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	<title>Femmes Archives - WebGuinee.Net</title>
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	<title>Femmes Archives - WebGuinee.Net</title>
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		<title>La sale guerre de Sékou Touré contre les Peuls</title>
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		<dc:creator><![CDATA[AubreySouplet]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Dec 2018 12:22:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Afrique]]></category>
		<category><![CDATA[Apha Conde]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ce dossier est le premier d’une série publiée en 1976 par Jeune Afrique sur le complot monté et les accusations mensongères propagées par Sékou Touré, président de la république de Guinée, contre les Fulɓe ou Peuls, ethnie pluralitaire du pays. Je re-publie ces documents quarante-un après la tragédie qui emporta Telli Diallo et ses compagnons, tous faussement inculpés de complot contre&#8230;&#160;<a href="https://www.webguinee.net/blogguinee/2017/12/la-sale-guerre-de-sekou-toure-contre-les-peuls/" rel="bookmark"><span class="screen-reader-text">La sale guerre de Sékou Touré contre les Peuls</span></a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ce dossier est le premier d’une série publiée en 1976 par <em>Jeune Afrique</em> sur le complot monté et les accusations mensongères propagées par Sékou Touré, président de la république de Guinée, contre les Fulɓe ou Peuls, ethnie pluralitaire du pays. Je re-publie ces documents quarante-un après la tragédie qui emporta Telli Diallo et ses compagnons, tous faussement inculpés de complot contre l’Etat.  La rédaction de l’hebdomadaire — dirigée à l’époque par feu mon neveu Siradiou Diallo —passe au peigne fin et réfute les allégations du leader guinéen. A l’appui de son argumentation <em>Jeune Afrique</em> reproduit de larges extraits des propos incendiaires de Sékou Touré. J’invite les lecteurs à appliquer leur esprit critique sur ces passages. En particulier sa caricature de l’histoire du Fuuta-Jalon, et ses racontars sur la bataille de Poredaka et la fin de l’Almaami Bokar Biro en 1896. Car il s’agit là d’affabulations grossières et de calomnies indignes d’un chef d’Etat. Je compte apporter plus tard des corrections aux élucubrations du président. J’attire pour le moment l’attention sur son interprétation moralisatrice et péjorative de l’Histoire, concernant (a) la rivalité entre les cousins Sori Yillili et Bokar Biro et (b) les résultats du référendum de 1958. La lutte pour le pouvoir est une question d’intérêts et de rapports de forces. Ainsi, lorsqu’il se sentit en position de faiblesse, Daye Kaba, noble de Kankan, fit appel au lieutenant-colonel Archinard contre Samory en 1891. Ce fut le début de la fin pour l’Empereur du Mande … <strong>En rétrospective</strong>, Sori Yillili et Daye Kaba eurent tort  de pactiser avec les troupes de conquête françaises… Dans son délire anti-fuutanien Sékou Touré n’eut pas  l’honnêteté de rappeler la faillite identique des deux hommes.…  Et il eut l’arrogance de faire des remontrances et des reproches aux dirigeants et familles du Fuuta ! Alors que depuis 1954, il avait déjà fait empoisonner, fusiller, pendre, égorger, enterrer vivants et mourir de faim des dizaines de milliers de Guinéens. Alors que depuis 1958, sa politique ruineuse avait forcé plus deux millions de citoyens à s’exiler. En août 1976 il avait décidé d’assassiner Telli Diallo, qui — avec ses co-accusés, Dr. Alpha Oumar Barry, Alioune Dramé, lieutenant Alhassane Diallo, capitaine Lamine Kouyaté, etc. — mourra atrocement de privation totale d’eau et de nourriture (<em>diète noire</em>) au Camp Boiro au premier trimestre de 1977. Sékou détruisit physiquement Telli (voir photo plus bas). Mais le martyre du premier secrétaire général de l’OUA a gravé son nom et son palmarès au fronton lumineux de l’histoire de l’Afrique. Professeur-docteur Charles Diané témoigne que Sékou Touré  “<em>guettait depuis toujours (un Telli), qui l’écrasait de sa culture, de son rayonnement et de son port : Telli Diallo, baptisé bien sûr éminence grise de ce nouveau complot. Celui dont l’arrestation avait motivé toute la mise en scène</em>.”<br />
En 2010 le candidat Alpha Condé ne manquait pas d’éloges pour Sékou Touré. Il alla jusqu’à dire qu’il reprendrait la Guinée là où le tyran l’avait laissée. D’une pierre deux coups. D’un côté, il snobbait ainsi le règne de Lansana Conté. De l’autre, il courtisait et flattait un électorat malinké pris — comme celui des trois autres régions naturelles — dans les filets du piège ethnique politicien. La ruse consista alors à se faire passer pour un héritier politique de Sékou Touré ! Je paraphraserai un proverbe bien connu : « Dis-moi qui tu imites, je te dirai qui tu es ! » Par démagogie électoraliste, M. Condé avait “oublié” ou “pardonné” sa condamnation à mort par contumace en 1971. Toutefois, après sa réélection en 2015, il jetta bas le masque. Tout en évitant de nommer ses cibles, Alpha Condé s’attaqua vicieusement “à certains” cadres de la Haute-Guinée. Dans un discours inflammatoire — à l’image de Sékou, son “idole” —, il dénonça leur duplicité et leur opportunisme. C’est exactement ainsi — en fait pire — que le “Responsable suprême de la révolution” renia, et souvent élimina, ceux qui l’avaient aidé à monter au pouvoir.…<br />
Le texte complet des discours  de Sékou Touré est accessible à la bibliothèque de webGuinée.<br />
<strong>Tierno Siradiou Bah</strong></p>
<p><strong> </strong><strong>Sékou Touré : “Je déclare la guerre aux Peuls”</strong><br />
<em>Jeune Afrique</em>, no. 827 du 12 novembre 1976, pp.30-35</p>
<p><strong>Table des matières</strong></p>
<p>Le marxisme-tribalisme<br />
Toute l’ethnie peule est coupable<br />
De violents brassages de populations<br />
Peuls : victimes et non agents du colonialisme<br />
L’exil des Peuls<br />
Discours anti-peuls prononcés par Sékou Touré : extraits</p>
<ul>
<li>Le navétanat</li>
<li>Sékou Touré accuse le Fouta de tous les maux</li>
<li>“Un esprit raciste très néfaste”</li>
<li>“Plus de bourses à l’étranger pour les étudiants Peuls”</li>
<li>“Un roi trahi par les Peuls du Fouta”</li>
<li>“Les fils aussi félons que leurs pères”</li>
<li>“Peuls, racistes forcenés sans patrie”</li>
<li>“Pour que continue la Révolution”</li>
</ul>
<h3>Le marxisme-tribalisme</h3>
<p>Ce n’est pas la première fois que le président Sékou Touré part en guerre contre les Peuls en Guinée. En mai 1958 notamment, le secrétaire général du PDG (Parti démocratique de Guinée) n’avait pas hésité à dresser les chômeurs de Conakry, soutenus par des renforts du même genre recrutés à Freetown (Sierra Leone), contre ceux qu’il désignait alors du terme de saboteurs. Officiellement, il visait tous les militants du parti adverse, ceux du BAG (Bloc africain de Guinée). En fait, les commandos de tueurs, dirigés par le célèbre Momo Jo Soumah, s’en prenaient essentiellement aux Peuls. Motif ? Le leader du BAG, M. Barry Diawadou, appartenait à leur ethnie.<br />
Le parti de M. Sékou Touré, solidement implanté en Basse-Guinée, n’avait jusqu’alors rencontré qu’un succès mitigé au Fouta-Djalon. L’origine sociale du leader du PDG, son style plébéien et ses méthodes directes avaient été à l’origine de sa popularité à Conakry et ailleurs ; ils constituaient autant de handicaps dans la société aristocratique, hiérarchisée, aux normes et aux manières feutrées, du Fouta-Djalon, du Moria (en Basse-Guinée) ou de Kankan (chef-lieu de la Haute-Guinée).</p>
<blockquote><p><em>Note</em>. — Le processus de  marginalisation de Saifoulaye (mon cousin maternel) par Sékou Touré fut graduel et inversement proportionnel au rôle politique pionnier et à l’importance centrale de celui-ci dans l’évolution du PDG.<br />
François Mitterand (1962) évoque “La forte et intéressante personnalité de M. Saifoulaye Diallo, dont le rôle en Guinée est considérable…”<br />
Sur place à Conakry, Pr. Bernard Charles (1963) s’interroge et se rend compte de l’autorité et du prestige du président Diallo. « Il prend rarement la parole, accorde peu d’interviews. Mais il est toujours présent. »<br />
Ameillon (1964) souligne que “Le rôle principal dans (la) réforme (du parti) revint à Diallo Saifoulaye, grand Foula dégingandé, supérieurement intelligent, esprit froid et systématique. C’est lui qui avait le mieux assimilé l’enseignement politique, qu’ils avaient tous trois reçu dans la cellule” des Groupes d’études communistes (G.E.C.), “créée à Conakry dans les années 1945-1946, par quelques instituteurs européens communistes,” dont Jean Suret-Canale.<br />
Précisément, dans son ouvrage Les groupes d’Études Communistes en Afrique noire (1943-1951) Jean Suret-Canale note à la page 65 : « Saïfoulaye Diallo, d’origine guinéenne, d’une famille de l’aristocratie peule de la région de Labé, fut le premier secrétaire général du G.E.C. de Niamey, élu en février 1947. Il sera un moment secrétaire général du Parti progressiste nigérien, section locale du R.D.A. Il sera, au moment de l’indépendance de la Guinée, Président de l’Assemblée nationale, puis Ministre d’État. »<br />
De 1948 à 1951 Saifoulaye partagea les commandes du parti successivement avec Madeira Keita et <strong>Amara Soumah (tous deux membres du G.E.C de Conakry)</strong>. Durant cette période Sékou Touré venait au quatrième rang dans la hiérarchie du leadership. En 1951, il usurpa le secrétariat général suite à la démission de Soumah et à l’affectation de Keita et Diallo au Dahomey (Bénin) et en Haute-Volta (Burkina Faso), respectivement. Saifoulaye retourna à Conakry en 1953.  Affaibli par la tuberculose, il continua néanmoins ses activités et réoccupa sa fonction antérieure de secrétaire politique du PDG. Mais, entretemps, les ambitions de Sékou avaient pris de l’envol, surtout grâce au financement  d’Houphouët-Boigny, président du RDA, et à l’appui de Bernard-Cornut Gentille, gouverneur général de l’Afrique occidentale française, basé à Dakar. Il n’empêche. L’ascendant de Saifoulaye sur les cadres du parti demeura intact.<br />
R. W. Johnson (1970) note : « <em>Throughout the PDG Saifoulaye Diallo was widely regarded as a more “intellectual” leader than Touré and of greater moral stature. Indeed, there were persistent rumours of a putsch to replace Touré with Saifoulaye Diallo at the head of the PDG, rumours which never came to anything because Saifoulaye Diallo was apparently unwilling to involve himself in such a move.</em> »…<br />
Saifoulaye cumula les fonctions de secrétaire politique et de président de l’Assemblée, territoriale d’abord, de 1957 à 1958, puis nationale, de 1958 à 1963. Le bicéphalisme battit son plein à la tête de l’Etat durant les premières années de l’indépendance. Les portraits des deux hommes décoraient les bureaux et les lieux publics. Et la presse domestique et nationale couvrait les présidents Touré et Diallo. Toutefois, Ibrahima Baba Kaké (1987) souligne qu’au séminaire des cadres tenu à Foulaya, Kindia, en  1962, une majorité simple se prononça en faveur de l’élection de Saifoulaye comme secrétaire général. On demanda à Sékou Touré de se consacrer seulement à la présidence de la république. Mais Saifoulaye déclina et se désista en faveur de Sékou Touré. Cet incident dramatique au plus haut échelon du parti raviva la rivalité qui avait toujours existé entre les deux hommes. La réaction de Sékou fut prompte. Dès janvier 1963 il parvint à supprimer le poste de secrétaire politique, qui faisait de Saifoulaye le numéro 2 officiel du parti. Et il l’enleva de l’Assemblée nationale en le nommant ministre d’Etat. Le parlement était, certes, une simple chambre à échos des décisions du Bureau politique national — dont Saifoulaye était la cheville ouvrière. Mais, en raison de sa stature historique et de son influence réelle, la présence de ‘Saifon’ à la tête de la branche législative constituait en même temps, <strong>de jure</strong> et <strong>de facto</strong>, un contrepoids au pouvoir exécutif, exercé par Sékou Touré.…<br />
Si en 1976 le complot peul visait Telli Diallo au premier chef, Sékou Touré n’avait en rien oublié Saifoulaye, son camarade, <em>alter ego</em> et adversaire de toujours. Il avait commencé à persécuter et à humilier cet arrière-petit fils du grand Shayku Umaru Rafiyu Daara-Labe Barry. Déjà en 1971, Sékou avait décapité et décimé les rangs de la famille de Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan, grand-oncle maternel de Saifoulaye.  D’abord formé par son père, Tierno Mamadou, Tierno Aliyyu eut ensuite pour maîtres Tierno Abdourahmane Sombili Diallo et Shayku Umaru Rafiyu. Ils lui transmirent tour à tour le wird tijaniyya.<br />
En 1976 la haine de Sékou Touré décupla. Il enferma au Camp Boiro de nombreux parents et alliés de Saifoulaye : Hadja Dienabou Bobo Diallo, soeur cadette, Elhadj Amadou Lariya, oncle, Abdou Bangoura, chauffeur de longue date, etc.… Saifoulaye avait conclu à la faillite irrémédiable du régime qu’il avait tant contribué à ériger.<br />
Le 28 août 1977, au lendemain de la marche des femmes révoltées, il fit ce constat en privé dans son bureau. C’était devant des parents visiteurs, deux professeurs à la Faculté des sciences sociales de l’Institut Polytechnique de Conakry, en l’occurrence Bailo Teliwel Diallo (économiste) et moi-même (linguiste). Amer et impuissant, il admit : « Le pouvoir avait été culbuté par la rue hier. Il était devenu vacant.… Ce n’est pas ce que le PDG avait promis au peuple ! »</p>
<p>Lire André Lewin “La marche des femmes du marché rappelle à Sékou Touré les dures réalités de la vie quotidienne des Guinéens.” – T.S. Bah</p></blockquote>
<h3>“Toute l’ethnie est coupable”</h3>
<p>Les actions violentes organisées par le PDG et qui devaient se traduire par plusieurs centaines de morts froidement abattus dans les rues de Conakry visaient un double but : d’une part, intimider les dirigeants du BAG et saper le moral de leurs troupes ; d’autre part, donner un pouvoir sans partage à M. Sékou Touré. En mettant fin aux rivalités politiques de l’ère coloniale, le référendum du 28 septembre 1958 scellait du même coup l’unité nationale autour du president guinéen. Depuis, avec le creuset du parti unique où se fondaient tous les particularismes sociaux et régionaux, les relents tribalistes semblaient s’estomper au profit de l’impératif unitaire.<br />
Aux yeux des Guinéens, l’arrestation et la liquidation physique de tous les anciens leaders peuls ainsi que d’un grand nombre d’intellectuels de la même ethnie ne pouvaient être considérées comme une entreprise d’essence tribale. D’autant que chaque vague d’arrestations emportait des ressortissants d’autres ethnies: soussous, malinkés, tomas, guerzés, etc. Tout au plus pouvait-on noter une forte proportion de Peuls dans chacune des charrettes empruntant le chemin du camp Boiro. Mais cette ethnie représentant à elle seule plus des deux cinquièmes des habitants du pays, avec un rapport encore plus élevé parmi les intellectuels, n’était-il pas logique que la fraction la plus nombreuse de la population soit également la plus représentée en prison ? En outre, comment soupçonner le président guinéen, auréolé du fameux non de septembre 1958 et qui affiche un progressisme militant, de menées tribalistes ? A l’intérieur et, à plus forte raison, à l’extérieur de la Guinée, il présentait, au contraire, le visage charismatique d’un leader entièrement tendu vers la réalisation d’objectifs supranationaux, pour ne pas dire universels. Bref, l’opinion semblait dominée par un syllogisme qui s’articule ainsi : Sékou Touré est révolutionnaire et anti-impérialiste ; la révolution et l’antiimpérialisme sont incompatibles avec le tribalisme ; donc, Sékou Touré ne peut pas être accusé de tribalisme.<br />
Seulement voilà ; aujourd’hui, le président ne s’en prend plus à tel ou tel « agent du colonialisme » et à la « cinquième colonne » comme il en avait coutume. Il déclare ouvertement la guerre à une communauté considérée globalement. A supposer que M. Diallo Telli soit coupable des crimes qui lui sont reprochés, pourquoi étendre sa culpabilité à l’ensemble de son ethnie ? Comment concilier en tout cas le concept de responsabilité collective avec les principes révolutionnaires et généreux dont se réclame le président ? Comment le marxisme-léninisme peut-il s’accommoder de la guerre ethnique ? Car, cette fois, il s’agit bel et bien d’une guerre dirigée contre les Peuls. Entreprise dangereuse s’il en fut puisqu’elle met en cause l’un des piliers de l’Etat : l’unité nationale.<br />
Les dirigeants africains sont généralement si conscients de ce danger qu’ils ne se hasardent pas sur ce terrain marécageux.<br />
L’attitude du président Sékou Touré paraît sans précédent. Alors que tous ses homologues s’efforcent de rassembler les diverses ethnies composant leurs pays respectifs et, par là même, de consolider les bases de leurs nouveaux Etats, comment a-t-il été amené à donner dans le tribalisme, au risque de ruiner l’essentiel de l’oeuvre unificatrice de son parti et de s’aliéner bien des sympathies à l’étranger ? Toujours est-il que sa déclaration de guerre aux Peuls se fonde sur trois arguments. Ils sont :</p>
<ul>
<li>des étrangers</li>
<li>des suppôts du colonialisme</li>
<li>ils déshonorent leur pays en choisissant le chemin de l’exil.</li>
</ul>
<p>Pour ce qui est du premier point. les Peuls de Guinée sont arrivés au Fouta-Djalon par petits groupes à partir du 10è siècle, sinon avant. Les vagues les plus importantes se sont échelonnées entre le XVe et le XVIe siècle. A l’issue d’une courte guerre avec les autochtones, en l’occurreoce les Dialounkés, les nouveaux venus conquirent le pays, réduisant ceux-ci en esclavage.</p>
<h3>De violents brassages de populations</h3>
<p>L’histoire universelle fourmille d’exemples analogues. En Afrique, rares sont les peuples qui n’ont jamais été impliqués dans un courant migratoire. En Guinée, qu’il s’agisse des Malinkés ou des Soussous et même de certains peuples de la région forestière, tous ont dû en bousculer d’autres, à un moment de leur histoire, pour s’installer. Dialounkés, Bagas, Landoumas, Tomas, Guerzés et quelques autres sont peut-être les seuls « vrais » autochtones. Et encore.<br />
Au demeurant, le président Sékou Touré est fui-même issu d’une famille venue à une date relativement récente du Mali. Seul son père, Alpha Touré, est né en Guinée ; son grand-père était un Dioula natif de Kayes (Mali), fixé par la suite à Siguiri, puis à Faranah, au gré des vicissitudes de son petit commerce. Les Guinéem ne l’on cependant jamais considéré comme un étranger, même lorsqu’il était l’objet, à l’époque coloniale, des campagnes les plus violentes.<br />
Du reste, sous l’effet conjugué des courants migratoires et des guerres précoloniales, les brassages de populations sont tels, en Afrique de l’Ouest. notamment dans la zone soudano-sahélienne, qu’il faudrait beaucoup de prétention — ou d’ignorance — pour affirmer qu’un peuple occupe encore sa terre d’origine et qu’il n’en a pas bougé.<br />
S’agissant du comportement des Peuls — ou plus exactement de leurs chefs — sous le colonialisme, en Guinée comme ailleurs, l’administration s’est toujours accommodée de la féodalité ou l’a utilisée à ses propres fins. Ce qui est curieux, c’est que le président Sékou Touré, qui gouverne le pays en maître absolu depuis bientôt vingt ans, ne s’en aperçoive qu’aujourd’hui. Et, surtout, qu’il mette ce fait historique à profit pour engager une guerre tribale.</p>
<h3>Peuls, victimes et non agents du colonialisme</h3>
<p>Si des chefs féodaux se sont autrefois compromis, on ne voit aucune raison de s’en prendre aujourd’hui à leurs anciens sujets. Dans la logique de M. Sékou Touré, ces derniers n’étaient-ils pas, dans leur écrasante majorité, des victimes et non des agents du système féodal d’abord, du colonialisme ensuite ? Alors, en dernière analyse, ne sont-ils pas des alliés objectifs des révolutionnaires ? Mais non, le président guinéen rend les Peuls collectivement responsables de tous les maux passés et présents du pays et entend les exterminer en tant que “classe”. Il semble bien qu’on ait affaire à une variété tribale du marxisme !<br />
A entendre le chef de l’Etat guinéen, l’observateur non averti serait tenté de croire qu’au référendum du 28 septembre 1958 le Fouta-Djalon a voté d’un bloc en faveur du oui. La réalité est tout autre. Sur les vingt-six cercles administratifs (préfectures) que comptait la Guinée de l’époque, aucun n’avait donné une majorité de oui. Que ce soit au Fouta-Djalon ou dans les autres régions. C’est à Labé qu’il y eut le plus de votes positifs (27 000 oui sur 113 349 inscrits). Par contre, avec 455 bulletins, Mamou, deuxième ville du Fouta-Djalon, fournit moins de oui que Conakry (991), Kankan (693)et N’Zérékoré (2 158), situées respectivement en Basse-Guinée, en Haute-Guinée et en Guinée forestière.<br />
Si, à l’étranger, les résultats de ce scrutin historique furent considérés comme une preuve de maturité politique des Guinéens, dans le pays nul ne put s’y tromper : le triomphe du non découlait plus de la volonté des dirigeants du PDG et des partis d’opposition, appuyés par les jeunes, les syndicats et les étudiants, que d’une détermination claire des masses paysannes et urbaines en faveur de l’indépendance. En réalité, les électeurs ne purent exprimer leurs suffrages que dans de très rares bureaux de vote. En général, <strong>on se contenta de remplir les procès-verbaux sans prendre la peine d’ouvrir les bureaux. Ces vérités sont connues des Guinéens. Et si l’on évite de les rappeler à Conakry, c’est parce qu’elles risquent de ternir la légende tissée autour du non</strong>.</p>
<h3>L’exil des Peuls</h3>
<p>Nous en venons au troisième grief invoqué par le président guinéen contre les Peuls. Considérer l’exil volontaire comme déshonorant pourrait se défendre. Encore faut-il préciser que les émigrants se recrutent dans toutes les ethnies et couches sociales. Chez les Malinkés, les Peuls, les Soussous, les Tomas, les Guerzés, etc., chacun choisit le pays étranger le plus proche de sa région. Les Peuls, plus nombreux dans le pays comme à l’extérieur, vont au Sénégal, en Sierra Leone et en Guinée-Bissau ; les Malinkés au Mali et en Côte d’Ivoire, etc. Traditionnellement, il s’agissait de courts séjours (le « navétanat » ). Après avoir travaillé au Sénégal le temps nécessaire à la constitution d’un modeste pécule, les Peuls ne manquaient pas de rentrer chez eux pour se marier et se fixer dans leur village. Ayant ordonné à l’armée et à la milice de tirer à vue sur ceux qui franchissent, dans les deux sens, la frontière sénégalo-guinéenne, le président Sékou Touré ne peut s’étonner que les Peuls soient restés si nombreux dans les pays voisins.<br />
La présence d’émigrés chaque jour plus nombreux à l’étranger témoigne d’un échec gênant pour le président. Faute de développer l’économie guinéenne, de créer des emplois et de garantir la sécurité des citoyens, il est évident qu’aucune mesure administrative ne saura mette un terme à la fuite des bras et des cerveaux.<br />
Voici donc le président Sékou Touré engageant la guerre non plus contre une « cinquième colonne » plus ou moins diffuse, mais contre les Peuls en chair et en os. Les extraits que nous publions du discours à peine croyable qu’il a prononcé au mois d’août 1976 ne laissent aucun doute à ce sujet. Ils contiennent des appels au meurtre répétés. Heureusement, il ne semble pas que, plus de deux mois après, ces appels aient été entendus par les autres ethnies.</p>
<h3>Extraits des discours anti-peuls prononcés par Sékou Touré en août 1976</h3>
<p>« Nous parlons de Révolution et nous faisons la Révolution. Mais il faut admettre et comprendre que tous les hommes et toutes les femmes habitant un pays ne constituent pas forcément le peuple de ce pays (…).<br />
A la naissance du Parti démocratique de Guinée (PDG), le Fouta était menacé tragiquement, menacé de nombreux travers sociaux. Nous avions visité cette province guinéenne de long en large et nous nous étions aperçu que l’alcoolisme menaçait réellement la population du Fouta, y compris les marabouts qui remplissaient leurs bouilloires de bière ou de vin. Ne parlons pas des jeunes et encore moins des intellectuels : consommer l’alcool était devenu, alors, le critère de l’évolution.<br />
C’est le Parti démocratique de Guinée qui a mis fin à ce mal, qui l’a dénoncé sans pitié.<br />
C’est également le Parti démocratique de Guinée qui, sans arriver à la détruire, a beaucoup atténué la débauche dans le Fouta.<br />
C’est le Parti démocratique de Guinée qui a dénoncé le vol, devenu alors chose courante. A Conakry, à cette époque, lorsque dix voleurs se trouvaient devant un commissaire ou devant un tribunal, l’on comptait au moins huit ressortissants de la Moyenne-Guinée. C’est un fait vécu et vous pouvez consulter la statistique des condamnés pour vol. (…) »</p>
<h4>Le navétanat</h4>
<p>« Le navétanat, cette forme d’exode rural, a toujours été combattu par le Parti démocratique de Guinée ; mais sur ce point, il faut l’avouer, le Parti démocratique de Guinée a échoué. En effet, la première tentative de mettre définitivement fin au navétanat avait consisté, dès les premières heures de l’indépendance, à débloquer une somme de 100 millions de francs pour installer alors, dans la zone de Youkounkoun, Saréboïdo et Koundara, 10 000 travailleurs peuls. Nous avions alors mis à leur disposition des vêtements, des outils de travail, des denrées alimentaires et les semences pour toute la période agricole en leur disant : “Au lieu d’aller au Sénégal humilier la nation, voilà ce que le peuple de Guinée met gratuitement à votre disposition pour valoriser votre sol.”<br />
Malgré cela, le navétanat n’a pas cessé pour autant et d’aucuns, bien au contraire, disaient : “Laissez ces gens, ce sont des maudits !” Nous avions alors répondu : “ Non ! On ne naît pas maudit. Aucun homme n’est maudit à sa naissance. Il faut continuer la lutte, connaître les causes déterminantes d’une telle attitude illogique et amener l’homme à un réflexe correspondant à sa dignité, à son progrès et au bonheur de son peuple. Cette lutte, le Parti démocratique de Guinée entend la mener jusqu’à la victoire totale. Il faut sauver le voleur, la prostituée, l’alcoolique, le navétane peuls, c’est un devoir qui sera assumé ! »</p>
<h4>Sékou Touré accuse le Fouta de tous les maux</h4>
<p>« La situation particulière du Fouta pose donc des devoirs à la Révolution. Et ces devoirs, nous devons en être conscients. Mais qu’est-ce qui a desservi la prise de conscience générale des populations de la Moyenne-Guinée ? C’est l’attitude opportuniste de la plupart de ses cadres intellectuels ! (…)<br />
Du temps de la colonisation, ils avaient démissionné du camp de la lutte ; car ils se comptaient au bout des doigts, les Peuls, jeunes ou vieux intellectuels, qui militaient ardemment dans les rangs du Parti démocratique de Guinée. Et, très souvent, ceux qui venaient au parti étaient bannis de leur famille, isolés de leurs collègues originaires du Fouta, parce que considérés comme étant à la remorque des “étrangers”. L’étranger, c’était le Soussou, le Malinké, le Forestier, les camarades des autres régions de la Guinée, tandis que l’on faisait très bon ménage avec le colonisateur. L’on s’acoquinait avec le colon blanc et l’on se prostituait avec lui.<br />
L’on a inculqué au Peul l’idée qu’il n’est pas noir et certains vont jusqu’à la recherche de leur origine en Somalie, en Ethiopie ou ailleurs et refusent de vivre leur temps, leur espace et de comprendre leur peuple. Cet esprit raciste a eu une influence néfaste sur beaucoup d’intellectuels. Mais quelle en était la réalité ? C’est que, intellectuels qu’ils étaient, ils n’étaient pas avec les masses populaires, lesquelles étaient abandonnées à elles-mêmes. Ils cherchaient plutôt, de manière opportuniste, à vivre en bons termes avec les chefs de village et de canton, avec le régime colonial et certains d’entre eux n’ont obtenu de grands diplômes qu’au prix de leur obséquiosité.<br />
Pour nous, le nom ne fait pas l’homme. Et nous affirmons qu’est bien petit d’esprit celui qui veut que les valeurs de son père, de son grand-père lui soient reconnues. L’homme intelligent est celui qui sait qu’il n’y a de valeur, de réelle valeur, que celle engendrée par le mérite de l’homme. (…)<br />
Quand un homme, comme le faisait le raciste intellectuel peul, se vante d’être intelligent, c’est qu’il est tout simplement bête. Quand un homme se vante d’être un cadre, c’est qu’il n’a jamais été un véritable cadre. Quand un homme se vante du grand nombre de sa famille ou de son ethnie, c’est qu’il manque alors la vraie qualité à ce groupe-là. Car, en effet, le nombre, pour avoir quelque valeur, doit être à la dimension de la valeur sociale. (…)<br />
Nous disons donc que toutes les régions de la Moyenne-Guinée doivent vivre désormais l’atmosphère de la Révolution populaire et démocratique. En plus de la force de nos arguments que partagent les intellectuels militants honnêtes de la Moyenne-Guinée, nous utiliserons la force brutale contre ceux qui ont des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre. Ils sauront qu’on n’a jamais eu peur d’eux, qu’on les respectait, mais que, comme ils n’aiment pas le respect, nous leur présenterons ce qu’ils aiment, ta force brutale ! »</p>
<h4>“Un esprit raciste très néfaste”</h4>
<p>Puisque c’est le racisme qui est utilisé pour mettre le pays à la disposition de l’impérialisme néo-colonialiste, nous devons tout faire pour le déraciner. Nous ne prions plus personne, nous nous imposons ; cela est clair ! Ceux qui croient que les responsables du PDG ont peur n’ont rien compris à l’histoire. La peur réelle qui nous étreint, la peur que nous avons partout, c’est la peur d’avoir peur ! Et c’est pourquoi l’adversité des racistes, nous la recherchons désormais. Nous voulons, partout. croiser le fer avec eux ! (…)<br />
Aujourd’hui, au lieu de les prévenir que demain leur donnera tort, nous leur indiquons qu’aujourd’hui même ils ont tort ! (…)<br />
Le peuple suit l’attitude raciste de certains cadres qui, une fois à la tête d’une société, d’une entreprise, d’un service, ne recrutent que les seuls Peuls.<br />
S’agit-il d’avancement ou de mutation, c’est la même couleur raciste qui détermine les attitudes. Quand il s’agit de mettre à la retraite, il suffit d’observer ; on trie sérieusement pour que ceux considérés comme parents puissent encore rester en service ; alors, on alignera le nom des autres qui doivent être mis à la retraite.<br />
Et quand les cadres peuls sont nombreux dans un service, c’est tout de suite la paralysie totale. Nous le disons en vous donnant un exemple que vous connaissez bien parce que vous le vivez.<br />
Si nous nous vantons d’avoir formé beaucoup d’ingénieurs des travaux publics, prenez la liste et vous verrez que ce sont nos frères Peuls qui sont les plus nombreux. <strong>Mais regardez, à Conakry même, quel est l’état des routes. Les choses sont claires !</strong><br />
Une tactique était adoptée par la plupart d’entre eux : sur le plan verbal, il faut être révolutionnaire au maximum, il faut faire les plus longs rapports, faire usage des propos les plus flatteurs, mais, dans l’action concrète, l’on reste assis et l’on sabote tout (…)<br />
Certains professeurs Peuls, à l’heure de la Révolution culturelle socialiste, regardent le nom de l’élève avant de donner la note que mérite sa race. Nous nous excusons auprès des Peuls honnêtes qui pourraient penser à une exagération. Mais tout ce que nous disons, nous en avons les preuves. Et si vous les voulez, nous vous les fournirons à tout moment. Nous ne nous livrerons jamais à la démagogie, au mensonge, car si l’homme ne peut pas payer, Dieu, lui, paiera si nous ne disons pas la vérité ! Certains notent en fonction de la race ; et même les cours sont sabotés. Pendant ce temps, l’on dit à ses parents peuls : “Venez à la maison !” Et là on leur donne un complément de formation. Certains professeurs vont jusqu’à refuser à des étudiants non-peuls le prêt de livres précieux pour les réserver aux seuls étudiants de leur race.<br />
Ces pratiques sont connues et ont cours même à l’Institut polytechnique ; des étudiants sont venus nous en donner des preuves irréfutables. (…) »</p>
<h4>“Plus de bourses à l’étranger pour les étudiants Peuls”</h4>
<p>« Comme nous l’avons dit, de longues années durant, la Guinée a subi la dictature raciste peule dans l’attribution de bourses d’enseignement supérieur à l’extérieur. Nous trouvions cela normal, pensant que c’étaient, malgré tout, des jeunes du pays qui, fussent-ils de la même famille, à l’heure de la Révolution auraient servi Je peuple avec dévouement. Mais nous constatons aujourd’hui le contraire. Notre regret est d’avoir tant laissé faire.<br />
Et nous savons aussi que 360 anciens étudiants guinéens devenus médecins, pharmaciens, professeurs, comptables, électroniciens, administrateurs, ingénieurs, économistes, pilotes, etc., ont refusé de rejoindre la patrie. Ils sont en France, aux Etats-Unis, en Allemagne fédérale, en Suisse, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Zaïre et ne ces-sent de baver à longueur de journée sur le peuple de Guinée qui a financé leurs études. Ils entourent le régime de haine et méprisent le peuple de Guinée. Ils le calomnient à longueur de journée.<br />
Et quand bien même le Français, l’Américain, l’Allemand, l’Ivoirien, le Zaïrois, le Sénégalais ou des citoyens d’autres pays essaient de dire la vérité sur la Guinée, ils les traitent de propagandistes de M. Sékou Touré, alléguant qu’eux seuls disent la vérité et ceux-là sont dans l’erreur. Lisez dans le journal Jeune Afrique les articles sous leur plume et vous verrez que, tous les jours, des mensonges ignominieux sont diffusés.<br />
Aussi, nous vous posons la question : puisque, dans plusieurs familles peules, le pays a attribué des bourses à un, deux, trois, voire quatre de leurs enfants qui, au terme de leurs études, ont trahi la nation pour se réfugier ailleurs et combattre le régime guinéen, devons-nous continuer à leur accorder des bourses ?</p>
<p><em>Réponse unanime de l’assistance : non !</em></p>
<p>Cependant, pour l’extérieur, il ne sera plus attribué de bourses aux Peuls aussi longtemps que ceux restés à l’extérieur n’auront pas rejoint la patrie.</p>
<p><em>(Applaudissements enthousiastes et prolongés de rassistance.)</em></p>
<p>Alors, nous proclamons sans détour : racisme = racisme. Et pour l’illustrer, nous vous rappelons ce proverbe africain qui dit : “Lorsque vous dansez avec un aveugle, de temps en temps piétinez-le pour qu’il sache qu’il n’est pas seul !”<br />
Ainsi nous réaffirmons notre position qu’en Guinée, et jusqu’à la fin de l’Université, tous les camarades sont à égalité : peuls, soussous, malinkés, guerzés, kissiens, tomas, bassaris, koniaguis, etc. (…)</p>
<h4>“Un roi trahi par les Peuls du Fouta”</h4>
<p>Ce sont ces traîtres qui induisent toujours en erreur les autres peuples, les peuples d’Afrique, les peuples européens, les peuples américains, quand il s’agit d’apprécier la situation guinéenne. Ils font plus de mal à la Guinée que l’impérialisme et le colonialisme, parce que, se réclamant de la Guinée, ils donnent un semblant d’authenticité à leurs mensonges flagrants. (…)<br />
Or, intellectuels Peuls, relisez la conférence d’octobre 1975 à Labé ! D’entrée de jeu, nous avons déclaré que la trahison ne paie pas et avons ajouté : “Prenons en témoignage les vieilles générations de Labé et du Fouta. Tous ceux qui connaissent véritablement l’histoire de notre ville de Labé se rappelleront aussitôt la fin tragique qui a été celle d’Alpha Gassimou Diallo, cet homme honnête, instruit, d’attitude noble, honteusement trahi.”<br />
Nous avons ·encore pris Labé en témoignage pour inviter ses habitants à faire l’inventaire des familles, de toutes les vieilles familles de Labé qui avaient trempé dans cette trahison. Ils constateront qu’elles sont toutes en train de s’éteindre, car Dieu paie toujours les traîtres avec ce qu’ils méritent. (…)<br />
Et maintenant, nous posons la question : qui était le grand résistant dont on n’a jamais assez parlé, qui appartenait à la famille la plus représentative du patriotisme guinéen et peul, l’incarnation de la farouche volonté de liberté, de dignité et de progrès ?· Eb bien, c’était l’almamy Bokar Biro Barry de Timbo (Mamou) qui fut roi du Fouta. Les famille Sorya et Alphaya alternaient tous les deux ans au trône du Fouta. Le roi Bokar Biro Barry appartenait au clan Sorya et résidait à Timbo, capitale de la fédération du Fouta.<br />
Ce fut lors de la grande bataille, désormais historique, de Porédaka (village natal de Diallo Telli) que l’almamy Bokar Biro fut victime de la défection traîtresse de la province de Labé, d’une part, et de l’action désorganisatrice d’une cinquième colonne intérieure constituée par des rivaux d’autre part. Ce fut cette cinquième colonne intérieure qui organisa la destruction de la poudrière de Porédaka. C’était un frère ennemi du clan Sorya, du nom de Sory Yillili, qui fut l’âme de cette trahison. Ainsi, l’almamy Bokar Biro Barry avait été trahi, ignoblement trahi. Et trahi encore au Fouta, par les Peuls, alors que ses alliances avec les Soussous, les Malinkés, les Djallonkés avaient été respectées par ces ethnies. Les familles peules avaient trahi l’almamy du Fouta et l’avaient livré ·à l’ennemi commun de l’Afrique, le colonialisme français.</p>
<h4>“Les fils aussi félons que leurs pères”</h4>
<p>La trahison, encore une fois, ne paie pas. Et ceux qui avaient trahi Alpha Yaya, Gassimou Diallo, ceux qui avaient trahi Bokar Biro Barry ne peuvent pas avoir des enfants ayant une conduite de dignité si ceux-ci ne se confient pas au PDG, l’organisation révolutionnaire capable d’extirper de leur être, jusqu’à la racine, la félonie de leurs pères, car il y a une continuité historique qui marque d’une tare et d’un sceau indélébilos la personne et la. vie des individus. (…) Ceux qui avaient trahi Bokar Biro Barry ont aussi trahi Alpha Yaya, et par trois fois ; vous le savez vous-mêmes. Le roi du Wassoulou, le roi de Boké, le roi de Macenta, eux, n’ont pas été trahis par les leurs. Pour les vaincre, eux, il y a eu seulement la supériorité des armes ile destruction utilisées par les colons. Mais, au Fouta, toutes les défaites de l’empire du Fouta relevèrent de la. trahison des Peuls à l’endroit de leur propre Etat. C’est pourquoi, aujourd’hui, nous aurions été à l’aise si nous nous appelions Amadou Sékou Barry ou Amadou Sékou Diallo pour dire toute la vérité et nous faire comprendre par nos frères peuls. Mais disons-nous la vérité. Il faut que la trahison soit extirpée et bannie définitivement du comportement du Peul. (…)<br />
Si, aujourd’hui, la Guinée ne peut s’entendre ni avec la Côte d’Ivoire ni avec le Sénégal, la responsabilité principale en incombe vraiment à qui ? A eux seuls, cadres Peuls ! Mais soyez sûrs que lorsque le peuple ivoirien, le peuple sénégalais accéderont à la liberté, ils écraseront et conduiront à leurs tombeaux tous les cadres racistes Peuls qui habitent Abidjan ou Dakar.</p>
<h4>“Peuls, racistes forcenés sans patrie”</h4>
<p>Ce sont eux également qui induisent toujours en erreur les gouvernements français, américain, allemand. Tous ces gouvernements désireux de traiter avec la Guinée sont intoxiqués par leurs informations mensongères, débitées à longueur de journée à la seule fin de décourager ces pays dans leurs intentions louables vis-à-vis du peuple guinéen.<br />
Ils sont sans patrie, ces racistes Peuls forcenés, parce qu’ils se disent ne pas être des noirs. Ils sont encore et toujours à la recherche de leur patrie. Ils ne peuvent plus avoir de patrie parce qu’ils n’ont pas une ligne de conduite exigeant l’accomplissement de devoirs sacrés. Aliénés qu’ils sont, ils ne pensent qu’à l’argent, et pour eux. (…)<br />
Que ceux qui sont restés toujours fidèles au régime veuillent nous excuser, mais puisqu’il s’agit de parler d’une collectivité, nous déplorons que, pour le cas précis, l’élément dominant soit constitué de racistes.<br />
Aussi faut·il souligner qu’au référendum du 28 septembre 1958, quand toute la Guinée brandissait le bulletin non pour l’indépendance et la dignité, c’était encore le Fouta qui brandissait le oui pour signifier honteusement : “Nous voulons rester soumis au colonialisme !” Ils ne voulaient pas de l’indépendance, ces Peuls, et ils ont humilié notre peuple avec un vote massif de oui. Au lieu d’en avoir honte, ils veulent encore détruire notre indépendence. Cela ne se fera plus jamais. Et s’il faut que toute la Guinée se mette encore debout, couteaux, marteaux et fusils en main pour les supprimer, les amener au tombeau et les ensevelir, la Guinée assumera ses responsabilités. C’est la déclaration de guerre. Ils veulent d’une guerre raciale ? Eh bien ! nous, nous sommes prêts ; quant à nous, nous sommes d’accord et nous les anéantirons immédiatement non par une guerre raciale, mais par une guerre révolutionnaire radicale.</p>
<p>Nous allons donc passer à l’offensive et utiliser l’anne de la fermeté révolutionnaire et nous sommes convaincus que les cadres Peuls révolutionnaires, les cadres Peuls militants sincères, assumeront, au sein. du parti, leurs responsabilités pour détruire tous les peuls racistes afin que la Guinée vive enfin dans la paix. C’est pourquoi chaque cadre doit se définir, non pas par rapport à tous les militants, mais par rapport à la collectivité peule qui a été induite en erreur, ou alors se démettre et démissionner du parti-Etat. Chaque cadre du parti-Etat doit s’engager à détruire le racisme ou alors qu’il se dévoile comme un parfait raciste, ennemi du progrès guinéen. (…)</p>
<p>Nous répétons que si le Fouta n’a pas été libéré le 28 septembre 1958, désormais il sera libéré par la Révolution. <strong>Pour ceux qui sont à l’extérieur, nous n’avions pas voulu jusqu’ici les liquider, mais nous allons le faire désormais</strong> pour que notre peuple vive en paix et poursuive sa Révolution.</p>
<h4>“Pour que continue la Révolution”</h4>
<p>Camarades, il faut donc être vjgilants : au niveau des pouvoirs révolutionnaires locaux (PRL), surveillez tous les comportements. Dons les services, sociétés, entreprises, restez attentifs. Tout le pouvoir est au peuple.<br />
Quiconque violera désormais les consignes de l’honnêteté sociale, de la justice sociale en se livrant à des manifestations racistes, <strong>vous avez le pouvoir, camarades militants, de l’égorger sur place et nous en assumons la responsabilité devant le peuple de Guinée</strong>.<br />
Dans les PRL, c’est souvent à l’occasion des baptêmes, des mariages, des cérémonies coutumières qu’ils se regroupent pour se passer les mots d’ordre de destruction de la Révolution. Désormais, aucune manifestation de ce genre ne doit se faire, dans un PRL, que sous la présidence du maire ou d’un membre du bureau du PRL.<br />
<strong>Un autre fait que vous avez dû observer et qui est à l’honneur de la femme Peule, c’est qu’elle épousera volontiers le Soussou, le Malinké, le Forestier, mais par contre rarement l’homme Peul épousera une Soussou, une Malinké, une Forestière !</strong> Est-ce vrai ou faux ?</p>
<p><em>(Réponse unanime de l’assistance : c’est vrai !)</em></p>
<p>Cette attitude constitue-t-elle du racisme oui ou non ?</p>
<p><em>(Réponse unanime : oui, c’est du racisme !)</em></p>
<p>— Alors, camarades, faites confiance à la Révolution qui écrasera tous les racistes ! (…)<br />
Nous ajoutons que vendredi prochain (27 août), dans Jes mosquées de chaque PRL, la <em>Fatiha</em> sera récitée collectivement pour maudire les racistes et les conduire à l’échec retentissant, pour maudire ceux qui les soutiennent en Côte d’Ivoire, au Sénégal et dans le monde afin qu’ils aient toujours honte et que la Révolution guinéenne, au sein de la communauté progressiste, ne connaisse que le triomphe et la victoire.</p>
<p>The post <a href="https://www.webguinee.net/blogguinee/2017/12/la-sale-guerre-de-sekou-toure-contre-les-peuls/">La sale guerre de Sékou Touré contre les Peuls</a> appeared first on <a href="https://www.webguinee.net">WebGuinee.Net</a>.</p>
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		<title>Un acte ignominieux de Damantang Camara</title>
		<link>https://www.webguinee.net/blogguinee/2017/03/un-acte-ignominieux-de-damantang-camara/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[AubreySouplet]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Mar 2017 11:47:28 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Un visiteur de BlogGuinée a soumis une question écrite sur le rôle de Damantang Camara dans la dictature de Sékou Touré (1958-1984). Il est difficile de répondre à ce type d’interrogation étant donné le vide de mémoire et l’amnésie entretenus par les régimes guinéens successifs. Toutefois, un acte, gratuit et ignominieux, de Damantang Camara a survécu au silence complice sur les crimes des dirigeants et de nombreux militants du PDG. En effet lors d’une mission à Prague, il se permit une démarche choquante à l’encontre de Milena, l’épouse Tchèque de Thierno Mouctar Bah, qui était détenu alors depuis 1971, successivement au Camp Boiro et à la Prison civile de Kindia. Lire le texte plus bas.</p>
<blockquote><p>Notes. (1) Il est de notoriété publique que Damantang Camara était un petit-fils de Lankama N’Valy Kamara,  <strong>kèlètigi</strong> (chef de guerre ou général) de l’empereur Samori Touré. N’Valy mourut en 1888 devant le siège de Sikasso, où périt aussi Kèmè Bourema, le chef de la cavalerie (sótigi) et frère cadet maternel de Samori. Lire  Ibrahima Khalil Fofana sur webMande.<br />
(2) Lankama N’Valy dirigea la colonne expéditionnaire dépêchée par Samori pour réduire la révolte des Hubbu du Fitaba (1849-1875 environ). A propos des Hubbus lire sur webFuuta  Tierno Mamadou Bah, Louis Tauxier, section 1 et section 2, Paul Marty, entre autres.<br />
(3) Le Conseil supérieur de l’Etat théocratique du Fuuta (Teekun Mawɗo) avait en 1870 approuvé la décision conjointe d’Almaami Ibrahima Sori Daara Ier (1843-1873, Branche Alfaya, 11e souverain) et d’Almaami Umaru (1842-1871, Branche Soriya, 10e souverain) de conférer à Samori le titre d’Almami (Lire Tierno M. Bah). Reconnaissant pour l’insigne honneur, le conquérant manding appuya militairement par la suite les campagnes des Almaami pour venir à bout des dissidents Hubbus.</p></blockquote>
<p>Le contenu du récit ci-dessous était faux. Il relevait de l’imagination malveillante et, surtout, de l’esprit du Mal et de la Méchanceté incarné en Sékou Touré et en son émissaire, Damantang Camara. Car Mouctar fut libéré et il survécut une quinzaine d’années à ses bourreaux et persécuteurs. Mais lisons plutôt l’extrait suivant, qui expose le sadisme et la cruauté de soi-disant hommes d’Etat.</p>
<p><strong>Tierno S. Bah</strong></p>
<hr />
<h3> Horreur</h3>
<p>La nuit tombe sur la ville. Milena vient de rentrer de sa journée de travail au domicile du général canadien. Certes, le couple traite bien sa femme de ménage, mais l’employée souffre de maux de dos qui la tourmentent souvent. La sonnerie du téléphone l’arrache brusquement à ses pensées. C’est une voix à l’accent africain qui lui demande de venir à l’Hôtel International dès que possible.<br />
— C’est de la part de qui ? demande Milena.<br />
— Monsieur Camara Damantang voudrait vous voir. Pouvez-vous venir vers 19 heures ?<br />
— Oui, j’arrive.<br />
Milena raccroche, le coeur battant : Damantang veut la voir. C’est un membre influent du BPN 2 qui a été ministre de la Justice. Il a sûrement quelque chose d’important à lui dire. Mon Dieu ! faites qu’il m’annonce le retour des enfants ! Peut-être mes démarches auprès du président Husak ont-elles fini par aboutir ?</p>
<p>L’hôtel est situé dans le quartier Praha 6, non loin de l’appartement de Milena. Au milieu des bâtisses anciennes, l’établissement détonne un peu par l’air trop moderne de ses grandes baies vitrées, mais l’hôtel est luxueux : il faut reconnaître que la Révolution guinéenne traite bien ses émissaires. Le groom en livrée introduit Milena dans un petit salon attenant au hall d’entrée. Il n’y a personne. Les quelques minutes d’attente lui paraissent un siècle. Soudain, trois Africains sont là, devant elle. Le plus grand s’avance. C’est Damantang, immense et noir, qui la salue. Elle bégaie un bonjour inaudible. Il penche sa grande carcasse vers elle, lui prend la main et la serre longuement dans les siennes. Puis, tout en gardant cette main, il attire Milena vers le canapé, la fait asseoir et lui dit dans un souffle :<br />
— Il vous faut être courageuse, Madame. Je suis venu vous présenter mes condoléances. Je connaissais bien votre mari.<br />
Elle a l’estomac au bord des lèvres. Les larmes l’aveuglent et derrière un voile elle entend cet homme lui murmurer des paroles de réconfort.<br />
Mais qu’est-ce qu’il raconte ?<br />
Que son mari est mort sous la torture, oui, et qu’il a dû manger trois mois durant comme un chien lapant son écuelle puisqu’on lui avait coupé les deux mains ! Qu’il a fini par mourir et que cela valait mieux pour lui que de vivre ainsi … Que la terre lui soit légère ! Amin.<br />
Milena est assommée. Muette de stupeur. Mouctar, finir comme un chien … Damantang la relève et la raccompagne avec beaucoup d’égards à la porte de l’hôtel. Elle va s’asseoir sur un banc de la place et pleure longtemps. Puis elle se rend compte qu’elle a même oublié de demander des nouvelles des enfants !<br />
Comment a-t-elle pu laisser échapper l’occasion de la visite à Prague de ce grand dignitaire ? Elle n’a vu que son mari dans le trou, devant son assiette …<br />
Revenir à l’hôtel ? Rappeler Damantang ? Oh ! non, c’est au-dessus de ses forces ce soir. Alors elle continue à pleurer, seule dans la nuit.</p>
<p>Extrait de Guinée, les cailloux de la mémoire, par Nadine Bari.</p>
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		<title>Maryse Condé. La vie sans fards</title>
		<link>https://www.webguinee.net/blogguinee/2016/05/maryse-conde-vie-sans-fards/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[AubreySouplet]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 19 May 2016 10:27:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Afrique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Maryse Condé. La vie sans fards. Paris : J.-C. Lattès, 2012, 333 p. Maryse Conde, 25 novembre 2012 (Photo: Claire GarateAvant-propos Sans se connaitre ni se concerter, deux descendantes d’esclaves Africains aux Amériques : feue Maya Angelou (Etats-Unis) et Maryse Condé (Guadeloupe, Antilles) relatent la quête de leurs racines africaines. En 1960 Maya épousa le&#8230;&#160;<a href="https://www.webguinee.net/blogguinee/2016/05/maryse-conde-vie-sans-fards/" rel="bookmark"><span class="screen-reader-text">Maryse Condé. La vie sans fards</span></a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div>Maryse Condé. La vie sans fards. Paris : J.-C. Lattès, 2012, 333 p.</div>
<figure id="attachment_15235" class="wp-caption alignright"><img decoding="async" class="size-thumbnail wp-image-15235" src="https://www.webguinee.net/wp-content/uploads/2016/05/Maryse-Conde-copyright-Claire-Garate-112512-150x150-1.jpg" alt="Maryse Conde, 25 novembre 2012 (Photo: Claire Garate)" width="150" height="150" /><figcaption class="wp-caption-text">Maryse Conde, 25 novembre 2012 (Photo: Claire GarateAvant-propos</figcaption></figure>
<p>Sans se connaitre ni se concerter, deux descendantes d’esclaves Africains aux Amériques : feue Maya Angelou (Etats-Unis) et Maryse Condé (Guadeloupe, Antilles) relatent la quête de leurs racines africaines. En 1960 Maya épousa le Sud-Africain <strong>Vusumzi L. Make</strong>, qui fut successivement membre de la Ligue des Jeunes de l’African National Congress (ANC), du Pan-Africanist Congress (PAC), et du South African United Front (SAUF), une alliance ANC-PAC. Le couple vécut au Caire, alors un des pôles du pan-africanisme. Le divorce intervint en 1963. Après avoir initialement pensé à la Guinée et au Libéria, Maya choisit de s’installer à Accra. Dans All God’s Children Need Traveling Shoes elle expose les hauts et les bas, les utopies et les illusions ainsi que les désenchantements et les désillusions de l’insertion —économique, culturelle et sociale— dans la société d’accueil. Finalement, prenant note du conseil de son aîné et idole, Malcolm X, elle rentra au pays natal. Là, Dr. Martin Luther King, Jr. lui demanda de prendre activement part à une nouvelle phase de la lutte pour les droits civiques et économiques. Elle y consentit. Hélas, quelques jours après leur conversation, James Earl Roy abattait froidement l’apôtre de la non-violence à Memphis (Tennessee), le 4 april 1968.<br />
Trois ans avant l’arrivée de Maya au Ghana, la jeune <strong>Maryse Boucolon</strong> avait épousé l’artiste guinéen <strong>Mamoudou Condé</strong>. Et elle vécut tour à tour en Côte d’Ivoire, en Guinée et au Ghana. <em>La vie sans fards</em> raconte l’odyssée africaine de Maryse Condé : épouse, mère, débrouillarde, triomphante enfin des tourbillons de sa vie, et aujourd’hui sereine —comme le fut Maya— dans l’apothéose de sa carrière d’écrivain et d’éducatrice. Cette autobiographie est d’autant plus précieuse qu’elle dépeint Conakry et la Guinée des trois premières années d’indépendance.<br />
Un point important différencie cependant Maya et Maryse à leur arrivée en Afrique : la première était déjà une militante engagée, active voire passionnée. La seconde, par contre, était sinon ignorante, du moins innocente et débutante au plan politique et idéologique. Mais son inexpérience n’affecta en rien son esprit d’observation et sa lucidité. Pour cela, son témoignage vaut son pesant d’or. La novice Maryse décela ainsi tôt, en 1960, les contradictions de Sékou Touré, les premières dérives autoritaires, les pas initiaux vers la dictature. Par exemple, elle se rémémore le Camp Camayenne de 1961 —baptisé Camp Boiro en 1969. Au chapître 4 “Nous préférons la pauvreté dans la liberté à l’opulence dans l’esclavage”, page 105, elle note :</p>
<blockquote>
<div>Des choses plus graves commençaient de se passer. Du jour au lendemain, des maisons étaient vidées de leurs occupants. A Camayenne, un camp s’était ouvert où, chuchotait-on, on torturait ceux qui avaient l’audace de critiquer Sékou Touré et les décisions du PDG. Des rumeurs circulaient selon lesquelles des émeutes avaient éclaté et avaient été réprimées dans le sang.</div>
</blockquote>
<div>Le paragraphe suivant se fait plus précis :</div>
<blockquote>
<div>Les Peuls étaient soumis à une répression féroce. Je n’ai jamais clairement compris ce que Sékou Touré leur reprochait. D’être trop attachés à leurs chefferies traditionnelles dont il s’efforçait de saper  le pouvoir ? En tous cas, il ne faisait pas bon s’appeler Bâ, Barry, Sow ou Diallo.</div>
</blockquote>
<div>Avec le passage du temps la mémoire confond certains détails ; par exemple, Maryse prend Louis Sénainon Béhanzin pour un historien. En fait, c’était un mathématicien doté, il est vrai, d’une énorme culture livresque dans sa discipline, en philsophie et en science sociales.<br />
On lira ici la notice biographique, suivie de la préface, d’une dédicace, de l’avant-propos et du premier chapitre. Cette section situe clairement les personnages, faits et évènements subséquents. Pour la suite je diffère la publication du deuxième chapître. Intitulé “One Flew over the Cuckoo’s Nest”, il traite de la Côte d’Ivoire (Bingerville, Abidjan). Je fais suivre donc le troisième chapitre : “<strong><em>Deuxième vol au-dessus d’un deuxième nid de coucou</em></strong>”. Il est le premier de plusieurs concernant la Guinée. Charité bien ordonnée commence par soi, n’est-ce pas ?!<br />
Les chapitres sur la Côte d’Ivoire et le Ghana paraîtront à la fin de cette série. Bonne lecture !<br />
<strong>Tierno S. Bah</strong></div>
<h3>Notice biographique</h3>
<div> Née à Pointe-à-Pitre, Maryse Condé est l’une des voix majeures de la littérature contemporaine. Elle a écrit notamment <em>Ségou</em>, <em>La Vie scélérate</em>, <em>Traversée de la mangrove</em>, <em>Moi, Tituba, sorcière noire de Salem</em>, <em>En attendant la montée des eaux</em> … Après avoir longtemps enseigné à l’université de Columbia, elle se partage aujourd’hui entre Paris et New York.</div>
<h3>Préface</h3>
<p>Trop souvent les autobiographies deviennent des constructions de fantaisie. Il semble que l’être humain soit tellement désireux de se peindre une existence différente de celle qu’il a vécue, qu’il l’embellit, souvent malgré lui. Il faut donc considérer <em>La Vie sans fards</em> comme une tentative de parler vrai, de rejeter les mythes et les idéalisations flatteuses et faciles.<br />
Voici peut-être le plus universel de mes livres. Il ne s’agit pas seulement d’une Guadeloupéenne tentant de découvrir son identité en Afrique ou de la naissance longue et douloureuse d’une vocation d’écrivain chez un être apparemment peu disposé à le devenir. Il s’agit d’abord et avant tout d’une femme aux prises avec les difficultés de la vie. Elle est confrontée à ce choix capital et toujours actuel : être mère ou exister pour soi seule.<br />
Je pense que <em>La Vie sans fards</em> est surtout la réflexion d’un être humain cherchant à se réaliser pleinement. Mon premier roman s’intitulait <em>En attendant le bonheu</em>r, ce livre affirme : il finit toujours par arriver.</p>
<h3>Dédicace</h3>
<p>A Hazel Joan Rowley,<br />
qui a fermé si brutalement la porte,<br />
qu’elle nous a laissés saisis.</p>
<blockquote><p>« Vivre ou écrire, il faut choisir. »<br />
Jean-Paul Sartre</p></blockquote>
<h3>Avant-propos</h3>
<p>Pourquoi faut-il que toute tentative de se raconter aboutisse à un fatras de demi-vérités ? Pourquoi faut-il que les autobiographies ou les mémoires deviennent trop souvent des édifices de fantaisie d’où l’expression de la simple vérité s’estompe, puis disparaît ? Pourquoi l’être humain est-il tellement désireux de se peindre une existence aussi différente de celle qu’il a vécue ? Par exemple, je lis dans les brochures rédigées par mes attachées de presse d’après mes propres informations à l’intention des journalistes et des libraires :</p>
<blockquote><p>« En 1958, elle épouse Mamadou Condé, un comédien guinéen qu’elle avait vu jouer à l’Odéon dans Les Nègres, une pièce de Jean Genet, mise en scène par Roger Blin et part avec lui pour la Guinée, le seul pays d’Afrique qui ait répondu non au référendum sur la communauté du général de Gaulle ».</p></blockquote>
<p>Ces phrases créent une image séduisante. Celle d’un amour éclairé par le militantisme. Or, elles contiennent à elles seules de nombreuses falsifications. Je n’ai jamais vu Condé jouer dans <em>Les Nègres</em>. Lorsque j’étais avec lui à Paris, il ne se produisait que dans d’obscures salles de théâtre où, ainsi qu’il le disait moqueusement, il faisait de la « nègrerie ». Il n’incarna le personnage d’Archibald à l’Odéon qu’en 1959, alors que notre mariage étant loin d’être une réussite, nous vivions la première de nos séparations. J’enseignais à Bingerville en Côte d’Ivoire où est née Sylvie-Anne, notre première fille.</p>
<p>Paraphrasant donc Jean-Jacques Rousseau dans <em>Les Confessions</em>, je déclare aujourd’hui que <em>je veux montrer à mes semblables une femme dans toute la vérité de la nature et cette femme sera moi</em>.</p>
<p>D’une certaine manière, j’ai toujours éprouvé de la passion pour la vérité, ce qui, sur le plan privé comme public, m’a souvent desservie. Dans mon récit de souvenirs <em>Le Coeur à rire et à pleurer – Contes vrais de mon enfance</em>, je raconte comment ma « vocation d’écrivain », si on peut employer pareils termes, aurait pris naissance. J’aurais environ dix ans. C’était, semble-t-il, un 28 avril, jour de l’anniversaire de ma mère que j’idolâtrais, mais dont le caractère singulier, complexe et fantasque ne manquait pas de me déconcerter. J’aurais donc élaboré une composition, mi-poème, mi-saynète, où je me serais efforcée de peindre les multiples facettes de sa personnalité, tantôt tendre et sereine comme brise de mer, tantôt moqueuse et grinçante. Ma mère m’aurait écoutée sans mot dire tandis que je paradais devant elle, vêtue d’une robe bleue. Puis, elle aurait levé sur moi des yeux à ma stupeur remplis de larmes et aurait soufflé :<br />
— C’est ainsi que tu me vois ?<br />
J’aurais éprouvé à ce moment-là un sentiment de puissance que j’aurais cherché à revivre, livre après<br />
livre. Cette anecdote construite a posteriori me semble parfaitement illustrer ces involontaires (?) tentatives d’embellissement que je dénonce. Il est certain que j’ai souvent rêvé de choquer mes lecteurs en dégonflant<br />
certaines boursouflures. Plus d’une fois, j’ai regretté que des flèches contenues dans mes textes n’aient pas été perçues. Ainsi dans mon dernier roman <em>En attendant la montée des eaux</em> (J.-C. Lattès 2010), j’écris : « <em>Un terroriste n’est-il pas tout simplement un exclu, exclu de sa terre, exclu de la richesse, exclu du bonheur, qui tente de manière désespérée et peur-être barbare de faire entendre sa voix ?</em> »<br />
J’espérais que dans notre époque si frileuse, une telle définition pourrait susciter diverses réactions. Or seul Didier Jacob du <em>Nouvel Observateur</em>, lors d’une interview, me posa une question à ce sujet.<br />
Cependant, le désir de choquer ne saurait, à lui seul, résumer la vocation d’un écrivain. La passion de l’écriture a fondu sur moi presque à mon insu. Je ne la comparerai pas à un mal d’origine mystérieuse puisqu’elle m’a procuré mes joies les plus hautes. Je la rapprocherais plutôt d’une urgence, un peu effrayante dont je n’ai jamais su démêler les causes. N’oublions pas que je suis née dans un pays, à l’époque, sans musée, sans vraie salle de spectacle, où les seuls écrivains que nous fréquentions appartenaient à nos manuels scolaires er étaient originaires d’Ailleurs.</p>
<p>Je n’ai pas été un écrivain précoce, griffonnant à seize ans des textes géniaux. Mon premier roman est paru à mes quarante-deux ans, quand d’autres commencent de ranger leurs papiers er leurs gommes et a été fort mal accueilli, ce que j’ai accepté avec philosophie comme la préfiguration de ma future carrière littéraire. La principale raison qui explique que j’ai tant tardé à écrire, c’est que j’étais si occupée à vivre douloureusement que je n’avais de loisir pour rien d’autre. En fait, je n’ai commencé à écrire que lorsque j’ai eu moins de problèmes et que j’ai pu troquer des drames de papier contre de vrais drames.</p>
<p>J’ai longuement parlé du milieu dont je suis issue dans Le Coeur à rire et à pleurer et surtout dans Victoire, les saveurs et les mots. Le film à succès d’Euzhan Paley : <em>La Rue Case-Nègres</em> a popularisé une certaine image des Antilles. Non ! Nous ne sommes pas tous des damnés de la terre nous tuant à la peine dans la grattelle de la canne à sucre. Mes parents faisaient partie de l’embryon de la petite bourgeoisie et se dénommaient avec outrecuidance « Les Grands Nègres ». Je dirai à leur décharge que leurs enfances avaient été terribles et qu’ils voulaient à tout prix protéger leur descendance.<br />
Jeanne Quidal, ma mère, était la fille bâtarde d’une mulâtresse illettrée qui ne sut jamais parler le français. Sa mère se louait chez des blancs-pays, de leur vrai nom les Wachter, et elle avait très tôt connu son lot de honte et d’humiliation.<br />
Auguste Boucolon, mon père, bâtard lui aussi, s’était retrouvé orphelin, quand sa pauvre mère avait péri brûlée vive dans l’incendie de sa case. On peut malgré tout dire que ces douloureuses circonstances avaient eu des conséquences relativement positives.<br />
Les Wachter avaient autorisé ma mère à bénéficier de l’enseignement du précepteur de leur fils, ce qui lui avait permis d’être « anormalement » instruite, vue sa couleur, et de devenir une des premières institutrices noires de sa génération. Mon père, pupille de la nation, avait poursuivi une scolarité rare pour l’époque, à coups de bourses et avait fini… fondateur d’une petite banque locale, la « Caisse Coopérative de Prêts » qui aidait les fonctionnaires.</p>
<p>Une fois mariés, Jeanne et Auguste furent le premier couple de Noirs à posséder une voiture, une Citroën C4, à se faire bâtir à la Pointe une maison de deux étages, à passer leurs vacances dans leur « maison de changement d’air » au bord de la rivière Sarcelles à Goyave. Imbus de leur réussite, ils considéraient que rien n’était assez bon pour eux et ils nous élevèrent, mes sept frères, mes soeurs et moi dans le mépris et l’ignorance de la société qui nous entourait</p>
<p>Dernière-née de cette large fratrie, j’étais particulièrement choyée. Tout le monde s’accordait à dire que mon avenir serait exceptionnel et je le croyais volontiers. A 16 ans, quand je partis commencer mes études supérieures à Paris, j’ignorais le créole. N’ayant jamais assisté à un <em>lewoz</em>, je ne connaissais pas les rythmes de la danse traditionnelle, le <em>gwoka</em>. Même la nourriture antillaise, je la jugeais grossière et sans apprêt.</p>
<p>Je ne parlerai pas de ma vie actuelle, sans grands drames, si ce n’est l’approche à pas sournois de la vieillesse puis de la maladie, événements sans originalité qui, j’en suis sûre, n’intéresseraient personne. Je tenterai plutôt de cerner la place considérable qu’a occupée l’Afrique dans mon existence et dans mon imaginaire. Qu’est-ce que j’y cherchais ? Je ne le sais toujours pas avec exactitude. En fin de compte, je me demande si à propos de l’Afrique, je ne pourrais reprendre à mon compte presque sans les modifier les paroles du héros de Marcel Proust dans <em>Un amour de Swann</em> :</p>
<blockquote><p>« Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’était pas mon genre. »</p></blockquote>
<h3>Première Partie<br />
Chapitre 1. — « Mieux vaut mal mariée que fille »<br />
Proverbe guadeloupéen</h3>
<p>J’ai fait la connaissance de <strong>Mamadou Condé</strong> en 1958 à la Maison des Étudiants de l’Ouest Africain, grande bâtisse délabrée située boulevard Poniatowski à Paris. Puisque l’Afrique, son passé, son présent, comptait pour ma seule préoccupation, je venais de me faire deux amies, deux soeurs, Peules de Guinée : <strong>Ramatoulaye</strong> et <strong>Binetou</strong>. Je les avais rencontrées lors d’un meeting politique à la salle des Sociétés Savantes, rue Danton, aujourd’hui disparue. Elles venaient de Labé et m’avaient fait rêver en me montrant les photos jaunies de leurs vénérables parents, vêtus de boubous de bazin, assis devant leurs cases rondes à toit de paille.</p>
<p>La Maison des Étudiants était riche en courants d’air. Pour lutter contre le froid, Ramatoulaye, Binetou et moi, nous buvions tasse sur tasse de thé vert à la menthe dans le foyer où brûlait un minuscule poêle à charbon. Un après-midi, un groupe de Guinéens vint nous y rejoindre.<br />
Tous appelaient Condé « le Vieux», ce qui était, je l’avais appris, un signe de respect, mais aussi, parce que, déjà grisonnant, il semblait plus âgé que la moyenne des étudiants. Il parlait également du ton sentencieux d’un Sage qui énonce de profondes vérités. Pourtant son acte d’état-civil affirmant qu’il était né vers 1930 contredisait et son apparence et son comportement. Extrêmement frileux, il portait enroulée autour du cou une lourde écharpe tricotée main et sous son épais manteau de couleur terreuse, deux ou trois pullovers. Je fus surprise quand on fit les présentations. Comédien qui suivait les cours du Conservatoire de la rue Blanche ? Sa diction laissait beaucoup à désirer. Quant à sa voix haut perchée, elle n’avait rien de celle d’un baryton. Soyons franche ! En<br />
d’autres temps, je lui aurais à peine adressé la parole. Mais, pour moi, la vie avait radicalement basculé. Celle que j’avais été n’était plus.</p>
<p>L’arrogante Maryse Boucolon, l’héritière des « Grands Nègres », élevée dans le souverain mépris des inférieurs avait été frappée d’une blessure mortelle. Fuyant mes anciens amis, je n’avais plus qu’un désir : me faire oublier. J’avais quitté le lycée Fénelon et je ne m’enorgueillissais plus d’être une des très rares Guadeloupéennes à préparer le concours des Grandes Écoles avec toutes les chances d’être reçue. Cela n’avait pas été mon seul titre de gloire ! Après la parution des bonnes feuilles de <em>Peau Noire, Masques Blancs</em> dans la revue <em>Esprit</em>, outrée par cette peinture que je jugeais avilissante de la société antillaise, j’avais adressé à la direction une <em>Lettre Ouverte</em> dans laquelle j’affirmais que Frantz Fanon n’avait rien compris à notre société. Ô surprise, en réponse à ma missive enflammée, malgré mon extrême jeunesse, j’avais été invitée par Jean-Marie Domenach lui-même à venir à la rue Jacob afin d’exposer mes critiques.</p>
<p>Mais depuis ces jours fastueux, l’Haïtien Jean Dominique, le futur héros de <em>The Agronomist</em>, le documentaire hagiographique de l’Américain Jonathan Demme était passé par là. Je ne me souviens plus dans quelles circonstances j’avais rencontré cet homme dont le comportement devait avoir de telles conséquences dans ma vie. Nous avions vécu un remarquable amour intellectuel. Vu le splendide isolement dans lequel j’avais été élevée, je ne savais rien d’Haïti. Jean Dominique ne m’avait pas simplement déniaisée physiquement. Il m’avait éclairée, me révélant la geste des « Africains chamarrés » selon l’expression méprisante de Napoléon Bonaparte. Grâce à lui, j’avais découvert le martyre de Toussaint Louverture, le triomphe de Jean-Jacques Dessalines et les premières difficultés de la nouvelle République Noire. Il m’avait aussi donné à lire <em>Gouverneurs de la Rosée</em> de Jacques Roumain, <em>Bon Dieu rit</em> d’Edris St-Amand, <em>Compère Général Soleil</em> de Jacques Stephen Alexis. En un mot, il m’avait initiée à l’extraordinaire richesse d’une terre que j’ignorais. Sans nul doute, c’est lui qui a planté dans mon coeur cet attachement pour Haïti qui ne s’est jamais démenti.</p>
<p>Le jour où prenant mon courage à deux mains, je lui annonçai que j’étais enceinte, il sembla heureux, très heureux même et s’écria avec emportement :<br />
— C’est un petit mulâtre que j’attends cette fois !<br />
Car d’une précédente union, il avait deux filles dont l’une J.J. Dominique est devenue écrivain.<br />
Néanmoins, me rendant chez lui le lendemain, je le trouvai en train de vider son appartement et de ranger ses effets dans des malles. D’un air pénétré, il m’expliqua qu’une menace d’une exceptionnelle gravité se profilait sur Haïti. Un médecin du nom de François Duvalier se présentait à l’élection présidentielle. Parce qu’il était noir, il suscitait l’enthousiasme des foules, lassées des présidents mulâtres et dangereusement sensibles à l’idéologie du « noirisme ». Or, il ne possédait aucune des qualités nécessaires pour remplir une si haute fonction.<br />
Toutes les forces d’opposition à ce détestable projet devaient donc se rejoindre au pays et former un front commun.<br />
Jean Dominique s’envola et ne m’adressa pas même une carte postale. Je restai seule à Paris, ne parvenant pas à croire qu’un homme m’avait abandonnée avec un ventre. C’était impensable. Je refusais d’accepter la seule explication possible : ma couleur. Mulâtre, Jean Dominique m’avait traitée avec le mépris et l’inconscience de ceux qui stupidement s’érigeaient alors en caste privilégiée. Comment interpréter ses stances anti-duvaliéristes ? Quel crédit accorder à sa foi dans le peuple ? Il va sans dire que pour moi, ce n’était qu’hypocrisie.</p>
<p>Je parvins difficilement à supporter les longs mois de cette grossesse solitaire. Un médecin de la Sécurité Sociale des étudiants me trouvant dépressive et dénutrie m’expédia dans une maison de repos dans l’Oise où tout le monde m’entoura d’attentions que je n’ai pas oubliées. Pour la première fois, je découvrais la compassion des étrangers. Finalement, le 13 mars 1956, alors que j’aurais dû préparer d’arrache-pied mon concours d’entrée à l’École Normale Supérieure, j’accouchai dans une petite clinique du XVe arrondissement, d’un fils à qui je donnai au hasard le prénom de Denis. Sur ces entrefaites, ma mère adorée mourut subitement à la Guadeloupe. Sous le coup de toutes ces épreuves, je jouai à la Marguerite Gautier. Un infiltrat tuberculeux se déclara dans mon poumon droit et le même médecin de la Sécurité Sociale des étudiants me dirigea vers le Sanatorium de Vence dans les Alpes-Maritimes. Je devais y rester plus d’un an.<br />
— Pourquoi le sort s’acharne-t-il ainsi sur toi ? répétait, ulcérée, en m’accompagnant à la gare, Yvane Randal, une des rares amies que je fréquentais encore.<br />
Toute à mon chagrin, je ne l’entendais pas.<br />
Faute de moyens, j’avais dû confier mon adorable nourrisson à l’Assistance Publique dont les austères locaux s’élevaient avenue Denfert-Rochereau. Pourtant, j’avais deux soeurs aînées vivant dans la capitale. La première, Ena, qui était aussi ma marraine, étonnamment belle, mélancolique et rêveuse, était entourée d’une aura de mystère. Venue faire des études de musique, elle avait épousé, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, le Guadeloupéen Guy Tirolien, élève de l’École Nationale d’Administration qui, avec son recueil <em>Balles d’Or</em>, devait devenir notre poète national. Les raisons de leur divorce constituaient un des secrets les plus sulfureux de notre famille. Alors que son mari se languissait au stalag à côté de Léopold Sédar Senghor, Ena le trompait avec une coterie de fringants officiers allemands qui la surnommaient « Bijou ». Pour l’heure, elle était entretenue par un richissi me homme d’affaires. Pour meubler son inaction, elle jouait au piano des mélodies de Chopin et buvait des alcools forts. L’autre, Gillette, était plus terre à terre. Assistante sociale à Saint-Denis, alors un faubourg populeux et pauvre, elle était mariée à <strong>Jean[-Baptiste] Deen</strong>, un <em>étudiant en médecine d’origine guinéenne</em>.<br />
— Tu ne mérites pas ce qui t’arrive !  ajoutait Yvane, révoltée.<br />
Moi-même, je ne savais que penser. A certains moments, j’avais la conviction d’avoir été victime d’une immense injustice. A d’autres, une voix me soufflait que je méritais ce qui m’arrivait, la conviction d’appartenir à une espèce supérieure dans laquelle j’avais été élevée ayant irrité le sort. Je suis sortie de cette épreuve à jamais écorchée vive, ne possédant guère de confiance dans le sort, redoutant à chaque instant les coups sournois du destin.</p>
<p>Ce séjour à Vence fut sinistre. Comme Marie-Noëlle dans le roman <em>Desirada</em> je garde un triste souvenir des heures interminables passées au lit, des perfusions quotidiennes de PAS, de la fatigue, des nausées, des fièvres, des suées et des insomnies. Mais à la différence de Marie-Noëlle, je ne rencontrai pas l’amour. Cela aurait été difficile. Quand nous nous portions mieux, nous avions l’autorisation de nous rendre une fois par mois à Nice, sous la conduite d’une infirmière en blouse blanche. A notre approche, les passants s’écartaient, car nous symbolisions la détresse et la maladie, qui sont contagieuses, on le sait. Nous poussions jusqu’à la mer et nous regardions avec envie les bien portants à demi nus et bronzés qui se poursuivaient à la brasse. Je pensais avec douleur à ma mère que je ne verrais jamais plus et à mon beau bébé, et avec haine à Jean Dominique. Néanmoins comme cela se produit souvent dans la vie, ces longs mois eurent une contrepartie heureuse. Grâce à une série d’autorisations spéciales dues à mon état de santé, je pus terminer une licence de lettres modernes à la Faculté d’Aix-en-Provence. J’optai pour le français, l’anglais, et l’italien et non plus le français, le latin et le grec, comme j’en avais rêvé lorsque j’étais en hypokhâgne.</p>
<p>De retour à Paris, je répondis à une petite annonce et trouvai du travail dans une branche du ministère de la Culture, rue Boissy d’Anglas. Forte de cet emploi, je me crus capable de reprendre Denis avec moi et de mettre fin au sentiment de culpabilité que j’éprouvais en pensant à lui. Ma vie se révéla très vite un enfer. Depuis la mort de ma mère, mon père, qui ne m’avait jamais beaucoup aimée, se désintéressait complètement de moi et ne m’envoyait plus d’argent. Je n’ai jamais compris pourquoi l’attitude d’Ena et Gillette à mon endroit s’était pareillement modifiée. Comme elles étaient sensiblement plus âgées que moi, il n’y avait jamais eu beaucoup d’intimité entre nous. Néanmoins, par le passé, elles étaient plutôt gentilles et m’invitaient régulièrement à déjeuner ou à dîner chez elles. Depuis ma grossesse et la fuite de Jean Dominique, alors que j’aurais eu tellement besoin d’être entourée, je ne les voyais plus. Quand je me hasardais à téléphoner, c’est tout juste si elles ne raccrochaient pas en entendant ma voix. Avais-je choqué leurs sentiments petits-bourgeois ? Étaientelles déçues de me voir, alors que j’étais promise à un brillant avenir, engrossée, puis abandonnée comme une servante ? Réagissaient-elles en fin de compte comme les petites bourgeoises qu’elles étaient ?</p>
<p>Je n’avais donc pour vivre avec mon bébé que mon dérisoire salaire du ministère. J’habitais, moqueuse coïncidence, dans un immeuble bourgeois face à l’Ambassade d’Haïti dans le XVIIe arrondissement. Mais, j’occupais une chambre de bonne avec l’eau et les toilettes sur le palier. Chaque matin, je traversais Paris pour déposer Denis à la crèche des enfants d’étudiants qui se trouvait rue des Fossés-Saint-Jacques dans le Ve, puis je me précipitais au ministère à la Concorde. En fin de journée, je parcourais la même distance en sens inverse. Inutile de dire que je ne sortais jamais le soir. Moi naguère si friande de cinéma, de théâtre, de concerts de musique et de repas aux restaurants, je n’allais plus nulle part. Je baignais mon fils, je le faisais manger, puis je m’efforçais de l’endormir en lui chantant des berceuses. La rumeur ayant circulé que ma brusque disparition était due au fait que j’étais une « fille-mère », comme on désignait alors avec mépris les « mères-célibataires », à l’ exception des fidèles Yvane Randal et Eddy Edinval, les étudiants antillais m’évitaient. Je ne fréquentais plus que des Africains qui ne savaient rien de moi et qu’impressionnaient mes manières et mon restant de bagout.</p>
<p>J’avais beaucoup de mal à payer mon loyer. Quand les retards s’accumulaient, le propriétaire, un bourgeois de carte postale, cheveux blancs de neige, profil aristocratique, escaladait les six étages qui menaient au triste réduit qu’il me louait et vociférait:<br />
— Je ne suis pas là pour vous servir de père !<br />
Au ministère, au contraire, je retrouvais ces marques de gentillesse et de sympathie qui m’avaient tellement surprise lors de mon séjour dans la maison de repos de l’Oise. Pour parler comme Tennessee Williams, <em>the kindness of strangers</em> ne cessait de m’entourer. Tout le service où je travaillais s’apitoyait sur ma jeunesse et mon dénuement, admirait ma dignité et mon courage. Le week-end, j’étais régulièrement invitée à déjeuner chez mes collègues. Les convives s’extasiaient sur la beauté de Denis, couvert de baisers et traité comme un petit prince. Au départ, mes hôtesses glissaient dans mon sac des vêtements usagés, pas seulement d’enfants, du pain d’épice, des boîtes d’Ovomaltine ou de cacao Van Houten, destinées à fortifier le fils et la mère, les deux étant fort chétifs. Je versais des larmes d’humiliation sur le trottoir.</p>
<p>Que faisait-on exactement rue Boissy d’Anglas ? Je crois me souvenir que le Département auquel j’appartenais rédigeait des lettres qui accompagnaient des projets culturels à l’intention du ministre.</p>
<p>Au bout de quelques mois, je compris que je n’étais pas en état de suivre ce régime. Je me résignai à me séparer de nouveau de Denis. Je le confiai à une nourrice agréée, Mme Bonenfant qui habitait dans les environs de Chartres. Comme je fus bien vite incapable de lui régler ses 18 000 anciens francs mensuels, je pris le large et ne remis plus les pieds à Chartres. Mme Bonenfant n’engagea aucun recours contre moi. Elle se borna à m’adresser des lettres bourrées de fautes d’orthographe où elle me donnait des nouvelles de « notre » petit.<br />
— Vous lui manquez beaucoup ! assurait-elle. Il vous réclame tout le temps.<br />
Je pleurais en lisant ce courrier, car j’étais bourrelée de remords. Les jours se succédaient dans un brouillard de souffrance et de mauvaise conscience. Je dormais deux ou trois heures par nuit. En quelques semaines, je maigris de huit kilos. Les lecteurs me demandent souvent pourquoi mes romans sont remplis de mères qui considèrent leurs enfants comme des poids trop lourds à porter, d’enfants qui souffrent d’être mal aimés et se replient sur eux-mêmes. C’est que je parle d’expérience. J’aimais profondément mon fils. Cependant, non seulement sa venue avait détruit les espoirs qui faisaient la base de mon éducation, mais j’étais incapable de subvenir à ses besoins. En fin de compte, mon comportement à son égard pouvait sembler celui d’une mauvaise mère.</p>
<p>Je ne garde aucun souvenir de la cour au pas de charge que me fit Condé. Premier baiser, première étreinte, premier plaisir partagé. Rien. Je n’ai pas non plus souvenir d’une conversation, d’un échange sérieux entre nous sur quelque sujet que ce fût. Pour des raisons différentes, nous étions également pressés de passer devant le maire. J’espérais grâce à ce mariage retrouver un rang dans la société.</p>
<p>Condé avait hâte d’exhiber cette épousée universitaire, visiblement de bonne famille et qui parlait le français comme une vraie Parisienne. Condé était un personnage assez complexe, doté d’une gouaille que je trouvais souvent commune, presque vulgaire, mais qui était efficace. Je tentai vainement de le façonner à mon goût. Il repoussait mes diverses tentatives avec une détermination qui témoignait de sa liberté d’esprit. Ainsi, je prétendis l’habiller d’une parka, vêtement à la mode en ces années-là.<br />
— Trop jeune ! Beaucoup trop jeune pour moi ! assurait-il de sa voix nasale.<br />
Je tentai de lui communiquer ma passion pour les cinéastes de la Nouvelle Vague, les réalisateurs italiens, Antonioni, Fellini, Visconti, ou pour Carl Dreyer et Ingmar Bergman. Il s’endormit si profondément pendant la projection des <em>Quatre cents coups</em> de François Truffaut (1958) que j’eus du mal à le réveiller en fin de séance sous les regards narquois des spectateurs. Il m’infligea mon échec le plus cuisant quand je tentai de l’initier aux poètes de la Négritude que j’avais découverts quelques années auparavant quand j’étais élève d’hypokhâgne. Un jour, Francaise, une camarade de classe, qui se piquait de militantisme, m’apporta un mince opuscule qui portait en titre: <em>Discours sur Le colonialisme</em>. Je ne savais rien de son auteur. Pourtant, sa lecture me bouleversa tellement que le lendemain, je me précipitai à la librairie Présence Africaine. J’achetai tout ce que je trouvai d’Aimé Césaire. Pour faire bonne mesure j’achetai aussi les poèmes de Léopold Sédar Senghor et de Léon-Gontran Damas.</p>
<p>Condé ouvrait au hasard l’ouvrage de celui qui était devenu mon écrivain favori, le <em>Cahier d’un retour au pays natal </em>d’Aimé Césaire et déclamait moqueusement :</p>
<p>« Que 2 et 2 font 5<br />
que la forêt miaule<br />
que l’arbre tire les marrons du feu<br />
que le cil se lisse la barbe<br />
et cetera et cetera.… »</p>
<p>— Qu’est-ce que cela veut dire? s’exclamait-il.<br />
Pour qui écrit-il ? Certainement pas pour moi qui<br />
ne le comprends pas.<br />
A la rigueur, il tolérait Léon-Gontran Damas dont le style lui semblait plus simple er direct.</p>
<p>Cependant, ce qui me paraît incroyable, c’est que je ne lui révélai jamais l’existence de Denis. Je ne fus même pas tentée de l’avouer, car je savais que cette révélation rendrait tout projet de mariage impossible. Cette époque-là ne ressemblait nullement à celle que nous vivons aujourd’hui. Si la virginité chez une femme n’était plus tout à fait de rigueur, la libération sexuelle était loin de s’amorcer. La loi Simone Veil ne devait être votée qu’environ 15 ans plus tard. Avoir un enfant « naturel » ne s’avouait pas aisément.</p>
<p>Condé ne fit pas l’unanimité auprès des rares personnes à qui je le présentai.<br />
— Quel est son niveau d’études ? demanda avec arrogance Jean, le mari de Gillette quand je l’emmenai déjeuner à Saint-Denis.<br />
Ena qui nous avait hâtivement reçus dans un bar de la place des Abbesses, téléphona à Gillette pour lui indiquer qu’en trente minutes d’entrevue, il avait ingurgité six bières et deux verres de vin rouge. Sûrement, c’était un ivrogne. Yvane et Eddy se plaignaient :<br />
— On ne comprend pas quand il parle.<br />
Moi-même, je voyais bien que ce n’était pas l’homme dont j’avais rêvé. Mais celui dont j’avais rêvé m’avait laidement trahie. Nous nous mariâmes un matin du mois d’août 1958 par un éclatant soleil à la mairie du XVIIIe arrondissement de Paris. Les platanes verdoyaient. Si Ena ne prit pas la peine de se déplacer, Gillette assista à la cérémonie, accompagnée de sa fille Dominique qui n’arrêta pas de bouder parce que cela ne ressemblait pas à un « vrai mariage », se plaignit-elle. Nous prîmes un verre de Cinzano rouge au café du coin, puis nous emménageâmes dans un meublé des environs où Condé avait loué un deux pièces.</p>
<p>Moins de trois mois plus tard, nous étions séparés. Nous ne nous disputions pas. Simplement, nous ne pouvions supporter d’être longtemps ensemble. Tout ce que l’un de nous faisait ou disait, irritait l’autre. Parfois, pour servir de tampon, nous faisions appel à quelques invités, mais je détestais ses amis autant qu’il détestait Yvane et Eddy. Au cours de l’année qui suivit, quand je m’aperçus que j’étais enceinte, nous fimes plusieurs tentatives pour reprendre la vie commune. Puis, il fallut nous résigner à la rupture. Je ne souffris pas de ce qui pouvait sembler un nouveau déboire amoureux.<br />
D’une certaine manière, j’avais obtenu ce que je voulais. Je m’appelais Madame et je portais une alliance à l’annulaire de la main gauche. Ce mariage avait « relevé ma honte ». Jean Dominique m’avait insufflé la peur et la méfiance des hommes antillais. Condé était un « Africain ». Non pas un « Guinéen » comme je l’ai prétendu par la suite, impliquant menteusement que Sékou Touré et l’indépendance de 1958 avaient joué quelque rôle dans ce mariage. Répétons que je n’étais pas encore suffisamment « politisée » pour cela. Je croyais que si j’abordais au continent chanté par mon poète favori, je pourrais renaître. Redevenir vierge. Tous les espoirs me seraient à nouveau permis. N’y flotterait pas le souvenir malfaisant de celui qui m’avait fait tant de mal. Pas étonnant si mon mariage n’avait pas duré : j’avais posé sur les épaules de Condé un poids d’attentes et d’imagination né de mes déceptions. Cette charge était trop lourde pour lui.</p>
<p>Je perçois aujourd’hui avec une lucidité cruelle à quel point cette union fut un marché de dupes. L’amour, le désir n’y tenaient que peu de place. A travers moi, il cherchait ce qui lui manquait : l’instruction et l’appartenance à un solide milieu familial. Le mari de Gillette avait eu raison de s’interroger sur son niveau d’études. Condé possédait tout juste le certificat d’études primaires. Son père étant mort alors qu’il était très jeune, il avait été élevé à Siguiri par une pauvresse de mère qui vendait de la pacotille sur les marchés. Il devait découvrir que ce métier de comédien qu’il avait choisi, sans vocation véritable, pour quitter la Guinée et se parer du beau nom « d’étudiant », ne l’auréolait d’aucun prestige. Ne bénéficiant d’aucun appui dans la société, ses ambitions « d’être quelqu’un » pour parler comme Marlon Brando dans <em>Sur les quais</em> n’avaient aucune chance de se réaliser.</p>
<p>En 1959, la Coopération commençait de balbutier.<br />
Une aile du ministère abrita bientôt un bureau d’embauche pour les Français qui voulaient tenter leur chance en Afrique. Cette offre semblait faite pour moi. En effet, l’Afrique, quand je l’avais découverte en hypokhâgne, n’était rien de plus qu’un objet littéraire. C’était la source d’inspiration de poètes dont la voix me changeait de celles des sempiternels Rimbaud, Verlaine, Mallarmé, Valéry. Cependant au fur et à mesure, les réalités africaines avaient occupé dans ma vie une place de plus en plus grande. Je ne voulais plus songer aux Antilles qui évoquaient des souvenirs trop douloureux. Je me précipitai donc au bureau de recrutement. Je me rappelle encore la stupeur du blondinet aux joues roses qui prit soin de ma candidature. Il m’assaillait de questions :<br />
— Vous voulez partir en Afrique seule avec un enfant ? Et votre époux ? Ne venez-vous pas de vous marier ?</p>
<p><strong><em>A suivre. Chapître 3 : Deuxième vol au-dessus d’un deuxième nid de coucou<br />
</em></strong></p>
<p>Du même auteur :</p>
<p>Aux Éditions Robert Laffont</p>
<ul>
<li><em>Un saison à Rihat</em>a, 1981</li>
<li><em>Ségou, vol. 1, Les Murailles de terre</em>, 1984</li>
<li><em>Ségou, vol. 2, La terre en miettes</em>, 1985</li>
<li><em>La vie scélérate</em>, 1987, Prix de l’Académie française</li>
<li><em>En attendant le bonheur : Heremakhonon</em>, 1988</li>
<li><em>La colonie du Nouveau Monde</em>, 1993</li>
<li><em>La migration des coeurs</em>, 1995</li>
<li><em>Pays mêlé</em>, 1997</li>
<li><em>Désirada</em>, 1997. Prix Carbet de la Caraïbe</li>
<li><em>En attendant le bonheur : Heremakhonon</em>, 1997</li>
<li><em>Le coeur à rire et à pleurer : contes vrais</em>, 1999. Réédition. Prix Marguerite Yourcenar</li>
<li><em>Célanire cou-coupé</em>, 2000</li>
</ul>
<p>Aux Éditions du Mercure de France</p>
<ul>
<li><em>Moi, Tituba, sorcière noire de Salem</em>, 1986. Grand Prix<br />
Littéraire de la femme</li>
<li><em>Pension Les Alizés</em>, 1988</li>
<li><em>Traversée de la mangrove</em>, 1989</li>
<li><em>Les derniers rois mages</em>, 1992</li>
<li><em>La belle créole</em>, 2001</li>
<li><em>Histoire de la femme cannibale</em>, 2003</li>
<li><em>Victoire, les saveurs et les mots : récit</em>, 2006. Prix Tropiques</li>
<li><em>Les belles ténébreuses</em>, 2008</li>
</ul>
<p>Aux Éditions Jean-Claude Lattès</p>
<ul>
<li><em>En attendant la montée des eaux</em>, 2010. Grand Prix du Roman Métis</li>
</ul>
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