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	<title>Politique Archives - WebGuinee.Net</title>
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	<title>Politique Archives - WebGuinee.Net</title>
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		<title>La sale guerre de Sékou Touré contre les Peuls</title>
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		<dc:creator><![CDATA[AubreySouplet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Dec 2018 12:22:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Afrique]]></category>
		<category><![CDATA[Apha Conde]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ce dossier est le premier d’une série publiée en 1976 par Jeune Afrique sur le complot monté et les accusations mensongères propagées par Sékou Touré, président de la république de Guinée, contre les Fulɓe ou Peuls, ethnie pluralitaire du pays. Je re-publie ces documents quarante-un après la tragédie qui emporta Telli Diallo et ses compagnons, tous faussement inculpés de complot contre&#8230;&#160;<a href="https://www.webguinee.net/blogguinee/2017/12/la-sale-guerre-de-sekou-toure-contre-les-peuls/" rel="bookmark"><span class="screen-reader-text">La sale guerre de Sékou Touré contre les Peuls</span></a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ce dossier est le premier d’une série publiée en 1976 par <em>Jeune Afrique</em> sur le complot monté et les accusations mensongères propagées par Sékou Touré, président de la république de Guinée, contre les Fulɓe ou Peuls, ethnie pluralitaire du pays. Je re-publie ces documents quarante-un après la tragédie qui emporta Telli Diallo et ses compagnons, tous faussement inculpés de complot contre l’Etat.  La rédaction de l’hebdomadaire — dirigée à l’époque par feu mon neveu Siradiou Diallo —passe au peigne fin et réfute les allégations du leader guinéen. A l’appui de son argumentation <em>Jeune Afrique</em> reproduit de larges extraits des propos incendiaires de Sékou Touré. J’invite les lecteurs à appliquer leur esprit critique sur ces passages. En particulier sa caricature de l’histoire du Fuuta-Jalon, et ses racontars sur la bataille de Poredaka et la fin de l’Almaami Bokar Biro en 1896. Car il s’agit là d’affabulations grossières et de calomnies indignes d’un chef d’Etat. Je compte apporter plus tard des corrections aux élucubrations du président. J’attire pour le moment l’attention sur son interprétation moralisatrice et péjorative de l’Histoire, concernant (a) la rivalité entre les cousins Sori Yillili et Bokar Biro et (b) les résultats du référendum de 1958. La lutte pour le pouvoir est une question d’intérêts et de rapports de forces. Ainsi, lorsqu’il se sentit en position de faiblesse, Daye Kaba, noble de Kankan, fit appel au lieutenant-colonel Archinard contre Samory en 1891. Ce fut le début de la fin pour l’Empereur du Mande … <strong>En rétrospective</strong>, Sori Yillili et Daye Kaba eurent tort  de pactiser avec les troupes de conquête françaises… Dans son délire anti-fuutanien Sékou Touré n’eut pas  l’honnêteté de rappeler la faillite identique des deux hommes.…  Et il eut l’arrogance de faire des remontrances et des reproches aux dirigeants et familles du Fuuta ! Alors que depuis 1954, il avait déjà fait empoisonner, fusiller, pendre, égorger, enterrer vivants et mourir de faim des dizaines de milliers de Guinéens. Alors que depuis 1958, sa politique ruineuse avait forcé plus deux millions de citoyens à s’exiler. En août 1976 il avait décidé d’assassiner Telli Diallo, qui — avec ses co-accusés, Dr. Alpha Oumar Barry, Alioune Dramé, lieutenant Alhassane Diallo, capitaine Lamine Kouyaté, etc. — mourra atrocement de privation totale d’eau et de nourriture (<em>diète noire</em>) au Camp Boiro au premier trimestre de 1977. Sékou détruisit physiquement Telli (voir photo plus bas). Mais le martyre du premier secrétaire général de l’OUA a gravé son nom et son palmarès au fronton lumineux de l’histoire de l’Afrique. Professeur-docteur Charles Diané témoigne que Sékou Touré  “<em>guettait depuis toujours (un Telli), qui l’écrasait de sa culture, de son rayonnement et de son port : Telli Diallo, baptisé bien sûr éminence grise de ce nouveau complot. Celui dont l’arrestation avait motivé toute la mise en scène</em>.”<br />
En 2010 le candidat Alpha Condé ne manquait pas d’éloges pour Sékou Touré. Il alla jusqu’à dire qu’il reprendrait la Guinée là où le tyran l’avait laissée. D’une pierre deux coups. D’un côté, il snobbait ainsi le règne de Lansana Conté. De l’autre, il courtisait et flattait un électorat malinké pris — comme celui des trois autres régions naturelles — dans les filets du piège ethnique politicien. La ruse consista alors à se faire passer pour un héritier politique de Sékou Touré ! Je paraphraserai un proverbe bien connu : « Dis-moi qui tu imites, je te dirai qui tu es ! » Par démagogie électoraliste, M. Condé avait “oublié” ou “pardonné” sa condamnation à mort par contumace en 1971. Toutefois, après sa réélection en 2015, il jetta bas le masque. Tout en évitant de nommer ses cibles, Alpha Condé s’attaqua vicieusement “à certains” cadres de la Haute-Guinée. Dans un discours inflammatoire — à l’image de Sékou, son “idole” —, il dénonça leur duplicité et leur opportunisme. C’est exactement ainsi — en fait pire — que le “Responsable suprême de la révolution” renia, et souvent élimina, ceux qui l’avaient aidé à monter au pouvoir.…<br />
Le texte complet des discours  de Sékou Touré est accessible à la bibliothèque de webGuinée.<br />
<strong>Tierno Siradiou Bah</strong></p>
<p><strong> </strong><strong>Sékou Touré : “Je déclare la guerre aux Peuls”</strong><br />
<em>Jeune Afrique</em>, no. 827 du 12 novembre 1976, pp.30-35</p>
<p><strong>Table des matières</strong></p>
<p>Le marxisme-tribalisme<br />
Toute l’ethnie peule est coupable<br />
De violents brassages de populations<br />
Peuls : victimes et non agents du colonialisme<br />
L’exil des Peuls<br />
Discours anti-peuls prononcés par Sékou Touré : extraits</p>
<ul>
<li>Le navétanat</li>
<li>Sékou Touré accuse le Fouta de tous les maux</li>
<li>“Un esprit raciste très néfaste”</li>
<li>“Plus de bourses à l’étranger pour les étudiants Peuls”</li>
<li>“Un roi trahi par les Peuls du Fouta”</li>
<li>“Les fils aussi félons que leurs pères”</li>
<li>“Peuls, racistes forcenés sans patrie”</li>
<li>“Pour que continue la Révolution”</li>
</ul>
<h3>Le marxisme-tribalisme</h3>
<p>Ce n’est pas la première fois que le président Sékou Touré part en guerre contre les Peuls en Guinée. En mai 1958 notamment, le secrétaire général du PDG (Parti démocratique de Guinée) n’avait pas hésité à dresser les chômeurs de Conakry, soutenus par des renforts du même genre recrutés à Freetown (Sierra Leone), contre ceux qu’il désignait alors du terme de saboteurs. Officiellement, il visait tous les militants du parti adverse, ceux du BAG (Bloc africain de Guinée). En fait, les commandos de tueurs, dirigés par le célèbre Momo Jo Soumah, s’en prenaient essentiellement aux Peuls. Motif ? Le leader du BAG, M. Barry Diawadou, appartenait à leur ethnie.<br />
Le parti de M. Sékou Touré, solidement implanté en Basse-Guinée, n’avait jusqu’alors rencontré qu’un succès mitigé au Fouta-Djalon. L’origine sociale du leader du PDG, son style plébéien et ses méthodes directes avaient été à l’origine de sa popularité à Conakry et ailleurs ; ils constituaient autant de handicaps dans la société aristocratique, hiérarchisée, aux normes et aux manières feutrées, du Fouta-Djalon, du Moria (en Basse-Guinée) ou de Kankan (chef-lieu de la Haute-Guinée).</p>
<blockquote><p><em>Note</em>. — Le processus de  marginalisation de Saifoulaye (mon cousin maternel) par Sékou Touré fut graduel et inversement proportionnel au rôle politique pionnier et à l’importance centrale de celui-ci dans l’évolution du PDG.<br />
François Mitterand (1962) évoque “La forte et intéressante personnalité de M. Saifoulaye Diallo, dont le rôle en Guinée est considérable…”<br />
Sur place à Conakry, Pr. Bernard Charles (1963) s’interroge et se rend compte de l’autorité et du prestige du président Diallo. « Il prend rarement la parole, accorde peu d’interviews. Mais il est toujours présent. »<br />
Ameillon (1964) souligne que “Le rôle principal dans (la) réforme (du parti) revint à Diallo Saifoulaye, grand Foula dégingandé, supérieurement intelligent, esprit froid et systématique. C’est lui qui avait le mieux assimilé l’enseignement politique, qu’ils avaient tous trois reçu dans la cellule” des Groupes d’études communistes (G.E.C.), “créée à Conakry dans les années 1945-1946, par quelques instituteurs européens communistes,” dont Jean Suret-Canale.<br />
Précisément, dans son ouvrage Les groupes d’Études Communistes en Afrique noire (1943-1951) Jean Suret-Canale note à la page 65 : « Saïfoulaye Diallo, d’origine guinéenne, d’une famille de l’aristocratie peule de la région de Labé, fut le premier secrétaire général du G.E.C. de Niamey, élu en février 1947. Il sera un moment secrétaire général du Parti progressiste nigérien, section locale du R.D.A. Il sera, au moment de l’indépendance de la Guinée, Président de l’Assemblée nationale, puis Ministre d’État. »<br />
De 1948 à 1951 Saifoulaye partagea les commandes du parti successivement avec Madeira Keita et <strong>Amara Soumah (tous deux membres du G.E.C de Conakry)</strong>. Durant cette période Sékou Touré venait au quatrième rang dans la hiérarchie du leadership. En 1951, il usurpa le secrétariat général suite à la démission de Soumah et à l’affectation de Keita et Diallo au Dahomey (Bénin) et en Haute-Volta (Burkina Faso), respectivement. Saifoulaye retourna à Conakry en 1953.  Affaibli par la tuberculose, il continua néanmoins ses activités et réoccupa sa fonction antérieure de secrétaire politique du PDG. Mais, entretemps, les ambitions de Sékou avaient pris de l’envol, surtout grâce au financement  d’Houphouët-Boigny, président du RDA, et à l’appui de Bernard-Cornut Gentille, gouverneur général de l’Afrique occidentale française, basé à Dakar. Il n’empêche. L’ascendant de Saifoulaye sur les cadres du parti demeura intact.<br />
R. W. Johnson (1970) note : « <em>Throughout the PDG Saifoulaye Diallo was widely regarded as a more “intellectual” leader than Touré and of greater moral stature. Indeed, there were persistent rumours of a putsch to replace Touré with Saifoulaye Diallo at the head of the PDG, rumours which never came to anything because Saifoulaye Diallo was apparently unwilling to involve himself in such a move.</em> »…<br />
Saifoulaye cumula les fonctions de secrétaire politique et de président de l’Assemblée, territoriale d’abord, de 1957 à 1958, puis nationale, de 1958 à 1963. Le bicéphalisme battit son plein à la tête de l’Etat durant les premières années de l’indépendance. Les portraits des deux hommes décoraient les bureaux et les lieux publics. Et la presse domestique et nationale couvrait les présidents Touré et Diallo. Toutefois, Ibrahima Baba Kaké (1987) souligne qu’au séminaire des cadres tenu à Foulaya, Kindia, en  1962, une majorité simple se prononça en faveur de l’élection de Saifoulaye comme secrétaire général. On demanda à Sékou Touré de se consacrer seulement à la présidence de la république. Mais Saifoulaye déclina et se désista en faveur de Sékou Touré. Cet incident dramatique au plus haut échelon du parti raviva la rivalité qui avait toujours existé entre les deux hommes. La réaction de Sékou fut prompte. Dès janvier 1963 il parvint à supprimer le poste de secrétaire politique, qui faisait de Saifoulaye le numéro 2 officiel du parti. Et il l’enleva de l’Assemblée nationale en le nommant ministre d’Etat. Le parlement était, certes, une simple chambre à échos des décisions du Bureau politique national — dont Saifoulaye était la cheville ouvrière. Mais, en raison de sa stature historique et de son influence réelle, la présence de ‘Saifon’ à la tête de la branche législative constituait en même temps, <strong>de jure</strong> et <strong>de facto</strong>, un contrepoids au pouvoir exécutif, exercé par Sékou Touré.…<br />
Si en 1976 le complot peul visait Telli Diallo au premier chef, Sékou Touré n’avait en rien oublié Saifoulaye, son camarade, <em>alter ego</em> et adversaire de toujours. Il avait commencé à persécuter et à humilier cet arrière-petit fils du grand Shayku Umaru Rafiyu Daara-Labe Barry. Déjà en 1971, Sékou avait décapité et décimé les rangs de la famille de Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan, grand-oncle maternel de Saifoulaye.  D’abord formé par son père, Tierno Mamadou, Tierno Aliyyu eut ensuite pour maîtres Tierno Abdourahmane Sombili Diallo et Shayku Umaru Rafiyu. Ils lui transmirent tour à tour le wird tijaniyya.<br />
En 1976 la haine de Sékou Touré décupla. Il enferma au Camp Boiro de nombreux parents et alliés de Saifoulaye : Hadja Dienabou Bobo Diallo, soeur cadette, Elhadj Amadou Lariya, oncle, Abdou Bangoura, chauffeur de longue date, etc.… Saifoulaye avait conclu à la faillite irrémédiable du régime qu’il avait tant contribué à ériger.<br />
Le 28 août 1977, au lendemain de la marche des femmes révoltées, il fit ce constat en privé dans son bureau. C’était devant des parents visiteurs, deux professeurs à la Faculté des sciences sociales de l’Institut Polytechnique de Conakry, en l’occurrence Bailo Teliwel Diallo (économiste) et moi-même (linguiste). Amer et impuissant, il admit : « Le pouvoir avait été culbuté par la rue hier. Il était devenu vacant.… Ce n’est pas ce que le PDG avait promis au peuple ! »</p>
<p>Lire André Lewin “La marche des femmes du marché rappelle à Sékou Touré les dures réalités de la vie quotidienne des Guinéens.” – T.S. Bah</p></blockquote>
<h3>“Toute l’ethnie est coupable”</h3>
<p>Les actions violentes organisées par le PDG et qui devaient se traduire par plusieurs centaines de morts froidement abattus dans les rues de Conakry visaient un double but : d’une part, intimider les dirigeants du BAG et saper le moral de leurs troupes ; d’autre part, donner un pouvoir sans partage à M. Sékou Touré. En mettant fin aux rivalités politiques de l’ère coloniale, le référendum du 28 septembre 1958 scellait du même coup l’unité nationale autour du president guinéen. Depuis, avec le creuset du parti unique où se fondaient tous les particularismes sociaux et régionaux, les relents tribalistes semblaient s’estomper au profit de l’impératif unitaire.<br />
Aux yeux des Guinéens, l’arrestation et la liquidation physique de tous les anciens leaders peuls ainsi que d’un grand nombre d’intellectuels de la même ethnie ne pouvaient être considérées comme une entreprise d’essence tribale. D’autant que chaque vague d’arrestations emportait des ressortissants d’autres ethnies: soussous, malinkés, tomas, guerzés, etc. Tout au plus pouvait-on noter une forte proportion de Peuls dans chacune des charrettes empruntant le chemin du camp Boiro. Mais cette ethnie représentant à elle seule plus des deux cinquièmes des habitants du pays, avec un rapport encore plus élevé parmi les intellectuels, n’était-il pas logique que la fraction la plus nombreuse de la population soit également la plus représentée en prison ? En outre, comment soupçonner le président guinéen, auréolé du fameux non de septembre 1958 et qui affiche un progressisme militant, de menées tribalistes ? A l’intérieur et, à plus forte raison, à l’extérieur de la Guinée, il présentait, au contraire, le visage charismatique d’un leader entièrement tendu vers la réalisation d’objectifs supranationaux, pour ne pas dire universels. Bref, l’opinion semblait dominée par un syllogisme qui s’articule ainsi : Sékou Touré est révolutionnaire et anti-impérialiste ; la révolution et l’antiimpérialisme sont incompatibles avec le tribalisme ; donc, Sékou Touré ne peut pas être accusé de tribalisme.<br />
Seulement voilà ; aujourd’hui, le président ne s’en prend plus à tel ou tel « agent du colonialisme » et à la « cinquième colonne » comme il en avait coutume. Il déclare ouvertement la guerre à une communauté considérée globalement. A supposer que M. Diallo Telli soit coupable des crimes qui lui sont reprochés, pourquoi étendre sa culpabilité à l’ensemble de son ethnie ? Comment concilier en tout cas le concept de responsabilité collective avec les principes révolutionnaires et généreux dont se réclame le président ? Comment le marxisme-léninisme peut-il s’accommoder de la guerre ethnique ? Car, cette fois, il s’agit bel et bien d’une guerre dirigée contre les Peuls. Entreprise dangereuse s’il en fut puisqu’elle met en cause l’un des piliers de l’Etat : l’unité nationale.<br />
Les dirigeants africains sont généralement si conscients de ce danger qu’ils ne se hasardent pas sur ce terrain marécageux.<br />
L’attitude du président Sékou Touré paraît sans précédent. Alors que tous ses homologues s’efforcent de rassembler les diverses ethnies composant leurs pays respectifs et, par là même, de consolider les bases de leurs nouveaux Etats, comment a-t-il été amené à donner dans le tribalisme, au risque de ruiner l’essentiel de l’oeuvre unificatrice de son parti et de s’aliéner bien des sympathies à l’étranger ? Toujours est-il que sa déclaration de guerre aux Peuls se fonde sur trois arguments. Ils sont :</p>
<ul>
<li>des étrangers</li>
<li>des suppôts du colonialisme</li>
<li>ils déshonorent leur pays en choisissant le chemin de l’exil.</li>
</ul>
<p>Pour ce qui est du premier point. les Peuls de Guinée sont arrivés au Fouta-Djalon par petits groupes à partir du 10è siècle, sinon avant. Les vagues les plus importantes se sont échelonnées entre le XVe et le XVIe siècle. A l’issue d’une courte guerre avec les autochtones, en l’occurreoce les Dialounkés, les nouveaux venus conquirent le pays, réduisant ceux-ci en esclavage.</p>
<h3>De violents brassages de populations</h3>
<p>L’histoire universelle fourmille d’exemples analogues. En Afrique, rares sont les peuples qui n’ont jamais été impliqués dans un courant migratoire. En Guinée, qu’il s’agisse des Malinkés ou des Soussous et même de certains peuples de la région forestière, tous ont dû en bousculer d’autres, à un moment de leur histoire, pour s’installer. Dialounkés, Bagas, Landoumas, Tomas, Guerzés et quelques autres sont peut-être les seuls « vrais » autochtones. Et encore.<br />
Au demeurant, le président Sékou Touré est fui-même issu d’une famille venue à une date relativement récente du Mali. Seul son père, Alpha Touré, est né en Guinée ; son grand-père était un Dioula natif de Kayes (Mali), fixé par la suite à Siguiri, puis à Faranah, au gré des vicissitudes de son petit commerce. Les Guinéem ne l’on cependant jamais considéré comme un étranger, même lorsqu’il était l’objet, à l’époque coloniale, des campagnes les plus violentes.<br />
Du reste, sous l’effet conjugué des courants migratoires et des guerres précoloniales, les brassages de populations sont tels, en Afrique de l’Ouest. notamment dans la zone soudano-sahélienne, qu’il faudrait beaucoup de prétention — ou d’ignorance — pour affirmer qu’un peuple occupe encore sa terre d’origine et qu’il n’en a pas bougé.<br />
S’agissant du comportement des Peuls — ou plus exactement de leurs chefs — sous le colonialisme, en Guinée comme ailleurs, l’administration s’est toujours accommodée de la féodalité ou l’a utilisée à ses propres fins. Ce qui est curieux, c’est que le président Sékou Touré, qui gouverne le pays en maître absolu depuis bientôt vingt ans, ne s’en aperçoive qu’aujourd’hui. Et, surtout, qu’il mette ce fait historique à profit pour engager une guerre tribale.</p>
<h3>Peuls, victimes et non agents du colonialisme</h3>
<p>Si des chefs féodaux se sont autrefois compromis, on ne voit aucune raison de s’en prendre aujourd’hui à leurs anciens sujets. Dans la logique de M. Sékou Touré, ces derniers n’étaient-ils pas, dans leur écrasante majorité, des victimes et non des agents du système féodal d’abord, du colonialisme ensuite ? Alors, en dernière analyse, ne sont-ils pas des alliés objectifs des révolutionnaires ? Mais non, le président guinéen rend les Peuls collectivement responsables de tous les maux passés et présents du pays et entend les exterminer en tant que “classe”. Il semble bien qu’on ait affaire à une variété tribale du marxisme !<br />
A entendre le chef de l’Etat guinéen, l’observateur non averti serait tenté de croire qu’au référendum du 28 septembre 1958 le Fouta-Djalon a voté d’un bloc en faveur du oui. La réalité est tout autre. Sur les vingt-six cercles administratifs (préfectures) que comptait la Guinée de l’époque, aucun n’avait donné une majorité de oui. Que ce soit au Fouta-Djalon ou dans les autres régions. C’est à Labé qu’il y eut le plus de votes positifs (27 000 oui sur 113 349 inscrits). Par contre, avec 455 bulletins, Mamou, deuxième ville du Fouta-Djalon, fournit moins de oui que Conakry (991), Kankan (693)et N’Zérékoré (2 158), situées respectivement en Basse-Guinée, en Haute-Guinée et en Guinée forestière.<br />
Si, à l’étranger, les résultats de ce scrutin historique furent considérés comme une preuve de maturité politique des Guinéens, dans le pays nul ne put s’y tromper : le triomphe du non découlait plus de la volonté des dirigeants du PDG et des partis d’opposition, appuyés par les jeunes, les syndicats et les étudiants, que d’une détermination claire des masses paysannes et urbaines en faveur de l’indépendance. En réalité, les électeurs ne purent exprimer leurs suffrages que dans de très rares bureaux de vote. En général, <strong>on se contenta de remplir les procès-verbaux sans prendre la peine d’ouvrir les bureaux. Ces vérités sont connues des Guinéens. Et si l’on évite de les rappeler à Conakry, c’est parce qu’elles risquent de ternir la légende tissée autour du non</strong>.</p>
<h3>L’exil des Peuls</h3>
<p>Nous en venons au troisième grief invoqué par le président guinéen contre les Peuls. Considérer l’exil volontaire comme déshonorant pourrait se défendre. Encore faut-il préciser que les émigrants se recrutent dans toutes les ethnies et couches sociales. Chez les Malinkés, les Peuls, les Soussous, les Tomas, les Guerzés, etc., chacun choisit le pays étranger le plus proche de sa région. Les Peuls, plus nombreux dans le pays comme à l’extérieur, vont au Sénégal, en Sierra Leone et en Guinée-Bissau ; les Malinkés au Mali et en Côte d’Ivoire, etc. Traditionnellement, il s’agissait de courts séjours (le « navétanat » ). Après avoir travaillé au Sénégal le temps nécessaire à la constitution d’un modeste pécule, les Peuls ne manquaient pas de rentrer chez eux pour se marier et se fixer dans leur village. Ayant ordonné à l’armée et à la milice de tirer à vue sur ceux qui franchissent, dans les deux sens, la frontière sénégalo-guinéenne, le président Sékou Touré ne peut s’étonner que les Peuls soient restés si nombreux dans les pays voisins.<br />
La présence d’émigrés chaque jour plus nombreux à l’étranger témoigne d’un échec gênant pour le président. Faute de développer l’économie guinéenne, de créer des emplois et de garantir la sécurité des citoyens, il est évident qu’aucune mesure administrative ne saura mette un terme à la fuite des bras et des cerveaux.<br />
Voici donc le président Sékou Touré engageant la guerre non plus contre une « cinquième colonne » plus ou moins diffuse, mais contre les Peuls en chair et en os. Les extraits que nous publions du discours à peine croyable qu’il a prononcé au mois d’août 1976 ne laissent aucun doute à ce sujet. Ils contiennent des appels au meurtre répétés. Heureusement, il ne semble pas que, plus de deux mois après, ces appels aient été entendus par les autres ethnies.</p>
<h3>Extraits des discours anti-peuls prononcés par Sékou Touré en août 1976</h3>
<p>« Nous parlons de Révolution et nous faisons la Révolution. Mais il faut admettre et comprendre que tous les hommes et toutes les femmes habitant un pays ne constituent pas forcément le peuple de ce pays (…).<br />
A la naissance du Parti démocratique de Guinée (PDG), le Fouta était menacé tragiquement, menacé de nombreux travers sociaux. Nous avions visité cette province guinéenne de long en large et nous nous étions aperçu que l’alcoolisme menaçait réellement la population du Fouta, y compris les marabouts qui remplissaient leurs bouilloires de bière ou de vin. Ne parlons pas des jeunes et encore moins des intellectuels : consommer l’alcool était devenu, alors, le critère de l’évolution.<br />
C’est le Parti démocratique de Guinée qui a mis fin à ce mal, qui l’a dénoncé sans pitié.<br />
C’est également le Parti démocratique de Guinée qui, sans arriver à la détruire, a beaucoup atténué la débauche dans le Fouta.<br />
C’est le Parti démocratique de Guinée qui a dénoncé le vol, devenu alors chose courante. A Conakry, à cette époque, lorsque dix voleurs se trouvaient devant un commissaire ou devant un tribunal, l’on comptait au moins huit ressortissants de la Moyenne-Guinée. C’est un fait vécu et vous pouvez consulter la statistique des condamnés pour vol. (…) »</p>
<h4>Le navétanat</h4>
<p>« Le navétanat, cette forme d’exode rural, a toujours été combattu par le Parti démocratique de Guinée ; mais sur ce point, il faut l’avouer, le Parti démocratique de Guinée a échoué. En effet, la première tentative de mettre définitivement fin au navétanat avait consisté, dès les premières heures de l’indépendance, à débloquer une somme de 100 millions de francs pour installer alors, dans la zone de Youkounkoun, Saréboïdo et Koundara, 10 000 travailleurs peuls. Nous avions alors mis à leur disposition des vêtements, des outils de travail, des denrées alimentaires et les semences pour toute la période agricole en leur disant : “Au lieu d’aller au Sénégal humilier la nation, voilà ce que le peuple de Guinée met gratuitement à votre disposition pour valoriser votre sol.”<br />
Malgré cela, le navétanat n’a pas cessé pour autant et d’aucuns, bien au contraire, disaient : “Laissez ces gens, ce sont des maudits !” Nous avions alors répondu : “ Non ! On ne naît pas maudit. Aucun homme n’est maudit à sa naissance. Il faut continuer la lutte, connaître les causes déterminantes d’une telle attitude illogique et amener l’homme à un réflexe correspondant à sa dignité, à son progrès et au bonheur de son peuple. Cette lutte, le Parti démocratique de Guinée entend la mener jusqu’à la victoire totale. Il faut sauver le voleur, la prostituée, l’alcoolique, le navétane peuls, c’est un devoir qui sera assumé ! »</p>
<h4>Sékou Touré accuse le Fouta de tous les maux</h4>
<p>« La situation particulière du Fouta pose donc des devoirs à la Révolution. Et ces devoirs, nous devons en être conscients. Mais qu’est-ce qui a desservi la prise de conscience générale des populations de la Moyenne-Guinée ? C’est l’attitude opportuniste de la plupart de ses cadres intellectuels ! (…)<br />
Du temps de la colonisation, ils avaient démissionné du camp de la lutte ; car ils se comptaient au bout des doigts, les Peuls, jeunes ou vieux intellectuels, qui militaient ardemment dans les rangs du Parti démocratique de Guinée. Et, très souvent, ceux qui venaient au parti étaient bannis de leur famille, isolés de leurs collègues originaires du Fouta, parce que considérés comme étant à la remorque des “étrangers”. L’étranger, c’était le Soussou, le Malinké, le Forestier, les camarades des autres régions de la Guinée, tandis que l’on faisait très bon ménage avec le colonisateur. L’on s’acoquinait avec le colon blanc et l’on se prostituait avec lui.<br />
L’on a inculqué au Peul l’idée qu’il n’est pas noir et certains vont jusqu’à la recherche de leur origine en Somalie, en Ethiopie ou ailleurs et refusent de vivre leur temps, leur espace et de comprendre leur peuple. Cet esprit raciste a eu une influence néfaste sur beaucoup d’intellectuels. Mais quelle en était la réalité ? C’est que, intellectuels qu’ils étaient, ils n’étaient pas avec les masses populaires, lesquelles étaient abandonnées à elles-mêmes. Ils cherchaient plutôt, de manière opportuniste, à vivre en bons termes avec les chefs de village et de canton, avec le régime colonial et certains d’entre eux n’ont obtenu de grands diplômes qu’au prix de leur obséquiosité.<br />
Pour nous, le nom ne fait pas l’homme. Et nous affirmons qu’est bien petit d’esprit celui qui veut que les valeurs de son père, de son grand-père lui soient reconnues. L’homme intelligent est celui qui sait qu’il n’y a de valeur, de réelle valeur, que celle engendrée par le mérite de l’homme. (…)<br />
Quand un homme, comme le faisait le raciste intellectuel peul, se vante d’être intelligent, c’est qu’il est tout simplement bête. Quand un homme se vante d’être un cadre, c’est qu’il n’a jamais été un véritable cadre. Quand un homme se vante du grand nombre de sa famille ou de son ethnie, c’est qu’il manque alors la vraie qualité à ce groupe-là. Car, en effet, le nombre, pour avoir quelque valeur, doit être à la dimension de la valeur sociale. (…)<br />
Nous disons donc que toutes les régions de la Moyenne-Guinée doivent vivre désormais l’atmosphère de la Révolution populaire et démocratique. En plus de la force de nos arguments que partagent les intellectuels militants honnêtes de la Moyenne-Guinée, nous utiliserons la force brutale contre ceux qui ont des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre. Ils sauront qu’on n’a jamais eu peur d’eux, qu’on les respectait, mais que, comme ils n’aiment pas le respect, nous leur présenterons ce qu’ils aiment, ta force brutale ! »</p>
<h4>“Un esprit raciste très néfaste”</h4>
<p>Puisque c’est le racisme qui est utilisé pour mettre le pays à la disposition de l’impérialisme néo-colonialiste, nous devons tout faire pour le déraciner. Nous ne prions plus personne, nous nous imposons ; cela est clair ! Ceux qui croient que les responsables du PDG ont peur n’ont rien compris à l’histoire. La peur réelle qui nous étreint, la peur que nous avons partout, c’est la peur d’avoir peur ! Et c’est pourquoi l’adversité des racistes, nous la recherchons désormais. Nous voulons, partout. croiser le fer avec eux ! (…)<br />
Aujourd’hui, au lieu de les prévenir que demain leur donnera tort, nous leur indiquons qu’aujourd’hui même ils ont tort ! (…)<br />
Le peuple suit l’attitude raciste de certains cadres qui, une fois à la tête d’une société, d’une entreprise, d’un service, ne recrutent que les seuls Peuls.<br />
S’agit-il d’avancement ou de mutation, c’est la même couleur raciste qui détermine les attitudes. Quand il s’agit de mettre à la retraite, il suffit d’observer ; on trie sérieusement pour que ceux considérés comme parents puissent encore rester en service ; alors, on alignera le nom des autres qui doivent être mis à la retraite.<br />
Et quand les cadres peuls sont nombreux dans un service, c’est tout de suite la paralysie totale. Nous le disons en vous donnant un exemple que vous connaissez bien parce que vous le vivez.<br />
Si nous nous vantons d’avoir formé beaucoup d’ingénieurs des travaux publics, prenez la liste et vous verrez que ce sont nos frères Peuls qui sont les plus nombreux. <strong>Mais regardez, à Conakry même, quel est l’état des routes. Les choses sont claires !</strong><br />
Une tactique était adoptée par la plupart d’entre eux : sur le plan verbal, il faut être révolutionnaire au maximum, il faut faire les plus longs rapports, faire usage des propos les plus flatteurs, mais, dans l’action concrète, l’on reste assis et l’on sabote tout (…)<br />
Certains professeurs Peuls, à l’heure de la Révolution culturelle socialiste, regardent le nom de l’élève avant de donner la note que mérite sa race. Nous nous excusons auprès des Peuls honnêtes qui pourraient penser à une exagération. Mais tout ce que nous disons, nous en avons les preuves. Et si vous les voulez, nous vous les fournirons à tout moment. Nous ne nous livrerons jamais à la démagogie, au mensonge, car si l’homme ne peut pas payer, Dieu, lui, paiera si nous ne disons pas la vérité ! Certains notent en fonction de la race ; et même les cours sont sabotés. Pendant ce temps, l’on dit à ses parents peuls : “Venez à la maison !” Et là on leur donne un complément de formation. Certains professeurs vont jusqu’à refuser à des étudiants non-peuls le prêt de livres précieux pour les réserver aux seuls étudiants de leur race.<br />
Ces pratiques sont connues et ont cours même à l’Institut polytechnique ; des étudiants sont venus nous en donner des preuves irréfutables. (…) »</p>
<h4>“Plus de bourses à l’étranger pour les étudiants Peuls”</h4>
<p>« Comme nous l’avons dit, de longues années durant, la Guinée a subi la dictature raciste peule dans l’attribution de bourses d’enseignement supérieur à l’extérieur. Nous trouvions cela normal, pensant que c’étaient, malgré tout, des jeunes du pays qui, fussent-ils de la même famille, à l’heure de la Révolution auraient servi Je peuple avec dévouement. Mais nous constatons aujourd’hui le contraire. Notre regret est d’avoir tant laissé faire.<br />
Et nous savons aussi que 360 anciens étudiants guinéens devenus médecins, pharmaciens, professeurs, comptables, électroniciens, administrateurs, ingénieurs, économistes, pilotes, etc., ont refusé de rejoindre la patrie. Ils sont en France, aux Etats-Unis, en Allemagne fédérale, en Suisse, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Zaïre et ne ces-sent de baver à longueur de journée sur le peuple de Guinée qui a financé leurs études. Ils entourent le régime de haine et méprisent le peuple de Guinée. Ils le calomnient à longueur de journée.<br />
Et quand bien même le Français, l’Américain, l’Allemand, l’Ivoirien, le Zaïrois, le Sénégalais ou des citoyens d’autres pays essaient de dire la vérité sur la Guinée, ils les traitent de propagandistes de M. Sékou Touré, alléguant qu’eux seuls disent la vérité et ceux-là sont dans l’erreur. Lisez dans le journal Jeune Afrique les articles sous leur plume et vous verrez que, tous les jours, des mensonges ignominieux sont diffusés.<br />
Aussi, nous vous posons la question : puisque, dans plusieurs familles peules, le pays a attribué des bourses à un, deux, trois, voire quatre de leurs enfants qui, au terme de leurs études, ont trahi la nation pour se réfugier ailleurs et combattre le régime guinéen, devons-nous continuer à leur accorder des bourses ?</p>
<p><em>Réponse unanime de l’assistance : non !</em></p>
<p>Cependant, pour l’extérieur, il ne sera plus attribué de bourses aux Peuls aussi longtemps que ceux restés à l’extérieur n’auront pas rejoint la patrie.</p>
<p><em>(Applaudissements enthousiastes et prolongés de rassistance.)</em></p>
<p>Alors, nous proclamons sans détour : racisme = racisme. Et pour l’illustrer, nous vous rappelons ce proverbe africain qui dit : “Lorsque vous dansez avec un aveugle, de temps en temps piétinez-le pour qu’il sache qu’il n’est pas seul !”<br />
Ainsi nous réaffirmons notre position qu’en Guinée, et jusqu’à la fin de l’Université, tous les camarades sont à égalité : peuls, soussous, malinkés, guerzés, kissiens, tomas, bassaris, koniaguis, etc. (…)</p>
<h4>“Un roi trahi par les Peuls du Fouta”</h4>
<p>Ce sont ces traîtres qui induisent toujours en erreur les autres peuples, les peuples d’Afrique, les peuples européens, les peuples américains, quand il s’agit d’apprécier la situation guinéenne. Ils font plus de mal à la Guinée que l’impérialisme et le colonialisme, parce que, se réclamant de la Guinée, ils donnent un semblant d’authenticité à leurs mensonges flagrants. (…)<br />
Or, intellectuels Peuls, relisez la conférence d’octobre 1975 à Labé ! D’entrée de jeu, nous avons déclaré que la trahison ne paie pas et avons ajouté : “Prenons en témoignage les vieilles générations de Labé et du Fouta. Tous ceux qui connaissent véritablement l’histoire de notre ville de Labé se rappelleront aussitôt la fin tragique qui a été celle d’Alpha Gassimou Diallo, cet homme honnête, instruit, d’attitude noble, honteusement trahi.”<br />
Nous avons ·encore pris Labé en témoignage pour inviter ses habitants à faire l’inventaire des familles, de toutes les vieilles familles de Labé qui avaient trempé dans cette trahison. Ils constateront qu’elles sont toutes en train de s’éteindre, car Dieu paie toujours les traîtres avec ce qu’ils méritent. (…)<br />
Et maintenant, nous posons la question : qui était le grand résistant dont on n’a jamais assez parlé, qui appartenait à la famille la plus représentative du patriotisme guinéen et peul, l’incarnation de la farouche volonté de liberté, de dignité et de progrès ?· Eb bien, c’était l’almamy Bokar Biro Barry de Timbo (Mamou) qui fut roi du Fouta. Les famille Sorya et Alphaya alternaient tous les deux ans au trône du Fouta. Le roi Bokar Biro Barry appartenait au clan Sorya et résidait à Timbo, capitale de la fédération du Fouta.<br />
Ce fut lors de la grande bataille, désormais historique, de Porédaka (village natal de Diallo Telli) que l’almamy Bokar Biro fut victime de la défection traîtresse de la province de Labé, d’une part, et de l’action désorganisatrice d’une cinquième colonne intérieure constituée par des rivaux d’autre part. Ce fut cette cinquième colonne intérieure qui organisa la destruction de la poudrière de Porédaka. C’était un frère ennemi du clan Sorya, du nom de Sory Yillili, qui fut l’âme de cette trahison. Ainsi, l’almamy Bokar Biro Barry avait été trahi, ignoblement trahi. Et trahi encore au Fouta, par les Peuls, alors que ses alliances avec les Soussous, les Malinkés, les Djallonkés avaient été respectées par ces ethnies. Les familles peules avaient trahi l’almamy du Fouta et l’avaient livré ·à l’ennemi commun de l’Afrique, le colonialisme français.</p>
<h4>“Les fils aussi félons que leurs pères”</h4>
<p>La trahison, encore une fois, ne paie pas. Et ceux qui avaient trahi Alpha Yaya, Gassimou Diallo, ceux qui avaient trahi Bokar Biro Barry ne peuvent pas avoir des enfants ayant une conduite de dignité si ceux-ci ne se confient pas au PDG, l’organisation révolutionnaire capable d’extirper de leur être, jusqu’à la racine, la félonie de leurs pères, car il y a une continuité historique qui marque d’une tare et d’un sceau indélébilos la personne et la. vie des individus. (…) Ceux qui avaient trahi Bokar Biro Barry ont aussi trahi Alpha Yaya, et par trois fois ; vous le savez vous-mêmes. Le roi du Wassoulou, le roi de Boké, le roi de Macenta, eux, n’ont pas été trahis par les leurs. Pour les vaincre, eux, il y a eu seulement la supériorité des armes ile destruction utilisées par les colons. Mais, au Fouta, toutes les défaites de l’empire du Fouta relevèrent de la. trahison des Peuls à l’endroit de leur propre Etat. C’est pourquoi, aujourd’hui, nous aurions été à l’aise si nous nous appelions Amadou Sékou Barry ou Amadou Sékou Diallo pour dire toute la vérité et nous faire comprendre par nos frères peuls. Mais disons-nous la vérité. Il faut que la trahison soit extirpée et bannie définitivement du comportement du Peul. (…)<br />
Si, aujourd’hui, la Guinée ne peut s’entendre ni avec la Côte d’Ivoire ni avec le Sénégal, la responsabilité principale en incombe vraiment à qui ? A eux seuls, cadres Peuls ! Mais soyez sûrs que lorsque le peuple ivoirien, le peuple sénégalais accéderont à la liberté, ils écraseront et conduiront à leurs tombeaux tous les cadres racistes Peuls qui habitent Abidjan ou Dakar.</p>
<h4>“Peuls, racistes forcenés sans patrie”</h4>
<p>Ce sont eux également qui induisent toujours en erreur les gouvernements français, américain, allemand. Tous ces gouvernements désireux de traiter avec la Guinée sont intoxiqués par leurs informations mensongères, débitées à longueur de journée à la seule fin de décourager ces pays dans leurs intentions louables vis-à-vis du peuple guinéen.<br />
Ils sont sans patrie, ces racistes Peuls forcenés, parce qu’ils se disent ne pas être des noirs. Ils sont encore et toujours à la recherche de leur patrie. Ils ne peuvent plus avoir de patrie parce qu’ils n’ont pas une ligne de conduite exigeant l’accomplissement de devoirs sacrés. Aliénés qu’ils sont, ils ne pensent qu’à l’argent, et pour eux. (…)<br />
Que ceux qui sont restés toujours fidèles au régime veuillent nous excuser, mais puisqu’il s’agit de parler d’une collectivité, nous déplorons que, pour le cas précis, l’élément dominant soit constitué de racistes.<br />
Aussi faut·il souligner qu’au référendum du 28 septembre 1958, quand toute la Guinée brandissait le bulletin non pour l’indépendance et la dignité, c’était encore le Fouta qui brandissait le oui pour signifier honteusement : “Nous voulons rester soumis au colonialisme !” Ils ne voulaient pas de l’indépendance, ces Peuls, et ils ont humilié notre peuple avec un vote massif de oui. Au lieu d’en avoir honte, ils veulent encore détruire notre indépendence. Cela ne se fera plus jamais. Et s’il faut que toute la Guinée se mette encore debout, couteaux, marteaux et fusils en main pour les supprimer, les amener au tombeau et les ensevelir, la Guinée assumera ses responsabilités. C’est la déclaration de guerre. Ils veulent d’une guerre raciale ? Eh bien ! nous, nous sommes prêts ; quant à nous, nous sommes d’accord et nous les anéantirons immédiatement non par une guerre raciale, mais par une guerre révolutionnaire radicale.</p>
<p>Nous allons donc passer à l’offensive et utiliser l’anne de la fermeté révolutionnaire et nous sommes convaincus que les cadres Peuls révolutionnaires, les cadres Peuls militants sincères, assumeront, au sein. du parti, leurs responsabilités pour détruire tous les peuls racistes afin que la Guinée vive enfin dans la paix. C’est pourquoi chaque cadre doit se définir, non pas par rapport à tous les militants, mais par rapport à la collectivité peule qui a été induite en erreur, ou alors se démettre et démissionner du parti-Etat. Chaque cadre du parti-Etat doit s’engager à détruire le racisme ou alors qu’il se dévoile comme un parfait raciste, ennemi du progrès guinéen. (…)</p>
<p>Nous répétons que si le Fouta n’a pas été libéré le 28 septembre 1958, désormais il sera libéré par la Révolution. <strong>Pour ceux qui sont à l’extérieur, nous n’avions pas voulu jusqu’ici les liquider, mais nous allons le faire désormais</strong> pour que notre peuple vive en paix et poursuive sa Révolution.</p>
<h4>“Pour que continue la Révolution”</h4>
<p>Camarades, il faut donc être vjgilants : au niveau des pouvoirs révolutionnaires locaux (PRL), surveillez tous les comportements. Dons les services, sociétés, entreprises, restez attentifs. Tout le pouvoir est au peuple.<br />
Quiconque violera désormais les consignes de l’honnêteté sociale, de la justice sociale en se livrant à des manifestations racistes, <strong>vous avez le pouvoir, camarades militants, de l’égorger sur place et nous en assumons la responsabilité devant le peuple de Guinée</strong>.<br />
Dans les PRL, c’est souvent à l’occasion des baptêmes, des mariages, des cérémonies coutumières qu’ils se regroupent pour se passer les mots d’ordre de destruction de la Révolution. Désormais, aucune manifestation de ce genre ne doit se faire, dans un PRL, que sous la présidence du maire ou d’un membre du bureau du PRL.<br />
<strong>Un autre fait que vous avez dû observer et qui est à l’honneur de la femme Peule, c’est qu’elle épousera volontiers le Soussou, le Malinké, le Forestier, mais par contre rarement l’homme Peul épousera une Soussou, une Malinké, une Forestière !</strong> Est-ce vrai ou faux ?</p>
<p><em>(Réponse unanime de l’assistance : c’est vrai !)</em></p>
<p>Cette attitude constitue-t-elle du racisme oui ou non ?</p>
<p><em>(Réponse unanime : oui, c’est du racisme !)</em></p>
<p>— Alors, camarades, faites confiance à la Révolution qui écrasera tous les racistes ! (…)<br />
Nous ajoutons que vendredi prochain (27 août), dans Jes mosquées de chaque PRL, la <em>Fatiha</em> sera récitée collectivement pour maudire les racistes et les conduire à l’échec retentissant, pour maudire ceux qui les soutiennent en Côte d’Ivoire, au Sénégal et dans le monde afin qu’ils aient toujours honte et que la Révolution guinéenne, au sein de la communauté progressiste, ne connaisse que le triomphe et la victoire.</p>
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		<title>Cheikh Hamidou Kane. “L’Afrique conditionnera l’avenir du monde”</title>
		<link>https://www.webguinee.net/blogguinee/2014/05/cheikh-hamidou-kane-afrique-reconditionnera-avenir-monde/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[AubreySouplet]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 07 May 2014 14:01:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Afrique]]></category>
		<category><![CDATA[Blogguinee]]></category>
		<category><![CDATA[Coloniale]]></category>
		<category><![CDATA[Cote Ivoire]]></category>
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		<category><![CDATA[Cheikh Hamidou Kane]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Témoin et acteur de la vie politique du Sénégal, Cheikh Hamidou Kane est l’auteur d’une œuvre de référence de la littérature africaine : L’Aventure ambiguë. Paru en 1961, ce roman-témoignage continue de faire le tour du monde. A 86 ans, son auteur, qui a par ailleurs écrit Les Gardiens du temple en 1995, a reçu Africultures en marge du Salon&#8230;&#160;<a href="https://www.webguinee.net/blogguinee/2014/05/cheikh-hamidou-kane-afrique-reconditionnera-avenir-monde/" rel="bookmark"><span class="screen-reader-text">Cheikh Hamidou Kane. “L’Afrique conditionnera l’avenir du monde”</span></a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Témoin et acteur de la vie politique du Sénégal, <strong>Cheikh Hamidou Kane</strong> est l’auteur d’une œuvre de référence de la littérature africaine : <strong>L’Aventure ambiguë</strong>. Paru en 1961, ce roman-témoignage continue de faire le tour du monde. A 86 ans, son auteur, qui a par ailleurs écrit<strong> Les Gardiens du temple</strong> en 1995, a reçu Africultures en marge du Salon du livre de Genève. Il revient sur son histoire dans l’Histoire.</p></blockquote>
<p><strong>Africultures</strong>. “<em>Je ne suis un écrivain qu’à titre accessoire”, avez-vous déclaré lors d’une interview. Vous avez pourtant écrit deux romans, dont l’un, L’Aventure ambiguë, a eu la renommée et les retentissements que l’on sait, alors qu’entendez-vous par là ?</em></p>
<p><strong>Cheikh Hamidou Kane</strong>. J’ai usé de l’écriture pour porter témoignage de mon histoire. Après avoir écrit L’<em>Aventure ambiguë</em>, qui est dans une certaine mesure mon autobiographie et l’histoire de mon <strong>ethnie</strong> peule, je me suis rendu compte qu’elle concernait aussi beaucoup d’autres ethnies. Partout où je vais dans le monde, on me dit : “<em>ce que vous avez écrit nous concerne aussi</em>”. Ce livre est le témoignage de la vie d’un colonisé africain pendant les trente dernières années de la colonisation. Tous ceux qui ont vécu dans les anciennes colonies de la France, d’Angleterre, d’Espagne ou du Portugal, se reconnaissent dans cette histoire. C’est le passage d’une société traditionnelle, africaine, noire, colonisée, à la rencontre du colonisateur.<br />
J’ai d’abord écrit ce témoignage sous la forme d’un journal alors que j’étais étudiant en France Je l’ai ensuite transformé en récit. Je n’étais pas écrivain. Ensuite j’ai été engagé dans une carrière de cadre africain, et ce, les trente premières années de l’Indépendance. La colonisation était finie. Désormais nous étions au pied du mur, nous qui avions été les colonisés nous devions à présent diriger et gouverner. Les Gardiens du Temple porte témoignage des trente premières années de l’Indépendance. Ces deux livres rendent compte de mon vécu et il se trouve que mon vécu est un vécu historique.</p>
<p><em>Vous attendiez-vous au succès, toujours actuel, de L’Aventure ambiguë ?</em></p>
<p>Jusqu’à présent je continue d’être étonné par la notoriété de ces livres, surtout de<strong> L’Aventure ambiguë</strong>; il y a eu des livres, des thèses dessus. Il est inscrit dans les programmes francophones, Il a été traduit dans une trentaine de langues. Il est inscrit au programme dans les universités. J’aime à raconter que depuis une dizaine d’années il est étudié par les Mormons. J’ai été invité dans leur université à plusieurs reprises. A chaque fois je suis surpris par le retentissement que ce livre a chez ces jeunes Américains blancs ou noirs qui me disent : “vous nous avez appris, dans une certaine mesure, comment on peut être moderne et vivre sa foi religieuse sans beaucoup de contradictions”.</p>
<p><em>Justement, la façon dont vos livres parlent encore aujourd’hui à tous tient peut-être aussi à la galerie de portraits que vous dressez dans les deux romans. On a l’impression que chaque personnage incarne une relation particulière entre Afrique et Occident, que ce soit Adèle dans L’Aventure ambiguë ou encore ceux que vous appelez les “Noirs Toubabs” comme Salif Bâ. D’ailleurs Adèle, cette “exilée des bords de Seine” qui ne connaît pas son “pays diallobé” à elle, est une figure très moderne dans laquelle beaucoup de jeunes Français peuvent se reconnaître. Auriez-vous envie de compléter cette galerie aujourd’hui ? Quelle(s) figure(s) mériterai(en)t un tel portrait selon vous ?</em></p>
<p>Je crois que les jeunesses aujourd’hui, aussi bien en Afrique qu’en Amérique et en Europe, ont majoritairement dépassé les préjugés de couleurs ou d’ordre religieux qui ont paralysé le monde. La jeunesse américaine a élu un président noir, les héros de cette jeunesse européenne sont noirs, jaunes ou blancs selon qu’ils sont de grands artistes, de grands footballeurs… Un monde nouveau apparaît, créé par la jeunesse et les nouvelles technologies de l’information et de la communication, un monde devenu un village planétaire. Le monde ne peut plus continuer d’être ce qu’il était jusque-là c’est-à-dire le fils des œuvres de l’Occident. L’Occident est allé à la découverte du reste du monde, l’a façonné à son avantage. C’est fini. Cet Occident premier, quasiment unique, qui a fourni son modèle comme un modèle universel de référence, est passé au troisième rang. Et l’Afrique qui était le dernier de la classe émerge progressivement. Le monde entier se tourne vers l’Afrique ; l’Afrique conditionnera l’avenir du monde, à la différence du rôle qu’on lui a fait jouer jusque-là.</p>
<p><em>Est-ce que c’est de cette façon qu’il faut entendre la dernière phrase des Gardiens du Temple qui annonce “le rendez-vous de l’Afrique avec elle-même” ?</em></p>
<p>Tout à fait. <strong>Joseph Ki-Zerbo</strong> a dit que l’histoire de l’Afrique était caractérisée par trois dépossessions : l’Afrique a été dépossédée de son initiative politique (nous n’avons plus eu de rois et d’empereurs depuis l’arrivée de l’Occident européen), de son identité culturelle (aucun de nos pays n’a comme langue officielle une langue africaine, sauf peut-être quelques rares pays comme le Rwanda), de son espace, car les 55 pays d’Afrique sont 55 anciennes colonies, celles que les Européens ont découpé lors du congrès de Berlin. Il est temps de restituer à cette Afrique son espace géopolitique. Dans le passé, il y avait les royaumes, les empires du Ghana, du Mali… Il est temps que l’Afrique retrouve son identité.</p>
<p><em>Et vous pensez que la période que nous vivons est celle de ce changement-là ?</em></p>
<p>Oui, c’est en tout cas vers cela qu’il faut aller, vers l’intégration, les États-Unis d’Afrique. Nous n’avons pas pu faire comme les Américains qui sont passés de la situation de dépendance coloniale à celle de la fédération. Nous, nous avons raté cette occasion. Si l’Indépendance est survenue à la même période dans quasiment tous les pays d’Afrique, elle s’est faite en ordre dispersé. On a bien créé cinq régions, il faut à présent les doter de pouvoir, qu’elles puissent gérer l’économie et les finances du continent. Aujourd’hui, par exemple, les pays francophones d’Afrique ont pour monnaie le franc CFA dont la signification était “Colonies Françaises d’Afrique”, transformé en “Communauté Financière Africaine”. Mais c’est la même monnaie qui ne sert pas toujours les intérêts des Africains. Il faudrait une monnaie africaine. Les armées des 55 pays d’Afrique sont des illusions d’armées. Lors de la crise au Mali, les 17 pays de la CEDEAO ont réuni des forces armées, mais il a fallu que la France vienne avec son armée pour “sauver” le Mali. Nous avons des simulacres d’armées, des simulacres de gouvernements. Chaque fois que j’en ai la possibilité, j’exhorte les jeunes Africains à dépasser ce stade et à balayer ces gouvernements pour faire place à de vrais gouvernements.</p>
<p><em>D’ailleurs vous soutenez beaucoup les jeunes, vous faites de nombreuses interventions, vous avez aussi récemment préfacé un livre, <strong>Le malheur de vivre</strong> de Ndeye Fatou Kane qui pose la question de l’exil mais un peu différemment avec l’histoire d’une jeune femme installée en France, de parents sénégalais.</em></p>
<p>J’ai beaucoup aimé ce livre. Cette jeune fille, qui est d’ailleurs l’une de mes petites nièces, raconte l’histoire d’une famille de Sénégalais, Toucouleurs, qui sont venus en France comme beaucoup pendant la colonisation, analphabètes, ne sachant pas parler français et qui ont été employés comme ouvriers, balayeurs etc. Ils ont réussi progressivement à faire venir leur famille, et ont accompli la gageure d’éduquer leurs enfants et leur faire garder leurs traditions, leurs valeurs orales, éthiques et religieuses. Le livre relate le parcours de leur fille, qui chaque année vient au Sénégal en vacances. Un jour, suite à une rencontre avec un homme, elle dégringole, devient alcoolique… Mais c’est intéressant de voir comment dans des conditions même très difficiles on peut garder un peu de son identité…</p>
<p><em>Et justement par rapport à la fin de L’Aventure ambiguë, la mort de Samba Diallo, qui a fait couler tant d’encres, tantôt vue comme un suicide, on a pu aussi parler d’absurde camusien, mais aussi d’un acte de sagesse du fou estimant que Samba Diallo s’était trop perdu, ou encore <strong>a contrario</strong> comme une façon de faire se rejoindre le pays des Diallobé et l’Occident en ayant appris que philosopher c’était aussi “apprendre à mourir” en Occident… ? Quelle(s) interprétation(s) aurai(en)t alors votre faveur ?</em></p>
<p>Le fait que j’ai fait mourir Samba Diallo a soulevé beaucoup d’interrogations. Pour certains, cela voulait dire que je ne pensais pas que l’entente et la synthèse soient possibles. Beaucoup aussi ont pensé que Samba Diallo avait perdu la foi. Autant d’interprétations qui ne m’agréent pas. Cette mort est un témoignage du temps où j’ai écrit ce livre. À l’époque, je voulais prévenir les gens que cette aventure n’était pas sans risques. Je voulais montrer que s’assimiler, perdre son identité, prendre l’identité de l’autre, ça pouvait mal se terminer. Mais je crois aussi que j’avais le pressentiment, face à une acceptation de la rencontre avec l’Occident, malgré l’injustice de cette rencontre, qu’il y en aurait qui refuseraient l’Occident. Je pressentais le refus des intégristes, qu’il s’agisse d’intégristes identitaires, ceux qui se replient dans leur identité traditionnelle, ou d’intégristes sur le plan religieux. Le Fou, qui n’a jamais été à l’école, est un peu une préfiguration des islamistes, des gens qui considèrent que l’Europe est haram, que l’éducation de l’Occident est impie. Samba Diallo, en étudiant tous ces philosophes, tous ces humanistes en Occident a compris, lui, que la rencontre était possible. C’est aussi pour cela que j’ai écrit Les Gardiens du Temple.</p>
<p><em>Dans les Gardiens du Temple, vous donnez une interprétation de sa mort, il revient, dans les souvenirs, comme quelqu’un qui aurait réussi la synthèse.</em></p>
<p>Oui, et j’ai montré aussi qu’il y avait une possibilité d’être un Thierno, un marabout moderne. Tandis que le maître coranique de Samba Diallo ne voulait pas se prononcer du tout, le marabout des Gardiens du temple, Thierno Saîdou dit : “vous pouvez aller vers la modernité, je n’interdis pas le bonheur” et il cite même les Psaumes : “l’homme est le vicaire de Dieu sur terre”, “cette planète vous devez l’aménager, apprendre à maîtriser le matériel”.</p>
<p><em>Comme des outils pour l’homme.</em></p>
<p>Voilà c’est ça. Et il y a aussi un autre personnage dans Les Gardiens du Temple qui est un peu une incarnation de la Grande Royale de L’Aventure ambiguë, c’est Daba Mbaye, petite-fille de la griotte Sâlabigué, historienne et gardienne de la tradition donc, qui a fait à son tour des études d’Histoire et est devenue professeure, grande intellectuelle, prête à continuer de jouer son rôle de griotte, mais moderne. Les Gardiens du Temple prouvent donc qu’il est bien possible d’aller à l’école occidentale, maîtriser la technique et revenir. Salif Bâ part, devient agronome puis revient s’investir auprès des paysans. C’est pour cela que je trouve que la notoriété de L’Aventure ambiguëa porté un peu préjudice aux Gardiens du Temple, moins connu. Il y a quelques articles qui ont été écrits dessus, assez curieusement par des universitaires peuls. Mamadou Kalidou Ba, professeur à l’université de Nouakchott, a réalisé deux articles très fouillés et éclairants dans la revue Ethiopiques où il montre l’interculturalité et la filiation entre les deux romans ; en quoi Les Gardiens de la Temple répondent à des questions restées floues dans L’Aventure ambiguë.</p>
<p><em>Y a-t-il, mise à part Fatou Kane Ndieye dont vous rédigez la préface, parmi les auteurs sénégalais de la jeune ou la moins jeune génération des auteurs que vous affectionnez plus particulièrement et pourquoi ?</em></p>
<p>Au Sénégal on a beaucoup de grands auteurs. Parmi les jeunes, il y a <strong>Nafissatou Dia Diouf</strong> qui vient de publier <em>La Maison des épices</em>. La Côte d’Ivoire publie aussi beaucoup de jeunes auteurs avec Les Nouvelles Éditions Ivoiriennes. Mais <strong>Boubacar Boris Diop</strong> est probablement le meilleur auteur sénégalais actuel. Je l’ai découvert depuis longtemps, c’est moi qui l’ai orienté vers Philippe Rey pour publier <em>Le Cavalier et son ombre</em>. C’est un écrivain solide, constant, à la différence de ce qui se passe avec moi qui ne suis écrivain qu’ “à titre accessoire”, lui c’est un vrai, un professionnel. Et il est un écrivain engagé dans le sens le meilleur possible, il n’est pas dogmatique, mais ce qu’il écrit a à voir avec l’Afrique et le monde.</p>
<p><em>Et par rapport à cet engagement justement, nous venons de fêter en 2013 le 100e anniversaire de la naissance de <strong>Césaire</strong> et l’épigraphe des <strong>Gardiens du Temple</strong> que vous avez publié en 1995 lui est dédiée. Que retenez-vous des engagements de Césaire aujourd’hui ?</em></p>
<p>Le concept de “négritude” a été conçu au moment où le regard que l’homme blanc portait sur le Noir était un regard de mépris, de déni, de négation finalement. Les gens de cette génération ont vécu la colonisation, dans ce qu’elle a de plus dur, de plus méprisant et ils ont répondu à ce mépris par un défi, celui de l’affirmation de soi. Je crois que les générations suivantes, dans la mesure où elles n’ont pas ressenti un mépris aussi fort, n’ont pas ressenti la nécessité de s’opposer et d’affirmer leur spécificité par rapport à l’homme blanc. C’est pour cela que le poids que pouvait avoir la Négritude à ce moment-là est devenu moins important. Ce qui demeure c’est peut-être une certaine revendication identitaire, garder une certaine authenticité dans son identité, ne pas laisser disparaître les valeurs traditionnelles, les langues, les référents historiques.</p>
<p><em>Et en même temps, <strong>Césaire</strong> disait aussi que la négritude était une façon de postuler, même de façon agressive, une fraternité. Et on a l’impression en vous lisant que la postulation est la même, mais passe par le chemin de l’école, de l’éducation.</em></p>
<p>Tout à fait. C’est bien ainsi qu’il faut l’entendre. Je crois que moi-même et les gens de ma génération, nous étions moins déstabilisés dans nos identités originelles. <em><strong>Ma culture peule n’a jamais vraiment été menacée</strong></em>. Les gens de ma tradition et de ma génération, nous avons toujours été très assurés de notre identité. Je ne crois pas que nous ayons souffert comme ont pu souffrir les Antillais, les gens qui ont été brutalement déracinés, de sorte que mon ressentiment a été peut-être moins violent que celui qu’ont pu avoir les Antillais ou les gens de la diaspora.</p>
<p>Entretien réalisé par <strong>Anne Bocandé</strong> et <strong>Virginie Brinker</strong><br />
AfriCultures</p>
<ul>
<li>Cheikh Hamidou Kane. <strong>L’Aventure ambiguë</strong>. Paris, Julliard, 1961.</li>
<li>Cheikh Hamidou Kane. Les Gardiens du temple. Paris, Stock, 1995.</li>
</ul>
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