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	<title>Education Archives - WebGuinee.Net</title>
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	<title>Education Archives - WebGuinee.Net</title>
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		<title>Une interview d’Amadou Hampâté Bâ</title>
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		<dc:creator><![CDATA[AubreySouplet]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Jan 2018 12:48:57 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le numéro 518 du 8 décembre 1970 de Jeune Afrique contient, aux pages 49-53, une interview d’Amadou Hampâté Bâ. A sa parution même le document a dû être accueilli avec intérêt. Quarante-huit ans plus tard, sa valeur s’est accrue. Au premier abord, l’entretien dégage des points centraux des  deux futurs volumes autobiographiques du  Maître du Pulaaku. Il s’agit&#8230;&#160;<a href="https://www.webguinee.net/blogguinee/2018/01/une-interview-damadou-hampate-ba/" rel="bookmark"><span class="screen-reader-text">Une interview d’Amadou Hampâté Bâ</span></a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le numéro 518 du 8 décembre 1970 de <em>Jeune Afrique</em> contient, aux pages 49-53, une interview d’Amadou Hampâté Bâ. A sa parution même le document a dû être accueilli avec intérêt. Quarante-huit ans plus tard, sa valeur s’est accrue. Au premier abord, l’entretien dégage des points centraux des  deux futurs volumes autobiographiques du  <em>Maître du Pulaaku</em>. Il s’agit d’Amkoullel. L’enfant peul. Mémoires (1991) et de Oui, mon commandant ! Mémoires (II) (1994). En effet, certains passages annoncent des chapitres entiers de ces livres. Il en est ainsi de sa double appartenance <em>pullo maasinanke</em> (fils de Hampâté Baa, petit-fils de Paate Pullo Jallo) et <em>takruri</em> (fils adoptif d’un Taal).…<br />
Il y a ensuite son observation sur le legs de la colonisation, qu’il analyse comme “une chose blâmable, mais elle n’a pas été que cela.”<br />
Il continue en déplorant le fossé qui sépare la masse africaine des dirigeants, qu’il qualifie, généreusement ou automatiquement, d’“intellectuels.” Il résume ses rappots avec Modibo Keita, Félix Houphouët-Boigny et Sékou Touré. Au sujet des deux premiers, Hampâté fournit  des anecdotes amusantes — mais, hélas, négativement prémonitoires (car il mourut en exil à Abidjan, loin de son Maasina natal). Ainsi, il déclare publiquement à un Modibo Keita en plein “révolution socialiste” : « Je ne suis pas votre camarade, je suis votre père. » Ensuite il cherche à colorer bienveillamment la politique répressive d’Houphouët, notamment contre les étudiants contestataires. Toutefois, l’incident cité fut en réalité un signe annonciateur de la fin agitée du régime du “Vieux”. Enfin, son opinion du président de la Guinée est lapidaire. “Sékou,” dit-il, “est très fougueux.”<br />
D’autres sujets sérieux (parti unique, droits de l’homme, socialisme, capitalisme) font l’objet de réflexions concises, percutantes et toujours valables.…<br />
Hampâté Bâ est pour moi un triple parent et père : d’abord <em>patronymique</em> (nous avons le même nom “clanique”), ensuite <em>générationnel</em> (il naquit trois ans seulement après Tierno Saidou Kompanya, mon propre père), enfin <em>spirituel</em> (il inspire et guide mes recherches sur la Civilisation Fulɓe-halpular). Il termine l’entretien en réaffirmant sa mission de promotion de la culture africaine. Sa contribution gigantesque poussa un admirateur, l’Ivoirien Were-were Liking, à lui décerner le titre de “pape de la tradition orale africaine.”</p>
<p><em>A jaarama Mawɗo Laawol Pulaaku! Yo Geno lollin Jaahu!</em><br />
Repose en paix !</p>
<p><strong>Tierno S. Bah</strong></p>
<h3>Jeune Afrique fait parler Amadou Hampâté Bâ</h3>
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<h3 class="slideshow-info-heading">info heading</h3>
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<h4>Introduction</h4>
<p>Co-fondateur de la Société africaine de culture, ancien agent de l’IFAN (Institut français d’Afrique noire), ancien ambassadeur, ex-directeur de l’Institut des sciences humaines de Bamako, ancien conférencier de la Fraternité musulmane de Dakar, membre de l’Association des africanistes, chercheur infatigable, le Malien Hampâté Bâ a aussi été, pendant huit ans, membre du Conseil exécutif de l’Unesco, au sein duquel il a battu tous les records de durée. Et s’ il n’a pas été réélu par la XVIe conférence générale ( J.A. No 517), c’est que les statuts de l’Unesco ne le permettaient pas. Paul Bernetel a interviewé ce grand Africain qui, à soixante-dix ans, a décidé de se consacrer à la transcription des traditions orales recueillies et sauvées au cours de sa longue carrière.</p>
<p>Amadou Hampâté Bâ est un sage dans l’acception philosophique et antique du terme, c’est-à-dire l’homme ouvert à toutes les activités de l’esprit humain, maîtrisant le savoir relatif à l’histoire, la philosophie, la religion, la linguistique, l’ethnologie, la géomancie, la magie… bref, la connaissance de l’homme, de la nature et de leur interaction.</p>
<p>Témoin par filiation de la civilisation, de la culture africaines traditionnelles où toutes les connaissances s’interpénétraient pour constituer un fait total et global, Hampâté Bâ est, en tant que fils spirituel du maître Tierno Bokar, l’un des rares savants traditionalistes à pouvoir interpréter et évaluer tous les textes recueillis « sous la dictée d’autres auteurs traditionnels avant de les livrer, sous forme de publications, à l’attention et à l’appréciation de tous ceux qui — dans le monde — s’intéressent à la pensée, à l’histoire et à la civilisation des peuples nigéro-soudanais »*. Mieux qu’un témoin, il est aujourd’hui l’un des rares hommes qui détiennent les clés du sanctuaire de la société traditionnelle dans sa logique, son mécanisme et les multiples et complexes fonctions qu’elle attribue aux faits socio-religieux ou mythiques.<br />
Imprégné de la tradition telle qu’elle est conservée dans les régions les p:us repliées, en marge de la colonisation, et à l’abri de l’acculturation, Hampaté Ba est une mémoire, un monument vivant du passé. Il est de ces traditionalistes dont la « connaissance consignée dans la mémoire » est indispensable pour l’interprétation des documents manuscrits. Parlant les langues des anciens empires, telles que l’arabe, le bambara, le peul, le moré (langue des Mossis), le sonraï (Mali-Niger), il a pu s’entretenir avec tous les auteurs traditionnels du continent. Ce qui lui a valu de constituer des archives dont la valeur est inestimable et que lui envieraient des musées… et même des Etats. La maîtrise d’une langue internationale, en l’occurrence le français, 1ui donne un rôle privilégié pour la transmission de ce patrimoine.</p>
<p>Hampâté Bâ est, avec Boubou Hama, Mamby Sidibé, Oumar Bâ, le véritable symbole de l’ancestralité africain. Il connaît dans leurs infimes détails les grandes oeuvres traditionnelles dans leur substance la plus drue, telle « l’initiation de la grande étoile rayonnante » de la société peule, les classiques de l’Afrique précoloniale, les épopées, les textes initiatiques, les légendes les plus fermées, les contes de cour préparant au pouvoir, les chroniques historiques, les institutions politiques, économiques et sociales …</p>
<p>A la fois monument par les périodes historiques dont il porte témoignage et document par la dimension de son érudition, Hampâté Bâ a su, en redonnant vie à l’oralité, réhabiliter aux yeux de la science moderne les civilisations à tradition orale.</p>
<p>Homme de culture dans le sens classique du terme, le principal souci de sa vie est non pas la sauvegarde, mais — comme il le dit lui-même — le « sauvetage » des traditions orales. Ce but, il le poursuivra avec une fidélité étonnante. Appuyé sur une canne, de boubou blanc vêtu, corps frêle protégé et conservé par les « dieux-terre » de la tradition, il va parcourir toutes les grandes cités du monde, exhortant les humanistes illustres et hommes de culture contemporains à apporter leur sollicitude aux valeurs en voie de disparition de l’ancien monde qui a enfanté le nouveau.</p>
<p>Tous ses auditoires internationaux, ceux de l’Unesco par exemple, seront fascinés par cette mince silhouette, qui semble être le passé lui-même resurgi dans le tumulte et la discordance du monde actuel. Dans la voix et le visage d’enfant de ce vieillard, que le temps ne paraît pas devoir toucher, perce l’ultime cri d’un monde qui s’effondre, condamné. Hampâté Bâ est une des dernières étincelles d’un monde qui s’anéantit ; ainsi qu’il le dit lui-même, « <em>tout vieillard qui meurt est une bibliothèque qui se consume</em> ».</p>
<p>Doit-on rester sur le sentiment d’angoisse de ce naufrage, sur ce cri d’alarme des vestiges de la tradition ? Le lien puissant qui cimentera et revivifiera une Afrique nouvelle se fera avec des hommes nouveaux pour qui le combat ne sera pas seulement culturel, mais politique et économique. C’est ici qu’il y a rupture entre le courant de pensée qu’il représente et la nouvelle génération africaine qui, tout en lui vouant tout le respect et l’admiration qu’elle lui doit pour ses travaux et ses connaissances, se dissocie de la primauté exclusive qu’il donne à la conservation de la culture.</p>
<p><strong>Jean-Pierre N’Diaye</strong></p>
<h4>Interview</h4>
<p><em>Jeune Afrique</em>. Quel a été votre itinéraire philosophique et intellectuel ?<br />
<em>Hampâté Bâ</em>. Je suis né en 1899 à Bandiagara (Mali), dans une famille musulmane. J’ai eu neuf frères et soeurs. Mon père, Hampâté, était l’intendant de l’empire des Toucouleurs du Maasina, dont Bandiagara était la capitale. Il a laissé une certaine fortune à sa mort, dont ma mère a hérité. Mon père biologique, Hampaté, est décédé quand je n’avais que trois ans. Ma mère, Kadija, s’est remariée. C’était une famille très traditionaliste. Mes parents ont joué un rôle de chef de province dans le pays. Cela m’a mis très tôt en contact avec des conteurs …</p>
<p><em>Jeune Afrique</em>. Quel est votre premier souvenir des Européens?<br />
<em>Hampâté Bâ</em>. Un jour, le commandant de cercle devait venir procéder à un recensement général. Baba avait dit : « Le chef blanc va compter les hommes et les bêtes. Il ne faudra pas que les enfants sortent. » On nous avait relégués dans l’arrière-cour. Mais moi, j’avais une servante (une « captive-mère », comme nous disons, car il est de tradition, lorsqu’un garçon naît, qu’on le confie à une servante. Elle l’élève et, quand l’enfant atteint sa majorité, il la libère). Ma mère servante s’appelait Nieylé. Elle était très bonne pour moi, elle me permettait tout. Ce jour-là, elle me dit pourtant : « Tu ne verras pas le Blanc. Baba a dit non. » Mais je lui ai dit : « Tu feras un grand paravent avec ton boubou. Je me ferai tout petit et je soulèverai un peu l’étoffe pour le voir. »<br />
On nous avait dit que le Blanc était du feu, une braise, et je voulais vraiment voir comment un homme peut être une braise. Quand il est entré, ce qui m’a frappé, c’est son casque colonial et son crayon qu’il trempait dans sa bouche. Je me dis que ce devait être son encrier. J’étais sûr qu’il avait son encrier dàns sa bouche. Puis je me suis approché tout doucement et je l’ai touché, mais il ne m’a pas brûlé, et cela m’a beaucoup surpris. C’était en 1905-1906. A cette époque, je ne parlais pas le français. J’avais l’impression que les Blancs parlaient comme des oiseaux. Puis, vers 1912, on réquisitionnait les animaux pour alimenter l’armée et les fonctionnaires. On recrutait des travailleurs, des soldats et des écoliers.<br />
L’école où nous étions contraints de nous rendre s’appelait l’ « école des otages ». On y mettait les enfants pour que les parents se tiennent tranquilles. Mais ce n’était pas un honneur d’aller dans cette école. C’était être renégat, cesser d’être africain ; alors, on s’arrangeait pour y envoyer les enfants de ses ennemis. C’est comme cela que j’y allai. C’est dans cette école que j’ai appris le français.</p>
<p><em>Jeune Afrique</em>. Comment cette langue française, cette culture se sont-elles mêlées à la culture africaine, traditionnelle, familiale, tribale, qui était la vôtre?<br />
<em>Hampâté Bâ</em>. Je ne peux pas en expliquer le mécanisme, mais les choses se sont superposées. J’ai appris le français comme j’ai appris le Coran, comme j’ai appris tous les rituels de l’Islam.</p>
<p><em>Jeune Afrique</em>. Et maintenant, que représente le français pour vous ?<br />
<em>Hampâté Bâ</em>. La langue française me permet de regarder à l’extérieur. C’est une langue de communication internationale, c’est tout. Je ne suis jamais arrivé à penser en français :<em> je pense en peul et je traduis</em>.</p>
<p><em>Jeune Afrique</em>. Un événement vous a beaucoup rapproché de la culture française : votre rencontre avec le professeur Monod.<br />
<em>Hampâté Bâ</em>. Quand je l’ai rencontré, j’avais déjà quarante-neuf ans, vers 1950. La même année, j’ai pu obtenir une bourse de l’Unesco.</p>
<p><em>Jeune Afrique</em>. Quel a été votre premier voyage en dehors de votre pays ?<br />
<em>Hampâté Bâ</em>. Paris. A cause de la bourse. J’étais l’ami de Théodore Monod et je lui dois beaucoup. J’étais considéré à cette époque comme anti-français. Fonctionnaire modèle, mais politiquement anti-français parce que je défendais toujours nos traditions. Monod a eu le courage de prendre ma défense à un moment où même les miens avaient peur. Il était à l’époque directeur de l’Institut français d’Afrique noire, et j’étais secrétaire d’administration. Pour obtenir cette bourse extraordinaire, attribuée à un homme de plus de quarante ans, il fallait avoir été élevé dans la tradition africaine, mais posséder parfaitement la langue française. Nous étions trois ou quatre à remplir ces conditions et Monod m’a choisi. L’administration, elle, n’était pas d’avis de me laisser partir. Tout ce qu’on a trouvé, c’est de dire que j’avais une dépression nerveuse. On a télégraphié à Monod pour lui dire que je ne pouvais pas venir. Fort heureusement, j’ai eu affaire à un psychiatre qui a certifié que, si tous les aliénés avaient ma constitution, les psychiatres seraient chômeurs. Et je suis parti. On m’a coupé ma solde coloniale en disant que j’avais déserté mon poste, et j’ai payé de ma poche le voyage Bamako-Dakar.<br />
A Dakar. j’ai pris un avion pour Paris. Quand on nous a dit : « Vous êtes au-dessus de la France ». j’ai été étonné de voir ces îlots de feu un peu partout, mais, au-dessus de Paris, il m’a semblé que l’avion était renversé et que le ciel était en bas. Je n’avais jamais vu tant de lumières à la fois. Quand on a ouvert la porte de l’avion, j’ai reçu un coup de froid, comme un coup de lance. J’ai pensé qu’on m’avait jeté un mauvais sort. Puis je me suis demandé comment j’allais bien faire pour trouver l’Unesco, avenue Kléber. Je suis entré dans le hall et j’ai entendu : « Hampâté Bâ est prié de se présenter au troisième guichet. » C’était extraordinaire. Je me disais : comment, mais comment me connaissent-ils ? Je vais au troisième guichet, je trouve un chauffeur de taxi envoyé par le directeur de l’Unesco. On m’avait retenu une chambre à l’hôtel du Bois, rue Lauriston. Nous traversons tout Paris et j’arrive. Tout est prêt. Un garçon me met dans une chambre et il la ferme. Dès qu’il est parti, j’ouvre. Il revient et la referme. Je me dis : « Qu’est-ce qu’il a à me boucler ? » Il me dit qu’il ne faut pas que je laisse ma porte ouverte, qu’un malfaiteur peut venir … Je ne comprends pas, parce que, chez moi, un Européen est au-dessus de tout soupçon. Les coloniaux ne volent pas, ne mentent pas, ne sont même pas malades ! Mais je ne peux pas supporter la porte fermée. Chez nous, on ne ferme jamais les portes.</p>
<p><em>Jeune Afrique</em>. Etes-vous resté longtemps à l’occasion de ce premier séjour?<br />
<em>Hampâté Bâ.</em> Un an. Quand je suis allé à l’Unesco, j’ai pensé qu’on allait me donner un programme. Je me suis présenté au directeur qui m’a dit : « Vous êtes à Paris, faites ce que vous voulez. » On m’a laissé dans la nature, mais on me faisait suivre pour voir où j’entrais, où j’allais, ce que je faisais, ce qui m’intéressait. Cela a duré au moins six mois. Je suis allé à l’Ecole des langues orientales, à la Sorbonne, au musée de l’Homme, dans des bibliothèques. Je me suis occupé de questions culturelles.</p>
<p><em>Jeune Afrique</em>. Parmi les chefs d’Etat africains actuellement au pouvoir, quels sont ceux que vous avez connus plus particulièrement?<br />
<em>Hampâté Bâ</em>. A part ceux de l’Afrique équatoriale et de l’Afrique orientale, je les connais tous.</p>
<p><em>Jeune Afrique</em>. Est-ce qu’il vous arrive de servir de « monsieur-bons-offices » dans des cas délicats ?<br />
<em>Hampâté Bâ</em>. Chaque fois que je peux le faire. Mais je n’entreprends une mission que si je suis sûr d’aboutir. Ma dernière intervention a consisté à demander à tous les chefs d’Etat d’Afrique occidentale d’harmoniser la transcription phonétique des langues principales d’Afrique</p>
<p><em>Jeune Afrique</em>. Quand il y a des différends entre pays — de grandes affaires comme le Nigeria —, estimez-vous pouvoir intervenir?<br />
<em>Hampâté Bâ</em>. Je n’ai pas les relations nécessaires.</p>
<p><em>Jeune Afrique</em>. Entre la Côte-d’Ivoire et la Guinée, par exemple …<br />
<em>Hampâté Bâ</em>. Oui, oui. Mais <em>Sékou est très fougueux</em> …</p>
<p><em>Jeune Afrique</em>. Vous sentez-vous plutôt Malien ou plutôt africain ?<br />
<em>Hampâté Bâ</em>. D’abord Malien. <em>Intérieurement, vraiment, je ne me sens d’aucun pays</em>.</p>
<p><em>Jeune Afrique</em>. Que représente pour vous l’idée d’unité africaine ?<br />
<em>Hampâté Bâ</em>. C’est une idée qui m’enchante, mais est-ce qu’il est possible d’envisager une unité pour ce continent aussi grand et aussi divers ? Je me demande si la nature elle-même n’a pas horreur de l’unité. Il faut qu’il y ait une <em>unité dans la diversité</em>. Il y a une foule de choses que nous avons en commun. Il y a même beaucoup d’unité entre l’Afrique du Nord et l’autre. On y retrouve le même sentiment de la famille, le même respect pour les personnes âgées …</p>
<p><em>Jeune Afrique</em>. Vous avez beaucoup d’amis. Avez-vous des ennemis?<br />
<em>Hampâté Bâ</em>. Je ne m’en connais pas. Je connais des gens qui me critiquent, mais ce ne sont pas des ennemis.</p>
<p><em>Jeune Afrique</em>. Avez-vous trouvé quelque chose de valable dans la colonisation?<br />
<em>Hampâté Bâ</em>. Formidable. J’ai vu des administrateurs extraordinaires, qui, d’ailleurs, ont compromis leur carrière à cause de cela. C’est pourquoi je dis aux jeunes gens : la colonisation a été une chose blâmable, mais elle n’a pas été que cela. Elle a eu un côté positif. Or, si vous réclamez la justice, il faut que vous soyez justes vous-mêmes, il ne faut pas confondre un ingénieur ou un médecin qui a lutté contre la lèpre, par exemple, avec un commandant qui a administré des punitions à tort et à travers.</p>
<p><em>Jeune Afrique</em>. Que pensez-vous des tâtonnements de la période postcoloniale?<br />
<em>Hampâté Bâ</em>. Je les attribue au fait que l’Afrique indépendante a eu, comme législateurs et dirigeants, des hommes formés par l’école européenne. Administrativement parlant, on ne peut pas rendre ce qu’on n’a pas ingurgité. Le pays a absorbé sans assimiler. <em>Le fossé est toujours le même entre la masse africaine et la poignée d’intellectuels qui la dirige</em>. Mais la masse est confiante. Ce qu’il faudrait, c’est que les hommes de ma génération acceptent les jeunes, qu’ils se souviennent qu’ils ont été jeunes, qu’ils sachent rester jeunes. Ce n’est pas facile.</p>
<p><em>Jeune Afrique</em>. Ne pensez-vous pas que l’influence de la psychologie moderne, des nouvelles formes d’éducation ne peut manquer de remettre en cause certaines traditions?<br />
<em>Hampâté Bâ</em>. Toutes les traditions ne sont pas à conserver. Il y a des choses qui doivent être dépassées, qui sont dépas· sées. Le droit, par exemple, pour un chef de famille. de disposer de ses femmes et de ses enfants comme il veut. Beaucoup de vieux ne comprennent pas cela, il ne faut pas les heurter, il faut avoir de la patience. Une chose qui est dans la tête d’un vieux est une chose appelée à mourir.</p>
<p><em>Jeune Afrique</em>. Ne pensez-vous pas que la jeunesse secoue un peu trop le cocotier ?<br />
<em>Hampâté Bâ</em>. Oui, un peu trop. Et même inconsciemment Les jeunes arrivent à se dépersonnaliser sans même s’en rendre compte. II faudrait conserver ce que les pays ont de spécifique, savoir ce que l’Afrique peut donner à l’Europe, puisqu’elle ne s’est pas trop détachée de l’homme. et ce que l’Europe peut donner à l’Afrique, puisqu’elle s’en est trop détachée.</p>
<p><em>Jeune Afrique</em>. On constate qu’entre les jeunes, les étudiants et les chefs d’Etat africains un désaccord va en s’accentuant. Chacun va dans une voie : les uns sont réprimés, les autres répriment. On ne voit pas comment on peut, avec les chefs actuels et la jeunesse actuelle, faire une harmonie.<br />
<em>Hampâté Bâ</em>. C’est très difficile parce que, d’un côté, le chef, quel qu’il soit, dès qu’il est assis sur le siège du commandement, n’a qu’une idée, c’est d’y rester le plus longtemps possible. Pour cela, tous les moyens lui semblent légaux. La jeunesse, etle, n’a pas toutes les données du problème. Je vais vous citer le cas d’un jeune Peul qui était un grand dirigeant syndicaliste, très virulent, qui a défendu ses idées avec route l’énergie et toute l’abnégation possibles. Le jour de l’indépendance, on en fait un ministre de la Fonction publique. Je dis : « On a eu tort. On aurait dû le nommer ministre du Travail. » Quelques mois plus tard, remaniement du cabinet. Le jeune homme est nommé ministre du Travail. Six mois après, je vais chez un mara·<br />
bout. Le jeune homme aimait beaucoup écouter les marabouts Il avait un peu maigri. Je lui dis :<br />
— Qu’est-ce qui ne va pas ?<br />
Il me répond :<br />
— Les ouvriers exagèrent. Ils demandent l’impossible. Je ne dors plus.<br />
— Tu vois, lui dis-je, quand on est à côté du chauffeur, on a tendance à croire qu’on connaît mieux la route.<br />
C’était un honnête homme, il est parti.</p>
<p><em>Jeune Afrique</em>. Pensez-vous que le système du parti unique soit un bon système ?<br />
<em>Hampâté Bâ</em>. Oui et non. C’est un bon système tant qu’il empêche les partis de se neutraliser dans l’action. S’il y avait deux partis au Mali, l’un d’eux trouverait toujours l’autre incompétent. Mais quand le parti unique devient <em>un instrument entre les mains d’une poignée d’hommes</em>, il peut être terrible.</p>
<p><em>Jeune Afrique</em>. C’est presque toujours comme cela.<br />
<em>Hampâté Bâ</em>. Oui. Pourtant, si le chef était assez raisonnable … Mais il est difficile de demander à un chef d’être raisonnable parce que, s’il était raisonnable, il serait ailleurs. C’est un problème.</p>
<p><em>Jeune Afrique</em>. Pensez-vous que la peine de mort soit une bonne chose pour punir certains délits ?<br />
<em>Hampâté Bâ</em>. Oui et non. Non, si un homme n’a tué qu’une fois. On peut tenter de le soigner. Mais s’il tue deux, trois, quatre fois, si Cêla devient une habitude … Nous avons eu le cas en Côte-d’Ivoire : un bonhomme a tué huit personnes … La prison, oui, c’est une bonne chose. Elle donne au type le temps de réfléchir. Mais pas une prison comme celle dans laquelle mon père a été jeté : il ne pouvait se tenir qu’assis, couché ou accroupi. A la fin, il était ankylosé.</p>
<p><em>Jeune Afrique</em>. En Afrique, il y a beaucoup de gens en prison.<br />
<em>Hampâté Bâ</em>. Hélas ! On dit que les hommes sont libres, ils s’expriment et on les met en prison …</p>
<p><em>Jeune Afrique</em>. Pensez-vous que les mots socialisme, capitalisme, néo-capitalisme signifient quelque chose?<br />
<em>Hampâté Bâ</em>. En eux-mêmes rien du tout. Pour moi, tout cela, c’est un vocabulaire appris à l’école. Je me demande même ce qu’on met dans ces mots. Lorsque j’étais ambassadeur au Mali, on avait réuni un jour tous les dirigeants. Moi, j’étais le doyen des ambassadeurs, et presque le doyen de l’assemblée. N’importe qui montait à la tribune : le camarade Modibo a dit cela, le camarade Untel a fait cela … Modibo s’est levé :<br />
— Camarades…<br />
Il a parlé, parlé. Quand il eut fini, on m’a dit de parler. J’ai dit :<br />
— Vous faites une bêtise. A vingt-cinq ans de différence d’âge, on n’utilise pas les mêmes expressions. Moi, j’essaie de comprendre les vôtres, mais si vous me demandez de parler, vous permettrez que je parle mon langage.<br />
J’ai dit à Modibo :<br />
– Tu dis à tout le monde : camarade … Modibo, tu n’es le camarade de personne ici. Comme on dit chez nous : on peut être le frère du roi, le fils de sa mère, on n’est pas son camarade. En tout cas, moi, je ne suis pas votre camarade, je suis votre père.</p>
<p><em>Jeune Afrique</em>. Dans ces conditions, le système qui consiste à donner à chaque pays un chef d’Etat, une assemblée, des ministres, vous paraît-il une bonne formule pour l’Afrique?<br />
<em>Hampâté Bâ</em>. C’est une formule copiée. Je ne sais pas si elle est bonne ou mauvaise. On verra cela à l’usage.</p>
<p><em>Jeune Afrique</em>. Et le projet de francophonie ?<br />
<em>Hampâté Bâ.</em> C’est une grande idée. Si l’on n’y met pas un contexte politique. Il ne faut pas mettre les anglophones d’un côté et les francophones de l’autre. Il y a un côté positif dans la langue française. Aucune langue africaine n’aurait pu la remplacer. Ainsi, Houphouët et moi, qui sommes amis depuis trente ans, nous exprimons en français … Houphouët est vraiment un paysan. II est dans les champs à partir de neuf heures du matin, marchant d’arbre en arbre, et il connaît sa brousse comme son bistouri. Un jour, dans sa plantation, nous arrivons devant un caféier en fleur. Je regarde le caféier et je dis :<br />
— Celui qui secouerait ce caféier maintenant…<br />
Houphouët achève :<br />
— … n’aurait pas de récolte.<br />
Je n’ai plus pensé à ces mots. Et puis, un jour, Houphouët a eu maille à partir avec ses étudiants. Il en a mis quelques-uns en prison. Les juges voulaient absolument les envoyer devant les tribunaux pour les condamner. Houphouët a dit :<br />
— Laissez-les en prison.<br />
II a interdit qu’on leur rase les cheveux. De temps à autre, il les faisait venir dans son bureau, les menait devant une glace :<br />
— Regardez comme vous êtes jolis.<br />
Les juges étaient excédés. Ils voulaient hâter les choses. Houphouët m’a dit :<br />
— Il faudrait que le Seigneur me vienne en aide pour me défendre contre ces juges. Ils veulent que je condamne ces jeunes gens et, moi, je les ai mis là pour qu’ils puissent réfléchir. Tu te rappelles ce que tu m’as dit un jour devant le caféier : qui secoue les fleurs de son caféier n’aura pas de récolte. Ces jeunes gens, ce sont les fleurs de la récolte.<br />
Houphouët a un côté sympathique. Je dis toujours : je regrette beaucoup que l’homme ne soit pas mieux connu.</p>
<p><em>Jeune Afrique</em>. Quelle est votre activité actuelle au sein de l’Unesco ?<br />
<em>Hampâté Bâ</em>. Membre du conseil exécutif. Nous nous réunissons tous les six mois pour discuter des projets. Nous rejetons les uns, nous retenons les autres. Entre parenthèses, nous les retenons tous.</p>
<p><em>Jeune Afrique</em>. Etes-vous essentiellement parisien ?<br />
<em>Hampâté Bâ</em>. Pas du tout. Je viens en France deux fois par an, deux mois chaque fois.</p>
<p><em>Jeune Afrique</em>. En dehors de cette activité ?<br />
<em>Hampâté Bâ</em>. Je suis en train d’écrire mes mémoires.</p>
<p><em>Jeune Afrique</em>. Et votre travail de recueil de traditions ?<br />
<em>Hampâté Bâ</em>. Cela, c’est ma vie. Je continue. J’ai déjà écrit beaucoup de contes, d’anecdotes…</p>
<p>Interview réalisée par <strong>Paul Bernetel</strong>.</p>
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		<title>Salute to Shannon</title>
		<link>https://www.webguinee.net/blogguinee/2016/05/salute-to-shannon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[AubreySouplet]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 May 2016 10:36:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blogguinee]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>I just read the New Yorker’s article titled “Claude Shannon, the Father of the Information Age, Turns 1100100.” The evocation of Shannon’s career took me back decades ago to the 20th century’s last quarter. It was the academic year 1967-1968. And I was an eighteen-year old freshman student at the Institut Polytechnique de Conakry (Guinea). I was in Propedeutics, which,&#8230;&#160;<a href="https://www.webguinee.net/blogguinee/2016/05/salute-to-shannon/" rel="bookmark"><span class="screen-reader-text">Salute to Shannon</span></a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>I just read the <em>New Yorke</em>r’s article titled “<strong>Claude Shannon, the Father of the Information Age, Turns 1100100</strong>.” The evocation of Shannon’s career took me back decades ago to the 20th century’s last quarter. It was the academic year 1967-1968. And I was an eighteen-year old freshman student at the <em>Institut Polytechnique de Conakry</em> (Guinea). I was in <em>Propedeutics, </em>which, then, designated the first of the four-year university system. Newbies belonged in three categories:</p>
<ul>
<li>Propedeutics A (Maths, Physics)</li>
<li>Propedeutics B (experimental sciences: chemistry, biology)</li>
<li>Propedeutics C (literature, linguistics, humanities)</li>
</ul>
<p>Based on the baccalaureate transcripts (Série A) from my high-school of Labe (Fuuta-Jalon), I was automatically placed in Propedeutics C. There I took the class taught by Belgian professor of linguistics, Ms. Claire Van Arenberg. She brilliantly exposed our young minds to Claude Shannon’s concepts and some of their implications. It was all theoretical, of course. However, her explanations registered front, center and back in my mind. And they stuck in there, never dimming or fading out.<br />
Fast forward some 15 years later, to January 22, 1982. I arrived at JFK International Airport aboard the regular PanAm flight Dakar-New York. I was on my way to the University of Texas at Austin, as an assistant-professor and a recipient of a Fulbright-Hayes Research Fellowship in sociolinguistics. Upon settling down in the heart of the Lone Star State, my first shopping trophy was a tablet-size Sinclair 64kb RAM computer. It was a disappointment. So, I quickly returned it. Overlooking Radio Shack’s Tandy desktop computer, I purchased a 128K  <strong>Apple IIc</strong>, with external monitor. I connected it to a dot-matrix printer and 9.6 kbit/s modem. The two peripherals fetched hundreds of dollars. But, to me, they were worth their high price. For in Conakry, I had toiled for years as a co-publisher of Guinea’s journal, <em>Miriya</em>, <em>Revue des sciences économiques et sociales</em>. Preparation of each issue was a real pain. Armed with a typewriter, a pair of scissors and a glue container, we had to literally cut and paste words and letters during the pre and post-print phases. Consequently, the minute I saw a full screen word processor in action in Austin,  I was sold. Today, while I no longer have the peripheral devices, I still own the Mac IIc with its AppleWorks OS and its staple applications software (word processing, database, spreadsheet). And I can still turn it on and run it…<br />
Better yet, I now manage my own Linux CentOS-based Virtual Private Server (VPS) built on the TCP/IP Stack with its standard array of servers (dns, web, ssh, wsftp, mail, etc.). It is home to my webAfriqa Portal, which includes ten public-facing websites. webAfriqa is dedicated to research and publishing information and knowledge about Fulɓe, Africa and its Diaspora. The server also hosts a dozen internal sandboxes, where I experiment and tinker with a variety of Content Management Systems, languages, tools, and utilities. This Open Source software environment includes WordPress, Drupal, DSpace, MySQL, MongDB, Solr, XHML, XML, CSS/Sass, JavaScript/jQuery, PHP, Python, JAVA, etc.)… It’s been a long, learning and enlightening journey, looking back from my first interface with a computer.<br />
I find it fascinating that Shannon’s fundamental concept, the <strong>bit</strong>, belongs also in every day English. Two words embed it:  the <strong>nimble</strong> and the <strong>byte</strong>. The latter, too, predates the digital revolution since it was a currency in Medieval Europe.<br />
<em>The New Yorker</em>‘s article pays tribute to Shannon’s creative genius. It unwittingly speaks for me. And it inherently expresses my intellectual debt and deep gratitude to the Father of the Information Age. It is a fitting salute from one of America’s premier journalistic and literary publications. I enjoyed reading it and I wholeheartedly second it.<br />
<strong>Tierno S. Bah</strong></p>
<hr />
<p>Claude Shannon<br />
the Father of the Information Age, Turns 1100100</p>
<p>Twelve years ago, Robert McEliece, a mathematician and engineer at Caltech, won the Claude E. Shannon Award, the highest honor in the field of information theory. During his acceptance lecture, at an international symposium in Chicago, he discussed the prize’s namesake, who died in 2001. Someday, McEliece imagined, many millennia in the future, the hundred-and-sixty-sixth edition of the Encyclopedia Galactica—a fictional compendium first conceived by Isaac Asimov—would contain the following biographical note:</p>
<blockquote><p>Claude Shannon: Born on the planet Earth (Sol III) in the year 1916 A.D. Generally regarded as the father of the information age, he formulated the notion of channel capacity in 1948 A.D. Within several decades, mathematicians and engineers had devised practical ways to communicate reliably at data rates within one per cent of the Shannon limit.</p></blockquote>
<figure id="attachment_15184" class="wp-caption alignright"><figcaption class="wp-caption-text"></figcaption></figure>
<p>As is sometimes the case with encyclopedias, the crisply worded entry didn’t quite do justice to its subject’s legacy. That humdrum phrase—“channel capacity”—refers to the maximum rate at which data can travel through a given medium without losing integrity. The Shannon limit, as it came to be known, is different for telephone wires than for fibre-optic cables, and, like absolute zero or the speed of light, it is devilishly hard to reach in the real world. But providing a means to compute this limit was perhaps the lesser of Shannon’s great breakthroughs. First and foremost, he introduced the notion that information could be quantified at all. In “A Mathematical Theory of Communication,” his legendary paper from 1948, Shannon proposed that data should be measured in bits—<em>discrete values of zero or one</em>. (He gave credit for the word’s invention to his colleague John Tukey, at what was then Bell Telephone Laboratories, who coined it as a contraction of the phrase “<strong>binary digit</strong>.”)</p>
<p>“It would be cheesy to compare him to Einstein,” James Gleick, the author of “The Information,” told me, before submitting to temptation. “Einstein looms large, and rightly so. But we’re not living in the relativity age, we’re living in the information age. It’s Shannon whose fingerprints are on every electronic device we own, every computer screen we gaze into, every means of digital communication. He’s one of these people who so transform the world that, after the transformation, the old world is forgotten.” That old world, Gleick said, treated information as “vague and unimportant,” as something to be relegated to “an information desk at the library.” The new world, Shannon’s world, exalted information; information was everywhere. “He created a whole field from scratch, from the brow of Zeus,” David Forney, an electrical engineer and adjunct professor at M.I.T., said. Almost immediately, the bit became a sensation: scientists tried to measure birdsong with bits, and human speech, and nerve impulses. (In 1956, Shannon wrote a disapproving editorial about this phenomenon, called “The Bandwagon.”)</p>
<p>Although Shannon worked largely with analog technology, he also has some claim as the father of the digital age, whose ancestral ideas date back not only to his 1948 paper but also to his master’s thesis, published a decade earlier. The thesis melded George Boole’s nineteenth-century Boolean algebra (based on the variables true and false, denoted by the binary one and zero) with the relays and switches of electronic circuitry. The computer scientist and sometime historian Herman Goldstine hyperbolically deemed it “one of the most important master’s theses ever written,” arguing that “it changed circuit design from an art to a science.” Neil Sloane, a retired Bell Labs mathematician as well as the co-editor of Shannon’s collected papers and the founder of the On-Line Encyclopedia of Integer Sequences, agreed. “Of course, Shannon’s main work was in communication theory, without which we would still be waiting for telegrams,” Sloane said. But circuit design, he added, seemed to be Shannon’s great love. “He loved little machines. He loved the tinkering.”</p>
<p>For instance, Shannon built a machine that did arithmetic with Roman numerals, naming it THROBAC I, for Thrifty Roman-Numeral Backward-Looking Computer. He built a flame-throwing trumpet and a rocket-powered Frisbee. He built a chess-playing automaton that, after its opponent moved, made witty remarks. Inspired by the late artificial-intelligence pioneer Marvin Minsky, he designed what was dubbed the Ultimate Machine: flick the switch to “On” and a box opens up; out comes a mechanical hand, which flicks the switch back to “Off” and retreats inside the box. Shannon’s home, in Winchester, Massachusetts (Entropy House, he called it), was full of his gizmos, and his garage contained at least thirty idiosyncratic unicycles—one without pedals, one with a square tire, and a particularly confounding unicycle built for two. Among the questions he sought to answer was, What’s the smallest unicycle anybody could ride? “He had a few that were a little too small,” Elwyn Berlekamp, a professor emeritus of mathematics at Berkeley and a co-author of Shannon’s last paper, told me. Shannon sat on Berlekamp’s thesis committee at M.I.T., and in return he asked Berlekamp to teach him how to juggle with four balls. “He claimed his hands were too small, which was true—they were smaller than most people’s—so he had trouble holding the four balls to start,” Berlekamp said. But Shannon succeeded in mastering the technique, and he pursued further investigations with his Jugglometer. “He was hacking reality,” the digital philosopher Amber Case said.</p>
<p>By 1960, however, like the hand of that sly machine, Shannon had retreated. He no longer participated much in the field that he had created, publishing only rarely. Yet he still tinkered, in the time he might have spent cultivating the big reputation that scientists of his stature tend to seek. In 1973, the Institute of Electrical and Electronics Engineers christened the Shannon Award by bestowing it on the man himself, at the International Symposium on Information Theory in Ashkelon, Israel. Shannon had a bad case of nerves, but he pulled himself together and delivered a fine lecture on feedback, then dropped off the scene again. In 1985, at the International Symposium in Brighton, England, the Shannon Award went to the University of Southern California’s Solomon Golomb. As the story goes, Golomb began his lecture by recounting a terrifying nightmare from the night before: he’d dreamed that he was about deliver his presentation, and who should turn up in the front row but Claude Shannon. And then, there before Golomb in the flesh, and in the front row, was Shannon. His reappearance (including a bit of juggling at the banquet) was the talk of the symposium, but he never attended again.</p>
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