qui connaisse bien les hommes et les choses de notre continent. Personne ne répond autant que vous à ce profil. Vous êtes disponible maintenant. Accepteriez-vous, je ne dis pas de vous installer à Conakry, mais de venir me voir périodiquement pour m’aider ?”— T.S. Bah

Dans le pays où le gouvernement annonça dès 1959 la découverte de conspirations, les purges sont permanentes et frappent fonctionnaires, officiers, cadres supérieurs, simples paysans, sans épargner les plus hauts dignitaires du régime, fussent-ils les plus proches collaborateurs du chef de l’Etat. Depuis plus de dix ans celui-ci vit dans une atmosphère de complot permanent, refusant de quitter son pays et dirigeant lui-même les opérations destinées à frapper la population et à décourager, notamment par des procès publics spectaculaires, ceux qui ne sont pas entièrement d’accord avec le chef de la « révolution guinéenne ». Au demeurant, l’homme qui dénonce toujours avec la même violence « le capitalisme international » et le « néocolonialisme » fait non seulement bon ménage avec les grandes compagnies minières étrangères, pourtant peu suspectes de « socialisme », mais également avec les Etats-Unis, dont l’action discrète et efficace, apporte au budget guinéen un relatif équilibre.

La nature des rapports entre Washington et Conakry s’explique en partie par les conditions de la rupture franco-guinéenne de 1958 et par les difficultés qui ont caractérisé les relations entre Conakry et Moscou en 1962.

Mise au ban des nations africaines par la France après septembre 1958, la Guinée a été privée brutalement de toute assistance technique par l’ancienne métropole et a dû recourir à ses seules ressources nationales en experts, techniciens et capitaux.

Erratum. Après sa création, la jeune république bénéficia de l’assistance solidaire de cadres accourus d’Afrique, de France et des Caraibes pour combler le vide créé par le départ brusque des techniciens et enseignants français. — T.S. Bah

En dépit de plusieurs tentatives de réconciliation, jamais le dialogue franco-guinéen n’a pu être réellement renoué. De leur côté, les Soviétiques, d’abord accueillis avec chaleur ont été écartés, après avoir été accusés d’ingérence dans les affaires internes guinéennes.

Enfin, aucun des pays limitrophes de la Guinée, exceptée la Sierra Leone, dont M. Sékou Touré a sauvé le régime en intervenant militairement en sa faveur il y a deux ans, ne parvient à maintenir des rapports réellement cordiaux avec les dirigeants guinéens. Contraint à un réel isolement diplomatique, en partie brisé par le petit cercle des amis « progressistes » de Mauritanie et de la République populaire du Congo, d’Algérie ou du Dahomey, le président de la République guinéenne ne cesse de vitupérer contre ses voisins que pour les attaquer avec plus de véhémence après de courtes trèves.

L’image de marque de la « révolution guinéenne » est définitivement altérée, mais ceci n’exclut pourtant pas une détente éventuelle dans les rapports avec la Guinée et les autres Etats d’Afrique occidentale. Cependant cette détente passe nécessairement par une normalisation des relations franco-guinéennes — normalisation dont on ne perçoit aucun signe sérieux dans l’immédiat.

Philippe Decraene

La genèse du complot de Sékou Touré contre les Peuls

Président Ahmed Sékou Touré. Conakry, 1971.
Président Ahmed Sékou Touré. Conakry, 1971.

Je continue la re-publication des dossiers de Jeune Afrique. No. 813, 8 août 1976, sur le « complot peul ». De fait, la présente livraison remonte le fil du temps en nous renvoyant à la genèse de la conspiration ourdie par Sékou Touré pour assassiner Telli Diallo et peindre le Fuuta-Jalon de son haineux et hideux pinceau. A noter que certains faits évoqués dans le document sont erronés. Je les relève et les commente de façon contextuelle. De même, j’apporte les corrections requises à quelques maladroites erreurs de noms propres. Ce dossier comporte deux volets. Il y a d’abord les informations cruciales obtenues par Jeune Afrique, qui établissent que Sékou Touré, lui-même, inventa toute la machination, qu’il fit exécuter ensuite par ses tortionnaires. Et, selon la version probable présentée ici, les membres du Bureau politique, par la voix de  NFamara Keita, le mirent en garde contre le lancement d’une nouvelle purge, qui serait exploitée par les adversaires du régime. Le Responsable suprême passa outre leur avis et déclencha son complot contre les Peuls, qu’il ruminait, selon ses propres déclarations, depuis 1959. C’est un adolescent de 14 ans, Lamarana Diallo, qui fut utilisé comme agneau sacrificatoire pour obtenir la tête de Telli Diallo. Il fut accusé de tentative d’attentat sur la personne du président. Le revolver qu’il détenait lui aurait été remis par l’ancien secrétaire général de l’OUA, qui détenait alors le portefeuille de ministre de la Justice, Garde des Sceaux ! Selon certaines sources, Lamarana fut d’abord “choyé” au Camp Boiro, avant d’y être fouetté à mort par la suite.
Le second volet consiste en une revue critique de Prison d’Afrique, le premier livre-témoignage sur le Camp Boiro, rédigé par Jean-Paul Alata après sa libération en 1976. Comme la plupart des observateurs à l’époque, Jeune Afrique s’étonne de la décision du gouvernement du président Giscard d’Estaing d’interdire la sortie du livre et de saisir le lot déjà en circulation. Hervé Hamon et Patrick Rotman décortiquent  cette politique hypocrite du deux poids, deux mesures dans L’affaire Alata.
Tierno S. Bah

Une conspiration venue à point nommé
Les aveux vus par un rescapé du Camp Boiro

Une conspiration venue à point nommé

Conakry, 5 juin 1976, M. Ahmed Sékou Touré, chef de l’Etat, préside un conseil des ministres. Les membres du gouvernement, convoqués inopinément, n’ont préparé aucun dossier. La séance-marathon durera plusieurs heures. Seul le président Sékou Touré y prendra la parole. Puis, rendez-vous est pris pour le lendemain.

Lamarana Diallo, 14 ans, prisonnier politique. Il disparut au Camp Boiro.
Lamarana Diallo, 14 ans, prisonnier politique. Il disparut au Camp Boiro.

Le chef de l’Etat reprend son exposé là où il l’avait interrompu la veille. Orateur intarissable, il garde encore le parole pendant plus de deux heures. Les ministres, qui suivent d’une oreille distraite ce long monologue sur les méfaits de l’impérialisme en Afrique et dans le monde, sont brusquement tirés de leur torpeur : « L’impérialisme a tenté une nouvelle fois de frapper la révolution guinéenne, déclare Sékou Touré. Le 13 mai, j’ai échappé à une tentative d’assassinat. » Il devait ce jour-là visiter l’Institut Polytechnique de Conakry, lorsqu’un garçon de quatorze, membre de la milice a essayé de le tuer. L’impérialisme, conclut Sékou Touré, n’a pas abandonné la partie. Il entretient des agents dans le pays.

Un silence géné accueille ces derniers mots du chef de l’Etat. Mais, pour la première fois depuis des années, les ministres se gardent de suggérer que l’on pourchasse cette « cinquième colonne » qui, tel Phénix, renaît sans cesse de ses cendres. Keita N’Yamar N’Famara ministre du domaine des échanges, va rompre le silence. Ce vieux compagnon de route de Sékou Touré, qui a fait partie de tous les gouvernements depuis 1956, membre influent du Bureau politique, est considéré comme le fidèle des fidèles. S’adressant au chef de l’Etat, il lui demande de réfléchir avant de l’adjurer de ne pas déclencher une nouvelle vague d’arrestations qui, dit-il, sera exploitée par les ennemis de la Guinée.

Keita N’Yamar N’Famara se souvient de la répression qui a suivi les évènements du 22 novembre 1970, quand une colonne d’exilés tenta de s’emparer du pouvoir par la force. Les autres membres du gouvernement approuvent leur collègue. Sékou Touré, impassible, écoute sans mot dire. Dans la soirée, Conakry se remplit de rumeurs. On dit que le Premier ministre Béavogui et son ministre du domaine des échanges ont été arrêtés. Il n’en est rien. Mais dès le lendemain, Sékou Touré, au cours d’un meeting populaire rend publiques les révélations qu’il a faites devant ses ministres.
Le milicien qui voulait l’assassiner, déclare-t-il, n’était qu’un instrument d’une vaste conspiration contre la Guinée montée en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Les présidents Houphouët-Boigny et Léopold Sédar Senghor sont personnellement mis en cause.

Depuis, Radio-Conakry a déclenché une violente guerre des ondes contre Dakar et Abidjan, apportant chaque jour des nouvelles sensationnelles sur cette invasion préparée par une véritable armée de mercenaires rassemblés dans le parc national sénégalais de Niokolo Koba, et dans la ville ivoirienne de Daloa. Elle annonce qu’un aérodrome militaire pouvant recevoir des bombardiers a été construit au coeur du parc et que les mercenaires comptent dans leurs rangs des officiers israéliens et allemands.
Pour prouver leur bonne foi, le Sénégal et la Côte d’Ivoire, indignés, invitent les diplomates accrédités à Dakar et à Abidjan et des représentants de l’OUA et de l’ONU à venir juger sur place. Rien n’y fait. La Voix de la révolution poursuit sa campagne. Elle diffuse les « aveux » enregistrés de « traîtres démasqués ». De nombreux hauts fonctionnaires, des officiers, des dirigeants de la milice et même le ministre de la Justice, M. Diallo Telli, ancien secrétaire général de l’OUA, sont arrêtés. Du fait de l’évolution de la politique extérieure guinéenne (JA No. 809), cette répression étonne. La réconciliation avec l’ennemi implacable d’hier — la France — et la disparition des troupes coloniales portugaises aux frontières n’ont donc pas dissipé à Conakry la peur d’une invastion étrangère.

Faut-il voir dans ces « révélations » un simple moyen de détourner le mécontentement populaire ? Il convient de constater en tout cas que les arrestatiions interviennent en un moment où le gouvernement connaît de graves difficultés économiques. La suppression du commerce privé et, surtout, la récente collectivisation du bétail ont fini par compromettre une situation économique déjà précaire. Et la Guinée doit faire appel à l’assistance des Etats-Unis pour son approvisionnement en produits de première nécessité.

Les aveux vus par un rescapé du Camp Boiro

Ils sont nombreux, à travers tout le continent africain, ceux qui ont passé plusieurs années en prison, sans jugement, pour des raisons politiques. Que l’un d’entre eux, de temps en temps, publie ses souvenirs, ce n’est, hélas ! pas un évènement. Dans ces conditions, que le gouvernement français saisisse illégalement un livre intitulé Prison d’Afrique qui ne met nullement en péril la paix civile, c’est surprenant.
Certes, il était gênant pour Paris de voir publier des faits mettant gravement en cause des hommes politiques d’un pays avec lequel la France cherche à renouer de fructueuses relations, certes, c’était d’autant plus embarassant qu’une des personnes impliquées represente son pays à Paris. Mais rien de tout cela n’est sans précédent ni ne suffit à expliquer la décision française. Pour la comprendre, il faut avoir lui le livre : ce n’est pas un simple recueil de souvenirs, ce n’est pas non plus une oeuvre de haine, ce n’est pas a vengeance d’un opposant ; c’est, à travers le récit pudique de scènes atroces, la froide analyse d’un système monstrueux d’élimination méthodique et par vagues successives des adversaires potentiels, d’un système stalinien perfectionné par une sorte de planification des « purges ». C’est un livre important.
Mais le titre, Prison d’Afrique, est mauvais. Disons tendancieux. Car cela ne se passe pas n’importe où en Afrique, cela se passe en Guinée. Jean Lacouture, dans sa préface, cite un grand nombre de pays africains où l’on emprisonne sans jugement, où l’on torture, où ont eu lieu des exécutions sommaires, parfois massives. Et il conclut, en présentant le récit : « Aussi bien qu’à Conakry, il pourrait avoir été vécu à N’Djaména ou à Kampala, ou ailleurs. » Ce n’est pas vrai. La plupart des faits relatés ont peut-être pris, un à un, leur pendant ailleurs sur le continent. L’ensemble, non. Et c’est cet ensemble qui est le sujet du livre ; c’est l’enchaînement des faits, la méthode implacable qui lui confèrent sa gravité. Et cela est spécifique.
Nulle part en Afrique ailleurs qu’en Guinée il n’existe un système aussi élaboré, un système contre lequel toute révolte individuelle est vaine, impossible, un système qui contraint les victimes non seulement à s’accuser elles-mêmes, mais à devenir les collaborateurs objectifs de leurs bourreaux. Et l’on verra, dans ce livre, Jean-Paul Alata, torturé, avili, recevoir de Sékou Touré un coup de téléphone et une lettre faisant appel à ses sentiments révolutionnaires et à son amitié pour l’inciter à cette collaboration avec ses tortionnaires !

La personnalité de l’auteur n’est pas indifférente. Ce n’était pas un personnage aimé à Conakry, ce Jean-Paul Alata. Français, né à Brazzaville, en 1924, en révolte contre son milieu d’origine, il était fonctionnaire de l’administration coloniale, mais militant syndicaliste. En 1957, il adhéra au Rassemblement démocratique africain, (RDA) section de Guinée, et devint un disciple de Sékou Touré après avoir été son adversaire politique au sein de la Démocratie socialiste de Guinée (DSG) de Barry Ibrahima dit Barry III. Tout naturellement, après l’indépendance en 1958, il se mit au service de la Guinée. Directeur général des Affaires économiques et financières auprès du président de la Reepublique, il devint un homme puissant et redouté, détesté même dans certains milieux. Considéré comme un renégat par les Blancs, comme un arriviste malintentionné par les Noirs, comme un concurrent déloyal par certains membres de l’entourage de Sékou Touré, il devint, selon son expression, un métis culturel. Il prit la nationalité guinénne, se fit musulman, épousa une Guinéenne, renonça avec ostentation au costume européen et ne porta plus que le boubou. Il donna à certains l’impression qu’il jouait de la confiance que lui portait le chef de l’Etat pour se faire craindre, faute de se faire aimer. Et quand il fut jeté, en janvier 1971, dans une cellule du Camp Boiro, il n’y eut pas grand monde, à Conakry, pour le plaindre.

C’est cet homme qui, en cinquante-quatre mois de détention et de tortures morales et physiques, va réfléchir sur lui-même, et sur le système dont il est devenu une victime après avoir été un serviteur. Au début, comme tous ceux qui sont passées par là, il ne comprend rien. Il s’était bien étonné, quelques fois lors de l’arrestation de tel ou tel sans que celui-là ait trahi le régime, mais il ne s’était pas arrêté longtemps à l’idée qu’il pût être innocent. Mais lui, Alata, il sait qu’il l’est ; alors pourquoi ? Pourquoi l’a-t-on arrêté ? Pourquoi le torture-t-on ? Pourquoi lui fait-on signer des aveux aussi invraisemblables qu’humiliants ?

Ce n’est que lorsque au terme d’une séance de tortures particulièrement insoutenable on lui fait mettre en cause des pesonnalités politiques… accuser des amis qu’il comprend soudains. Tout ce qui avait précédé, pendant plusieurs mois, était destiné à le mettre en condition, à le préparer pour cela. Et ceux qu’on l’oblige à désigner comme ses complices étaient ceux qui, dans un mois ou dans un an, seraient les victimes de la prochaine purge. Implacable, la machine tourne.

Et les victimes de la machine, du moins celles qui étaient assez importantes pour être utiles, en devenaient les auxiliaires. Alata était utilisé par « la commission » présidée par le ministre Ismael Touré, demi-frère du président, assisté de l’ambassadeur à Paris Seydou Keita, pour accélérer les aveux des « nouveaux » en leur expliquant ce qui les attendait et comment personne ne pouvait résister efficacement. Et le bourreau se confiait à la victime, démontant le mécanisme comme on le voit dans l’exemple que voici.

On avait arrêté un pur entre les purs, Diallo Alpha Taran. Dans un souci de logique, Jean-Paul Alata essayait de convaincre Ismael Touré que personne ne croirait que celui-là aussi était un agent secret de l’impérialisme. Et il suggérait, pour la vraisemblance, qu’il avait pu comploter par idéal gauchiste. « Je crois que vous avez très mal compris certains aspects de nos problèmes, expliqua le ministre. Il n’y a aucune impossibilité liée à des aspects matériels ou moraux de votre vie… Il ne peut y avoir de déviationnisme de gauche. C’est le parti qui mène la politique la plus progressiste, adaptée aux réalités du pays. Le comité révolutionnaire ne laissera pas s’accréditer la légende que certaines éliminations ont eu lieu parce que les coupables reprochaient aux dirigeants de trahir la Révolution. Tous les détenus ont trahi. Tous, vous avez trahi pour de l’argent, pas par idéal. »

Thiam. Invocation imméritée du Camp Boiro

Honorable Denise L. Cote, United States District Court for the Southern District of New York.
Honorable Denise L. Cote, United States District Court for the Southern District of New York.

Reconnu coupable de blanchiment d’argent et de corruption en mai dernier par le jury, Mahmoud Thiam, ancien ministre des mines et de la géologie de Guinée, a été condamné, le 25 août 2017, à sept ans de prison ferme à New York, par l’Honorable Denise Cote, Juge fédérale pour le Southern District de New York. Avant la proclamation de la sentence, l’avocat de Mahmoud Thiam a cherché à adoucir la frappe du glaive de la Justice contre son client. Dans un plaidoyer désespéré, il a fait ainsi une invocation indirecte, implicite, inappropriée, illégitime et imméritée du Camp Boiro. Je traduis et commente ici certains passages de la dépêche de l’Associated Press, qui a été largement reprise par les journaux et les sites web.

  1. D’entrée de jeu la juge Denise Cote déclare que le citoyen américain, Mahmoud Thiam, a trahi la République de Guinée en acceptant des pots-de-vin d’un montant 8.5 million dollars US. Il s’agit d’un constat matériel et d’une opinion irréfutable. A n’importe quel niveau de la hiérarchie administrative et gouvernementale, le fonctionnaire et le ministre sont censés servir les populations, et non pas s’en servir. Ils en sont les serviteurs et non pas les maîtres. En compromettant —peut-être irrémédiablement — le potentiel humain, social, culturel et économique (rural et industriel) de la Guinée, les régimes successifs du pays ont créé le cadre toxique dont Mahmoud Thiam est devenu un symbole mondial.
  2. La juge continue : Mahmoud Thiam arriva à Conakry en 2009 pour “aider” la Guinée “et non pas pour la dépouiller.” “Il vit la corruption tout autour de lui. Il décida finalement d’y succumber.”
    La juge prête ici des intentions généreuses et un motif louable à Mahmoud Thiam. Mais la réalité est différente. Car ce n’est pas à son arrivée que M. Thiam se rendit compte de la vénalité rampante en Guinée. Il connaissait les réalités du pays. Et il devait bien au courant de l’effondrement de la moralité publique dans son pays natal et du manque de confiance des dirigeants par les populations. Le fossé se creuse depuis le début des années 1960. En 2009, l’écart était devenu béant et visible de tous, à domicile comme à l’étranger.

Lire (a) Guinea: Estrangement Between the Leaders and the People
(b) Parti Démocratique de Guinée: Reform and Repression  (c) The Decline of the Guinean Revolution. The Erosion of Public Morality

  1. Lansana Conté meurt le 22 décembre 2008.Quelques heures plus tard, son remplaçant choisi et préparé, un certain capitaine Moussa Dadis Camara, chef du service carburant des Forces armées, s’empare du pouvoir. Il s’y installe, appuyé par le Conseil national pour la démocratie et le développement. Pressenti pour le poste de Premier ministre, Komara Kabinet invite Mahmoud Thiam à participer à son gouvernement. Consentant, il négocie son départ de UBS et part dare-dare pour Conaky. Son plan — et peut-être l’offre — est arrêté : obtenir un poste lucratif, offrant plein d’occasions pour des tractations plus ou moins légitimes, des commissions rondelettes, ainsi que des pourboires juteux.

    Mahmoud donne à Global Mining Observer en 2014 une version arrondie et édulcorée des circonstances de sa nomination gouvernementale. Il y expose aussi une conception superficielle, naïve, démagogique et prédatrice du développement, qui serait induit et impulsé par l’industrie extractive. Les préalables culturels lui échappent, bien sûr. Et, paradoxalement, les critères d’ordre financier ne font même pas l’objet d’une esquisse d’explicitation…

    Le 14 janvier 2009, il entre au gouvernement dirigé par Komara Kabinet, où il occupe le poste de ministre des Mines et de l’Energie, sous la présidence du petit capitaine.
    Le 3 décembre 2009, Dadis et Toumba Diakité ont une altercation orageuse au sujet du massacre de centaines de manifestants pacifiques le 28 septembre précédent au stade sportif de Conakry. La dispute vire au drame et des coups de feu sont échangés. Dadis reste sur le carreau, grièvement blessé; Touba, lui, s’enfuit et se réfugie hors de Guinée.
    En janvier 2010 un régime de Transition est créé à la place du CNDD. Il a pour mission d’organiser l’élection présidentielle avant la fin de l’année.  Général Sékouba Konaté le dirige. (A noter que cet officier est interdit de séjour aux USA depuis 2016 pour flagrant délit de trafic de devises). Et Jean-Marie Doré remplace Komara Kabinet à la Primature.
    Le 15 février 2010 Mahmoud Thiam conserve son portefeuille, désormais appelé Mines et la Géologie, moins l’Energie donc.
    Le 4 janvier 2011 Mahmoud Thiam est débarqué du gouvernement par Alpha Condé, le nouveau président “élu”. Peu après M. Thiam quittait la Guinée pour retourner dans sa patrie d’adoption, les USA. Pour son malheur, il avait déjà enfreint la loi anti-corruption étrangère connue sous le nom de Foreign Corrupt Practice Act. Dès lors, patient et méticuleux, le FBI l’attendait de pied ferme. Ainsi, dans son interview avec Global Mining Observer, Mahmoud avoue se sentir sous surveillance policière depuis 2004.

  2. “… une terre où la force de la loi n’existe pas.” Lapidaire et exacte, la formule précédente par Juge Cote dépeint bien la Guinée. Elle s’applique à ce pays, hier comme aujourd’hui, depuis 1959. Et tant que la situation durera, il ne faudrait pas s’attendre à la réalisation de gros investissements : Konkouré, Simandou, chemin de fer trans-guinéen, nouveaux ports et aéroports, universités dignes de ce nom, etc.
  3. Mahmoud Thiam “ne montra pas de remords pour sa culpabilité” affirmée par le jury. “J’ai même perçu quelqu’un qui croit exercer un droit”… de profiter des recettes de la corruption, ajoute la juge.
    Cet état d’esprit est un cancer qui s’est presque généralisé dans la fonction publique guinéenne. Lorsqu’un fonctionnaire est nommé à un poste “lucratif”, on lui dit : “C’est ta chance, saisis-la.” “Si tu n’en profites pas pour détourner le bien public à tes fins personnelles, alors tu es maudit ! »
  4. Le code pénal fédéral américain recommande 12 ans ou plus pour le genre de crime dont Mahmoud Thiam a été reconnu coupable. En imposant une peine de 7 ans, la juge a tenu compte d’un argument de l’avocat défenseur Aaron Goldsmith. Pour attirer la compassion et la grâce des jurés et de la juge, celui-ci a invoqué “la torture et le meurtre” du prisonnier politique que fut le père de Mahmoud Thiam. Zélé, l’avocat parla du “violent régime communiste à la tête de la Guinée en 1971”.
    La dictature de Sékou Touré fut d’une violence inouïe, certes. Mais le tyran n’était pas d’obédience communiste. Il était sékoutouréiste ! C’est-à-dire pire que le communisme.
  5. A s’en tenir au communiqué de l’agence de presse, l’avocat n’a pas fourni au tribunal les circonstances de la disparition de M. Thiam père. Les indications suivantes suffisent pour combler la lacune.
    De qui parle-t-on ? Il s’agit ici de Baba Hady Thiam, licencié en droit et directeur de la Banque guinéenne du Commerce Extérieur (BGCE). Intègre et rompu dans la gestion, l’inspection et l’audit bancaires, il faisait partie de l’élite de ce secteur dans les années 1960. Par malheur, le chef de l’Etat guinéen ne connaissait en matière de finance et de banque que les manigances et les magouilles. Entre la probité des professionnels et la fourberie du politicien, la collision et le choc devinrent inévitables. Le groupe de Baba Hady Thiam n’était pas dupe. Au contraire, il mesurait l’ampleur des dégâts causés par la gabegie de Sékou Touré. Se sachant démasqué, et pour éteindre la contradiction à son avantage, le président prit les devants de façon draconienne et tragique. Il accusa, sans la moindre preuve, ses cadres de banque de complicité avec le commando militaire guinéo-portugais qui attaqua Conakry le 22 novembre 1970. Ils furent arrêtés sans mandat, jugés en leur absence, et fusillés ou pendus par des pelotons d’exécution qui incluaient capitaine Diarra Traoré et lieutenant Lansana Conté. Outre Baba Hady Thiam, les victimes de la purge du secteur de la banque incluaient :

    • Ousmane Baldé, Barry III, Moriba Magassouba et Kara Soufiana Keita, pendus publiquement  le 25 janvier 1971.
    • Théodore Soumah
    • Félix Matos Gnan
      Ces pères de famille expièrent pour un crime qu’ils n’avaient pas commis. Ils ne laissèrent pas de fortune à leur famille, mais ils lèguent à la postérité une vie exemplaire et, en l’occurrence, un casier judiciaire vierge.

En plongeant délibérément dans les réseaux de corruption qui minent la Guinée, Mahmoud Thiam a pris le chemin opposé des idéaux, de la droiture et de la rectitude, incarnés par Baba Hady Thiam et sa génération.

Lire Jeunes et patriotes, rêves et carrières brisés

Tierno S. Bah

Mahmoud Thiam. Seven Years in Prison

Former Minister of Mines Mahmoud Thiam once famously said that “every crook on Earth” lands in Conakry.

Read (a) Conakry : plaque-tournante de l’Escroquerie internationale (b) Guinea Mining. Exploiting a State on the Brink of Failure

It turns out he was, himself, a big-time offender in the plundering of the country’s meager finances. Mahmoud belongs in the category of high level of corrupt officials: presidents, government ministers, administrations’ civil servants, who have ruined Guinea: from Sékou Touré to Alpha Condé, and everyone in between, i.e., Lansana Conté, Moussa Dadis Camara, Sékouba Konaté. Therefore, Mr. Thiam’s assessment couldn’t be more accurate. He knew where the bodies were buried!
In 2009 he left a job position at a New York City bank to answer the siren calls of the military junta of Dadis Camara. In Conakry he was appointed Minister of Mines… A year later, the newly “elected” president Alpha Condé decided not to keep Mr. Thiam in the  government. Soon after Mahmoud came back here to the USA… However, during his short tenure he had collected millions of dollars in bribery. He thought he had fooled everybody and that he had succeeded in stealing so much money from the Guinean people. Little did he know, perhaps, that the US Federal Government had an eye on the unscrupulous and rampant venality in Guinea. A salient case in point was President Obama’s State of the Union Address of 2010, in which he declared pointedly:

« That’s why we stand with the girl who yearns to go to school in Afghanistan; why we support the human rights of the women marching through the streets of Iran; why we advocate for the young man denied a job by corruption in Guinea. For America must always stand on the side of freedom and human dignity. (Applause.)  Always. (Applause.) »

Seven years after his heydays as a high-flying minister, and after Barack Obama’s public and generous stance, justice was served today with the sentencing of Mahmoud Thiam to seven years in a federal prison in America. Bien mal acquis ne profite pas… toujours !
I reproduce below the press release by the US Department of Justice.
Tierno S. Bah


A former Minister of Mines and Geology of the Republic of Guinea was sentenced today to seven years in prison, and three years of supervised release, for laundering bribes paid to him by executives of China Sonangol International Ltd. (China Sonangol) and China International Fund, SA (CIF).

Acting Assistant Attorney General Kenneth A. Blanco of the Justice Department’s Criminal Division, Acting U.S. Attorney Joon H. Kim of the Southern District of New York, Assistant Director Stephen E. Richardson of the FBI’s Criminal Investigative Division and Assistant Director in Charge William F. Sweeney Jr. of the FBI’s New York Field Office made the announcement.

Mahmoud Thiam, 50, of New York, New York, was sentenced by U.S. District Judge Denise L. Cote of the Southern District of New York. Thiam was convicted on May 3, after a seven-day trial of one count of transacting in criminally derived property and one count of money laundering.

“Mahmoud Thiam engaged in a corrupt scheme to benefit himself at the expense of the people of Guinea,” said Acting Assistant Attorney General Blanco. “Corruption is a cancer on society that destabilizes institutions, inhibits fair and free competition, and imposes significant burdens on ordinary law-abiding people just trying to live their everyday lives. Today’s sentence sends a strong message to corrupt individuals like Thiam that if they attempt to use the U.S. financial system to hide their bribe money they will be investigated, held accountable, and punished.”

“As a unanimous jury found at trial, Thiam abused his position as Guinea’s Minister of Mines to take millions in bribes from a Chinese conglomerate, and then launder that money through the American financial system,” said Acting U.S. Attorney Kim. “Enriching himself at the expense of one Africa’s poorest countries, Thiam used some of the Chinese bribe money to pay his children’s Manhattan private school tuition and to buy a $3.75 million estate in Dutchess County. Today’s sentence shows that if you send your crime proceeds to New York, whether from drug dealing, tax evasion or international bribery, you may very well find yourself at the front end of long federal prison term.”

“Thiam abused his official position, but the outcome shows that no one is above the law,” said Assistant Director Stephen E. Richardson. “The FBI will not stand by while individuals attempt to live by their own rules and use the United States as a safe haven for their ill-gotten gains. I would like to applaud the dedicated investigators and prosecutors who have worked to hold those who have committed these crimes accountable for their illegal actions.”

“Today’s sentencing should remind the public that no matter who you are, or how much money you have, you’re not immune from prosecution. The FBI will continue to use all resources at our disposal to uncover crimes of this nature and expose them for what they really are,” said Assistant Director in Charge Sweeney

According to evidence presented at trial, China Sonangol, CIF and their subsidiaries signed a series of agreements with Guinea that gave them lucrative mining rights in Guinea. In exchange for bribes paid by executives of China Sonangol and CIF, Thiam used his position as Minister of Mines to influence the Guinean government’s decision to enter into those agreements while serving as Guinea’s Minister of Mines and Geology from 2009 to 2010. The evidence further showed that Thiam participated in a scheme to launder the bribe payments from 2009 to 2011, during which time China Sonangol and CIF paid him $8.5 million through a bank account in Hong Kong. Thiam then transferred approximately $3.9 million to bank accounts in the U.S. and used the money to pay for luxury goods and other expenses. To conceal the bribe payments, Thiam falsely claimed to banks in Hong Kong and the U.S. that he was employed as a consultant and that the money was income from the sale of land that he earned before he was a minister.

The trial evidence showed that the purpose of the bribes was to obtain substantial rights and interests in natural resources in Guinea, including the right to be the first and strategic shareholder with Guinea of a national mining company into which Guinea had to, among other things, transfer all of its stakes in various mining projects and future mining permits or concessions that the government decided to develop on its own. China Sonangol and CIF, through their subsidiaries, also obtained exclusive and valuable rights to conduct business operations in a broad range of sectors of the Guinean economy, including mining.

The FBI’s International Corruption Squads in New York City and Los Angeles investigated the case. Trial Attorney Lorinda Laryea of the Criminal Division’s Fraud Section and Assistant U.S. Attorneys Elisha Kobre and Christopher DiMase of the Southern District of New York prosecuted the case. Fraud Section Assistant Chief Tarek Helou and Trial Attorney Sarah Edwards, and Money Laundering and Asset Recovery Section Senior Trial Attorney Stephen Parker previously investigated the case. The Criminal Division’s Office of International Affairs also provided substantial assistance in this matter.