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	<description>Portail D’Information Sur L’Actualité Politique En Guinée Et Plus</description>
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	<title>WebGuinee.Net</title>
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	<item>
		<title>Chapitre 26 28 septembre 1958. C&#8217;est “Non”</title>
		<link>https://www.webguinee.net/bibliotheque/histoire/andre-lewin/sekou-toure-president/volume-2/chapitre26.html</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[AubreySouplet]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Mar 2023 12:39:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliothèque]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>André Lewin Ahmed Sékou Touré (1922-1984). Président de la Guinée de 1958 à 1984. Paris. L&#8217;Harmattan. 2010. Volume 2. 263 pages Chapitre 26 28 septembre 1958. C&#8217;est “Non” Pour calmer l&#8217;“enfant terrible” et faire rentrer Sékou Touré dans le rang, Houphouët-Boigny compte encore sur Ouezzin Coulibaly, président du Conseil de gouvernement de la Haute-Volta, ancien surveillant général&#8230;&#160;<a href="https://www.webguinee.net/bibliotheque/histoire/andre-lewin/sekou-toure-president/volume-2/chapitre26.html" rel="bookmark"><span class="screen-reader-text">Chapitre 26 28 septembre 1958. C&#8217;est “Non”</span></a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h1>André Lewin<br />
Ahmed Sékou Touré (1922-1984).<br />
Président de la Guinée de 1958 à 1984.</h1>
<p class="soustitre">Paris. L&rsquo;Harmattan. 2010. Volume 2. 263 pages</p>
<hr />
<h2>Chapitre 26<br />
28 septembre 1958. C&rsquo;est “Non”</h2>
<p>Pour calmer l&rsquo;“enfant terrible” et faire rentrer Sékou Touré dans le rang, Houphouët-Boigny compte encore sur Ouezzin Coulibaly, président du Conseil de gouvernement de la Haute-Volta, ancien surveillant général de l&rsquo;école William Ponty de Dakar, respecté de tous depuis son entrée en politique, homme d&rsquo;union par dessus tout, et qui a toujours eu une réelle influence sur Sékou ; celui-ci lui a d&rsquo;ailleurs rendu visite juste avant de quitter la capitale française, un mois auparavant. Mais Coulibaly, atteint d&rsquo;un grave cancer du foie, a été hospitalisé d&rsquo;urgence à l&rsquo;hôpital Saint-Antoine de Paris. Il ne peut prendre part au Comité de coordination du RDA prévu le 6 septembre à Ouagadougou pour tenter de rallier la Guinée au “Oui” afin de sauvegarder l&rsquo;unité du parti. On décide néamnoins de réunir le Bureau politique au chevet du malade. Or, prétextant un communiqué signé le 31 août par Coulibaly, affirmant que le projet de constitution contient “les revendications essentielles” du RDA et critiquant vivement “des déclarations” des jours précédents, Sékou Touré, qui se sent visé et en a interdit la diffusion en Guinée, refuse, le 1er septembre, de se rendre luimême à Paris. Ce jour là, il doit prendre la parole devant la Chambre de commerce et d&rsquo;industrie de Conakry, ce qui lui paraît également important.<br />
Le 3 septembre, la Guinée sera donc représentée seulement par deux ministres, Bengaly Camara (Travail) et le Dr. Najib Roger Accar (Santé). Ils ne participeront d&rsquo;ailleurs pas activement aux discussions, au cours desquelles le RDA confmne son option en faveur du “Oui”. Il est certain que la prise de position de Sékou Touré en faveur du “Non” fut pour Ouezzin une épreuve douloureuse, mais il n&rsquo;est [pas] évident qu&rsquo;il eût réussi à changer le cours des choses 192.<br />
Coulibaly meurt le 7 septembre 1958 193. Peu après, une délégation du RDA, sans doute suscitée par les démarches alarmistes de Mauberna à Paris et amenée à Conakry par le vice-président du mouvement Gabriel Lisette (choix contestable fait par Houphouët, car Sékou Touré ne l&rsquo;appréciait guère), tente encore de plaider la cause du ralliement de la Guinée au “Oui” en échange du maintien de liens fédéraux réels entre les territoires de l&rsquo;AOF 194.<br />
Les obsèques d&rsquo;Ouezzin Coulibaly ont lieu le 15 septembre à Bobo-Dioulasso en présence de tous les dirigeants du RDA ; à la surprise de tous et à la grande colère d&rsquo;Houphouët 195, Sékou Touré décide de ne pas assister à l&rsquo;enterrement, où il se fera représenter par Diallo Saïfoulaye, Ismaël Touré et Moussa Diakité. Par son absence, il enfreint tout à la fois la coutume africaine, l&rsquo;amitié personnelle et la solidarité politique 196.<br />
“Coulibaly avait été acheté par Houphouët !”, affirme Sékou pour toute explication. Ce même jour, il proclame que la Guinée votera “Non” “pour faire l&rsquo;économie d&rsquo;une guerre”. En fait, on ne peut exclure que Sékou ait craint d&rsquo;être empêché par les autorités françaises de revenir en Guinée à l&rsquo;issue de la cérémonie, à moins qu&rsquo;il n&rsquo;ait préféré ne pas subir de la part de presque tous les autres participants de fortes pressions en faveur de l&rsquo;unité du RDA, et par conséquent du vote en faveur du “Oui” 197.<br />
A l&rsquo;issue des obsèques, furieux, Houphouët-Boigny déclare au haut-commissaire Pierre Messmer qu&rsquo;il “a été très éprouvé par la prise de position de Sékou Touré (et) … qu&rsquo;il était indispensable de l&rsquo;abattre en le privant dès le 29 septembre de toute aide de la métropole et en entreprenant une vigoureuse propagande contre lui.” 198.<br />
Le moins qu&rsquo;on puisse dire est qu&rsquo;il aura été entendu ! 199<br />
Depuis le Niger, Djibo Bakary envoie à Conakry deux de ses proches, Abdoulaye Moumouni et Ousmane Dan Galadima, afin de s&rsquo;assurer de l&rsquo;état d&rsquo;esprit de Sékou Touré et du PDG, et leur confirmer que lui-même fera voter “non”, en dépit des pressions qui s&rsquo;exercent sur lui.<br />
Un autre leader africain, dont il est généralement très peu question, Mahamoud Harbi Farah, élu député en janvier 1956 et donc collègue de Sékou Touré au Palais Bourbon (ils sont tous deux apparentés au groupe UDSR, Sékou Touré comme RDA, Harbi comme Indépendant) et devenu en 1957 vice-président du Conseil de gouvernement de la Côte française des Somalis (futur Djibouti), est lui aussi partisan du “Non” ; il souhaite l&rsquo;indépendance de ce territoire sans divorce d&rsquo;avec la France, et milite en faveur d&rsquo;une Grande Somalie ; il se prononce publiquement en ce sens lors d&rsquo;une conférence de presse à Paris le 7 août et lors d&rsquo;un discours à Djibouti prononcé cinq jours avant le référendum. Mais à la suite d&rsquo;une intense campagne encouragée par le gouverneur, le “Oui” l&#8217;emportera dans le territoire. 200<br />
Les responsables sénégalais de l&rsquo;UPS 201, eux-mêmes divisés sur la position à prendre, délèguent en Guinée Mamadou Dia, vice-président du Conseil de gouvernement du Sénégal, afin de tenter de convaincre Sékou Touré de se prononcer pour le “Oui” 202. Lors d&rsquo;une réunion tenue le 11 septembre 1958 à Rufisque, sous la présidence de Maître André Guillabert, un notable Saint-Louisien, conseiller de l&rsquo;Union française, futur ambassadeur de son pays en France, Mamadou Dia rend compte des entretiens qu&rsquo;il a eus le 6 septembre à Conakry. Très impressionné par Sékou Touré, il est évident que Mamadou Dia n&rsquo;a pu réussir la mission que lui avaient confiée les modérés à l&rsquo;instigation de Guillabert. A la grande surprise de son interlocuteur, Sékou Touré aurait même suggéré de constituer à Dakar un gouvernement unique qui pourrait intégrer à terme le Sénégal (avec la Casamance), la Guinée, la Gambie, la Guinée-Bissau, la Sierra Leone, donc reconstituer plus ou moins l&rsquo;ancien empire du Gabou !</p>
<blockquote>
<p class="notes">[<em>Note</em>. Dans Histoire des Mandingues de l&rsquo;Ouest, Djibril Tamsir Niane traite du Gabou [Ngabu] et donne la liste des composantes de cette province de l&#8217;empire du Mali, qui ne pouvait logiquement être elle-même un empire. Il est vrai que sous la plume de l&rsquo;éminent historien Djibril Tamsir Niane, on retrouve ce <em>lapsus calami</em>. … <em>T.S. Bah</em>]</p>
</blockquote>
<p>Mamadou Dia lui répond que c&rsquo;est prématuré. Finalement, Senghor confirme à André Guillabert et à Maître Boissier-Palun 204 que l&rsquo;UPS fera campagne en faveur du “Oui”. Persuadé d&rsquo;avoir convaincu Mamadou Dia de sa position, Sékou Touré sera donc ulcéré de voir le “Oui” l&#8217;emporter au Sénégal et estimera avoir été trahi.<br />
Après l&rsquo;échec de ces dernières tentatives de conciliation, les dés sont jetés. Peut-être Sékou Touré aurait-il accepté un mot d&rsquo;ordre du RDA qui aurait consisté en un vote positif au référendum combiné avec le maintien d&rsquo;un réel lien fédéral entre les anciens territoires de l&rsquo;AOF. Ce dernier élément étant obstinément refusé par Houphouët-Boigny et ses fidèles, c&rsquo;était donc le “chacun pour soi”.<br />
Le 14 septembre, après une campagne d&rsquo;explications devant les militants, Sékou Touré déclare à la clôture de la 4ème conférence territoriale des cadres du PDG : “Nous voterons ‘Non’à une Communauté qui n&rsquo;est que l&rsquo;Union française rebaptisée, la vieille marchandise dont on a changé l&rsquo;étiquette ; nous voterons “Non” à l&rsquo;inégalité, nous voterons “Non” à l&rsquo;irresponsabilité (…) L&rsquo;indépendance des nègres n&rsquo;est pas la vengeance des esclaves. La Guinée ne permettra pas qu&rsquo;un jour il lui soit répondu : Tu as refusé l&rsquo;indépendance, tu dois maintenant te soumettre à la dépendance.” Et il termine son discours par : “Vive la France démocratique ! Vive l&rsquo;Indépendance !”.<br />
Après cette conférence, le Parti, soucieux d&rsquo;éviter toute provocation, n&rsquo;organisera plus de réunions de propagande. Et Sékou fait lancer dans toutes les langues nationales un appel intitulé: “Échec aux provocateurs”: “Aujourd&rsquo;hui, le patriotisme signifie : garder son calme et rester calme, rien d&rsquo;autre ne compte. Le pays unanime a déjà fait son choix. Notre devoir se résume en un mot : “Non”. Jusqu&rsquo;au jour “J”, le 28 septembre, nous ne voulons rien entendre. On nous insulte, nous ne dirons rien. On nous bouscule, on nous frappe, nous serons sans réaction. On nous gifle, nous dirons merci, merci jusqu&rsquo;au 28. Nous resterons fermement sourds et muets. Guinéen, tu seras vigilant et tu garderas la tête froide, puisque tu sais qu&rsquo;à partir du 28, tu seras un homme libre, ayant retrouvé ta dignité après soixante ans d&rsquo;esclavage presque jour pour jour.” 205<br />
De plus en plus nombreux, des opposants comrnencent à se rallier 206. Le 16 septembre, Diawadou Barry et [<span style="text-decoration: line-through;">Abdoulaye</span>] Ibrahima Barry, dit Barry III, accompagnés par quelques militants des partis UPG-PRA (Union des Populations Guinéennes, section locale du PRA, regroupant les anciens partis BAG et DSG), se rendent nuitamment au domicile de Sékou, qu&rsquo;entourent Saïfoulaye Diallo et Damantang Camara, pour y discuter de la situation.</p>
<blockquote>
<p class="notes">[<em>Erratum</em>. Le prénom de Barry III est Ibrahima, et non pas Abdoulaye. — <em>T.S. Bah</em>]</p>
</blockquote>
<p>Le 17 septembre, conformément aux décisions prises la nuit précédente, le PDG et l&rsquo;UPG adoptent en cottunun, à la mairie de Conakry, une déclaration dite “de l&rsquo;Hôtel-de-ville” en faveur de l&rsquo;indépendance immédiate 207. Ils sont soutenus par le syndicat UGTAN ainsi que par les formations d&rsquo;étudiants et de jeunes, dont certains doutent d&rsquo;ailleurs que Sékou joue franc jeu et redoutent son opportunisme. Les communautés sénégalaises et dahoméennes établies en Guinée se prononcent à leur tour pour le “Non”.<br />
Selon le gouverneur Mauberna, qui en informe immédiatement Paris, la “réponse négative au référendum paraît désormais certaine en Guinée”. Dans une conférence tenue à l&rsquo;Assemblée territoriale le 20 septembre, Sékou Touré confirmera : “Les jeux sont faits. Le résultat est connu.”<br />
Le 20 septembre, le gouverneur Mauberna (qui a prononcé le 15 septembre une allocution radiodiffusée) exprime son “violent mécontentement” au directeur du Chemin de fer Conakry-Niger, Collorec, parce que celui-ci a révélé à Sékou Touré, au cours d&rsquo;une réunion restreinte avec des responsables de la compagnie, que l&rsquo;exploitation ferroviaire serait maintenue en tout état de cause après le référendum ; Mauberna estime que cette assurance peut inciter Sékou Touré à penser que la détermination française à tirer toutes les conséquences du “Non” n&rsquo;est pas totale 208. Ce qui est bien possible. En sens inverse, lorsque Louis Delmas, conseiller de l&rsquo;Union française de tendance RPF, se targue d&rsquo;être mandaté par de Gaulle et se répand à travers la ville en menaçant le territoire de représailles massives en cas d&rsquo;échec du référendum et que Sékou se plaint de son attitude dans une lettre au gouverneur, celui-ci morigène Delmas pour son intransigeance !<br />
Sur les ondes de Radio Conakry, dans tous les lieux à la mode et lors des réunions des militants du PDG, on entend de plus en plus fréquemment la chanson composée par Diély (griot malinké) Mamoudou Kandé et dont les strophes et le refrain se tertninent corntne inexorablement par un “Non… Non” rythmé et redoublé 209. En revanche, Sékou a refusé de laisser diffuser sur l&rsquo;antenne le disque, envoyé par les services parisiens de la France d&rsquo;outre-mer, d&rsquo;une chanson française inspirée d&rsquo;une rengaine américaine : “Dis moi oui, dis moi non, dis moi oui ou non”, et concluant évidemment en faveur du “Oui” 210.<br />
Quelques observateurs affirment que le Sékou Touré d&rsquo;alors se montrait peu sûr de lui, hésitant dans ses choix 211.<br />
Un témoin, un Français proche de l&rsquo;administration, indique par exemple qu&rsquo;“il était profondément troublé et nerveux, totalement livré à lui-même, condamné à s&rsquo;enfoncer de jour en jour plus profondément dans son attitude.” 212. Une telle description, peu convaincante, confortait surtout les adversaires du leader guinéen, qui avaient intérêt à le présenter comme un velléitaire ; même jeu pour ceux qui en France estimaient que son régime n&rsquo;avait aucun avenir. Que Sékou ait été anxieux en cette période, voilà qui est probable et d&rsquo;ailleurs compréhensible.<br />
Mais, en homme convaincu que l&rsquo;indépendance n&rsquo;entraînerait finalement pas de conséquences désastreuses et que des accords de coopération avec la France seraient possibles, il n&rsquo;avait pas de raison d&rsquo;être angoissé et inquiet 213.<br />
D&rsquo;autres témoignages le présentent au contraire comme toujours aussi péremptoire et tout-à-fait sûr de lui 214.<br />
C&rsquo;est ainsi que Sékou tente de rassurer la communauté des Français de Guinée, dont beaucoup s&rsquo;affolent. Des transferts massifs de capitaux sont effectués vers la métropole (on parle de 650 millions de francs CFA pendant les trois premières semaines de septembre ) 215 ; en dépit de l&rsquo;avancement de la date des vacances, les avions sont bondés au départ de Conakry.<br />
A l&rsquo;invitation d&rsquo;Auguste Pouech, président de la Chambre de commerce de Conakry, Sékou Touré s&rsquo;adresse à ses membres le 1er septembre, et dit aux deux cents auditeurs présents : “Si nous devons faire la communauté avec la France sur la base de la balkanisation de l&rsquo;Afrique, notre coeur et notre raison sy refusent (…) Non, nous n&rsquo;avons pas demandé l&rsquo;indépendance, nous avons seulement demandé que le droit à l&rsquo;indépendance soit inscrit dans la Constitution. (…) Je ne sais encore si nous voterons oui ou non, mais je dis à l&rsquo;avance : “Evitez de nous pousser dans un vote négatif. Il est inutile de vous alarmer. Nous continuerons à faire des affaires avec vous. Si nous votons oui, il nya pas de problème. Si nous votons non, on nous offre la sécession, mais nous la refuserons, car nous voulons rester avec la France. ”<br />
M. Pouech, d&rsquo;ailleurs, va se rendre en France du 20 au 23 septembre, en compagnie du président des Français libres de Guinée 216, pour tenter de prévenir le pire, qu&rsquo;il pressent.<br />
Le 24 septembre, accompagné de deux membres du Bureau Politique National, Sékou informe le gouverneur Mauberna de son désir d&rsquo;envoyer à Paris, au lendemain du référendum, une mission pour négocier un accord d&rsquo;association en vertu de l&rsquo;article 88 de cette constitution qu&rsquo;il appelle à rejeter. Il ne reçoit pas de réponse ; à Paris, BCG se dit même agacé par le long compte-rendu de la conversation du gouverneur avec Sékou Touré 217.<br />
Ce même 24 septembre, El Hadj Ibrahima Sory Dara, qui fut almamy du Fouta et président de l&rsquo;association des chefs de canton, sort de son silence :<br />
“En cette période tourmentée où les passions foulent souvent la raison, je me réjouis de l&rsquo;unité qui se dessine en Guinée face aux événements, en demandant à tous ceux et toutes celles qui accordent du crédit à ma voix de prendre leurs responsabilités et de voter résolument dans le sens de nos aspirations en déposant un bulletin ‘Non’ le 28 septembre.”</p>
<blockquote>
<p class="notes">[<em>Erratum.</em> Il s&rsquo;agit ici de Almami Ibrahima Sori Dara II, qui partageait avec Almami Aguibou le titre purement nominal d&rsquo;Almami. Issus respectivement des branches Alfaya (en résidence en exil à Mamou) et Soriya (en résidence en exil à Dabola) de la dynastie Seediyaaɓe de Timbo, leur fonction avait été abolie à partir de 1897 par l&rsquo;autorité coloniale, qui annula unilatéralement le traité de protectorat entre le Fuuta-Jalon et la France. Après 1958, Sékou Touré se comporta en renégat abject vis-à-vis de ces deux personnalités, dont il courtisa activement le ralliement et le soutien dans son ascension au pouvoir. Il les persécuta, bouleversa leurs familles, et fit emprisonner, torturer et/ou assassiner leurs filles et fils : Hadiatou Barry (épouse de Tierno Ibrahima Dalaba, Modi Oury Barry, Barry Diawadou, etc. — <em>T.S. Bah</em>]</p>
</blockquote>
<p>Le 25 septembre, Sékou ordonne à la police de Kérouané de procéder à l&rsquo;expulsion vers la Côte-d&rsquo;Ivoire des quelque 5.000 clandestins qui travaillent, parfois depuis des années, dans l&rsquo;exploitation artisanale du diamant dans le secteur de Bonodou, dont les mines sont exploitées par la Société Minière de Bey la. Aux populations guinéennes (et aux intérêts économiques français installés en Guinée), il démontre ainsi sa volonté de faire régner l&rsquo;ordre dans un secteur où les autorités coloniales n&rsquo;y étaient jamais parvenues 218.</p>
<p>Ce même 25 septembre, sous prétexte d&rsquo;une escale de routine, l&rsquo;aviso colonial Paul Goffeny, un ancien bâtiment de 1.000 tonneaux de la Kriegsmarine allemande, relâche à Conakry, envoyé par le haut-commissaire Pierre Messmer pour ramener à Dakar des caisses de billets de banque tout neufs livrés à Conakry quelques semaines auparavant : Messmer craignait que Sékou Touré ne s&rsquo;en servît comme “trésor de guerre” après l&rsquo;indépendance 219.<br />
Un commando du 7ème régiment de parachutistes coloniaux arrive le lendemain à l&rsquo;aéroport, ce qui est ressenti comme une provocation, d&rsquo;autant que ces militaires se comportent en ville avec une certaine insolence. Un peloton d&rsquo;escadron de reconnaissance les suit de peu. Les Européens eux-mêmes n&rsquo;ont guère besoin d&rsquo;être davantage rassurés, car la Guinée connaît depuis quelque temps un calme absolu. L&rsquo;enlèvement et l&#8217;embarquement des 1.400 kilos de billets neufs auront lieu le 28, à midi, alors que même se déroulait le référendum ! C&rsquo;est dire que dans l&rsquo;esprit du haut-commissaire Messmer, le sort de la Guinée ne fait déjà plus aucun doute 220.<br />
Plus tard, Messmer s&rsquo;étonnera de ce que Sékou Touré, qui ne pouvait ignorer ce coup de main, n&rsquo;ait pas protesté !<br />
Mais c&rsquo;est aussi ce même 25 septembre que sont finalisées et expédiées les très fermes instructions que le gouvernement de Gaulle donne à son haut-commissaire en AOF, Pierre Messmer. “Aucun communiqué officiel ne sera publié avant le référendum relativement à la Guinée. Il en a été ainsi décidé pour la double raison qu&rsquo;il ne serait pas politique d&rsquo;agir autrement et qu&rsquo;il convient de laisser la Guinée se placer dans la position de demanderesse le 29 septembre.<br />
La politique du gouvernement à l&rsquo;égard de la Guinée à l&rsquo;issue du référendum s&rsquo;inspire des considérations essentielles suivantes :</p>
<ol>
<li>Ne donner d&rsquo;aucune façon à l&rsquo;opinion locale ou nationale ou internationale l&rsquo;impression de refuser le fait accompli, d&rsquo;en éprouver de la rancune ou de se livrer à des actes de représailles.</li>
<li>Se réserver les meilleurs atouts pour les éventuelles négociations ultérieures.</li>
<li>Faire en sorte que les territoires ayant voté “oui” apprécient sans délai la différence de régime.</li>
</ol>
<p>Cette ligne de conduite exige que rien ne soit rompu définitivement, mais que tout soit remis en cause sans équivoque. La nomenclature et la chronologie des dispositions à prendre se résument ainsi :</p>
<ol>
<li>Aussitôt après la proclamation des résultats de la Guinée, vous publierez à Dakar et à Conakry le communiqué suivant, identique à celui qui sera donné à Paris : (citation) “L&rsquo;article 1 de la Constitution spécifie que la République et les peuples des territoires d&rsquo;Outre-mer qui par un acte de libre détermination adoptent la présente constitution instituent une Communauté. Par le vote du 28 septembre, les électeurs guinéens ont refusé l&rsquo;adoption de la constitution soumise à leur approbation. De ce fait, la Guinée se trouve séparée des autres territoires de l&rsquo;AOF qui ont approuvé la constitution.<br />
De ce fait, la constitution ne sera pas promulguée en Guinée.<br />
De ce fait, la Guinée ne dispose d&rsquo;aucune représentation valable à l&rsquo;intérieur de la Communauté, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse des organismes métropolitains ou africains.<br />
De ce fait, la Guinée, ne peut plus recevoir normalement le concours ni de l&rsquo;administration de l&rsquo;Etat français, ni des crédits d&rsquo;équipement. De ce fait, les responsabilités assumées par l&rsquo;Etat français en Guinée doivent être profondément révisées.<br />
Afin de ne pas perturber le fonctionnement administratif et financier du territoire, les fonctionnaires de l&rsquo;Etat français en service en Guinée demeureront à leur poste dans l&rsquo;immédiat, mais un plan de transfert de ces fonctionnaires, mutés à des postes identiques dans d&rsquo;autres territoires, sera établi et réglé par le haut-commissaire en AOF et mis en application dans un délai de deux mois par voie progressive et méthodique. De même, la suspension des opérations d&rsquo;équipement ne permettra aucune initiative nouvelle.” (fin de citation).</li>
<li>Le communiqué ci-dessus doit s&rsquo;accompagner pour votre édification personnelle ou pour information officieuse des éclaircissements ou précisions suivants :
<ol type="a">
<li>Le plan de transfert des fonctionnaires ne doit pas s&rsquo;appliquer de telle sorte qu&rsquo;il entraîne avant règlement final la disparition d&rsquo;activités administratives locales indispensables à nos intérêts supérieurs. C&rsquo;est ainsi que le fonctionnement technique des aéroports et du port doit être assuré. Il en va de même du Trésor et du contrôle financier, qui doivent cependant recevoir des consignes extrêmement fermes de votre part en ce qui concerne la rigueur vis-à-vis de tout engagement de dépense mettant en cause les intérêts français. Au contraire, il ny a aucun inconvénient à ce que les organismes para-administratifs mentionnés dans votre télégramme de ce jour entrent dans le programme d&rsquo;application de retrait.<br />
Enfin, en ce qui concerne les fonctionnaires d&rsquo;origine métropolitaine en service en Guinée mais recrutés et payés par le budget local, aucune disposition particulière n&rsquo;est à retenir sous la seule réserve que l&rsquo;Etat français ne pourrait dans l&rsquo;avenir assurer la garantie du supplément de rémunération qu&rsquo;ils reçoivent du gouvernement métropolitain, et que dans le cas où ils solliciteraient une mutation, celle-ci serait accordée.</li>
<li>Vous devez savoir à titre personnel que le gouvernement n&rsquo;entend pas en principe revenir sur les engagements internationaux qu&rsquo;il a pris en ce qui concerne Fria et qui demeurent en l&rsquo;état.</li>
<li>Le gouvernement approuve toutes les dispositions militaires — Terre, Mer et Air — que vous avez déjà retenues ou que vous pourriez prendre face à l&rsquo;attitude du gouvernement de la Guinée et de la population en tout lieu du territoire, en vue d&rsquo;assurer en tous cas la protection des personnes et si possible des biens des Français.</li>
<li>Il ny aura dans l&rsquo;immédiat pas d&rsquo;autre reconnaissance du fait accompli que les dispositions provisoires ci-dessus mentionnées.</li>
<li>Dans le cas où le gouvernement de la Guinée saisirait soit vous-même, soit le représentant de la République à Conakry, de propositions visant à l&rsquo;établissement de nouveaux rapports avec la France, vous auriez à en prendre acte et à vous retrancher derrière l&rsquo;obligation d&rsquo;en référer à Paris. Dans ce cas comme dans celui où il serait saisi directement, le gouvernement se réserve d&rsquo;examiner ces propositions et de juger si celles-ci sont de nature à entraîner des modifications aux mesures arrêtées ci-dessus. Cette instruction ne vaut pas pour les dispositions de règlement secondaire, qui restent de votre compétence et de celle du représentant de la République à Conakry, dans l&rsquo;esprit des présentes instructions.” 221</li>
</ol>
</li>
</ol>
<p>Le 26 septembre, réuni à Paris au 69 du Boulevard Poniatowski, le comité directeur de l&rsquo;Association des étudiants guinéens en France discute de la situation au pays. Il y a là Keita Dessoufiana (1er vice-président), Charles Diané, Djibril Thiam, Bangoura Linseni, Baldé Hassimiou, Barry Rama … A ceux des membres qui veulent organiser à Paris une grande fête le 28 septembre pour célébrer l&rsquo;indépendance, Keita Dessoufiana répond prudemment qu&rsquo;il vaut mieux attendre les résultats du référendum.<br />
Le 26 septembre, sur ordre de Paris, le gouverneur Mauberna quitte Conakry, “rappelé pour consultations” 222. Le 28 septembre, jour même du référendum, à 9 heures du matin, Jean Risterucci, inspecteur général des affaires administratives de la France d&rsquo;Outre-mer, nommé la veille, arrive à Conakry pour “assurer la continuité de la représentation française” 223. Sans nul doute a-t-il déjà dans ses dossiers la note qu&rsquo;il est chargé de remettre à Sékou Touré au lendemain du référendum si le résultat, comme tout le monde le pressent, est négatif 224.<br />
Aux Etats-Unis, les perspectives du lendemain du référendum préoccupent les responsables. A l&rsquo;approche de la date du scrutin, Hubert Humphrey, membre influent de la Commission des affaires étrangères du Sénat, se déclare “inquiet du vide créé en Guinée et au Niger”, et propose que les États-Unis “comblent immédiatement le vide que la France est susceptible de laisser pour éviter une mainmise soviétique sur ces territoires.” 225 Le 27 septembre, à Paris, l&rsquo;ambassadeur américain Houghton effectue une démarche officielle auprès de Louis Joxe, secrétaire général du Quai d&rsquo;Orsay, pour lui exprimer l&rsquo;inquiétude des autorités américaines au sujet de la Guinée et informer Paris que “les Etats-Unis veulent en Guinée précéder l&rsquo;URSS” si la France devait s&rsquo;en aller. Une démarche identique est effectuée par un conseiller de l&rsquo;ambassade américaine auprès du gouverneur Léon Pignon, membre du cabinet du ministre de la France d&rsquo;Outre-mer, qui lui conseille simplement d&rsquo;“attendre l&rsquo;évolution”.<br />
Les derniers jours se passent dans le calme.<br />
“Les soirées de ces jours historiques furent les plus silencieuses et les rues des villes les plus désertes que l&rsquo;on ait jamais connues : dans une unanimité totale, le peuple de Guinée faisait littéralement le vide devant d&rsquo;éventuelles provocations qui auraient pu tout compromettre. Et malgré certaines tentatives isolées, en dépit de quelques manoeuvres d&rsquo;intimidation ou de corruption vite neutralisées, aucun incident ne s&rsquo;est produit. La Guinée entre dans l&rsquo;indépendance au milieu du calme le plus absolu.” 226<br />
La veille du scrutin, Mgr de Milleville, archevêque de Conakry, adresse une lettre à Sékou Touré, afin de préciser la position de l&rsquo;église catholique 227. Ce même 27 septembre en fin d&rsquo;après-midi, Sékou Touré réunit autour de lui ses ministres et quelques rares visiteurs privilégiés. L&rsquo;un d&rsquo;entre eux est le Père Joseph Roger de Benoist, venu de Dakar afin de couvrir l&rsquo;événement pour l&rsquo;hebdomadaire catholique <em>Afrique Nouvelle</em>, dont il est le rédacteur en chef ; après avoir obtenu de Sékou Touré une longue interview exclusive, le Père de Benoist reste en Guinée et assiste à la proclamation de l&rsquo;indépendance le 2 octobre ; l&rsquo;interview paraîtra le 3 octobre 228.<br />
Le 28 septembre, le scrutin se déroule sans incident 229. Tout est tranquille. Les parachutistes français, dont la présence avait provoqué quelques incidents mineurs, ont défilé dans le calme le samedi, lors de la célébration par anticipation de leur patron, Saint-Michel. Il est vrai que depuis le samedi 27 septembre, les bars et les cinémas sont fermés, les restaurants ne servent plus de repas après 21 heures, et toutes les manifestations, réunions et même “tam-tam” sont interdits. Sékou Touré passe la majeure partie de la journée à la Mairie ; lorsqu&rsquo;il se rend au bureau de vote, il donne en sortant de l&rsquo;isoloir à André Blanchet, le correspondant du <em>Monde</em> présent à ses côtés, celui des deux bulletins (le blanc, signifiant “oui”) qui ne lui a évidemment pas servi : “Je vous fais cadeau de mon “Oui”, lui dit-il 230. Il ajoute à l&rsquo;intention de son interlocuteur: “Le moment venu, nous élèverons une statue à la mémoire du général de Gaulle, lorsque nous aurons l&rsquo;argent pour le faire !” 231.<br />
1.200.171 électeurs guinéens (sur 1.405.986 inscrits) rejettent le projet de constitution par 1.130.292 “Non” et 56.959 “Oui” 232. Les résultats sont centralisés et rendus publics le lundi matin, mais il n&rsquo;y a aucune manifestation collective d&rsquo;enthousiasme, car le gouvernement a donné l&rsquo;ordre aux Guinéens de se rendre nortnalement au travail : “Ce n&rsquo;est pas à l&rsquo;heure de l&rsquo;indépendance qu&rsquo;il faut commencer à se reposer”. Bien entendu, une telle consigne ne s&rsquo;explique que par l&#8217;emprise du PDG sur les masses guinéennes. De plus, comme l&rsquo;ont expliqué au Père de Benoist plusieurs responsables comme Diallo Saïfoulaye, Keita Fodéba, Camara Faraban sans parler de Sékou Touré lui-même, il y avait la ferme volonté des dirigeants d&rsquo;éviter tout incident ou manifestation de joie qui pourrait détériorer le climat des rapports franco-guinéens. Comme le remarque le Père de Benoist, qui en a été le témoin quelques mois auparavant, le calme absolu qui règne dans les rue de la capitale guinéenne n&rsquo;a rien de comparable avec les heures de joie délirante qui ont marqué le succès des partis nationalistes togolais lors du scrutin qui a eu lieu au Togo le 27 avril.<br />
En France, prié de commenter au journal télévisé les résultats officiels du référendum, le ministre de la France d&rsquo;Outre-mer Bernard Cornut-Gentille, ulcéré par le vote guinéen, laisse à la dernière minute le soin de le faire à son collaborateur Émile Biasini 233.<br />
Ainsi le peuple de Guinée met-il fin à la période coloniale et à ce que Sékou Touré, dans l&rsquo;un de ses <em>Poèmes militants</em>, appelait “l&rsquo;insolite présence”.</p>
<p class="notes"><strong>Notes</strong><br />
192. Dans son ouvrage <em>Ouezzin Coulibaly, le lion du RDA</em> (Presses Universitaires de Côted&rsquo;Ivoire, Abidjan 1995), Semi-Bi Zan écrit à ce propos (p. 207) : “On peut dire que dans ces conditions, il y avait en Guinée une fausse note, une sorte d&rsquo;infidélité à la mémoire de Ouezzin Coulibaly.”<br />
193. Le journal du PDG <em>Horoya</em> publiera en septembre 1965 un article signé de Savané Moricandian, directeur général des services d&rsquo;information, affirmant, sans avancer de preuves, que Coulibaly est décédé des suites d&rsquo;une maladie “aggravée volontairement par la perfidie dont l&rsquo;Histoire révélera un jour mobiles et auteurs.” Cet article est le premier hommage rendu en Guinée à Coulibaly depuis son décès, sept années auparavant.<br />
194. Voici en quels termes Gabriel Lisette relate lui-même cette mission (séance du 7 mars 1980 de l&rsquo;Académie des Sciences d&rsquo;Outre-mer à Paris). “Je suis de ceux, on le sait, qui ont été très affectés par la situation dramatique créée après le “Non” du 28 septembre 1958 dans les relations entre la Guinée et la République Française, et dans les relations de la Guinée avec plusieurs de ses voisins francophones. Je fus l&rsquo;un des derniers compagnons du président Houphouet-Boigny à avoir des contacts avec Sékou Touré avant le référendum du 28 septembre 1958. En effet, à l&rsquo;occasion des obsèques de Ouezzin Coulibaly, au début du mois de septembre 1958 à Bobo-Dioulasso, le Comité de Coordination du RDA envoya à Conakry une délégation composée de Jean-Marie Koné (président du Conseil de gouvernement du Soudan), Doudou Guèye (vice-président du RDA-Sénégal), Abdoulaye Singaré (membre du Comité de Coordination-Soudan) et moi-même (vice-président du RDA et président du Conseil de gouvernement du Tchad). Cette délégation, que je dirigeais, avait pour mission d&rsquo;étudier les conditions d&rsquo;un rapprochement des points de vue entre la Section Guinéenne et la majorité du Comité de Coordination aux fins de parvenir à une position unanime du Mouvement par le “Oui” au référendum du 28 septembre. Après trois jours de discussions, la 3ème nuit (nous discutions beaucoup la nuit, comme souvent en Afrique), Sékou Touré décida que la délégation guinéenne aux obsèques de Ouezzin Coulibaly, dirigée par son frère, Ismael Touré, se rendrait avec nous à Bobo-Dioulasso et y resterait après la cérémonie pour rencontrer le Comité de Coordination. Les échanges de vues commencés aussitôt après les funérailles s&rsquo;annonçaient plutôt positifs, quand tomba une dépêche AFP indiquant que Bakary Djibo avait décidé de faire voter “Non” au Niger. Ismael Touré déclara alors que cet élément nouveau l&rsquo;amenait à solliciter de nouvelles instructions de Sékou Touré, du fait que celui-ci avait beaucoup inspiré la prise de position de Bakary Djibo. Nous étions à une vingtaine de jours du Référendum, les négociations ne furent jamais reprises. On connaît la suite. Sans cette “dépêche d&rsquo;Ems”, peut-être aurions-nous abouti, peut-être pas ; en tout cas il subsistera toujours un doute.” (L&rsquo;auteur a rencontré un autre membre de cette mission, qui lui a confirmé en tous points ce compte-rendu. Entretien avec Abdoulaye Singaré, ancien ministre du Soudan-Mali, Bamako, 20 janvier 2002) Le texte définitif du projet de constitution ayant déjà été publié, on se demande comment les nouvelles propositions plus “fédéralistes” d&rsquo;Houphouët eussent encore pu être prises en ligne de compte. En quittant Conakry, Gabriel Lisette déclare à l&rsquo;Agence France-Presse : “La Guinée a décidé de suivre une voie différente de l&rsquo;ensemble des sections du RDA en AOF et en AEF. Je souhaite pour la Guinée que cette option ne contrarie pas l&rsquo;émancipation réelle du peuple guinéen ; mais dans l&rsquo;éventualité où cette expérience se révélerait négative, elle éclairerait de toute façon la route du RDA et des peuples africains.”<br />
195. Télégramme de compte-rendu de Pierre Messmer au ministère, 16 septembre 1958 (archives AOM, série affpol, carton 281).<br />
196. Toutefois, Madame Andrée Touré y sera présente, en compagnie de Madame Coulibaly et de nombreuses autres militantes du RDA. Les deux femmes ont ensemble ramené la dépouille mortelle de Paris à Abidjan puis à Bobo-Dioulasso (conversation avec Andrée Touré, Dakar, 16 juin 1997).<br />
197. Sékou Touré fait pourtant à la radio, le lendemain du décès, une déclaration émouvante et particulièrement positive sur le disparu. Cette déclaration est reprise dans <em>La Liberté</em> du 14 septembre : “C&rsquo;est avec une profonde douleur que les populations guinéennes, et plus particulièrement les dirigeants et les militants du RDA ont appris le décès de leur compagnon de lutte, Ouezzin Coulibaly. Ouezzin Coulibaly, en plus de ses fonctions électives de Conseiller municipal d&rsquo;Abidjan, de député de la Côte-d&rsquo;Ivoire, de Conseiller territorial et de president du Conseil de gouvernement de la Haute-Volta, était surtout une des lumières les plus rayonnantes du RDA depuis 1946. Ouezzin était connu légendairement de toute l&rsquo;Afrique noire comme le symbole de l&rsquo;intelligence, du courage tranquille et de la bonté. Il est resté de son vivant l&rsquo;ami, le confident honnête et le conseiller désintéressé de tous. Toujours avec le sourire aux lèvres, la foi ardente dans les destinées de notre pays, avec l&rsquo;âme d&rsquo;un homme qui se veut un instrument conscient de l&rsquo;évolution des siens, Ouezzin Coulibaly a appartenu indistinctement à toutes les générations composant notre mouvement. Sans lui, le Parti démocratique de la Côte d&rsquo;Ivoire aurait succombé sous le poids de la répression entre 1947 et 1951. Sans lui, le RDA de la Haute-Volta n&rsquo;aurait pas connu de victoire rapide. Sans lui, la Direction Fédérale du RDA ne serait pas cohérente. Ouezzin Coulibaly avait des qualités humaines qui ont exclu dans ses rapports avec ses compagnons de lutte, l&rsquo;opportunisme, le calcul, l&rsquo;intérêt personnel et la jalousie. Konaté exprimait la vraie sagesse africaine, Ouezzin incarnait, quant à lui, la sérénité et l&rsquo;enthousiasme que le dirigeant politique, fier de son peuple, possède dans l&rsquo;accomplissement de son devoir, pour que vive et prospère son pays. L&rsquo;Afrique perd en la personne de Ouezzin Coulibaly un de ses meilleurs fils, un fils au caractère noble, aux possibilités immenses et au large rayonnement Les populations de Guinée, qui ont apprécié les qualités de cet homme dans les épreuves les plus dures, et qui ne cessent de le présenter comme l&rsquo;exemple d&rsquo;une vie active toute engagée dans le combat pour la justice et la liberté des peuples africains, sont en deuil depuis que leur ami tant aimé s&rsquo;est éteint à Paris. Elles adressents leurs condoléances à la famille du disparu et partage sa peine.”<br />
Par ailleurs, Sékou décide que le 9 septembre sera en Guinée jour de prières et de recueillement pour le disparu. Mais il ne sera plus publiquement question d&rsquo;Ouezzin Coulibaly en Guinée jusqu&rsquo;en 1965 !<br />
198. Télégramme envoyé par Pierre Messmer le 19 septembre 1958 depuis Ouagadougou peu après les obsèques d&rsquo;Ouezzin Coulibaly, auxquelles le haut-commissaire avait assisté.<br />
199. Le même Pierre Messmer écrira pourtant, dans <em>Les blancs s&rsquo;en vont</em> (Paris, Albin Michel, 1998, page 271) : “La rupture totale qui intervint entre la France et le Vietnam ou la Guinée n&rsquo;était de l&rsquo;intérêt de personne.”<br />
200. Mahamoud Harbi quitte le territoire début octobre 1958, visite Le Caire, puis Moscou et Pékin, et finit par s&rsquo;installer en Somalie. Le 28 septembre 1960, jour anniversaire du référendum, il disparaît victime au départ de Djibouti d&rsquo;un accident d&rsquo;avion (qualifié d&rsquo;attentat français par ses partisans) alors qu&rsquo;il se rendait en Europe.<br />
201. L&rsquo;Union Progressiste Sénégalaise avait été créée le 8 avril 1956 par regroupement de plusieurs autres formations politiques ; Mamadou Dia en fut nommé secrétaire général.<br />
202. C&rsquo;est en réalité à l&rsquo;instigation d&rsquo;Ismael Touré, qui ne sentait pas encore la Guinée prête à l&rsquo;indépendance, que cette mission aurait été envoyée auprès de Sékou (conversation de l&rsquo;auteur avec Mamadou Dia à Dakar, 8 mars 1997). Mamadou Dia raconte lui-même cette visite dans son ouvrage <em>Mémoires d&rsquo;un militant du tiers-monde</em> (Publisud, 1985) : “Sékou Touré, jusqu&rsquo;au Congrès du PRA à Cotonou n&rsquo;avait jamais dit qu&rsquo;il voulait l&rsquo;Indépendance. Il était, plutôt, avec Houphouet, pour réclamer une sorte de Fédération. C&rsquo;est après les incidents de Conakry qu&rsquo;il a pris la décision de rompre et de voter “Non”, au Référendum. A ce moment-là, j&rsquo;ai rencontré un de ses proches collaborateurs (Ismaïla Touré) qui, lui, pensait qu&rsquo;il serait souhaitable que je puisse voir Sékou Touré pour discuter avec lui, estimant que j&rsquo;étais, peut-être, le seul homme d&rsquo;État Africain qu&rsquo;il écouterait (…) Parce que mon interlocuteur pensait que nous avions raison, nous, au Sénégal de défendre la thèse de l&rsquo;indépendance dans l&rsquo;Unité. Nous disions : Indépendance Oui, mais indépendance dans l&rsquo;unité ; et qu&rsquo;il fallait, d&rsquo;abord, réaliser l&rsquo;unité avant de prendre l&rsquo;Indépendance. Il pensait donc, que, si je pouvais rencontrer Sékou Touré, je pouvais le convaincre de nous rejoindre, en acceptant de voter “Oui”, afin que, ensemble nous préparions l&rsquo;Indépendance. J&rsquo;ai fait état de cette conversation au cours des débats qui ont eu lieu au Conseil Exécutif de l&rsquo;UPS, sur la question de savoir s&rsquo;il fallait voter “Oui” ou “Non”. Et j&rsquo;ai été mandaté par le Conseil Exécutif unanime pour aller prendre contact avec Sékou Touré. On a, donc, suspendu les débats. L&rsquo;on pensait que l&rsquo;acceptation de Sékou Touré permettrait au Conseil Exécutif d&rsquo;adopter, unanimement une telle solution : voter “Oui”, pour prendre, ensuite, l&rsquo;Indépendance, ensemble. Dans ces conditions, au lieu d&rsquo;être deux, nous aurions été trois (avec le Soudan) à prendre l&rsquo;indépendance et à constituer une Fédération. C&rsquo;est muni d&rsquo;un tel mandat que je suis allé à Conakry. J&rsquo;ai discuté avec Sékou Touré. Il n&rsquo;y a eu rien à faire. Il m&rsquo;a dit que c&rsquo;était trop tard, que c&rsquo;était une question de dignité, qu&rsquo;il s&rsquo;était défini publiquement, qu&rsquo;il avait pris toutes ses dispositions. Sékou Touré disait qu&rsquo;il comprenait notre situation au Sénégal, où ce n&rsquo;était pas la même chose ; que lui, il avait supprimé les chefferies. Il n&rsquo;avait pas le problème de marabouts que nous avions au Sénégal. En résumé, il me dit: “Oui”Je comprends que vous soyez obligés de temporiser. Mais, pour moi, toutes les conditions sont réunies pour voter “Non” et prendre notre Indépendance. (…) Devant l&rsquo;échec de la mission, Abdoulaye Ly et ses amis se sont détachés, ont démissionné, pour constituer le PRA-Sénégal, avec Assane Seck, Amadou Moctar Mbow (le futur Directeur général de l&rsquo;UNESCO), Thierno Ba, Diara Diouf, Abdoulaye Guèye, etc J&rsquo;avais dit à Sékou Touré : “De toutes manières, nous devons nous retrouver après le référendum”. Et lui, d&rsquo;approuver : “Je suis engagé, je ne peux pas reculer. Mais, après le référendum, nous pourrons nous retrouver”.<br />
203. Certains documents situent cette rencontre le 9 septembre.<br />
204. Maître Léon Boissier-Palun, métis franco-dahoméen — sa mère était la fille d&rsquo;un chef traditionnel du Dahomey/Bénin, son père un fonctionnaire colonial —, est à l&rsquo;époque établi comme avocat à Dakar. Aux côtés de Senghor, il a participé à la création du Bloc Démocratique Sénégalais. Il présida — avant Houphouët-Boigny — le Grand Conseil de l&rsquo;AOF. Il sera ambassadeur du Sénégal à Londres, puis à Paris, et délégué du Bénin à l&rsquo;UNESCO. Né le 29 juin 1916 à Djougou (Dahomey/Bénin), il est décédé à Paris le 19 octobre 2007.<br />
205. Totalement convaincus du succès du “Non” au prochain référendum, les membres de la conférence commencent dès ce moment à discuter du futur hymne national, de la couleur du drapeau, de la devise de la Guinée indépendante.<br />
206. Le 3ème Congrès du PDG (23/26 janvier 1958) avait déjà appelé les partis rivaux “à tirer les leçons des événements et à prendre résolument la décision de rejoindre les rangs constitués par le Peuple de Guinée (…) (et à) s&rsquo;élever au-dessus de l&rsquo;amour-propre, au-dessus des complexes, de la rancoeur, de l&rsquo;égoisme et de la jalousie”.<br />
207. Les signataires de l&rsquo;accord du 17 septembre 1958 sont, pour I&rsquo;UPG-PRA Barry Diawadou, Barry III, Diallo Abdoulaye, Bah Thierno, Fofana Abdoulaye, Kane Aliou Badara ; pour le PDG-RDA Touré Sékou, Diallo Saifoulaye, Diakité Moussa, Camara Damantang, Touré Ismael, Louis Lansana Béavogui, Camara Daouda.<br />
208. Information confirmée à l&rsquo;auteur par la veuve d&rsquo;un ancien cadre supérieur des Chemins de fer de Guinée, René Poupin, qui fut affecté en Guinée de 1945 à 1958 (entretien avec madame veuve René Poupin, Paris, 26 février 2006).<br />
209. Cet air, qui accompagne une partie du film <em>Et vint la Liberté</em> (film réalisé après l&rsquo;indépendance pour retracer les grandes étapes de l&rsquo;histoire du pays) et qui continue à être populaire en Afrique de l&rsquo;Ouest, a été composé par le griot Diély Mamadou Kandé, en compagnie de sa femme et de son jeune frère, dès le 25 août au soir, lors de la visite du général de Gaulle. Il l&rsquo;a fait écouter à Moussa Sanguiana Camara, puis à Keita Fodéba (lui-même griot), qui a tout de suite compris le parti que l&rsquo;on pouvait en tirer et a fait effectuer des enregistrements à la radio nationale le 21 septembre.</p>
<blockquote>
<p class="notes">[<em>Erratum</em>. C&rsquo;est la mère de Fodéba qui était <em>jeli</em> (griotte). Elle descendait de Morifin-Dian Diabaté, le fina (maître-griot) et conseiller de Samori Touré. En 1969, la famille de Fodéba évoqua ces liens ancestraux devant Sékou Touré pour demander la vie sauve pour leur fils, principal co-accusé dans le “complot Kaman Fodéba”. En vain. Lire à ce sujet Kaba 43 Camara — <em>T.S. Bah</em>]</p>
</blockquote>
<p class="notes">Le succès en fut immédiat et éclatant, et l&rsquo;on n&rsquo;entendait pratiquement plus autre chose ! Dès le lendemain du référendum, Sékou Touré félicita le griot, au nom du Bureau Politique National, pour sa contribution à la victoire du “Non” au référendum (témoignage de Diély Mamoudou Kandé recueilli par Valéry Gaillard pour le film <em>Le jour où la Guinée a dit non</em> (déjà cité).<br />
210. Témoignage d&rsquo;Émili Biasini, responsable auprès de Bernard Cornut-Gentille de la communication du ministère de la France d&rsquo;Outre-mer, recueilli par Valéry Gaillard lors du tournage du film <em>Le jour où la Guinée a dit non</em> (déjà cité).<br />
211. On peut également rappeler que l&rsquo;un des vice-présidents de la Fédération des Étudiants d&rsquo;Afrique Noire en France (FEANF), un étudiant congolais (et métis) en sciences Joseph van den Reysen, écrit en septembre dans la revue <em>L&rsquo;Étudiant d&rsquo;Afrique Noire</em>: “Identifier Monsieur Sékou Touré à la classe ouvrière africaine, voilà une escroquerie monstrueuse, qu&rsquo;il faut dénoncer. Le Sékou Touré de la communauté franco-africaine, le Sékou Touré ministre de la loi-cadre grassement payé avec l&rsquo;argent des travailleurs, le Sékou Touré qui pousse les Guinéens au meurtre: représente-t-il les travailleurs ? Le Sékou Touré et compagnie qui parlent de “liquidation du système colonial”, de lutte pour “l&rsquo;émancipation”, de “décolonisation”, mais ils évitent de prononcer le mot-clé de notre temps : “Indépendance”. Ce même van den Reysen envoie le 17 septembre 1958 un message alarmiste à Dag Hammarskjöld, secrétaire général des Nations-Unies.<br />
212. M. Dequecker, “La Guinée de la loi-cadre à l&rsquo;indépendance”, conférence prononcée en décembre 1959 au Centre Militaire d&rsquo;Information et de Spécialisation pour l&rsquo;Outre-mer (CMISOM).<br />
213. Rappelons par exemple qu&rsquo;à Dakar, devant le général de Gaulle, le ministre de l&rsquo;intérieur du Sénégal, l&rsquo;avocat Valdiodio Ndiaye avait déclaré le <strong>25 août : </strong>“Je peux, et j&rsquo;ai même le devoir de déclarer que demain, tous les “oui” ne comporteront pas une renonciation délibérée à l&rsquo;indépendance et que tous les “non” ne traduiront pas une volonté de rupture complète.”</p>
<blockquote>
<p class="notes">[<em>Erratum.</em> De Gaulle était à Conakry le 25 août. C&rsquo;est le lendemain mardi 26 août qu&rsquo;il fut accueilli à Dakar . Consulter G. Chaffard “Conakry et Dakar” — <em>T.S. Bah</em>]</p>
</blockquote>
<p class="notes">De son côté, Gaston Cusin, haut-commissaire à Dakar jusqu&rsquo;au 15 juillet 1958, relève dans une note secrète adressée au général de Gaulle le 22 septembre : “Monsieur Sékou Touré m&rsquo;a déclaré lui-même, dans de nombreuses conversations au sujet de l&rsquo;indépendance, qu&rsquo;il ne pouvait croire à la suppression de l&rsquo;aide financière française lorsqu&rsquo;il voyait Marocains et Tunisiens, complices du FLN algérien, recevoir d&rsquo;importantes subventions. Il ajoutait que, s&rsquo;il en était ainsi les Africains comprendraient qu&rsquo;à leur tour, il convenait sinon d&rsquo;organiser des maquis, du moins de faire au micro des postes étrangers quelques déclarations retentissantes.”<br />
214. Ainsi le père Joseph-Roger de Benoist, directeur de l&rsquo;hebdomadaire catholique <em>Afrique Nouvelle</em>, créé par les Pères Blancs et publié à Dakar de 194 7 à 1987, fréquemment en délicatesse avec son archevêque, Mgr Lefebvre, en raison de ses attitudes progressistes, s&rsquo;est rendu sur le conseil de celui-ci à Conakry le 27 septembre ; il demande à Mgr de Milleville, archevêque de Conakry, la liste des questions qui préoccupent les églises à la veille du référendum. Connaissant bien le leader guinéen depuis plusieurs années, sachant que celui-ci sait fort bien se servir de la presse, le père de Benoist obtient sans difficultés un rendez-vous avec Sékou Touré, chez qui il passe la fin de l&rsquo;après-midi et la soirée du 27 septembre ; ils sont seuls au début, mais petit à petit, le salon de Sékou se remplit. A aucun moment, Sékou ne laisse percer la moindre nervosité, la moindre angoisse devant le scrutin du lendemain, ni devant ses conséquences éventuelles (entretien du père Joseph-Roger de Benoist avec l&rsquo;auteur, Dakar, 13 octobre 1996).<br />
215. Recueil du Bureau d&rsquo;études de l&rsquo;AOF, période du 15 au 21 septembre 1958, page 82.<br />
216. En dehors du parti gaulliste RPF et des Français libres, une association pour le soutien de l&rsquo;action du général de Gaulle vient au mois d&rsquo;août de se créer en Guinée, sous la présidence d&rsquo;Éric Allégret.<br />
217. Sékou Touré avait déjà évoqué ce souhait avec le gouverneur quelques jours plus tôt (Archives d&rsquo;Outremer, Affpol, carton 281, dossier 6). Dans un bulletin 11.369/A daté du 25 septembre, le SDECE affirme que “selon ses informateurs”, une fois l&rsquo;indépendance obtenue, Sékou Touré effectuera une démarche à Paris pour proposer la mise en commun de la monnaie, de l&rsquo;armée et de la diplomatie ; il précise que parmi les moyens de pression qu&rsquo;utiliserait Sékou si sa proposition n&rsquo;était pas acceptée, il susciterait une grève générale des travailleurs affiliés à l&rsquo;UGTAN dans les pays qui auront voté “oui”.<br />
218. Au début de l&rsquo;année 1957, à la suite de la prise de fonctions d&rsquo;un nouveau gouverneur britannique, environ 30.000 guinéens avaient été expulsés de Sierra Leone, où ils travaillaient illicitement dans les mines de diamant. La plupart d&rsquo;entre eux s&rsquo;étaient regroupés dans la région de Guéckédou. Sékou Touré et Saifoulaye Diallo avaient fait du 20 au 25 septembre 1956 un déplacement en Sierra Leone, où les discussions avec le futur Premier ministre Milton Margay avaient largement porté sur ce problème. Mais Sékou Touré avait affirmé que “les frontières sont artificielles et le gouvernement français doit davantage ouvrir et mieux exploiter les gisements guinéens.”<br />
219. Archives de la FOM, série Affpol, carton 281, dossier 6, télégramme du 22 septembre de genesuper/dakar à ministère de la FOM. Pierre Messtner raconte cet épisode dans ses mémoires, publiés sous le titre : <em>Après mot de batailles</em>… (Albin Michel, 1992) : « A Paris, la Caisse centrale et la direction du Trésor sont indignées qu&rsquo;un gouverneur ose se mêler des questions de monnaie, domaine réservé au ministre des finances, alors Antoine Pinay. Le temps presse. (…) Sous le mauvais prétexte d&rsquo;assurer la sécurité des Français le jour du référendum, j&rsquo;envoie à Conakry le 25 septembre, à bord d&rsquo;un navire de la marine nationale, une compagnie de parachutistes dans laquelle un solide commando a l&rsquo;ordre écrit et signé de ma main de se faire remettre les milliards et de les transporter aussitôt à bord du navire qui les ramènera à Dakar. Le recours à la force est autorisé jusqu&rsquo;à l&rsquo;ouverture du feu exclusivement, sauf cas de légitime défense. Quand les paras sont en mer, je rends compte au ministre. Quelques heures plus tard, je reçois un télégramme signé Pinay et Cornut-Gentille m&rsquo;ordonnant d&rsquo;annuler mon expédition. (…) Je réponds sans hâte par un message chiffré volontairement incompréhensible. Je gagne ainsi vingt-quatre heures et tout est terminé sans accroc quand l&rsquo;ordre d&rsquo;annulation m&rsquo;est sèchement confirmé. Je n&rsquo;ai pas l&rsquo;insolence de demander s&rsquo;il faut renvoyer les milliards à Conakry… ». Les télégrammes échangés avec le ministère de la France d&rsquo;Outre-mer sont clairs : “Après toute une semaine pendant laquelle j&rsquo;avais maintenu les décisions prises en ce qui concerne encaisse Guinée et refusé de céder aux manoeuvres dilatoires de l&rsquo;Institut et à l&rsquo;opposition formelle du ministère des Finances, je vous confirme que j&rsquo;ai reçu instruction Matignon renoncer opération enlèvement.” (Télégramme n° 397-398 du 27 septembre 1958 du ministre de la France d&rsquo;Outre-mer au haut-commissaire à Dakar). Messmer répond deux jours plus tard : “Devant passivité Institut qui risquait de compromettre gravement intérêts français, j&rsquo;ai décidé enlever de Conakry la partie des stocks de billets neufs non émis qui n&rsquo;étaient pas nécessaires à la vie économique du territoire soit environ 1, 700 Milliards/CFA. (…) Ma décision, dont je revendique responsabilité, est évidemment contraire aux instructions de votre télégramme 397-398 du 27-9-58 mais je pense qu&rsquo;en raison des circonstances vous voudrez bien l&rsquo;approuver.” (Télégramme n° 782-783 du 29 septembre 1958, soit le lendemain du référendum et alors que l&rsquo;opération d&rsquo;enlèvement est déjà terminée !) L&rsquo;aviso Paul Goffeny fut ultérieurement affecté au Service Hydrographique de la Marine ; il devait faire de nouveau escale à Conakry en mai 1963 dans le cadre d&rsquo;une campagne de relevés océanographiques. Cette visite fut cependant annulée à la dernière minute. Selon un courriel à l&rsquo;auteur en date du 17 novembre 2008, MM. Boubacar Sampiring Diallo et Kory Koundiano, deux agents de la Banque centrale de Guinée qui ont rédigé un ouvrage (non encore publié) sur la monnaie guinéenne, “Pierre Messmer nous a reçus le 30 septembre 2004 à son bureau à l&rsquo;Institut de France. S&rsquo;agissant de l&rsquo;opération d&rsquo;enlèvement d&rsquo;une partie de l&rsquo;encaisse en francs CFA de l&rsquo;agence de l&rsquo;Institut d&rsquo;Émission à Conakry, il nous a confirmé que l&rsquo;ordre a été donné par lui seul, sans se référer au général de Gaulle, qui ne l&rsquo;a pas désapprouvé après coup. Il était sûr que le Ministère de Finances aurait refusé l&rsquo;autorisation s&rsquo;il l&rsquo;avait consulté. Il a décidé d&rsquo;envoyer le commando pour éviter que Sékou Touré “ne fasse hold up sur la caisse”. A notre question, M. Messmer a répondu que si M. Sékou Touré avait été informé que cette opération allait avoir lieu le 28 septembre 1958, il l&rsquo;aurait sans doute empêchée au moyen d&rsquo;une manifestation de masse, auquel cas les parachutistes français, qui n&rsquo;avaient pas reçu l&rsquo;ordre de tirer, auraient reculé et l&rsquo;opération aurait échoué.” Les affirmations de M. Messmer ne se recoupent cependant pas avec celle de Robert Julienne dans son livre <em>Vingt ans d&rsquo;Institutions monétaires ouest-africaines</em>, 1955-1975 — Mémoires (Éditions L&rsquo;Harmattan) ; selon ce dernier, l&rsquo;ordre d&rsquo;évacuer les billets donné par Messmer le 25 septembre et reconfirmé le 26 avec réduction du montant à F. CFA 2,2 milliards, a été suspendu en fin d&rsquo;après-midi sur instructions venues de Dakar. C&rsquo;est plutôt le gouverneur Risterucci qui, arrivé à Conakry le 28 septembre et après consultations avec les personnalités appelées à participer à l&rsquo;opération, qui décida d&rsquo;une évacuation limitée aux grosses coupures non émises (F. CFA 1.150 millions) et signe, à l&rsquo;intention du directeur de l&rsquo;agence de la BCEAO à Conakry, une réquisition de ce montant que l&rsquo;année évacue à Dakar.”<br />
220. Diverses autres mesures “de précaution” sont également envisagées, comme par exemple l&rsquo;arrêt des émissions et le démontage partiel des installations de Radio Conakry (télégramme no. 762-764 du 25 septembre 1958 de Pierre Messmer au ministre de la France d&rsquo;Outre-mer).<br />
221. Télégramme no. 386/394 du 25 septembre 1958 de France d&rsquo;Outre-mer au haut-commissaire à Dakar. On verra que ces instructions seront appliquées de manière rigoureuse, à la fois dans leur lettre et dans leur esprit. Elles figurent aussi dans le Fonds privé Foccart (carton 61, dossier 199). Le 29 septembre cependant, le conseiller diplomatique du haut-commissaire à Dakar, Chambard, déclare à Diallo Telli qu&rsquo;“on arrangera ça”. (conversation d&rsquo;Alain Plantey avec l&rsquo;auteur, Paris, 18 mars 2002).<br />
222. Trois ans plus tard, en août 1961, l&rsquo;ancien gouverneur retournera en Guinée, invité par Sékou Touré, en même temps que François Mitterrand et Pierre Mendès-France à la 3ème conférence du PDG Sékou Touré lui adressera de très flatteuses louanges dans son allocution publique de bienvenue (voir le chapitre sur ce voyage de François Mitterrand).<br />
223. Gouverneur hors classe de la France d&rsquo;Outre-mer, Jean Risterucci, né en 1911, breveté en 1931 de l&rsquo;École nationale de la FOM, rapportera de sa brève mission en Guinée le surnom de “Restera-t-il-ici ?”. En fait, il sera nommé ambassadeur de France au Gabon (de 1960 à 1963), puis président directeur général de la société de mise en valeur de la Corse.<br />
224. Peu actif pour ce qui est des relations avec la Guinée pendant les débuts de la mise en place des institutions de la Loi-cadre et l&rsquo;action du Conseil de gouvernentent, le ministère de la France d&rsquo;Outre-mer redouble d&rsquo;activité à l&rsquo;approche du référendum et de ses résultats négatifs prévisibles, en liaison avec les affaires étrangères pour les aspects internationaux. C&rsquo;est ce que note également Bernard Charles (“La transformation des relations de pouvoir entre le Gouvernement général, le Ministère de la France d&rsquo;Outre-mer et la Guinée ( 1956- 1958)” in AOF Réalités et Héritages, Dakar, Direction des Archives du Sénégal, 1997) : “(Le ministère) va reprendre un rôle actif important dans la rupture des liens entre la France et la Guinée au cours des derniers mois d&rsquo;existence de la colonie, en étroite collaboration avec le haut-commissaire Messmer. A en juger par le nombre de télégrammes, de lettres et de rapports, jamais la Guinée n&rsquo;avait tenu, semble-t-il, une telle place dans les préoccupations du ministère de la France d&rsquo;Outre-mer et dans celles du Gouvernement Général de Dakar : pour la période allant du 15 Septembre au 31 Novembre 1958, au moins 180, dont une bonne cinquantaine émanant de la rue Oudinot. Pour sa part, Risterucci, venu à Conakry au titre de la mission française de liquidation, en recevra directement plusieurs d&rsquo;un ton cassant comme celui-ci où se trouve précisé ce que son rôle est et n&rsquo;est pas: ‘(…) Vous devez vous abstenir des conférences de presse inutiles et imprudentes comme celle que vous avez faite hier (…)’. Mais le véritable lieu du pouvoir est désormais à Matignon avec le général de Gaulle … Le mieux que pourra faire son ministre de la France d&rsquo;Outre-mer, Bernard Cornut-Gentille, concernant la Guinée, sera de programmer avec efficacité le départ de la France décidé par le Général après son passage à Conakry, de freiner la reconnaissance du nouvel État et de tout faire pour que la sécession ne soit pas payante aux yeux des autres territoires ayant choisi la Communauté. Voir aussi le chapitre 34, ainsi que (pour toute la préparatton diplomatique avant et au lendemain de l&rsquo;accession de la Guinée à l&rsquo;indépendance, et notamment les tentatives pour empêcher son admission à l&rsquo;ONU) mon livre Diallo Telli, le destin tragique d&rsquo;un grand africain, Paris, Éditions Jeune Afrique, Collection Destins, 1990, 225 p.<br />
225. Note secrète du SDECE n° 11424/A du 26 septembre 1958.<br />
226. Claire François, “L&rsquo;indépendance de la Guinée”, <em>Cahiers Internationaux</em>, No. 100, novembre 1958.<br />
227. Le texte intégral, publié pour la première fois dans l&rsquo;ouvrage du père Gérard Vieira <em>L&rsquo;Eglise catholique en Guinée,</em> Tome II (1925-1958), Dakar, 1998, est donné en annexe, ainsi que les commentaires de ce dernier.<br />
228. Voir le témoignage exclusif du Père Joseph Roger de Benoist en annexe.<br />
229. Dans les bureaux de vote, les électeurs trouvent deux bulletins, un pour le “oui”, un pour le “non”, ainsi qu&rsquo;une brochure de huit feuillets comportant le texte complet du projet de constitution, ainsi que le texte du discours prononcé par le général de Gaulle le 4 septembre place de la République à Paris. On trouvera reproduit en annexe le paragraphe de cette allocution consacré à l&rsquo;Outre-mer, qui ne laisse aucun doute sur la rupture des liens qui résulterait d&rsquo;un vote négatif.<br />
230. On trouvera en annexe l&rsquo;essentiel de ce qu&rsquo;André Blanchet écrit à propos de ce scrutin dans <em>Le Monde</em>. Voir aussi la note 234 sur la couleur des bulletins de vote.<br />
231. Il faut également signaler que Sékou Touré a fait à plusieurs reprises l&rsquo;éloge de la politique de décolonisation menée par le général de Gaulle, y compris pour la Guinée. Ainsi, dans son discours à l&rsquo;Hôtel-de-Ville de Paris, le 17 septembre 1982, répondant à Jacques Chirac, maire de Paris : “Nous avons vu en lui (général de Gaulle) un patriote sincère, guidé par l&rsquo;ardente volonté de donner à la France, non seulement sa liberté, mais aussi sa personnalité et sa dignité. Et nous pensons qu&rsquo;il est resté confonne à ces objectifs qu&rsquo;il s&rsquo;était fixés. Nous soulignons aussi le fait que n&rsquo;eût été le général de Gaulle, peut-être l&rsquo;indépendance de la Guinée aurait été une réalité de l&rsquo;avenir, mais pas celle de l&rsquo;année 19S8. Nous lui sommes donc redevables de l&rsquo;indépendance de la Guinée. Une analyse des faits démontre que le général de Gaulle avait un sens de la dignité et que son comportement était caractérisé par l&rsquo;harmonie entre le dire et le faire (…) Et l&rsquo;histoire retient que la Guinée aura, sans effusion de sang, fait le passage qualitatif d&rsquo;un stade colonial à un stade de souveraineté totale. Et chaque fois que nous ferons l&rsquo;histoire de notre pays, nous rendrons hommage à celui que nous considérons comme élément détenninant de cette accession de la Guinée en quelques heures à l&rsquo;indépendance, à la suite d&rsquo;un référendum. Et d&rsquo;ailleurs en signe de reconnaissance, pour toutes les oeuvres que nous avons eu à publier — le 28ème tome sortira ce mois-ci des presses — le premier exemplaire était adressé au général de Gaulle de son vivant.”<br />
232. C&rsquo;est dans le Fouta Djalon, à Labé, à Dalaba et à Mali, que le “Oui” obtient le plus de voix (27.440 “oui” à Labé, près de la moitié du total). Faranah, la ville familiale de Sékou, n&rsquo;enregistre aucun vote “oui” ; à Guéckédou et à Youkounkoun, on ne compte qu&rsquo;un seul bulletin “oui”; la capitale Conakry donne 991 “oui” contre 39.232 “non”. Lors de la proclamation de l&rsquo;indépendance par l&rsquo;Assemblée territoriale le 2 octobre, les chiffres donnés seront : 1.136.324 “non” contre 56.941 “oui” ; les chiffres officiels, légèrement différents (en baisse pour le “non” et en hausse pour le “oui”), seront publiés peu après. On remarquera au passage que Sékou Touré n&rsquo;a jamais incriminé les quelque dizaines de milliers de voix qui se sont portées sur le “oui”, alors qu&rsquo;Houphouët-Boigny semble s&rsquo;être fortement offusqué des quelques centaines de votes “non” qu&rsquo;a connus la Côte-d&rsquo;Ivoire. Les chiffres officiels des résultats du référendum figurent en annexe.</p>
<blockquote>
<p class="notes">[<em>Erratum</em>. Lire mon blog réfutant ce passage du livre d&rsquo;André Lewin. — <em>Tierno S. Bah</em>]</p>
</blockquote>
<p class="notes">233. Conversation d&rsquo;Émile Biasini avec l&rsquo;auteur, Vienne, automne 1995. Voir aussi son livre <em>L&rsquo;Afrique et nous</em>, Paris, Odile Jacob éd., collection Opus, 1998.</p>
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		<title>webGuinée Bibliothèque Politique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[AubreySouplet]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Mar 2023 11:24:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliothèque]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Yaya Boiro, Cheick Seck. La justice en Guinée : une publication de l&#8217;ONG Afrique droit. Paris, Harmattan. 2000. 201 pages Africa Report, Guinea schedules first multi-party elections, no. 38 (6 nov.), 1993, p. 11. Afrique Industrie, La visite officielle du Président Giscard d&#8217;Estaing, 1979, pp. 26-33. B. Ameillon, La Guinée, bilan d&#8217;une indépendance, Paris, Maspéro, 1964. S. Andriamirado, Guinée: l&#8217;ultimatum de l&#8217;opposition, Jeune&#8230;&#160;<a href="https://www.webguinee.net/bibliotheque" rel="bookmark"><span class="screen-reader-text">webGuinée Bibliothèque Politique</span></a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<ul>
<li>Yaya Boiro, Cheick Seck. La justice en Guinée : une publication de l&rsquo;ONG Afrique droit. Paris, Harmattan. 2000. 201 pages</li>
<li>Africa Report, <i>Guinea schedules first multi-party elections,</i> no. 38 (6 nov.), 1993, p. 11.</li>
<li>Afrique Industrie, <i>La visite officielle du Président Giscard d&rsquo;Estaing,</i> 1979, pp. 26-33.</li>
<li>B. Ameillon, <i>La Guinée, bilan d&rsquo;une indépendance,</i> Paris, Maspéro, 1964.</li>
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<li>M. S. Sy-Savané, <i>Guinée : Lansana Conté dans la tourmente,</i> Nouvelle Afrique -Asie, 1996, pp. 14-17.</li>
<li>D. Tapin, T. de Poncheville, <i>Droit des sociétés et fiscalité des entreprises en Guinée,</i> Marchés Tropicaux et Méditerranéens, no. 39, 1983, pp. 2974-6.</li>
<li>D. Topouzis, <i>Conte&rsquo;s Challenges,</i> Africa Report, no. 34 (6 nov.), 1989, pp. 38-41.</li>
<li>A. Sékou Touré
<ul>
<li><i>What role for U.S. capital?</i> Africa Report, no. 27, 1982, pp. 18-22.</li>
<li><i>L&rsquo;action politique du PDG,</i> Paris, Présence africaine, 1959. Sékou Touré, <i>Toward full re-Africanization; policy and principles of the Guinea democratic Party,</i> Paris, Presence africaine, 1959. 108 p.</li>
<li><i>Rapport de doctrine et de politique générale,</i> Cinquième Congrès National du Parti Démocratique de Guinée (RDA), Conakry, Imprimerie Nationale, 1959.</li>
<li><i>Expérience guinéenne et Unité africaine,</i> Paris, Présence africaine, 1961.</li>
<li><i>The international policy of the Democratic Party of Guinea,</i> Cairo, S.O.P. Press, 1962. 241 p.</li>
<li><i>The doctrine and methods of the Parti Democratic of Guinea,</i> Conakry, 1963.</li>
<li><i>L&rsquo;Afrique en marche,</i> Conakry, Imprimerie P. Lumumba, 1967.</li>
<li><i>Le pouvoir populaire,</i> Conakry, Imprimerie P. Lumumba, 1969.</li>
<li><i>La révolution culturelle,</i> Conakry, Imprimerie P. Lumumba, 1972.</li>
<li><i>Strategy and tactics of the revolution,</i> Conakry, Press Office. 1977. 462 p.</li>
<li><i>Le 22 novembre 1970 et l&rsquo;évolution historique du peuple guinéen, Conakry.</i></li>
<li><i>Interviews accordées par le president Ahmed Sekou Toure à la presse française,</i> Conakry, Impr. nationale P. Lumumba, 1984, 80 p. : ill.</li>
</ul>
</li>
<li>J.-M. Vinet, <i>La Guinée vingt-ans après l&rsquo;indépendance : situation intérieure,</i> Afrique contemporaine, no. 17 Jan-Feb, 1979, pp. 10-12.</li>
<li>A. Yansané, <i>Guinea: the significance of the coup of April 1984 and economic issues,</i> World Development, no. 18, 1990, pp. 1231-46.</li>
<li>Immanuel Wallerstein, « L&rsquo;Idéologie du Parti Démocratique de Guinée, »<i> Présence africaine,</i> 40 (Jan-Mar.) 1962.</li>
</ul>
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			</item>
		<item>
		<title>Prefectures Gawal</title>
		<link>https://www.webguinee.net/etat/postcolonial/prefectures/gawal/gawal.html</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[AubreySouplet]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Mar 2020 04:59:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Etat]]></category>
		<category><![CDATA[Postcolonial]]></category>
		<category><![CDATA[Prefecture]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.webguinee.net/webguinee-prefectures-gawal/</guid>

					<description><![CDATA[<p>webGuinée Préfecture de Gawal Commune urbaine de Gawal Sous-préfectures Banfala Fulamori Kakoni Kumbia Tuba Wendu-Boru Documents Les Diakanké Qadria de Touba L&#8217;Ancien régime Cercle de Koumbia Foulamori Génies de l&#8217;eau et de la brousse en Guinée Française Monographie du cercle de Kadé-Touba. Bulletin du Comité de l&#8217;Afrique française. Renseignements coloniaux 1916, N° 4, page 96.&#8230;&#160;<a href="https://www.webguinee.net/etat/postcolonial/prefectures/gawal/gawal.html" rel="bookmark"><span class="screen-reader-text">Prefectures Gawal</span></a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h1>webGuinée<br />
Préfecture de Gawal</h1>
<hr />
<h2>Commune urbaine de Gawal</h2>
<h3>Sous-préfectures</h3>
<table width="500">
<tbody>
<tr>
<td>Banfala</td>
<td>Fulamori</td>
<td>Kakoni</td>
</tr>
<tr>
<td>Kumbia</td>
<td>Tuba</td>
<td>Wendu-Boru</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<hr />
<h3>Documents</h3>
<ul>
<li>Les Diakanké Qadria de Touba</li>
<li>L&rsquo;Ancien régime</li>
<li>Cercle de Koumbia</li>
<li>Foulamori</li>
<li>Génies de l&rsquo;eau et de la brousse en Guinée Française</li>
<li>Monographie du cercle de Kadé-Touba. Bulletin du Comité de l&rsquo;Afrique française. Renseignements coloniaux 1916, N° 4, page 96.</li>
<li>Quimby, Lucy G., ‘The Jaaxanke and the founding of Tuuba’, BIFAN, B (1975).</li>
<li>Quelques points du folklore des Foulahs et des Tyapi de Kadé. Revue d&rsquo;ethnographie et des traditions populaires, 1920.</li>
</ul>
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			</item>
		<item>
		<title>Tierno Chaikou Balé</title>
		<link>https://www.webguinee.net/culture/chercheurs/chaikou_balde/index.html</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[AubreySouplet]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Mar 2020 16:07:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.webguinee.net/webguinee-bibliotheque-chercheurs-tierno-chaikou-bale/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Tierno Chaikou Baldé 1907-1972 Biographie Fils de Tierno Aliou Ɓuuɓa Ndiyan (5e rang) et de Neenan Mamoudatou (puiné) Fit partie de la première génération d&#8217;instituteurs coloniaux, années 1930 L&#8217;un des pionniers de la recherche et de la publication scientifique en Guinée Bibliographie Les forgerons du Fouta-Djallon L&#8217;éducation de la fille dans l&#8217;ancienne famille foulah L&#8217;éducation&#8230;&#160;<a href="https://www.webguinee.net/culture/chercheurs/chaikou_balde/index.html" rel="bookmark"><span class="screen-reader-text">Tierno Chaikou Balé</span></a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img fetchpriority="high" decoding="async" title="Tierno Chaikou Balde, 1907-1972" src="https://www.webguinee.net/wp-content/uploads/1970/01/tierno-chaikou-balde-buste-300.png" alt="Tierno Chaikou Balde, 1907-1972" width="300" height="372" /></p>
<h2>Tierno Chaikou Baldé<br />
1907-1972</h2>
<p><img decoding="async" src="https://www.webguinee.net/wp-content/uploads/1970/01/colorbarshB10-2.jpg" alt="" width="450" height="3" /></p>
<h1>Biographie</h1>
<ul>
<li>Fils de Tierno Aliou Ɓuuɓa Ndiyan (5e rang) et de Neenan Mamoudatou (puiné)</li>
<li>Fit partie de la première génération d&rsquo;instituteurs coloniaux, années 1930</li>
<li>L&rsquo;un des pionniers de la recherche et de la publication scientifique en Guinée</li>
</ul>
<hr />
<h1>Bibliographie</h1>
<ul>
<li>Les forgerons du Fouta-Djallon</li>
<li>L&rsquo;éducation de la fille dans l&rsquo;ancienne famille foulah</li>
<li>L&rsquo;éducation de l&rsquo;enfant foulah</li>
<li>La femme foulah et l&rsquo;évolution</li>
<li>Origine de la première vache</li>
<li>Les associations d&rsquo;âge chez les Foulbe du Fouta-Djallon</li>
<li>L&rsquo;élevage au Fouta-Djallon (région de Timbo et de Labé)</li>
<li>Les sites archéologiques de Geme Sangan et de Pete-Bonoodji</li>
</ul>
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]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>April 29, 2015 &#8211; BlogGuinée</title>
		<link>https://www.webguinee.net/blogguinee/2015/04/29</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[AubreySouplet]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Mar 2020 10:36:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.webguinee.net/april-29-2015-blogguinee/</guid>

					<description><![CDATA[<p>&#160; Baltimore riots: the fire this time and the fire last time and the time between. Protests erupted Monday, April 27, 2015 into violence in Baltimore following the funeral of Freddie Gray, a black man who died after being taken into police custody. The Conversation website asked four scholars to comment on the implications of&#8230;&#160;<a href="https://www.webguinee.net/blogguinee/2015/04/29" rel="bookmark"><span class="screen-reader-text">April 29, 2015 &#8211; BlogGuinée</span></a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p>Baltimore riots: the fire this time and the fire last time and the time between. Protests erupted Monday, April 27, 2015 into violence in Baltimore following the funeral of Freddie Gray, a black man who died after being taken into police custody. <strong>The Conversation</strong> website asked four scholars to comment on the implications of the riots, which occurred 47 years after Baltimore exploded after the assassination of Dr Martin Luther King Jr.<img decoding="async" title="Demonstrators jump on a damaged Baltimore police department vehicle during clashes in Baltimore, Maryland April 27, 2015. Several Baltimore police officers were injured on Monday in violent clashes with young people after the funeral of a black man, Freddie Gray, who died in police custody, and local law enforcement warned of a threat by gangs.&lt;br /&gt; REUTERS/Shannon Stapleton - RTX1AJR0" src="https://www.webguinee.net/wp-content/uploads/1970/01/baltimore-april27-2015-riots.jpg" alt="Demonstrators jump on a damaged Baltimore police department vehicle during clashes in Baltimore, Maryland April 27, 2015. Several Baltimore police officers were injured on Monday in violent clashes with young people after the funeral of a black man, Freddie Gray, who died in police custody, and local law enforcement warned of a threat by gangs. REUTERS/Shannon Stapleton - RTX1AJR0" width="640" height="426" />Demonstrators jump on a damaged Baltimore police department vehicle during clashes in Baltimore, Maryland April 27, 2015. Several Baltimore police officers were injured on Monday in violent clashes with young people after the funeral of a black man, Freddie Gray, who died in police custody, and local law enforcement warned of a threat by gangs (REUTERS/Shannon Stapleton)</p>
<h3>The root causes of Baltimore riots</h3>
<p>As Baltimore burns and images of violence and mayhem fill our screens, many people are asking why? Why does the death of one young man cause a city to go up in flames?</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" title="John Rennie-Short, University of Maryland Baltimore County" src="https://www.webguinee.net/wp-content/uploads/1970/01/john-rennie-short-university-maryland-baltimore-county.jpg" alt="John Rennie-Short, University of Maryland Baltimore County" width="150" height="197" />John Rennie-Short, University of Maryland Baltimore County</p>
<p>Any event has multiple causes, but there are at least three background factors that we should bear in mind.</p>
<p>The first is the recent momentum of the police brutality narrative: since Ferguson in 2014 we have become witness to mounting evidence of police brutality. A US Department of Justice report on the Ferguson police department revealed routine rights violations and racial bias. It is not unique. In April in South Carolina, a white police officer shot an unarmed black man eight times in the back, killing him for a minor traffic violation. The images of police violence and community perceptions of cover-up have become increasingly common, with each case reinforcing the sense of injustice.</p>
<p>The second is the lack of trust between police and minority black populations. Despite more black officers and more blacks in senior positions, there is still a gulf between blacks and police departments that community policing measures have failed to bridge. This turns into a chasm between poor blacks and the police because of the “active” policing of low-income areas.</p>
<p>The legacy of policies of the tough on crime approach, the war on drugs and the militarization of police constitutes a police insurgency against low-income black communities. Young black men are stopped more frequently and jailed more often and longer than white counterparts for similar activities. In Baltimore, one in three males can expect to spend some time in jail during their lifetime.</p>
<p>The third element is the stifled economic opportunities and limited social mobility of many inner-city residents. Rising inequality in the US has meant a small minority has done well, the middle class is squeezed and those of lower income are trapped in funnels of failure. For young people caught in a web of multiple deprivations, street violence is commonplace.</p>
<p>One of the sites of the rioting in Baltimore is in the blighted neighborhood of Sandtown-Winchester, which was also the scene of rioting in 1968. Over 37 years later little progress has been made in a community that is 96% black and where 47% of children live below the poverty level, more than double the national average. Some have moved out and some have moved on, but for those left, Martin Luther King’s Dream is still just a dream.</p>
<p>I fear that that the violent images will lead to only a very limited law-and-order debate. Street violence is unacceptable but the tragedy is that minority areas are not just places of criminal activity, they are sites of victimization.</p>
<p>A law-and-order debate should be focus on reducing violence against low-income minority residents who are the primary victims of violent crime in Baltimore and across the nation. This country needs to address structural issues of poverty and economic opportunity as well as immediate concerns of how we make the streets safer for all our citizens.</p>
<p><strong>John Rennie Short<br />
</strong>University of Maryland, Baltimore County</p>
<h3>Re-Development and the uprisings</h3>
<p>Today, the news media will look over the aftermath of yesterday’s uprising in Baltimore and take stock of the burned remains of cars and storefronts. Reporters will also see the shells of 46,000 empty lots and vacant homes lining the neighborhoods that were riven by unrest.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" title="Kate Drabinki, University of Maryland Baltimore County" src="https://www.webguinee.net/wp-content/uploads/1970/01/kate-drabinki-university-maryland-baltimore-county.jpg" alt="Kate Drabinki, University of Maryland Baltimore County" width="150" height="100" />Kate Drabinki, University of Maryland Baltimore County</p>
<p>However, the media and its audience must be careful not to think that the burned-out look of so much of the city is the result of this recent unrest, or even of the uprisings of 1968, which followed the assassination of the Reverend Martin Luther King Jr.</p>
<p>Baltimore’s blight is the result of decades of disinvestment, from the blockbusting and white flight of the 1950s, the urban renewal policies of the 1960s, and the evacuation of the largely poor and black neighborhoods of East Baltimore to make way for the expansion of Johns Hopkins University taking place today. Development has long been uneven in Baltimore, and black folks and their neighborhoods have consistently been left out of that development.</p>
<p>What we are seeing today could only have occurred against this backdrop of planned uneven development. One of the dangers of seeing the riot as an event is precisely this danger of losing historical perspective about the ways the neighborhoods burning on television are the very ones that have been cut off from the growth of the city’s downtown core.</p>
<p>When asking what can be done, it is important to get to the root, to ask and see how these neighborhoods have been constituted as the ones that will burn, figuratively and literally.</p>
<p><strong>Kate Drabinski<br />
</strong>University of Maryland, Baltimore County</p>
<h3>Going beyond the burning</h3>
<p>When the sun rose Tuesday, the toll of Monday’s riots in response to the death of Freddie Gray in police custody were laid bare: 20 Baltimore police officers injured, the charred skeletons of cars and looted businesses, and over 200 arrests.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" title="Michel Sierra Arevalo, Yale University" src="https://www.webguinee.net/wp-content/uploads/1970/01/michel-sierra-arevalo-yale-university.jpg" alt="Michel Sierra Arevalo, Yale University" width="150" height="200" />Michel Sierra Arevalo, Yale University</p>
<p>However, the cost of the Freddie Gray riots cannot be measured in dollars and lives alone. For communities and police alike, the death of Freddie Gray and the violence that swept through the streets of Baltimore cut deeper than burned businesses or hurled cinder blocks.</p>
<p>For minority residents, the death of Freddie Gray is proof par excellence that the protests after the deaths of Mike Brown, Eric Gardner, Tamir Rice, and too many more have been futile. It’s proof that the battles of the Baltimore riots of 1968 are still being waged, and that police and the powers that be still see and treat protests and protestors as problems to be controlled.</p>
<p>For police, Monday’s violence is angering. They see people willfully destroying their communities and attacking police officers. What they do not see is powerless, unheard victims of centuries of racism, segregation, and inequality.</p>
<p>For both sides, the last few days in Baltimore are only the most recent in a long and tumultuous history of mutual distrust and fear between police and communities of color. To make matters worse, when the smoke clears and the glass has been swept up, neither side is likely to have changed their mind about the other.</p>
<p>The road to reconciliation must begin in the same streets now marred by violent unrest. Just as distrust and fear have been born out of decades of interactions between police and citizens, it is through one interaction at a time that we can begin to heal the wounds that scar the public and police.</p>
<p>Recent developments like the federally funded National Initiative for Building Community Trust and Justiceharness the power of procedural justice and racial reconciliationto build trust and establish the legitimacy of law.</p>
<p>In lieu of the truncheon, these strategies leverage respect and honesty to built trust that can enhance the safety of citizens and police alike.</p>
<p>It is not an easy road, and much work remains to be done, but the fires and blood in Baltimore make it all too clear that the time to dedicate ourselves to building trust between the police and the public is now.</p>
<p><strong>Michael Sierra-Arevalo</strong><br />
Yale University</p>
<h3>Baltimore’s abandoned school children</h3>
<p>In its fourth season, the television drama The Wire, set in Baltimore, offered us a glimpse of the systemic tragedy of a public education system.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" title="Kimberly Moffit, University of Maryland Baltimore County" src="https://www.webguinee.net/wp-content/uploads/1970/01/kimberly-moffit-university-maryland-baltimore-county.jpg" alt="Kimberly Moffit, University of Maryland Baltimore County" width="150" height="203" />Kimberly Moffit, University of Maryland Baltimore County</p>
<p>And yet the critically acclaimed series missed an important element of its expose.</p>
<p>While we gazed upon the limited academic opportunities within the schools and the disparate lives of the children who attend them, not once did we experience the pent-up frustration and bitterness of these young people – and the trauma that is inflicted upon them. Instead, we came to understand the politics and policies behind a system that failed to educate the children and made them pawns, rather than players in their own destiny.</p>
<p>The recent rioting and looting in Baltimore included participation by some school-aged children. The festering sore of inequality and inequity remains unhealed and unresolved.</p>
<p>The closing of Baltimore City Schools on Tuesday was a decision that considered the safety of our children who mostly navigate the city on public transportation rather than school buses. (The city ceased running its own transportation system exclusively years ago in an effort to reduce costs).</p>
<p>However, we also missed an opportunity to create spaces in public, safe places (ie schools) where youth could express their continued frustrations and strive toward healing.</p>
<p>In urban centers like Baltimore, mental health professionals are key personnel who assist youth in need. But inadequate resources and budget deficits jeopardize these services.</p>
<p>While grant opportunities and federal funding are available to school districts across the country for Common Core standards and test preparation, such emphasis is not extended to urban centers whose students experience subpar living conditions and psychological trauma as a result of abject poverty, drugs, crime, and violence affecting their communities, and in turn, their mental health. This is despite the fact that such conditions assuredly impact the academic ability of students.</p>
<p>Additionally, even when the data confirm that school buildings are deemed the best place to reach students in need, school psychologists, for example, are ever fewer in number. And those psychologists that do work in schools spend considerable time fulfilling federal special education mandates such as creation of individualized education programs (IEPs) for students with disabilities, leaving them little time to address the social and psychological development of children.</p>
<p>Now we are faced with the next generation of marginalized youth who demand to be heard, even as they are seen as counterproductive by those who continue to ignore their physical, academic, and psychological needs to be successful in an educational setting.</p>
<p><strong>Kimberly R. Moffitt<br />
</strong>University of Maryland, Baltimore County</p>
<h3>Related posts:</h3>
<ol>
<li>The Soviets … And Fergusson<small> What Would the Soviets Say About Michael Brown? rom Birmingham&#8230;</small></li>
<li>Summit and show. Promises and pitfalls. Part I<small>arlier this month Washington, D.C. hosted the US-Africa Summit convened&#8230;</small></li>
<li>Under Obama, racial hope but no change<small>ix years ago, Barack Obama’s election was going to usher&#8230;</small></li>
<li>The Case for Reparations<small>Two hundred fifty years of slavery. Ninety years of Jim&#8230;</small></li>
</ol>
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]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Au-dela chez les Guerze</title>
		<link>https://www.webguinee.net/bibliotheque/archives/etudGui/02/audelaGuerze.html</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[AubreySouplet]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 27 Feb 2020 05:31:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Bibliothèque]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Etudes Guinéennes Numéro 2. 1947 Administrateur-adjoint des Colonies Nzérékoré L&#8217;Au-Delà chez les Guerzé Pour le Guerzé, il n&#8217;y a pas de mort naturelle; toute maladie a une cause surnaturelle et la première chose que fait le malade n&#8217;est pas de prendre un médicament connu pour son efficacité, mais d&#8217;aller consulter le Devin, lequel dira qui&#8230;&#160;<a href="https://www.webguinee.net/bibliotheque/archives/etudGui/02/audelaGuerze.html" rel="bookmark"><span class="screen-reader-text">Au-dela chez les Guerze</span></a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h1>Etudes Guinéennes</h1>
<p>Numéro 2. 1947</p>
<hr />
<p>Administrateur-adjoint des Colonies Nzérékoré</p>
<h2>L&rsquo;Au-Delà chez les Guerzé</h2>
<hr />
<p>Pour le Guerzé, il n&rsquo;y a pas de mort naturelle; toute maladie a une cause surnaturelle et la première chose que fait le malade n&rsquo;est pas de prendre un médicament connu pour son efficacité, mais d&rsquo;aller consulter le Devin, lequel dira qui a jeté le sort, comment le combattre ou quel génie on a indisposé et, dans ce cas, quel sacrifice faire. Si les recettes n&rsquo;ont pas réussi et que le malade trépasse, ce n&rsquo;est pas la faute du devin ou du sorcier, mais du défunt ou de sa famille qui n&rsquo;ont pas fait exactement ce qui était prescrit.</p>
<h4>Les funérailles</h4>
<p>Les funérailles peuvent être réduites à peu de choses et même à rien ou bien comprendre des cérémonies très compliquées, suivant la catégorie à laquelle appartient le défunt.<br />
Quand il s&rsquo;agit d&rsquo;un pauvre bougre, souvent mort dans les champs, on l&rsquo;enterre sans formalités à l&rsquo;endroit où il était mort ou sur le bord d&rsquo;un chemin, et c&rsquo;est à peine si l&rsquo;on égorge un poulet blanc sur sa tombe comme sacrifice.<br />
Il en va tout autrement pour un chef de famille, un chef de canton (ou grand guerrier), un sorcier, une femme enceinte.<br />
Nous examinerons successivement ces divers cas.</p>
<h4>Funérailles du chef de famille</h4>
<p>Il faut distinguer l&rsquo;enterrement proprement dit, cérémonie intime intéressant seulement la proche famille, et les cérémonies funèbres qui ont lieu quelques jours après et sont l&rsquo;occasion du rassemblement des parents éloignés et des amis du défunt, plus ou moins nombreux suivant son importance sociale.<br />
Lorsque la mort est survenue, le neveu sacrificateur de la famille (qui est le neveu par les femmes) annonce le décès au dehors de la case; tous les membres de la famille présents au village accourent et les lamentations aiguës des femmes commencent. Le frère du défunt vient lui fermer les yeux, puis le corps, gardé dans la case, est lavé avec de l&rsquo;eau et veillé toute la nuit par les anciens.<br />
Chaque proche parent a amené pagnes ou nattes et le cadavre tout habillé est couché dans son linceul et posé sur les nattes. On lui met sur la tête un bonnet ou une chéchia et dans la main une arme pour se venger de celui qui est responsable de sa mort. Il est alors exposé au dehors. Chacun apporte des noix de cola qui sont remises au défunt en le priant d&rsquo;aider le donateur dans l&rsquo;Au-Delà. En fait c&rsquo;est le neveu par les femmes qui ramasse les colas : il est l&rsquo;intermédiaire obligé entre le mort d&rsquo;une part, la famille et les amis d&rsquo;autre part. Assis près du cadavre, il est sensé lui traduire les paroles qui lui sont adressées.<br />
Pendant ce temps, les fossoyeurs (des neveux eux aussi) ont creusé l&rsquo;excavation, soit au milieu de la cour du défunt, s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un notable important (on la recouvrira alors de pierres plates posées horizontalement et verticalement, en rond, et ces tombes serviront de lieu de palabres aux vieux du carré), soit à la sortie du village le long d&rsquo;un chemin. Le cadavre cousu dans les nattes est placé sur un brancard et transporté jusqu&rsquo;à la tombe par quatre fils ou neveux qui le déposent sur le bord de l&rsquo;excavation. Suivant les régions, le cadavre est enterré couché ou assis, les genoux repliés sous le menton (cette dernière manière étant celle des Guerzé de la région du Diani).<br />
Les femmes et les enfants se lamentent, tandis que les hommes souhaitent bon voyage au mort et jettent dans la tombe des colas blanches ouvertes en deux pour mériter sa bienveillance. Les fossoyeurs, qui ont le droit de prélever quelques pagnes pour eux, jettent de la terre sur le cadavre. Parfois, ils s&rsquo;arrêtent de travailler et il faut que les autres membres de la famille leur fassent des cadeaux pour qu&rsquo;ils consentent à finir leur tâche.<br />
Finalement, la tombe est couverte d&rsquo;argile rouge, puis de kaolin blanc, couleurs passant pour être agréables à l&rsquo;esprit du mort.<br />
On sacrifie un poulet blanc sur la tombe, où l&rsquo;on a souvent dressé une pierre plate à l&rsquo;endroit de la tête (parfois orientée vers l&rsquo;Est). Ce sacrifice permettra à l&rsquo;âme du défunt de franchir le fleuve, qui le sépare du village des morts où il vivra exactement de la même vie que sur terre, mais avec riz, <strong>bangui</strong> et femmes à volonté.<br />
Ce village des morts, le <strong>Nyomata</strong>, n&rsquo;est ni un paradis, ni un enfer, et la façon dont a vécu le défunt n&rsquo;influe nullement sur son au-delà. Ce qui importe ce ne sont pas ses mérites ou ses fautes, mais l&rsquo;accomplissement ou l&rsquo;oubli par ses descendants des devoirs qui lui sont dus. Si le poulet blanc n&rsquo;a pas été égorgé sur sa tombe, il ne pourra franchir le <em>Styx</em> guerzé et son esprit condamné à errer perpétuellement viendra tourmenter ses descendants; il leur jettera des sorts, leur enverra des maladies, fera avorter les femmes ou les fera accoucher de monstres.<br />
Pour réparer cet oubli il est toujours temps d&rsquo;accomplir les formalités prescrites, mais une réparation supplémentaire est due. On plantera par exemple un colatier à la tête de la tombe pour apaiser le courroux du mort. C&rsquo;est en général le devin (<strong>Touéplémou</strong>) qui indique quel sacrifice il convient de faire. C&rsquo;est ainsi que la <em>religion</em> des Guerzé se confond avec le <em>culte</em> des ancêtres sans que ce mot de culte puisse abuser : le motif n&rsquo;est pas la reconnaissance et l&rsquo;affection, mais la crainte. Il s&rsquo;agit d&#8217;empêcher l&rsquo;âme du défunt de nuire par des cérémonies et sacrifices appropriés. La magie rejoint donc ici la religion, mais on ne doit pas les confondre au départ il y a deux choses distinctes.<br />
Les Toma, eux, lient l&rsquo;esprit du mort à un objet matériel, en l&rsquo;occurrence un paquet de <strong>guinzé</strong> (barres de fer servant de monnaie avant l&rsquo;occupation) que l&rsquo;on place à la tête de la tombe et où l&rsquo;âme est censée résider, si bien que le Toma qui émigre peut emmener avec lui l&rsquo;esprit de ses ancêtres comme le Chinois le fait de ses tablettes.<br />
Pour clore l&rsquo;enterrement on apporte un repas de riz et d&rsquo;huile de palme dont une part est répandue sur la tombe, une seconde donnée aux fossoyeurs et le reste partagé entre les assistants qui par là manifestent qu&rsquo;ils étaient en bons termes avec le défunt et qu&rsquo;ils sont tout à fait étrangers à sa mort. C&rsquo;est une sorte de communion avec lui.<br />
Il faut remarquer la place très importante faite aux neveux utérins, durant les cérémonies funèbres et en général dans toute la religion des Guerzé (et, parait-il, aussi des Toma).<br />
Doit-on voir là un reste de matriarcat ? C&rsquo;est une question à étudier, mais aucune autre observation ne m&rsquo;a permis de confirmer ou simplement d&rsquo;étayer cette hypothèse. Rien, dans l&rsquo;organisation sociale et politique des Guerzé, dans les légendes et traditions, ne nous permet d&rsquo;en dire plus, pour le moment du moins.<br />
Trois, quatre ou sept jours après l&rsquo;enterrement ont lieu d&rsquo;autres cérémonies qui rassemblent toute la famille proche et lointaine au village du défunt. Tous ceux qui viennent doivent apporter poulets, moutons, chèvres. Les cadeaux faits par chacun sont d&rsquo;ailleurs complaisamment énumérés devant l&rsquo;assemblée au fur et à mesure qu&rsquo;ils sont offerts.<br />
L&rsquo;immolation a lieu au village même et le sacrificateur est le neveu du défunt par les femmes. En même temps qu&rsquo;on égorge les victimes, on prie le mort de ne pas venir troubler les vivants et de les aider de tout son pouvoir.<br />
On prépare à part une marmite de viande faite des abats des victimes, laquelle sera placée sur la tombe les petits enfants viendront y consommer cette viande.<br />
Lorsque le sacrifice est terminé les coups de fusil éclatent, le tam-tam commence ainsi que les danses.<br />
Un entr&rsquo;acte a lieu pour la sieste, puis la fête bruyante reprend pour ne se terminer que tard dans la nuit. Les devoirs ont été rendus à l&rsquo;ancêtre qui se trouve maintenant au <strong>Nyomata</strong> d&rsquo;où il se montrera bienveillant envers ceux qui l&rsquo;ont ainsi honoré.</p>
<h4>Funérailles du chef guerrier</h4>
<p>Avant l&rsquo;occupation du secteur guerzé par la France, les cantons étaient en état de guerre quasi permanent, soit entre eux, soit avec leurs voisins, Manon, Toma et Malinké. Il paraissait nécessaire de cacher la mort du chef sous peine de voir les ennemis attaquer immédiatement, en profitant du trouble provoqué chez les Guerzé par la disparition de leur chef. On ne publie donc jamais la mort d&rsquo;un chef. Il y a peut-être à cette coutume une seconde raison : à la mort du chef, sa famille risque de se disloquer, ses femmes pourraient rentrer chez elles et les enfants se disperser. Si la mort du chef n&rsquo;est pas proclamée, la famille reste unie sous la garde de l&rsquo;héritier, le lien ne sera pas défait.</p>
<p>Lorsque la mort est survenue, on publie que la maladie du chef est devenue très grave. Les grands notables qui appartiennent à la famille du chef se réunissent dans sa case pour laver le corps qu&rsquo;on habille de ses plus beaux vêtements et qu&rsquo;on coiffe de son bonnet. Pendant ce temps, on creuse la tombe dans sa case ou dans la forêt aux environs du village, parfois dans la boue d&rsquo;un bas-fond.<br />
Dans l&rsquo;excavation, on dispose des nattes et des peaux de bœuf ; à une extrémité on place une marmite et sur celle-ci une petite chaise. Le corps est couché, la tête appuyée sur la chaise en question. On place à côté du corps sa lance, son sabre ou son poignard de commandement, et les assistants jettent dessus de l&rsquo;argent et des colas. Dans la main on lui met une enclume et on lui referme les doigts dessus. Au moment de couvrir la tombe on reprend l&rsquo;enclume où désormais réside l&rsquo;âme du chef. Son corps n&rsquo;est plus qu&rsquo;une dépouille et l&rsquo;on jette de la terre sur lui ; l&#8217;emplacement est ensuite dissimulé à l&rsquo;aide d&rsquo;herbes et de plantes semblables à celles qui l&rsquo;entourent.<br />
A la nuit tombante, les mêmes notables se réunissent à nouveau : l&rsquo;un d&rsquo;eux est habillé avec des vêtements du chef défunt et tient dans sa main l&rsquo;enclume : il va figurer le chef malade. L&rsquo;un des participants le prend sur son dos, ou deux d&rsquo;entre eux le soutiennent chacun par un bras. On l&#8217;emmène alors à la <em>clôture.</em><br />
La clôture est une case entourée d&rsquo;une tapade située dans le village. Dans cette case, sur un grand divan, se trouvent les enclumes de tous les chefs précédemment décédés et dont la mort, rappelons-le, n&rsquo;a jamais été publiée. C&rsquo;est sur cette enclume que se font les sacrifices : poulet dont le sang enduira l&rsquo;enclume, noix de cola dont on crachera le jus sur l&rsquo;enclume, etc. Le chef est censé désormais résider, malade, dans cette clôture.<br />
Un jour on peut décider, si les circonstances le permettent, de briser la clôture. C&rsquo;est l&rsquo;occasion de grandes fêtes au cours desquelles de grandes quantités de poudres sont utilisées, car les guerriers du canton se réunissent et simulent <strong>une attaque contre la clôture aux pieds de laquelle sont égorgés un ou plusieurs captifs</strong>, sacrifice agréable aux mânes des ancêtres, pense-t-on. Chaque famille reprend l&rsquo;enclume qui lui appartient et qui sera conservée par elle. On peut alors annoncer publiquement la mort des chefs.</p>
<h4>Funérailles du sorcier</h4>
<p>Le fils du sorcier ou <strong>zogomou</strong> ne succède pas automatiquement à son père, même si celui-ci l&rsquo;a initié de son vivant aux secrets de la sorcellerie. Le sorcier n&rsquo;est pas propriétaire de sa charge, si l&rsquo;on peut dire. A sa mort, elle redevient le bien de la noble corporation des charlatans. Il ne peut que proposer son successeur, qui doit être agréé par les autres sorciers du village ou du canton, et il le sera s&rsquo;il paye la redevance coutumière, qui en l&rsquo;occurrence est le prix de rachat du cadavre. Après le décès on appelle le grand <strong>zogomou</strong> de la région qui, en examinant le cadavre, déclare qui a provoqué la mort de son confrère. Puis le cadavre est lavé et placé entièrement nu sur un hamac. On le promène à travers le village et ceux qui le portent demandent en criant qui veut l&rsquo;acheter ?<br />
Généralement, le fils ou le neveu du défunt est porté acquéreur : le corps est alors recouvert d&rsquo;un linceul et il sera enterré décemment avec des nattes.<br />
Le prix du rachat est un bœuf, si le sorcier a dirigé sept tatouages dans un même village ; sinon, il est de trois pièces de cotonnades. En sus, on doit donner poulets, chèvres, colas, qui serviront au sacrifice mortuaire et seront consommés par tous les habitants du village.<br />
Au cas où le neveu ou le fils du défunt ne rachèterait pas son corps, toute sa famille mourrait certainement ; aussi le cas est-il très rare. Il peut arriver toutefois que le fils du sorcier soit si pauvre qu&rsquo;il ne puisse racheter le cadavre de son père. Dans ce cas, c&rsquo;est au chef de canton à pourvoir au rachat.<br />
Quelquefois pourtant, le <strong>zogomou</strong> a été si méchant dans sa vie, a tellement mal usé de son pouvoir et de ses connaissances que personne ne se présente pour le rachat de son cadavre. Celui-ci est alors enseveli à même la terre, nu, avec pour tout linceul certaines feuilles qui ont le pouvoir magique d&#8217;empêcher le <strong>zogomou</strong> de nuire à ses descendants et au village.<br />
Dans le cas où le cadavre a été racheté, l&rsquo;enterrement a lieu en forêt sacrée. La tombe est en général placée au pied d&rsquo;un arbre connu pour ses qualités curatives. Le successeur du <strong>zogomou</strong> empoignant l&rsquo;arbre à deux mains, saute pardessus la tombe quatre fois. S&rsquo;il ne tombe pas, il est proclamé sorcier. Si son père l&rsquo;a déjà initié aux secrets, il entre immédiatement dans la confrérie. S&rsquo;il ne l&rsquo;a pas fait, les autres sorciers s&rsquo;en chargent.<br />
Des sacrifices spéciaux sont aussi faits sur la tombe du <strong>zogomou</strong> pour apaiser son esprit qui reste redoutable : parmi ceux-ci, <strong>les sacrifices humains</strong> tiennent très probablement une place honorable même de nos jours.</p>
<h4>Funérailles de la femme enceinte.</h4>
<p>Si une femme meurt enceinte, les hommes du village sont responsables de sa mort. Un sort a été jeté dans le village et les cérémonies que nous allons décrire ont pour but de faire expier leur faute aux hommes et de chasser du village le mauvais sort, sous peine de voir mourir toutes les femmes enceintes du village.<br />
La nuit après le décès, les femmes initiées, (et celles-là seulement) se réunissent devant la case de la défunte et sortent en procession en chantant des injures à l&rsquo;égard des hommes qui doivent tous rentrer dans leur case.<br />
Parmi les femmes du cortège, certaines vieilles portent des arcs destinés à chasser le mauvais sort. Au milieu d&rsquo;elles se trouve, entièrement nu, le mari de la femme décédée en couches.<br />
La procession se termine à la piste sur le bord de laquelle la femme a été enterrée (avec, à côté d&rsquo;elle, le foetus qu&rsquo;on a arraché de son ventre), et recommence trois fois dans la nuit. Dans certaines régions, le corps de la femme est brûlé dans la fosse et si elle a donné le jour à un enfant vivant on noie d&rsquo;abord celui-ci et on le brûle à côté de la mère dans la même fosse.<br />
Pendant ce temps, les femmes non initiées doivent se terrer dans leur case, de même que tous les hommes, mais elles doivent être séparées de leur mari. Aucun contact sexuel n&rsquo;est permis, l&rsquo;homme étant considéré comme impur jusqu&rsquo;à la fin des cérémonies.<br />
En passant devant chaque case, on en frappe le toit et parfois une vieille se détache du groupe pour heurter la porte. Gare au mari qui répondrait ; il serait injurié copieusement et de la façon la plus obscène. Toutes ces chansons ne sont d&rsquo;ailleurs faites que d&rsquo;obscénités. Trois jours de suite (ou plutôt trois nuits) la même cérémonie se répète. La troisième fois, elle se prolonge jusqu&rsquo;au lever du soleil. Les femmes sont armées d&rsquo;une sorte de roseaux (<strong>touan</strong>) qu&rsquo;elles placent sur les toits des cases, puis elles empruntent la piste d&rsquo;enterrement. A la fin de la procession elles reprennent les roseaux et les jettent sur la tombe de la femme enceinte où ils pourront donner de jeunes pousses.<br />
Puis on va chercher les femmes enceintes qui sont attachées avec des lianes (elles sont considérées comme enchaînées par le mauvais sort). Leurs maris (ou le frère du mari si celui-ci est absent) doivent faire chauffer de l&rsquo;eau qui servira à laver, à purifier les femmes en grossesse. Finalement le mari doit racheter sa femme en faisant des cadeaux aux vieilles. La femme délivrée du mauvais sort est alors détachée de ses liens et rendue à l&rsquo;homme.<br />
En certains endroits la femme n&rsquo;est pas liée, mais elle doit sauter par-dessus une corde tendue. Si son pied la touche, c&rsquo;est le signe qu&rsquo;un malheur est proche. Sinon la femme est purifiée.<br />
Si le mauvais sort a été chassé du village par ces cérémonies expiatoires et purificatoires, il a pu n&rsquo;être que refoulé dans les villages voisins, aussi la même cérémonie a-t-elle lieu dans les villages environnants, bien qu&rsquo;aucune femme en couches n&rsquo;y soit décédée.</p>
<p>Note<br />
1. Cette enquête porte sur les Guerzé du territoire de la Guinée française. (Note de la Rédaction.)</p>
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			</item>
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		<title>Guinea: Mobilization of a People</title>
		<link>https://www.webguinee.net/bibliotheque/sociology/riviere/mobilization_people/chap1.html</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[AubreySouplet]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 23 Feb 2020 18:15:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliothèque]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>webGuinée / Etat &#38; Société La première décennie du régime PDG Claude Rivière Guinea: The Mobilization of a People Ithaca. Cornell University Press. 1968. 260 p. Chapter 1 Wealth in Diversity Because traditions of the two great empires of Mali and of the Fouta Djalon still influence the sociopolitical behavior of two-thirds of the Guinean&#8230;&#160;<a href="https://www.webguinee.net/bibliotheque/sociology/riviere/mobilization_people/chap1.html" rel="bookmark"><span class="screen-reader-text">Guinea: Mobilization of a People</span></a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h1>webGuinée / Etat &amp; Société</h1>
<p>La première décennie du régime PDG</p>
<hr />
<h1>Claude Rivière<br />
Guinea: The Mobilization of a People</h1>
<p>Ithaca. Cornell University Press. 1968. 260 p.</p>
<hr />
<h2>Chapter 1<br />
Wealth in Diversity</h2>
<p>Because traditions of the two great empires of Mali and of the Fouta Djalon still influence the sociopolitical behavior of two-thirds of the Guinean population, and because the head of state, Ahmed Sékou Touré, is a descendant, on his mother&rsquo;s side, of the great almami of Wassulu, Samori Touré (who personifies the bravest resistance to the progress of French colonialism), it might be assumed that this heritage would intensify political life for present-day Guineans to a degree commensurate with their glorious past. Also, the diversity of its regions &#8211; savanna, forest, mountains, plains, and swamps &#8211; provides Guinea&rsquo;s farmers, planters, and herders with every opportunity for developing complementary economies. Furthermore, Guinea possesses West Africa&rsquo;s great source of water &#8211; the Fouta Djalon &#8211; as well as the world&rsquo;s largest bauxite resources. It might be hoped that, with all these assets, Guinea&rsquo;s economic development would be on a scale with its political fervor.<br />
Before judging to what degree the reality corresponds to these expectations, it is advisable to examine all the favorable factors. A Guinean proverb observes that the balafon player tests his instrument, verifies its tone quality, and tries out his rhythms before playing his showpiece. An analysis of Guinea&rsquo;s basic geography, demography, ethnography, and history makes it easier to understand the hopes, resentments, vacillations, and decisions of its people.</p>
<h3>Lands and Peoples</h3>
<p>Situated on the West African coast between 7°10&prime; and 12°30&prime; north latitude, and between 8° and 15° west longitude, Guinea covers 245,857 square kilometers (95,100 square miles). It is bounded by Guinea-Bissau on the northwest, Senegal and Mali on the north and northeast, Ivory Coast on the east, and Liberia and Sierra Leone on the south. Guinea&rsquo;s western side fronts on the Atlantic Ocean. Its width from east to west is 800 km, and its length from north to south 550 km. However, its circular form and the layout of its means of communication are such that Nzérekore, the forest zone&rsquo;s principal town, is 1,200 km. by road from Guinea&rsquo;s capital, Conakry, whereas it is only 360 km. from Liberia&rsquo;s capital, Monrovia.<br />
Like the rest of West Africa, Guinea&rsquo;s ethnic geography defies the administrative frontiers that were carved out by the diplomacy of the colonial powers. Various Franco-British agreements gave to France the Riviéres du Sud (June 28, 1882), which later that year (October 12) became a colony and was divided into several territories. To one of them, French Guinea, Dr. Noel Ballay was named governor by a decree of December 22, 1891. After the agreement that established Guinea&rsquo;s frontiers with Sierra Leone (January 21, 1895), others followed a Franco-Portuguese accord, ratified July 28, 1888, defined the boundaries of Portuguese Guinea with Senegal and French Guinea; the Franco-British agreement of April 8, 1904, ceded the Los Islands to France; and there was one between France and Liberia on January 13, 1911, relating to boundaries. None of the separate territories established by these treaties took into account linguistic realities, cultural entities, or ethnic divisions.<br />
Coniagui and Bassari tribesmen in Guinea have « brothers » in Senegal and Guinea-Bissau. The Kouranko and Kissi-Sherbro peoples have one foot in Sierra Leone and the other in Guinea. In the forest zone, the Guerze-Kpelle and the Toma (or Loma, as they call themselves) straddle the frontiers of Liberia and Guinea. The Malinké, who trade throughout West Africa, are to be found in Ivory CIoast, Senegal, and Mali, among the Bambara, from whom they differ more in religious organization than as to their history Finally, the Peul of the Fouta Djalon feel less akin to their Manding neighbors than to the Peul of the Senegalese Fouta or of Macina. It was from Macina that they emigrated in two waves during the fourteenth century and again in the seventeenth and eighteenth centuries, pushing back or subjugating the native peoples. Despite frontiers that are apparently insecure because they sepaate peoples of the same ethnic origin or social structure, Guinea took on a distinctive character both during the colonial period and after independence, when the Parti Déemocratique de Guinée provided a strong cohesive force. Although its boundaries are artificial, Guinea is, on the one hand, predisposed toward close economic relations with the rest of West Africa, and is also, on the other hand, exceptionally accessible. This permeability of its frontiers was accentuated by Guinea&rsquo;s withdrawal from the CFA-franc zone on March 1, 1960.<br />
Guinea&rsquo;s diverse cultural areas in the hinterland reflect fairly closely its administrative and geographic divisions. Indeed, its variations in altitude and the diversity of its climates and vegetation divide Guinea into four natural regions which, by and large, correspond to its major <strong>tribes</strong>. The country derives its wealth from the wide range of its mineral, agricultural, animal, and human resources.<br />
Lower or maritime Guinea, inhabited mainly by Susu and related tribes (Baga, Nalou, and Landouman), is the alluvial basin of the coastal rivers &#8211; the Rios</p>
<ul>
<li>Componi</li>
<li>Nunez</li>
<li>Kapatchez</li>
<li>Pongo</li>
<li>Konkoure</li>
<li>Mellacore</li>
</ul>
<p>which fronts on the Atlantic for 300 km. and extends as far as the foot of the Fouta Djalon cliffs to a distance of 50 km. toward the north and 90 km. toward the south. From the air, the meandering course of these streams, the swampy estuaries, the mangrove growths, and the smattering of islands (of which the best known are the Los, called in Portuguese <em>Ilhas dos Idolhos</em>) beyond the extremity of the Kaloum Peninsula on which Conakry is located offer what appears to be a splendid lacework of land, greenery, and water. In this amphibious plain, the humidity reaches saturation point, the temperature remains constant between 24 and 30 degrees centigrade and rainfall totals more than 5 meters a year at the foot of Mt. Kakoulima during the rainy season (<em>hivernage</em>), from May to October. This is the region where the subsistence crops of swamp rice, oil and coconut palms, and the cola bush are grown, as well as the export crops of bananas and pineapples.<br />
Middle Guinea, or the Fouta Djalon, is made up of primary mountains and plateaus. The massifs of Dalaba to the south and of Mali to the north (Mt. Loura is 1,515 meters high), and the high central plateaus of Pita and Labé, deeply eroded, form highlands at altitudes of 600 to 1,500 meters. To the northwest, the crests of this dorsal range give way to a gentle slope. Tectonic breaks in this tight-knit network exist wherever the many watercourses which have their source in the Fouta flow across the sandstone, schists, and dolerite, at different levels. These streams are</p>
<ul>
<li>the Gambia</li>
<li>the Komba</li>
<li>the Bafing (which becomes the Senegal River after its juncture with the Bakoy)</li>
<li>the Niger with its tributary, the Tinkisso</li>
<li>the Konkouré</li>
<li>the Kolenté, or Grande Scarcie</li>
</ul>
<p>Monsoon rains come from the west during the northern (boreal) summer, but the arid harmattan blows in the region from December to February. Thanks to the altitude, the tropical climate here is transformed into various microclimates. Because of its dry and cool air, Dalaba has become a well-known health resort. Alongside the region&rsquo;s lateritic plateaus, which are the source of Guinea&rsquo;s bauxite and where many herds graze, there is a great variety of terrains and of landscape &#8211; grassy plains, fields of millet (<em>fonio</em>) and local beans (<em>nyebbe</em>), orange groves, vegetable gardens in the hollows, and hard, burned soil on which gnarled bushes grow. Here in the Fouta Djalon the Peul herders settled, making this massif into a great fief of Islam.<br />
Upper Guinea is savanna country of terraced plateaus, which lie 200 to 400 meters above sea level and whose more or less eroded buttes break the monotony of a slightly rolling landscape. It is there that the Niger and its tributaries have created inundated plains, which are bordered widh terraces that can be converted into rice fields. About 1.50 meters of rain fall between June and October, but during the long dry season crop yields are meager (except in the plains of Siguiri, Kankan, and Kouroussa) because much of the soil is poor and the area&rsquo;s continental location makes for extremes of temperature. This area is inhabited by the Malinké, who are related to all the great clans that formed the empire of Mali.<br />
Guinea&rsquo;s forest zone, to the south of upper Guinea, wedged between Sierra Leone, Liberia, and Ivory Coast.<br />
Tropical forest covers the imposing massif of Mts. Nimba (1,752 meters) and Simandou (Pic de Fon, 1,656 meters), which contain rich iron deposits. The density of its vegetation makes for a uniform temperature and constant humidity. Also it has long protected the small autonomous villages of the Kissi rice growers, as well as the Toma, Guerze, Manon, and Kono populations, against intruders. Their resources, besides sul&rsquo;slstence crops, consist of plantations of coffee, oil palms&rsquo; and cola bushes.<br />
Population densities in these regions differ markedly, decreasing from the Fouta Djalon to the forest zone, and from lower to upper Guinea. According to the only valid censuses (those of 1955 and 1967), and the estimates of averages (hased on those data as well as on hypotheses concerning the birth and death rates) made by the demographic expert Julien Conde, Guinea&rsquo;s population has grown as follows since 1955 :</p>
<table width="200">
<tbody>
<tr>
<td>1955</td>
<td align="right">2,570,000</td>
</tr>
<tr>
<td>1960</td>
<td align="right">3,072,000</td>
</tr>
<tr>
<td>1965</td>
<td align="right">3,510,000</td>
</tr>
<tr>
<td>1970</td>
<td align="right">4,069,000</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p>Projections give an estimated population of 4,833,000 in 1975 and of 5,656,000 in 1980.</p>
<p>The census taken from May 19 to 21, 1967, indicated a total population of 3,784,786 at that time, and an annual growth rate of 2.7 per cent, which suggests that thc number of Guineans will double in twenty-five years. Compared with Senegal (3.8 million inhabitants in 1968) and Ivory Coast (4 million in 1965), Guinea seems to be relative1y populous. Yet, with an average density of 15 to the square kilometer, it is underpopulated for the purpose of intensive development of its economic potential. Upper Guinea, in particular, with 6 inhabitants to the square kilometer, appears to be almost deserted compared with the Fouta Djalon, which has 18 to the square kilometer. The contrasts are even more marked when one examines the extremes in density of the 29 administrative regions, which range from 5 to 42 to the square kilometer. Among their 220 arrondissements, there is a demographic spread ranging from 3 to 70 inhabitants to the square kilometer.<br />
If one considers that Dakar doubled, Douala tripled, and Abidjan quadrupled their respective populations between 1950 and 1960, the pace of Conakry&rsquo;s growth &#8211; from 26,000 inhabitants in 1945 to 78,000 in 1958 and to 197,000 in 1967 &#8211; is not surprising. Furthermore, it reflects the extent to which the country&rsquo;s economic life has become centered around the Kaloum Peninsula. Following Conakry, the largest towns are Kankan (60,000), Kindia (45,000), Labé (25,000), and Mamou and Nzérékoré (15,000 each). Less than 10 per cent of Guinea&rsquo;s population lives in settlements of more than 10,000 inhabitants. Urbanization, only recently introduced, has not yet attained significant scope. Nevertheless, one should not underestimate its effect on the economic, political, and social planes in such phenomena as acculturation and deculturation, employment problems, and political indoctrination. On several occasions, the government has had to take arbitrary measures (a decree of January 1963 and police sweeps in 1965) to try to check the rural exodus, directed mainly toward Conakry. More than 85 per cent of Guineans are still country dwellers. As elsewhere in Africa and with similar consequences, there is a gap between the urban and rural segments, although in each segment there exist certain cleavages between the educated and the illiterate, the wage earner and the peasant, and the modernist and the traditionalist.<br />
Without being related to those cleavages, ethnic and linguistic differences are no less important &#8211; particularly because they reflect very diverse forms of agriculture, including animal husbandry, and cultural customs, which vary greatly with the population and the geographic setting. The people&rsquo;s cultural and ecological characteristics give rise not only to differences among them but also to a form of regional isolation that is accentuated by the factors of distance, difficulties in communication, and the remoteness of the capital. To carry out a policy of regionalization, designed to utilize to the maximum an area&rsquo;s economic development in terms of its needs, land regime, and customs, the governors of each of Guinea&rsquo;s thirty-four (formerly twenty-nine) administrative regions have been <em>vested with considerable authority</em>. Nevertheless, in the exercise of that authority, they are responsible to the minister-delegate in each of Guinea&rsquo;s four natural regions. The close-knit organization of the PDG facilitates the execution of a policy of national integration.<br />
Although Guinea&rsquo;s population is far from homogeneous, it does not form an ethnic mosaic of such extreme diversity as, for example, that of Ivory Coast. If one takes language, customs, organizational forms, and traditions as the criteria, there are only slightly more than twenty ethnic groups. Bernard Charles has based his demographic studies on the <strong>1955 census</strong>, the only one that has recorded ethnic data separately. He has corrected population estimates by allowing for the inaccuracy of some tribal classifications caused by the fact that the census takers used as their basis the language spoken by the individuals polled. He concluded:</p>
<blockquote><p><em>In 1955, the Peul, or Fula, were probably the most numerous single tribe (735,000), outranking the Malinké (576,000), Susu (326,000), Kissi (192,000), and Guerzé (108,000), to mention only the most sizable groups</em>. To these may be added the 600,000 « miscellaneous » persons constituting some <strong>sixteen</strong> secondary ethnic groups. However, if one takes into account the related tribes (Baga and Landouman assimilated to the Susu), as well as the existence of subgroups (Kouranko, Lélé, and others related to the Malinké), the proportions would turn out to be different. In that case, the Malinké and those assimilated to them would total 30 to 34 per cent and thus be the largest group numerically, with the Peul and Toucouleur (comprising 29 to 30 per cent) following close behind. Next in importance would be the Susu and assimilated tribes, and the forest people (a term used to include ethnic groups living in that region), who represent 17 to 18 per cent of the total. The uniqueness of Guinea&rsquo;s ethnic composition lies in the fact that it comprises two dominant groups of almost equal importance and two secondary groups also approximately equal in size. Without being homogeneous to the same degree, they nevertheless are sufficiently distinctive in their characteristics that they counterbalance each other, neither being able to claim a clear-cut numerical preponderance. Nevertheless, there exists a danger in excessive regionalization. More than 90 per cent of the forest people live in the forest zone, at least 80 per cent of the Peul are in the Fouta Djalon, and over 75 per cent of the Susu are settled in lower Guinea. Only the Malinke, being less concentrated geographically, are dispersed to a considerable degree in three of the four natural regions</p></blockquote>
<p>A synthesis of the four principal ethnic groups is given in Table 1.</p>
<p><em>Table1.</em> Sociocultural Characterization of Guinean Peoples</p>
<table width="800">
<tbody>
<tr>
<td>General psychological characteristics</td>
<td>Devoted to cattle; of noble character; respectful of chief&rsquo;s authority; suspicious; discreet; individualistic</td>
<td>Trading ability; ingenuity; leadership qualities; accustomed to farming and mining</td>
<td>Adaptable; conciliatory but at times belligerent; exuberant; garrulous; indolent</td>
<td>Hard-working; morally upright; true to ancestral customs; crude in manner; terrified of the supernatural</td>
</tr>
<tr>
<td>Social stratification</td>
<td>Society strongly hierarchized into nobles, freemen, craftsmen, and serfs</td>
<td>Distinctions based on occupations as farmers, traders, and artisans, and according to generations</td>
<td>Accessible to outside influences; no strong traditional divisions; adapt easily to modern economy</td>
<td>Democratic institutions; important roles played by hunters sorcerers, secret societies</td>
</tr>
<tr>
<td>Family structure</td>
<td>Patriarchal, albeit allowing women relative independence; considerable inbreeding</td>
<td>Patriarchal; families customarily submissive to their chiefs</td>
<td>Intense community feeling; frequent crossbreeding; lax sexual morality</td>
<td>Age-oriented, domination by elderly; matrilinear traces; important role of maternal uncle</td>
</tr>
<tr>
<td>Village organization</td>
<td>Loose-knit; villages of freemen and of slaves, economically interdependent</td>
<td>Descendants of original inhabitants hold highest rank</td>
<td>Strong solidarity; open-minded; cooperative</td>
<td>Integrated, but within narrow framework of village and family</td>
</tr>
<tr>
<td>Major occupations</td>
<td>Seminomadic herding; cultivation of <em>tapades</em> (small gardens)</td>
<td>Food-crop farming; plantation agriculture, using draught animals; trading</td>
<td>Food-crop and plantation agriculture (bananas, pineapples, palm kernels); sea and river fishing; wild-produce gathering</td>
<td>Farming in forest clearings by slash-and-burn method; coffee culture; gathering of wild palm kernels and colas</td>
</tr>
<tr>
<td>Principal crafts</td>
<td>Leatherworking; woodworking; embroidery</td>
<td>Blacksmith work; jewelry manufacture; pottery; weaving</td>
<td>Dyeing; basketry; crafts such as cabinet making, mechanics; upholstering</td>
<td>Basketry; weaving, on vertical looms; arms manufacture</td>
</tr>
<tr>
<td>Nourishment</td>
<td>Meager; <em>fonio,</em> curdled milk, honey, sweet potatoes</td>
<td>Average; rice, millet, corn, shea butter</td>
<td>Varied; rice, fish, cassava, palm oil</td>
<td>Varied; yams, corn, rice, tubers, caterpillars, game</td>
</tr>
<tr>
<td>Housing</td>
<td>Scattered dwellings despite fairly dense population; family compound, with small, separated, circular houses; shepherds&rsquo; huts</td>
<td>Big villages composed of family compounds of spacious fenced-in houses</td>
<td>Large communal barracks open to countryside; small villages dotted along roads; good household equipment</td>
<td>Tiny villages dispersed in forest, off beaten track; separated according to clans; small round huts of clay and straw; grain storage under thatched roofs</td>
</tr>
<tr>
<td>Aesthetics</td>
<td>Women style-conscious &#8211; special hair style (<em>dyubaade</em>), skin incisions at outer eye corners (<em>fesoodhe</em>)</td>
<td>Highly developed musical art; instruments are <em>balafon</em> and <em>cora</em> (lute); many <em>griots</em> (minstrels)</td>
<td>Important expensive ritual festivities of baptism and marriage, with dancing</td>
<td>Drumming and whistling style of guttural cornmunication, more rhythmic than melodic in sound; fetishist initiation rites in sacred forest; masks</td>
</tr>
<tr>
<td>Language</td>
<td>Pular, with one vocabulary of respect, the other for ordinary speech</td>
<td>Mandé-tan</td>
<td>Mande-fu; poorer vocabulary and simpler grammar than Mande-tan.</td>
<td>Various paleonegritic languages; some similarities to Mande-fu</td>
</tr>
<tr>
<td>Predominant religion</td>
<td>Islam widespread main brotherhbods Tidjaniya, Qadrya Bekkaya near Touba; many Koranic schools</td>
<td>Archaic form of Islam; Qadrya and Tidjaniya brotherhoods; influence of Kankan; vestiges of fetishism</td>
<td>Modern Islam; mainly Qadrya Bekkaya brotherhood; lax religious practices; fetishist residue</td>
<td>Fetishism diluted by Islam and even more by Christianity</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<h3>Historical Setting</h3>
<p>Stone carvings found in the grottoes of Kakimbon near Conakry, and of Santa near Kindia, show that Guinea must have been inhabited at least as early as the Neolithic period. Other finds of lesser importance discovered in the re ions of Pita, Telimele, and Gaoual in the Fouta Djalon are evidence of man&rsquo;s presence there in very ancient times. It would be pointless, however, to confuse these original inhabitants with Negrillos by giving credence to oral traditions concerning primitive undersized hunters and fishermen or to legends about the Fadube of Fouta, cave dwellers and sorcerers of former epochs. It would be equally unprofitable to speculate about the similarities between the soapstone <em>pomdo</em> statuettes of the Kissi and the sculptures produced by the Nok civilization of Nigeria, for that would place them in the same era (280 B.C. ), whereas recent scientific analysis indicates that the former do not antedate our millennium.<br />
Modern Guinea entered the historical period with the empire of Mali, whose primitive nucleus and first capital, Niani, was situated on the Sankarani, a tributary of the upper Niger near the Malian frontier. In the mid-eleventh century, the power of the Ghana kings was at its height though nearing its decline, for the town of Ghana (present-day Koumbi Salah) fell into the hands of Muslim Almoravides in 1077. At that time, tradition has it that Baramendana, a sovereign of Mali, was converted to Islam, although most of his subjects remained animists. Toward the end of the eleventh century, the Saracolé and the first Dioulas whom they converted to Islam moved into Guinea, from the northeast spreading their religion in the Fouta as well as nearer the coast and on the borders of the forest along the cola-trade routes. In 1203, the blacksmith-king of Sosso, Sumaoro Kante, or Sumanguru, gained control over Ghana and crushed Mali. It was at that time that the Keita dynasty which governed Mali first appeared on the scene. Sundiata Keita (who died in 1255), grandson of the dynasty&rsquo;s founder, decisively defeated the king of Sosso at Kirina in 1235, after beating off his attacks. Sundiata then established Manding supremacy in West Africa from lower Gambia to Djenne and from Oualata to the Fouta Djalon . The reign of one of his successors, the emperor Kanku Mussa, from 1312 to 1335, marked the apogee of the Manding empire and created, during his pilgrimage to Mecca in 1324, the Sudanese zone&rsquo;s reputation in the Arab world for being rich in gold. Kanku Mussa&rsquo;s generosity in distributing gold was so lavish that the value of gold (in relation to silver) in Cairo declined for more than a decade, according to the Aral, historian Al Omari. At that time, the Mali empire included the three great gold-producing regions of Galam, Bambouk, and Bour&amp;eacute.<br />
During the growth of the Manding empire, its political organization was first created as a military reaction to the conquest of Ghana, and later devdoped as an institutionalization of its political apparatus. The rulers&rsquo; use of force facilitated the capture of slaves and maintained the allegiance owed by artisans (<em>nyamakala</em>) to the nobles (<em>horon</em>) who protected and supported them. Meanwhile, changes in the hierarchical structure of clans and of lineages resulted from Islamization and from Sundiata&rsquo;s conquests. These changes included domination of the animists by the Islamized clans and of all the clans by the Keita dynasty. Concurrently there developed the administrative machinery required for the continuity and guidance of the empire by the warrior chiefs and the <em>fama</em> (officials who administered the provinces in the sovereign&rsquo;s name). The empire&rsquo;s economy, however, prevented those favored persons from accumulating great wealth, the political hazards precluded their retaining their privileges indefinitely, and customs based on lineal descent hindered them from making their power hereditary<br />
Mali&rsquo;s decadence began early in the fifteenth century. Then, Niani was sacked by Songhaï warriors. Sundiata&rsquo;s heirs, beset by fratricidal struggles, gradually lost their international standing, particularly in the Arab world, and ruled over a progressively shrinking area until 1645, when the empire was broken up.<br />
The collapse of that empire occurred at a time when migrations in the Sahel zone shifted the focus of Guinea&rsquo;s recorded history to the Fouta Djalon. When the animist Peul herders first reached the Fouta during the fourteenth century they encountered Dialonké tribesmen of Manding origin. In small family groups, the Peul immigrants established themselves among the indigenous farmers and then tried to drive out their erstwhile hosts. Under orders from the Toucouleur chief <strong>Bamba Diade</strong>, they began the conquests that culminated in the creation by his great-grandson, <strong>Koli Tenguella</strong>, of a military state in the Guinean Badiar at the beginning of the sixteenth century, and later in the founding of a kingdom in the Senegalese Tekrour (1559) freed from vassalage to Mali. The Peul influx continued throughout the seventeenth century. The tariks of Timbo (annals in the Peul language but written in Arabic script) noted that in the year 1105 of the Hegira (A.D. 1694), a large band of Islamized Peul from Macina, led by two brothers, <strong>Seri</strong> and <strong>Sedi</strong>, sons of Mamadu Muktar of Tichitt, arrived in the Fouta. Tradition has made one of their descendants a legendary figure<br />
Alfa Ibrahima Sambegu, also known as Karamoko Alfa, was the great architect of the nine-province confederation of the Fouta, the nucleus of the Fula kingdom. The provincial chiefs, meeting at Fugumba in 1727, decided to exclude the animists totally from power and to establish Islam definitively in the Fouta by means of a holy war (<em>jihad</em>). Their primary target was the animist Peul chief, <strong>Dian Yero</strong>, who had come with the first wave of immigrants. Then they intercepted at Horé the caravans bringing supplies from Senegal for the Dialonké chiefs. The latter, in collaboration with the animist Peul chiefs, launched a powerful army against the Muslims but were defeated in the <strong>battle of Talansan in 1750</strong>. Karamoko Alfa, chosen by his political and religious peers as their leader, had already placed his cousin, Ibrahima Sori, in command of the holy war. That bold warrior led victorious campaigns against Kondé Burama, chief of the Fouta animists and of the Malinke of the Niger, and also against the Wassulunke and the Sulima. In 1766, the warrior Sori succeeded the scholarly AIfa as the supreme imam (the sovereign of the Fouta is called <em>almami</em> or <em>al imam</em>), After further fighting and the death of Sori in 1793, the supreme power rotated every two years between two rival families, albeit with some difficulty and resistance. These families were the Alfaya, whose ancestor was Karamoko Alfa, and the Soria, descendants of the warrior Sori.<br />
The Peul empire continued to expand throughout the Fouta during the nineteenth century. Raiding provided it with slaves and grain taken from the infidels, on whom a regular tribute called <em>sagalle</em> (derived from the Arabic <em>zakhat</em>) was imposed in the name of the Koran. The Peul&rsquo;s political domination, which was the basis of their comparative prosperity, enabled them to trade with the petty kings and merchants of the coast, where they exchanged slaves and produce for imported European merchandise.<br />
The early Portuguese explorers of the West African coast were</p>
<ul>
<li>Nuno Tristao, in 1447</li>
<li>Nuno Fernandez, who gave his name to the Rio Nunez a few years later</li>
<li>Pedro de Sintra, who reached Cape Verga and Cape Sagres (Kaloum) about 1460; and</li>
<li>Valentim Fernandes, in 1508.</li>
</ul>
<p>These explorations enabled the Portuguese to establish a profitable trade in slaves, gold, ivory, and spices.&rsquo; However, it was the English, firmly entrenched in Sierra Leone, who got the upper hand about 1820, when the small forts as well as persons of mixed African and Portuguese descent in coastal Guinea were abandoned.<br />
In December 1816, two British officers, John Peddie and Benjamin Campbell, journeyed to Rio Nunez, and in 1818 the Frenchman Gaspard Mollien reached Timbo by way of Senegal. They were followed in 1827 by René Caillé, who aimed at getting to Timbuktu via Rio Nunez. These expeditions ushered in a period of treaty-making with the coastal kings which was to open up the hinterland to colonization. A naval lieutenant, Louis-Edouard Bouet-Villaumez, was charged by the French king, Louis-Philippe, with keeping a close watch on the slave traders. On behalf of some Bordeaux merchants, the lieutenant made treaties with the local potentates which permitted establishment of the trading posts known as the Rivieres du Sud (1837-1842). In the hinterland the Toucouleur chief, El Hadj Omar Tall (1797-1864), installed himself at Dinguiraye in 1850 for the purpose of propagating in the Fouta Djalon the Muslim practices of the Tidjaniya brotherhood and of conquering the land to the north. Meanwhile, the number of French merchants in the estuaries of the Rio Nunez, the Rio Pongo, and the Mellacore increased, despite fierce competition from English, Belgian, and German traders who kept their grip on that area for the purpose of winning concessions elsewhere. On January 21, 1866, French troops captured Boke on the Rio Nunez, where they set up France&rsquo;s first military post.<br />
In 1880 and again in 1888, Olivier de Sanderval, an adventurer obsessed with the dream of creating an African kingdom, passed through Boke en route to Timbo, where he obtained important concessions from the <em>almami</em>. And a welcome also awaited the Bayol-Noirot mission, which traveled from Boke to Timbo in 1881 with the aim of obtaining the <em>almami</em>&lsquo;s confirrnation of French rights. On July 5, 1881, a treaty of friendship was signed that assured respect for the rights of Frenchmen to trade and send their caravans to the coast. The Fouta Djalon thus came under the protection of France, but its <em>almami</em> specified that Fouta should belong to the Peul just as France belonged to the French, even though the stronger of the two nations was giving help to the weaker. Nonetheless, Guinea&rsquo;s fate seemed to be sealed, and the grip of colonialism grew stronger everywhere. On December 21, 1890, the dispute between the Nalou chiefs Dina Salifu and Bokari for the chieftaincy of the Nunez was settled in Bokari&rsquo;s favor when the Salifu capital of Sogoboli was bombarded by the gunboat « Le Mésange. »<br />
From 1881 to 1896, the Fouta lived under a protectorate regime, after which it yielded to armed pressure by the colonial power. Almami Bokar Biro&rsquo;s refusal to retire after his term of office expired, and his take-over of Timbo, provided the pretext for French intervention. Supported by chiefs of the Alfaya clan and by the army of Sanderval, French troops occupied Timbo and defeated Bokar Biro at Porédaka on November 14, 1896. Alfa Yaya, one of the Alfaya chiefs&rsquo; who had initially favored the French, soon changed his mind, but his opposition to the French in 1905 and 1911 culminated in his arrest and deportation. Also in 1911, Tierno Aliou, the <strong>wali</strong> of Goumba suffered the same fate.<br />
The strongest resistance to colonization came from the northwest, where Samori Touré (born about 1840), after he had exchanged his peddler&rsquo;s pack for the soldier&rsquo;s sword, built himself an empire called Wassulu (?). His campaigns, which combined raids with military operations, lasted for five years (1870-1875). During that period, Samori consolidated his rule over many tribes which had been torn by continuous warfare. After capturing Kankan in 1819, Samori set up his capital at Bissandugu, his native land<br />
A bold strategist as well as a clever and tenacious politician, Samori gave himself the title of <em>almami</em> in order to consolidate his authority. He divided his domain into 162 cantons (<em>kafu</em>), organized into ten provincial governments (<em>jamana</em>) at the head of each of which he placed either a relative or a loyal friend. With the support of a warrior chief or a <em>marabout</em> (holy man), these administrators collected taxes and dispensed justice. They also forced each village to farm a field for the benefit of the government, and to supply grain and livestock for the needs of the military garrisons. Slaves captured in raids were traded for horses sold by Moors of the Sahel and for European firearrns and ammunition (in Sierra Leone or through the agency of the Peul of the Fouta Djalon). These arms were used by the warriors (<em>sofa</em>), who formed a permanent body of crack troops, which in time of danger were reinforced by militiamen sent by the villages.<br />
After concluding a peace treaty with France in 1886, Samori moved against Tieba, the king of Sikasso, and unsuccessfully laid siege to that town. In answer to Tieba&rsquo;s appeal for help, the French sent a military mission to Sikasso. Samori, claiming that this violated the agreements made by the French, declared war on them and tried vainly to enlist aid, first from England and then from the kings of Segou and Sikasso (after the last-named had quarreled with the French). Intermittently for seven years, beginning in 1891, Samori fought the expeditionary forces led by Colonels Louis Archinard, Georges Humbert, and Antoine Combes. The scene of combat shifted from the frontiers of Mali and upper Guinea to Ivory Coast and the Black Volta, and the fighting was marked by temporary alliances, by victories, and by defeats. When the populations that Samori had forced to follow in his train were exhausted and when his retreat to the east was cut off, he tried to negotiate a peace. But during a surprise attack by Captain Henri Gouraud&rsquo;s troops, Samori fell into the hands of the French at Guelemou on September 29, 1898. Deported to Gabon, he died there in 1900.<br />
The resistance in the north by the Coniagui ended with the <strong>battle of Ithiou</strong> (April 1902). That in the south by the Toma, led by Kohko Tolno Onivogi and Nzebela Tokpa, ended with the capture of Boussedou in 1907; there a revolt by the Guerze and Manon against the French army&rsquo;s exactions lasted from August 1911 to March 1912. Thus ended what is called, sometimes ironically, the « French pacification » ; the colonial system had already been installed in Guinea</p>
<h3>The Colonial Regime</h3>
<p>On <strong>August 1, 1889</strong>, the Riviéres du Sud was freed from the administrative control of Senegal, and in July 1890, Dr. Noel Ballay disembarked at Conakry as head of a mission. In <strong>December 1891</strong> he was formally named governor when the colony of French Guinea was officially created. His main tasks consisted of supervising construction of the territorial capital, developing the means of communication needed for commerce, and establishing and guiding an effective administration and judiciary. Under his government (which lasted until 1900) and that of his successors, the system known as « direct administration » was instituted progressively at the turn of the century. Guinea was divided into</p>
<ul>
<li>cercles, each headed by a French commandant.</li>
<li>The cercles were divided into cantons placed in the charge of native chiefs appointed by the governor. In 1921, the commandant de cercle (district officer) was empowered to name the canton chiefs, subject to the governor&rsquo;s approval.</li>
<li>At the head of each village in his canton, the chief placed one of his ablest aides.</li>
</ul>
<p>In taking over the administration of Guinea, the colonial power was confronted with two choices: either it could destroy the authorities whose rule was sanctioned by the population but might compete with that of the administration, or it could confirrn them in their posts with a view to utilizing them as auxiliaries. As the latter solution seemed less risky, one of thc administration&rsquo;s first tasks was to find collaborators who could be used as intermediaries between itself and the native peoples. Preference was given to functioning Notables, in order to cause the least disturbance to the established order and lessen the risk of a popular uprising that might prove hard to suppress . However, difficulties arose because the new cantons did not necessarily correspond to the traditional jurisdictions, and the old chieftaincies differed greatly in size and authority from region to region.</p>
<ul>
<li>In the Peul kingdom of the <em>almami</em> of Fouta, the chieftaincies were united and powerfu.</li>
<li>In the <em>kafu</em> and settlements of the Manding, they were based on lineage.</li>
<li>In the forest zone they were limited to villages.</li>
<li>And in coastal Guinea they were of recent date and acculturated.</li>
</ul>
<p>Despite these differences, the colonial power delegated its authority only to those who, after being chosen by the Notables from among rival contenders, were officially registered as chiefs in the territorial units that it had itself created. Its first step was to take away from the people their right to choose chiefs, who thenceforth were appointed and dismissed solely by the administration. The <strong>great pseudo state of Fouta</strong> was dismembered by abolishing the highest symbols of authority, such as the title <em>almami</em> (in 1912), and by recognizing only individual forms of power at the expense of collective institutions of authority. Chiefs who opposed the colonizing power were removed; others had their authority reduced (as was the case with the <em>almami</em> of Timbo, whose authority became limited to the three province; of Timbo, Bouria, and Kolen). Labé province was divided into three <em>cercles,</em> and Dalaba and Ditinn became important <em>cercles.</em> In 1912, the evicted almami of Labe had to settle in Mamou and that of Timbo in Dabola — in both cases near the railroad, for easy surveillance.<br />
Inasmuch as settlements in the forest zone comprised no more than three or four villages, the civil and military authorities divided such settlements among cantons as they pleased. The chieftaincy problem was resolved there either by choosing individuals for investiture as chiefs from among the masters of the land and warrior or religious chiefs those who appeared to the authorities to be Notables, or by naming as « straw chiefs » men who had been useful to the colonial cause but who possessed no traditional influence (as in the case of the Malinké clan, Camara, among the Toma). This new method of selecting individuals for the chieftaincy ignored</p>
<ul>
<li>the hierarchical order</li>
<li>the rights of certain families</li>
<li>the qualifications required by tradition</li>
<li>the support of the elders</li>
</ul>
<p>It brought forth a multitude of ambitious or intriguing candidates and gave rise to such disregard for democratic legitimacy that the African masses were increasingly alienated from their chiefs. Suppression of the canton chieftaincy in accordance with the loi-cadre of June 23, 1956, aroused no regrets among the population.<br />
What was the impact of this administrative organization and colonial policy on the officially proclaimed French civilizing mission? Its positive accomplishments can be termed relatively meager. With regard to education, progress was fairly slow. In 1953, for example, only 6,558 students (in a population of two million ) were attending thirty-four primary schools, and secondary education was nonexistent. Beginning in 1947, when Guinean students numbered 11,084, and until 1958, when there were 42,543 and progress was steady, fewer than 10 per cent of the school-age population attended school. Hospitals, like education, were available only to a few privileged Guineans. Even in 1935, there was in all Guinea only one hospital, which had been built at Conakry in 1901. The director of the Institut Français de l&rsquo;Afrique Noire, Maurice Houis, noted that after sixty years of colonization the campaigns against epidemics and trypanosomiasis, as well as a native medical service, had not moved beyond the stage of projects. « Outside Conakry, » he wrote, « there are in fact only four maternity clinics, three dispensaries, and four buildings with hospital facilities. » <a href="https://www.webguinee.net/bibliotheque/sociology/riviere/mobilization_people/chap1.html">10</a>. No more than that!<br />
Guinea&rsquo;s rail network had not progressed beyond the 662 km. of track laid in 1914. Domestic slavery (a status midway between old-fashioned slavery and medieval serfdom) had not diminished in the Fouta, although the slaves there were now described as <strong>sharecroppers</strong>. It was to the interest of the colonizer to maintain the status quo, both to develop the land at little cost and to avoid alienating the established chiefs, whose prestige the colonizer could use to his own advantage to facilitate the requisitioning of labor. Some chiefs even preferred to send their slaves instead of their sons to the <strong>white man</strong>&lsquo;s school or to serve in the army, when they were required to recruit students or conscripts. During World War I, slaves made up three-fourths of the conscripts from the Fouta. Yet emancipation made headway among the Manding during the first quarter of this century. In short, everyone knows that at the outset no form of colonization is ever primarily a « charitable work. » At most, colonization was beneficial — economically and politically — to the ruling power <a href="https://www.webguinee.net/bibliotheque/sociology/riviere/mobilization_people/chap1.html">11</a><br />
By the general introduction of a market economy and currency circulation, the definitive establishment of colonial authority progressively undermined traditional trading, which until then had been oriented toward the coast. It also laid down the geographical and juridical boundaries of trade. There is no doubt that for the Africans the development of commerce was not related primarily to their need for certain products (a need that long remained very limited) but to their need for the money required to pay taxes <a href="https://www.webguinee.net/bibliotheque/sociology/riviere/mobilization_people/chap1.html">12</a><br />
By a local regulation of December 28, 1897, the payment of the head tax (two francs for all natives of both sexes above the age of eight) was made obligatory throughout the colony, which had just been enlarged by the addition of the Fouta Djalon after the battle of Porédaka. Beginning in 1900, the sums realized from the head tax topped all other budgetary resources, and by 1928, the tax accounted for 70.% per cent of Guinea&rsquo;s revenues. The percentage dropped to 46 in 1940, when the « war effort » necessitated the supply of many raw materials. From the end of the nineteenth century onward, the taxpayer had to meet his fisca1 obligations by supplying the trading economy with wild produce, mainly rubber and palm kernels. At Pita, beginning in 1908, even the land, traditionally inalienable, had to be sold by Africans to their compatriots for the same reason.<br />
The circulation of currency, stimulated by tax obligations, led to the excessive development of commerce. From 1895 to 1914, rubber was the basic item in the trading economy (it accounted for four-fifths of the value of Guinea&rsquo;s exports in 1898). To gather rubber, the population had to go far afield after the rubber-yielding vines near the villages were exhausted. Transporting latex was the occupation of the Dioula merchants until the price fell, between 1909 and 1915, when the start of production from hevea trees in the Far East affected the entire rubber trade.<br />
To meet the demands of colonial trading in Guinea, the infrastructure required to handle imports and exports was developed. In 1895, the first pier was built at Conakry, just at the time when that town was being laid out like a checkerboard and the Conakry-Niger road was being constructed. The improvement of Conakry&rsquo;s port concentrated commercial operations in the capital and brought such activities to a standstill in the Rivieres du Sud. Construction of the railroad from Conakry to Kindia and its extension to Mamou in 1908, to Kouroussa on the Niger in 1910, and to Kankan in 1914 had the same effect: it facilitated the movement of the hinterland&rsquo;s produce to the coast, thereby enhancing the importance of Conakry. Formerly the trade of Fouta and upper Guinea had been drawn to Bamako, Freetown, and Nunez.<br />
Three firms soon cornered the largest share of the market. These were the Compagnie Française de l&rsquo;Afrique Occidentale (CFAO), the Société Commerciale de l&rsquo;Ouest Africain (SCOA), and the Compagnie du Niger Français (which in conjunction with the Paterson-Zochonis Company took over some old-established Manchester firms). The trading companies of Bordeaux, along with some others, continued to operate but were relegated to secondary rank. Usually, Syrians and Lebanese, who were installed in the small towns, served as middlemen between the big trading houses and the native population by collecting the produce that was useful to the French economy and selling imported European goods. At Conakry, the Levantines numbered three hundred in 1903 and seven hundred in 1905; at Mamou they increased from two in 1906 to six hundred in 1912.<br />
After World War I, no single product filled the gap left by the decline in rubber output, and the Dioulas supplied the trading firms with palm kernels, honey and wax, gum copal, and cowhides. In the Fouta Djalon, aside from the production of orange essence by the Compagnie Africaine des Plantes à Parfum (which was established near Labé in 1928), the sale of cattle, land, and Korans supplied most of the money with which taxes were paid. In upper Guinea, the traditional panning of gold in Bouré province was revived, and through the agency of the Dioulas, it supplied the domestic market as well as foreign trade. Between 1920 and 1930, from 50 to 300 kg. of gold a year were exported <a href="https://www.webguinee.net/bibliotheque/sociology/riviere/mobilization_people/chap1.html">13</a>. Because of the worldwide depression, there occurred a gold boom that increased the value of the metal in relation to the falling prices for agricultural produce. According to the official figures, 4,750 kg. of gold were produced in 1936. This caused a spurt in the contraband trade &#8211; impossible to estimate but appreciable &#8211; until 1939, when the war effort revived the payment of taxes in kind, as well as portage and forced labor.<br />
After shortage and quotas ended, public invesements under the four-year plans of 1948 to 1952 and of 1953 to 1958 triggered an upsurge of the economy. At first this benefited European opportunists, but the Dioulas too saw a potential windfall in the development of small African banana and coffee plantations. They continued to serve as commercial middlemen just at the time when an increase in the head tax necessitated increased trading in local produce. (In 1956, the head tax for every individual between the ages of fourteen and sixty ranged from 812 to 1,085 CFA francs, depending upon the cercle, and it was imposed on a population whose average annual per capita income was estimated at about 10,000 CFA francs.)<br />
The movements of labor followed the evolution of the economy throughout the colonial period, and they promoted the mingling of tribes. Although the scale of such movements has never been computed, they can be summarized as follows:</p>
<ol>
<li>The development of Conakry between 1890 and 1900 encouraged the immigration of Limba and Temne tribesmen from Sierra Leone as clerks in trading firms and as masons and laborers in public works, of Senegalese as builders and industrious craftsmen, and of Gabonase as cabinet-makers. After 1930 came the Togolese to fill administrative posts and the Dahomeans as government employees. More recently, after 1955, they were joined by Hausa traders and Ghanaian fishermen.</li>
<li>Construction of the Conakry-Niger railroad stabilized laborers and track supervisors between 1900 and 1910 but caused the displacement of traders.</li>
<li>The annual migration of navitanes (seasonal migrant workers) between Senegal and Guinea during the 1930-1940 decade involved some thirty thousand Guineans, of whom the majority were Peul and Malinké. This movement continued until independence.</li>
<li>About 1935, the banana plantations on the lower coast began to attract the forest people and the Fula. At the peak of production in1955, more than ten thousand agricultural workers were employed in the banana groves.</li>
<li>There was a gold rush to the Bouré placers until they were exhausted about 1949. As of 1937, some hundred thousand panners worked in the Siguiri placers.</li>
<li>After World War II, there was a concentration of labor in the diamond-bearing regions of Beyla and Kerouané.</li>
<li>During this same period, many Malinké moved into the forest region, where they traded in coffee, palm kernels, and colas.</li>
<li>The Peul of Fouta migrated to the Malinke areas, seeking employment as herders, butchers, and tailors. They also moved into lower Guinea to find work as cooks and unlicensed peddlers, and to Sierra Leone, where they could most profitably sell their cattle.</li>
<li>Various tribesmen were attracted to the bauxite mines at Kassa (1952) and to the iron mines at Kaloum (1953). Beginning in 1957, they worked on building the alumina plant of the Fria Company.</li>
</ol>
<p>The participation of two societies — the colonized and the colonizer — in Guinea&rsquo;s economic structure promoted the exploitation of new raw materials, which was related to the growth of industrial capitalism; at the same time that participation modified the means of production and modernized techniques. With respect to Guinea&rsquo;s social structure, the repercussions of the colonial situation have been even more marked. It</p>
<ul>
<li>damaged social relationships</li>
<li>combined different ethnic groups within the same territorial framework</li>
<li>made French the vehicular language among educated Guineans</li>
<li>gave rise to new social classes such as clerks, planters, wage earners, and the like</li>
<li>disseminated democratic concepts and the examples provided by Metropolitan politics, and</li>
<li>incited the development of organized labor in the modern sector.</li>
</ul>
<p>The circulation of men and idea — thanks to the market economy, the increase of public and private services, and the sending of African soldiers to France — brought about the great political awakening of 1945.</p>
<hr />
<p>Notes<br />
Originally, the value of the Colonies Francaises d&rsquo;Afrique (CFA) franc was double that of the Metropolitan franc. With the French government&rsquo;s Creation of the « heavy franc » in 1960, the CFA franc&rsquo;s value became 2 French centimes or about 0.4 U.S. cent. The Guinean franc (franc guinéen or FG) officially retained its parity with the CFA franc until 1972, when it was replaced by the <em>sily,</em> worth 10 former Guinean francs or 4 U.S. cents.<br />
. The following figures (published in decree no. 145/PRG of July 22, 1973) are those of the census of <strong>December 30, 1972:</strong></p>
<table width="236">
<tbody>
<tr>
<td>Lower Guinea</td>
<td>1,572,660</td>
</tr>
<tr>
<td>Middle Guinea</td>
<td>1,483,400</td>
</tr>
<tr>
<td>Upper Guinea</td>
<td>1,012,328</td>
</tr>
<tr>
<td>Forest zone</td>
<td>1,055,896</td>
</tr>
<tr>
<td>Total</td>
<td>5,124,284</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p>This census cannot be taken seriously because it implies an annual growth rate of 5.7 per cent, which is scientifically impossible, as such growth has never been experienced by a population even for a short period, much less over a span of seventeen years. Julien Condé, a demographic statistician, demonstrated in an article published in the February 28, 1974, issue of <em>La Guinée libre,</em> how wholly unscientific was the 1972 census, which was carried out with no serious preparation by the Party organizations. Because the census register was unrelated to the tax rolls, the population figures could be deliberately exaggerated so that they might serve as the basis for a region&rsquo;s obtaining loans or investment. Moreover, the Party&rsquo;s services doctored these figures so as to include Guineans living in exile, with the aim of giving Guinea greater weight in comparison with Senegal and Ivory Coast.<br />
. Bernard Charles, La République de Guinée (Paris Berger-Levrault, 1972), pp. 9-10.<br />
. Djibril Tamsir Niane, Soundjata ou l&rsquo;épopée mandingue, (Paris: Présence africaine, 1960); <em>Recherches sur l&#8217;empire du Mali au Moyen Age</em> (Conakry: Institut National de Recherche et de Documentation, 1962).<br />
. Claude Rivière, « Genèse d&rsquo;inégalités dans l&rsquo;organisation sociale malinké, » <em>Cultures et développement,</em> 5, No. 2 (1973), 273-313.<br />
. Paul Marty, L&rsquo;Islam en Guinée: Fouta-Djallon. (Paris Leroux, 1921)<br />
Claude Rivière, « Le Long des côtes de Guinée avant la phase coloniale, » Bulletin de l&rsquo;IFAN, 30, B2 (1968), 727-50.<br />
. Yves Person, Samori: Une révolution dyula, 3 vol. (Dakar: IFAN, 1969).<br />
Jacques Lombard, <em>Autorités traditionnelles et pouvoirs européens en Afrique noire</em> (Paris: Armand Colin, 1967).<br />
10. Maurice Houis, La Guinée française (Paris: Editions Maritimes et Coloniales, 1953), p. 57.<br />
11. See Jean Suret-Canale, « La Guinée dans le système colonial » Présence africaine, 29 (December-January 1960), 9-44,<br />
12. Claude Rivière, « Les Bénéficiaires du commerce dans la Guinée pr&amp;eaute;coloniale et coloniale, » Bulletin de l&rsquo;lFAN, 33, B.2 (1971), 257-84.<br />
13. Claude Rivière, « L&rsquo;Or fabuleux du Bouré, » L&rsquo;Afrique littéraire et artistique, 23 (June 1972), 41-45.</p>
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			</item>
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		<title>Economie Archives &#8211; Page 28 of 29</title>
		<link>https://www.webguinee.net/blogguinee/category/economie/page/28</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[AubreySouplet]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 19 Feb 2020 11:06:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La semaine dernière, les hommes d’affaires paraissaient devant la commission d’audits du CNDD siégeant au Camp Alfa Yaya Diallo. Rien n’a encore transpiré des enquêtes ordonnées par le chef de la junte guinéenne. Mais il est fort probable que la commission accouche d’une souris et que le capitaine ait frappé un coup d’épée dans l’eau.&#8230;&#160;<a href="https://www.webguinee.net/blogguinee/category/economie/page/28" rel="bookmark"><span class="screen-reader-text">Economie Archives &#8211; Page 28 of 29</span></a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><head><meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=utf-8"></head></p>
<p>La semaine dernière, les hommes d’affaires paraissaient devant la commission d’audits du CNDD siégeant au Camp Alfa Yaya Diallo.</p>
<p>Rien n’a encore transpiré des enquêtes ordonnées par le chef de la junte guinéenne. Mais il est fort probable que la commission accouche d’une souris et que le capitaine ait frappé un coup d’épée dans l’eau.</p>
<p>En effet, hier lundi 26 janvier, il a rencontré les mêmes hommes pour leur demander de baisser les prix des denrées alimentaires de base.</p>
<p>Il semble que le président du CNDD aime jouer la comédie et que ni l’ironie ni les faux-pas ne l’embarrassent.</p>
<p>N’est-ce pas le même Moussa Dadis qui promet de bâtir quatre nouvelles universités et une autoroute à péage en Guinée ?</p>
<p>Capitaine Camara n’a pas indiqué comment il entend financer ses projets d’infrastructure. Entretemps, on note une évolution alarmante pour la junte de Conakry. D’une part, les cours des produits minéraliers chutent sur les bourses mondiales. D’autre part, l’étau de l’isolement serre de plus en plus le régime guinéen, qui a éveillé la suspicion de ses partenaires concernant la tenue d’élections en 2009 ou 2010.
</p>
<h3>Slogans et spirale de la violence</h3>
<p>A travers capitaine Moussa Dadis, j’ai la nette impression que Lansana Conté exerce de façon posthume son patriarcat hégémonique sur la Guinée.</p>
<p>L’ancien président guinéen aimait vanter ses mérites de stratège. Il n’entendait pas par là quelque planification géniale au bénéfice de l’Etat et du pays. Non, il sous-entendait les coups bas, les sales combines dans la neutralisation de ses adversaires politiques. Il faisait allusion aussi à l’élimination physique de collègues devenus gênants.</p>
<p>C’est ainsi qu’il fit emprisonner Bâ Mamadou et Alpha Condé, d’une part, et qu’il fit assassiner le colonel Sama Panival Bangoura.</p>
<p>Au plus fort de la révolte populaire contre son régime en 2007, il menaça physiquement les dirigeants syndicaux en leur disant : « J’ai déjà tué … je peux vous tuer tous les quatre. »&lt;</p>
<p>Sentant la mort venir, il conçut un plan de succession dynastique en faveur du capitaine Ousmane Conté, son  fils aîné. Face à la résistance des officiers généraux et supérieurs, il jeta son dévolu sur le capitaine Moussa Dadis. En même temps, il coopta le général Mamadouba Toto Camara et prépara le coup d’Etat du 23 décembre 2008. L’avènement du CNDD est donc un montage préparé par Lansana Conté. De sa tombe, il continue de tirer les ficelles du régime qu’il monta avant de disparaître.</p>
<p>A ce jour, la “stratégie” de Conté a donné les fruits escomptés, à savoir :</p>
<p>La mise à l’écart de Somparé Aboubacar, le dauphin tant haï. Lamine Sidimé, l’ancien président de la Cour suprême, a-t-il hésité ou refusé de proclamer Somparé président intérimaire ? C’est un point obscur. Il boycotta la rencontre des corps constitués avec le CNDD le 28 décembre 2008. Il n’en fut par pour autant inquiété. Au contraire, il semble bénéficier d’une omission surprenante pour un ancien chef du pouvoir judiciaire.</p>
<p>Le retour en force de la complotite et du mercenariat comme épouvantails préventifs ou punitifs contre des individus ciblés. Cela explique notamment :</p>
<ul>
<li>la tentative d’arrestation de Cellou Dalen le 1er janvier</li>
<li>l’arrestation et la ré-arrestation des généraux Diarra Camara et Daffé</li>
</ul>
<h3>Caporalisation du gouvernement</h3>
<p>Une autre méthode typique de la dictature de Conte-Dadis est la nomination d’un Premier ministre de façade, c’est-à-dire un “caporal-chef” civil qui a le choix entre courber l’échine et obéir aux ordres reçus, ou quitter le pays. Le chef de la junte n’y est pas allé par quatre chemins, il a proclamé à maintes reprises, avant et après la nomination de Kabiné Komara, qu’on n’a pas besoin de diplômés pour diriger la Guinée. Selon lui, sa version du “patriotisme” suffit. Il ne propose pas, outre mesure, une définition de ce concept.</p>
<h3>La comédie du chef de la junte</h3>
<p>Vu les sautes d’humeur et les caprices de l’esprit du chef de la junte, on ne saurait prédire le cours des choses. Mais le passé étant un prologue, un des régimes dictatoriaux de Sékou Touré et Lansana Conté, suggère que l’Etat guinéen est toujours guidé par l’arbitraire, la conspiration —vraie ou imaginaire—, et leur compagnon inséparable, la violence.</p>
<p>Voilà trois semaines que les menaces verbales, les arrestations et les convocations se succèdent dans la bouche de Dadis Camara. Joignant la parole et l’acte, il continue de séquestrer et d’arrêter des officiers. Les dernières victimes sont les colonels Aboubacar Sidiki Camara, membre du CNDD, Biro Condé, Bambo Fofana. Après un démarrage pacifique voire euphorique, la spirale de la violence réapparait.</p>
<p>L’intolérance et la boulimie du pouvoir conduisirent Sékou Touré à faire assassiner les cadres au Camp Boiro dans le cadre de son Complot Permanent.</p>
<p>Après avoir pris le pouvoir sans coup férir, Lansana Conté liquida Diarra Traoré et les proches de Sékou Touré en juillet 1985. Ensuite, il se tourna contre les populations en donnant l’ordre de tirer dans le tas sur les manifestants civils, tout au long de son “mandat”.</p>
<p>Dans l’interview de Jeune Afrique Moussa Dadis Camara a révélé qu’il  travailla longtemps avec Lansana Conté. S’il a bien appris les leçons de son maître, le sang ne tarderait pas à couler.</p>
<p>Je prie et je souhaite me tromper.</p>
<p><strong>Tierno S. Bah</strong></p>
<h3>Related posts:</h3>
<ol>
<li>Complotite et Complot Permanent<small>Sékou Touré—Lansana Conté—Moussa Dadis Camara Entré furtivement dans l’histoire, à&#8230;</small></li>
<li>Contradictions du Général Toto<small>Aux funérailles de Lansana Conté au Palais du Peuple et&#8230;</small></li>
<li>Un pas en avant, huit en arrière<small>On espérait un pas en avant avec l’annonce, vendredi 6&#8230;</small></li>
<li>Armée guinéenne : écuries d’Augias<small>Général Sekouba Konaté, ministre de la défense et no.3 du&#8230;</small></li>
</ol>
<p><img loading="lazy" decoding="async" src="https://www.webguinee.net/wp-content/uploads/1970/01/gen_mamadouba_camara.jpg" alt="Général Mamadouba Toto Camara" width="450" height="577">Général Mamadouba Toto Camara, vice-président du CNDD</p>
<p>Aux funérailles de Lansana Conté au Palais du Peuple et au stade du 28 septembre. Le Général Mamadouba Toto Camara a déclaré :</p>
<blockquote><p>“Nous allons l’accompagner à la dernière demeure et nous prions Dieu qu’il nous donne le courage de continuer son oeuvre de tolérance, de paix, pour le bonheur de la Guinée”</p></blockquote>
<p>Le Général se contredit sévèrement au double plan personnel et social.</p>
<h3>Contradiction au plan personnel</h3>
<p>En 2004, alors qu’il était colonel, le Général fut accusé de participation à un complot contre la sûreté de l’Etat, en compagnie de Sidya Touré, l’ancien ministre Baidy Aribot, etc.</p>
<p>En janvier 2005, après l’attaque du cortège présidentiel à Cosa, dans la haute banlieue de Conakry, le colonel Mamadouba Toto Camara fut arrêté et détenu au Camp Alpha Yaya Diallo jusqu’au 20 juillet.</p>
<p>Ce jour-là, le président Lansana Conté se rendit en personne à la caserne et fit libérer le prisonnier, qui y était gardé à vue.</p>
<p>Après sa libération le colonel fut promu au grade de Général et nommé, ou plutôt exilé, à l’ambassade de Guinée à Washington, DC. Sa mission y fut de courte durée. En effet, le 14 novembre 2008, le président Lansana Conté décreta (n° D0078/PRG/2008) que le Général de Brigade Mamadouba Toto Camara, précédemment Conseiller militaire à l’ambassade de Guinée à Washington, États-Unis d’Amérique est nommé chef d’état major de l’armée de terre en remplacement du Général de Division Kaba 43 Camara.</p>
<p>Victime donc de l’arbitraire de Conté, comment le Général Toto peut-il appeler le défunt président homme de tolérance et paix ? Comment explique-t-il qu’on l’ait accusé et emprisonné sans preuves, avant de le libérer sans motifs ? Pourquoi les hauts et les bas de sa carrière, les déviations grossières du régime de Conté par rapport aux normes cardinales d’un Etat républicain de droit?</p>
<p>Quel contraste entre la réputation d’officier moderne et éclairé du Général Toto Camara et l’auteur de ces propos fallacieux. Le portrait élogieux de ce diplômé de la grande ‘Ecole militaire de Saint-Cyr (France) serait-il surfait  ?</p>
<h3>Contradiction au plan politique</h3>
<p><strong>27 décembre 2008.</strong> Le président du Conseil national pour la démocratie et la république, le Capitaine Moussa Dadis Camara, reçoit les représentants des partis politiques, des syndicates et de la société civile et religieuse au Camp Alfa Yaya.</p>
<p>La veille, il s’était absenté aux funérailles de son prédécesseur.<br />
Ouvrant la rencontre avec ses invités, il fait observer une minute de silence à la mémoire du défunt.<br />
Puis il se lance dans un réquisitoire sommaire et partial du régime qu’il a renversé. Dans son style discursif haletant, il innocenta Conté, d’une part, et accusa l’entourage et les collaborateurs de celui-ci des sept péchés capitaux.  Et il martela en conclusion :</p>
<blockquote><p>« Ce sont des ministres qui entouraient le chef de l’Etat qui ont pillé ce pays, qui ont fait des buildings, des comptes un peu partout… Au moment où le président était fatigué, tous les gens qui l’ont entouré se sont remplis les poches.»</p></blockquote>
<p>Général Toto voudrait faire accroire un gros mensonge : à savoir que Lansana Conté est mort honnête et pauvre comme le Job de la Bible ? Pur et dur, indifférent à l’argent et aux femmes, c’est plutôt son entourage qui sombra dans la corruption, la gabégie, l’impunité !!! Ce ne serait donc pas l’ancien président, mais son sosie, qui se rendit à la Prison centrale de Conakry, à Coronthie, pour libérer deux de ses associés, accusés de détournements de fonds de l’Etat:</p>
<ul>
<li>Mamadou Sylla, président de Futurel Holding, bénéficiaire, sur ordre de Conté, des marchés juteux de l’Etat</li>
<li>Fodé Soumah, ancien vice-gouverneur de la Banque centrale</li>
</ul>
<p>Au moment où Lansana Conté les sortait de prison, un garde pénitentiaire secoua la tête et s’exclama en langue Soso :<br />
— <em>Bokhi bara kaná !</em> (Le pays est foutu !)</p>
<p>Le président du CNDD voudrait-il faire attribuer à Mamadou Sylla et à Fodé Soumah, seuls, les combines financières, foncières et autres magouilles du régime ? Et que pense le nouveau chef de l’Etat guinéen de la répression meurtrière de l’insurrection générale contre les abus de Conté ? Insurrection de populations excédées par la démarche inadmissible d’un president de la République libérant personnellement de prison deux citoyens accusés des mêmes crimes — corruption, trafic d’influence — que le Capitaine Dadis est prêt aujourd’hui à châtier de façon <em>extrra-judiciaire.</em></p>
<h3>Répétition de l’histoire</h3>
<p>C’est à peu près le même langage que le CMRN tint le 3 avril 1984 dans son premier communiqué, lut par le Capitaine Facinet Touré :</p>
<blockquote><p>L’oeuvre immortelle de Ahmed Sekou Touré aura été de conduire notre pays à l’indépendance nationale… Toutefois, si sur le plan extérieur, son oeuvre fut couronnée de succès, il n’en fut pas de même au plan intérieur,  où sous l’influence de certains compagnons malhonnêtes et sous la pression féodale de sa famille, les espoirs du peuple de vivre une société juste et équitable ont été balayés par une dictature sanglante et impitoyable, qui a écrasé [ces] espoirs.</p></blockquote>
<p>L’analyse percutante de Sako Kondé revient ici à la mémoire. En effet, parlant de la succession de Sékou Touré, il écrit :</p>
<blockquote><p>« Et bien souvent, écrit-il, … la mort du despote… contribue à le grandir dans l’esprit populaire, à associer à sa mémoire quelque mythe, entretenu le plus souvent par  l’incapacité des successeurs  de proposer un dessein nouveau et grand. »</p></blockquote>
<p>On espère que le Capitaine Camara et le CNDD méditeront ce passage. Un homme averti en vaut deux, dit le proverbe. Et une erreur répétée est une faute. Certains actes du CNDD reproduisent des antécédents du demi-siecle ecoule, qui sont à la base de la faillite de la Guinée postcoloniale. Aujourd’hui, certains aspects du discours du president Camara au Camp Alfa Yaya, ne sont guère rassurants du point de vue républicain et de la promotion des droits de l’homme. Au contraire, ils eveillent une certaine apprehension par leur ton autocratique.</p>
<p>Voici un parallèle frappant.</p>
<p>Le <strong>27 novembre 1958,</strong> soit deux mois après la proclamation de la république de Guinée, Sékou Touré, [il ajoutera Ahmed à son nom des années plus tard], president désigné, prononce le discours de clôture de la 2e Conférence nationale des cadres du PDG.  Parlant de l’unité nationale, il decrète soudain :</p>
<blockquote><p>« Quiconque veut contrecarrer l’indépendance de la Guinée sera châtié. »</p></blockquote>
<p>La première constitution avait été adoptée le 10 novembre 1958. Il aurait dû s’y referer et preciser : conformément à la Constitution et aux lois en vigueur.<br />
Mais le jeune chef de l’Etat passa outre. Il avait déjà balaye dans sa pensee l’existence d’une justice indépendante de l’exécutif. Au contraire, il imposait son <strong>diktat. Ce discours</strong> constitua ainsi le premier pas vers l’Etat-policier, le complot permanent et le Camp Boiro, qui ruinerent le pays et ouvrirent la route a Lansana Conte.</p>
<p>Cinquante ans plus tard, le <strong>27 décembre 2008</strong>, critiquant la gabégie du régime Conté, le Capitaine Moussa Dadis Camara prévient :</p>
<blockquote><p>“Toute personne qui veut détourner le bien de l’Etat à son profit, s’il est pris, il sera jugé et châtié devant le peuple”. Aucune allusion au processus judiciaire normal, qui exige un tribunal legal, des magistrats assermentés, le droit à la defense, etc.</p></blockquote>
<p>Depuis son tour triomphal de Conakry-ville, le mercredi 25 decembre, on note un changement de ton chez Moussa Dadis Camara. Il paraît moins humble, plus autoritaire et tranchant. Il parle à la première personne du singulier, de sa femme, de sa coutume, de son education, etc. Il devrait parler du collectif du CNDD et se referer a l’autorite de groupe de cette institution, dont il tire ses fonctions de president.</p>
<h3>Individualisme au sommet</h3>
<ul>
<li>Le Général Mamadouba Toto Camara agit comme le maître de cérémonie des funerailles de Lansana Conte. Il se fit assister du gouverneur civil de Conakry, <strong>Sorel Soriba Camara</strong>, alors que la veille tous les gouverneurs de région avaient été relevés de leurs postes et remplacés par des officiers de  l’armée.</li>
<li>Durant toute la cérémonie, le Général Toto ne mentionna pas le nom et/ou le titre du président du CNDD et de la République, Capitaine Moussa Dadis Camara.</li>
<li>Il ne s’exprima pas non plus en tant qu’émissaire du CNDD, l’institution suprême du pays.</li>
<li>De son côté, le Capitaine Moussa Dadis omet de se référer à sa qualité de président du CNDD ou ne le fait que passablement. Il parle et agi à son nom propre ou au nom d’un Nous vague. C’est ainsi qu’il dit à l’ancien Premier ministre Souaré :</li>
</ul>
<blockquote><p>— <em>Hier</em>, c’était <strong>vous</strong>, <em>aujourd’hui</em>, c’est <strong>nous</strong>. Nous vous avons aidés, vous devez nous aider.</p></blockquote>
<ul>
<li>Au lieu de planifier et de négocier la composition du gouvernement, le président Moussa D. Camara a  attribué le portefeuille de la défense isolément au Colonel Sékouba Konaté, l’un de ses deux concurrents pour la présidence du CNDD et de la république</li>
<li>Six jours apres la prise du pouvoir, les autorités n’ont toujours pas une photo collective du CNDD</li>
<li>L’on n’a pas non plus une idée de la hiérarchie complète de l’institution. On a désigné le président et deux vice-présidents. Et les autres postes ?</li>
</ul>
<p><strong>Tierno S. Bah</strong></p>
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<p><img loading="lazy" decoding="async" src="https://www.webguinee.net/wp-content/uploads/1970/01/kassori-fofana.jpg" alt="Ibrahima Kassori Fofana" width="250" height="248">Ibrahima Kassori Fofana</p>
<p>Signé Moro Sylla, Guinéenews a posté, le 17 juin 2008, un article intitulé “Les capacités d’Ahmed Tidiane Souaré mises à rude épreuve ; une amitié sacrifiée avec Kassory Fofana”</p>
<p>Exaggérément titré chronique politique, le texte est un exemple achevé de griotisme et de journalisme alimentaire. L’auteur montre un zèle excessif à vanter les louanges de l’ancien ministre de l’Economie et des Finances (1997-2000).</p>
<h3>“Gestionnaire exceptionnel” : amnésie ou griotisme</h3>
<p>L’article viole allègrement les principes de base de la déontologie professionnelle. Ainsi, l’auteur ne cite que des sources anonymes. Cela est facile mais trompeur à souhait pour les lecteurs, qui manqueraient assez de discernement pour prendre les allégations de l’auteur pour de l’argent comptant. Ensuite, l’article confère des mérites exceptionnels de gestionnaire à M. Fofana.</p>
<p>Malheureusement, l’auteur campe dans la répétition de clichés creux et de généralisations abusives. En l’absence de chiffres, ses affirmations restent subjectives et n’ont rien pour les étayer. Citons quelques cas de partialité flagrante de la part de Moro Sylla :</p>
<blockquote><p>« C’est ce qui, selon plusieurs observateurs, aura permis au groupe de l’adjudant chef Claude Pivi de se sentir maitre des lieux avant l’intervention personnelle et aisée du président de la République. »</p></blockquote>
<p>Il est naif de croire et dangereux de faire accroire que le Général Lansana Conté peut intervenir “personnellement et aisément” pour le bien des affaires publiques guinéenne. Il n’agit que pour protéger son pouvoir despotique et pour garantir ses biens matériels immenses. C’est son leadership criminel qui a fait de l’armée guinéenne un repaire de bandits, et qui produits des personnages de foire comme ce grand guignol de sous-lieutenant Claude Pivi Togba.</p>
<p>Membres du CMRN , Conakry, 4 avril 1984. 1er rang, de g. à dr.: Commandant Mohamed Lamine Touré, Colonel Diarra Traoré, Colonel Lansana Conté, Lieutenant Abdourahmane Diallo. 2e rang, de g. à dr.: Zainoul Sanoussi (lunettes), Commandant Alhouseny Fofana, etc…</p>
<p>Car criminel, Conté l’est de la tête aux pieds. Lui qui, en 2007, a rappelé à l’Inter-Syndicale sa vie de tueur, sous la dictature de Sékou Touré et après son arrivée improvisée au pouvoir le 3 avril 1984. Il commanda les pelotons d’exécution de prisonniers politiques condamné à mort in absentia. Ainsi, par exemple, il dirigea la fusillade des victimes du faux complot Kaman-Fodéba en 1969. De même, Lieutenant Lansana Conté officia en tandem avec Capitaine Diarra Traoré dans le supplice des Quatre Pendus du Pont 8 novembre à Conakry.<br />
Après la prise du pouvoir par l’armée le 3 avril 1984, Conté régla le compte de Diarra Traoré, son complice de jadis. Il est vrai que ce dernier, devenu Premier ministre, n’avait que dénigrations et mépris pour le chef du CMRN. Il chercha ouvertement — et maladroitement— à l’éliminer. Son projet de coup d’Etat fut éventé par les agents de Conté, notamment Hervé Vincent Bangoura, Socrates, etc.<br />
Ayant vaincu son principal rival, Conté transforma l’armée et les forces de sécurité en outils d’enrichissement illicite, oubliant son propre avertissement de 1984 :</p>
<blockquote><p>« Nous sommes venus au pouvoir pauvres, si vous nous voyez avec des richesses, c’est que nous aurons volé. »</p></blockquote>
<p>Depuis bientôt un quart de siècle, le chef de l’Etat guinéen vit ouvertement dans l’immoralité, le cynisme, la félonie et la fourberie.</p>
<p>Un passage de l’article souligne :</p>
<blockquote><p>« la coalition et l’opposition du groupe du clan présidentiel en l’occurrence Idrissa Thiam et celui des anciens ministres du gouvernement de 2007 [est] contre la présence de Kassory Fofana dans la nouvelle équipe gouvernementale. »</p></blockquote>
<p>Il est ridicule d’avancer l’existence de clans agissement indépendemment de Lansana Conté pour la formation du gouvernement. Ces groupuscules sont des créations du président guinéen. Il les oppose et les manipule selon son humeur et ses intérêts. En dehors du gouvernement et de l’Etat, ils n’ont ni étoffe ni occupation. C’est ce qui explique le retour de Kassory Fofana à Conakry. Il a besoin des maigres coffres de l’Etat pour reconstituer son capital. En 2001, Conté se détourna Soussous du Sud, c’est-à-dire Forécariah (notamment les Moréyanais Fasciné Fofana, Kassory Fofana, Kerfalla Yansané).</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" src="https://www.webguinee.net/wp-content/uploads/1970/01/ahmed-tidiane-souare-300x222-2.jpg" alt="Ahmed Tidiane Souare" width="300" height="222">Ahmed Tidiane Souare</p>
<p>La gestion calamiteuse de Kassory Fofana avait eu pour effet, en autres, de créér l’agitation dans l’armée. Conté débarassa de lui non sans avoir passé des heures entières à passer en revue leurs comptes privés sous le fromager du Palais de Nations. Depuis lors, la faveur du Général sourit aux Soussoux du Nord (axe Dubréka-Boké). L’ascension de ce groupe culminera avec le ministère de Fodé Bangoura, secrétaire général de la présidence. Mais sa prestation ne fut guère différente. Il s’effondra et s’effaça en 2007.</p>
<p>La réémergence de Kassory Fofana n’est donc qu’un mouvement de pendule dans le même boitier, tantôt à droite, tantôt à gauche, alternant entre le Sud et le Nord de la Basse-Guinée.</p>
<p>L’auteur de l’article poursuit :</p>
<blockquote><p>« Kassory Fofana n’est nullement contesté, au contraire, il semble jouir d’une réelle popularité dans la capitale et dans l’administration guinéenne. »</p></blockquote>
<p>L’article se base sur l’opinion “d’un proche du Palais” pour lancer ce canular.  On aimerait examier les résultats d’un sondage impartial pouvant confirmer cette assertion. En l’absence de sources objectives, il faut admetre que ce passage est une tentative maladroite et malhonnête d’intoxication et de manipulation de l’opinion.</p>
<p>L’auteur suggère  :</p>
<blockquote><p>« Le Premier ministre [Ahmed Tidiane Souaré] craint le retour de son ancien patron dont la rigueur et le sérieux sont incompatibles avec ses appétits et intérêts du moment, murmure-t-on. »</p></blockquote>
<p>Le ridicule ne tue pas. Mais ici, nous sommes confrontés à deux cas, également négatifs. Soit l’auteur de cette “chronique politique” est un nouveau venu sur la scène éditoriale guinéenne. Il ignore alors beaucoup du passé et ne cherche pas à fouiller — impartialement — les sujets qu’il traite. Soit M. le rédacteur se réfugie dans une amnésie sélective. Et il décide dès lors de passer sous silence l’exercice catastrophique de Kassory Fofana comme “grand” argentier de l’Etat contéen, ou “la république de Doumbélane”, de 1997 à 2001. Il est vrai que des bénéficiaires des largessses de l’ancien ministre ont la nostalgie de ces années folles durant lesquelles l’argent emprunté par l’Etat coulait à flots, entre les mains “généreusese” de M. Fofana. Mais cette richesse gaspillée est aujourd’hui l’une des causes de la pauvreté des populations. De surcroît, l’incapacité de l’administration à payer seulement l’intérêt — pas le principal — de ces dettes, reste l’un des points de discorde entre la Guinée et les bailleurs de fonds.</p>
<p>L’article hasarde encore :</p>
<blockquote><p>« l’ancien Administrateur des Grands-Projets et ancien ministre [Kassory Fofana], réputé pour sa rigueur, pour son franc-parler, proche du président Conté, sa forte personnalité et ses relations détendues avec les leaders des partis politiques, les syndicats et les représentants de la société civile. »</p></blockquote>
<p>Le griotisme de la plume spirale en crescendo. Si tant est la notoriété de Kassory Fofana, Conté devrait alors se démettre en sa faveur … De quelle rigeur s’agit-il ? Parmi les traits de la personnalité de Kassory Fofana, on peut, sans risque de se tromper, citer l’esprit de suffisance, la vanité et l’arrogance. Il aurait déjà construit un mausolée somptueux au village pour abriter ses restes éternels. Conté s’entoure de gens qui savent le flatter. Et les Guinéens de tous horizons — et pas seulement eux — manifestent généralement de la déférence pour l’argent. Peu importe la provenance de la fortune, c’est-à-dire, même si — comme c’est le cas de Kassory — elle est tirée des maigres coffres de l’Etat et au détriment des pauvres contribuables. Pour ce qui est de la “forte personnalité”, on aimerait avoir quelques précisions.<br />
A la une de son numéro du 8 mars 1999, L’Indépendant Plus annonçait en gros caractères “<strong><em>Colossal Scandale Financier. Plusieurs hauts cadres seraient impliqués</em></strong>.” L’article suivait en page 3. Ce fut le début de la fin pour le “tout-puissant” Kassory. Un an plus tard, il était limogé par Conté, qui devenait préocuppé par les remous au sein de l’armée, et qui redoutait la réédition de la mutinerie de 1996.<br />
En 2000, de son exil américain, dans une interview à Jeune Afrique l’Intelligent, il avait cherché à se rappeler au bon souvenir de Lansana Conté. Il avait chercher à blanchir son ancien patron, et avait blâmé “l’entourage corrompu” du président pour la détresse financière de l’Etat. Ses anciens collègues ministres n’apprécièrent pas d’être cloués au pilori dans la presse. Feu Diassény Assifat, alors ministre de la Défense, signala dans la presse que la démarche de Kassory équivalait à un malfrat poursuivi qui criait au voleur pour détourner l’attention et semer la confusion.</p>
<blockquote><p>« C’est sous son administration qu’il y a eu la mise aux arrêts et le licenciement de certains hauts cadres : secrétaires généraux, directeurs des sociétés Elf et Total, etc. et le recouvrement de plus de 10 millions de dollars américains au compte du trésor public guinéen », déclara Assifat.</p></blockquote>
<p>L’article reprend platement plusieurs “on-dit” ? S’il s’était donné la peine de consulter les archives de l’Indépendant et de l’Indépendant Plus, le journaliste aurait appris que ces deux journaux furent à la source du démantèlement du réseau de Kassory. Acculé, M. Fofana recourut à la méthode forte contre la presse privée et contre la police même. Il fit saisir l’équippement de l’Indépendant. Il tenta également d’arrêter feu Hervé Vincent Bangoura — un bourreau du Camp Boiro. Et pourtant, ce super-flic était un proche de Conté ; il avait notamment préparé et exécuté le plan consistant à devancer le projet de coup d’Etat du Colonel Diarra Traoré en juillet 1985.</p>
<h3>Partisans et critiques de Kassory Fofana</h3>
<p>Mamadou Alpha Sidou Barry écrit :</p>
<blockquote><p>« Le retour de Kassory aux affaires selon notre interlocuteur signifierait la fin de la trêve du camp mafieux à la Présidence qui vit d’intrigues pour sauver ses intérêts égoïstes.<br />
Faut-il souligner que le président de la République a fait appel à Kassory pour venir l’aider à mettre de l’ordre dans le pays qui traverse une situation extrêmement difficile et compliquée pour les Guinéens tant la corruption et ses corolaires ont atteint leur paroxysme !<br />
Faut-il souligner que le président de la République a fait appel à Kassory pour venir l’aider à mettre de l’ordre dans le pays qui traverse une situation extrêmement difficile et compliquée pour les Guinéens tant la corruption et ses corolaires ont atteint leur paroxysme !<br />
En tout état de cause et attendant de connaitre les noms des nouveaux ministres du gouvernement Souaré, l’on nous informe que le président Conté semble retrouver le rôle d’arbitre et de garant qui lui avait tant manqué à la veille de la grève de janvier et février 2007. »</p></blockquote>
<p>Amadou Diallo renchérit dans Africaguinee.com :</p>
<blockquote><p>Ainsi, pour former son nouveau gouvernement, tous les anciens ministres (au premier rang desquels figurent le tout puissant Fodé Bangoura, l’ancien ministre de l’intérieur Moussa Solano et surtout l’ex argentier Kassory Fofana qui a travaillé étroitement avec notre docteur, au ministère des finances) attendent un geste de « reconnaissance » du Docteur de la primature. (Amadou Diallo.</p></blockquote>
<p>Teleguika, communicateur et olémiqueur, déclare :</p>
<blockquote><p>Il s’agit de Monsieur Ibrahima Kassory FOFANA le dérangeant Ministre des Finances natif de Forecariah (Basse Cote) qui ne respecte pas la discipline du clan et n’obéit pas au dictat du prince  Fodé BANGOURA qui a pour politique l’hégémonie du pouvoir du littoral de KOBA. Avec le recul du temps, Kassory, malgré ses vagues dues à la jeunesse, passe pour un modéré et l’un des meilleurs Ministres du régime  de CONTE. Ses amitiés ont étés sincères sans distinction de région et  d’ethnie. Seule la compétence prévalait dans ses choix. Piégé par Fodé BANGOURA qui ne supporte plus que le président porte sa confiance à d’autres personnes que lui, le jeune Kassory finit par être limogé à son tour et à la surprise générale et s’exila aux Etats-Unis où il entreprit de parfaire sa connaissance intellectuelle. (</p></blockquote>
<p>-Diallo Abdoulaye relève dans Jeune Afrique, n°2407 :</p>
<blockquote><p>Un seul ministre des finances, Ibrahima Kassory Fofana, a tenté de mettre de l’ordre dans cette nébuleuse. Cette témérité entre autres, lui a valu son poste en Janvier 2000. L. Conté n’a jamais accepté aucun grain de sable dans cette mécanique bien huilée qui lui permet d’acheter l’allégeance des chefs de l’armée. Exerçant lui-même directement des fonctions de ministre de la défense depuis la mutinerie des 2 et 3 février 1996, L. Conté veille en personne sur les troupes, le seul secteur de l’Etat qui le préoccupe vraiment.()</p></blockquote>
<p>Enfin Aminata.com avance ;</p>
<blockquote><p>« Selon une source digne de foi, c’est Madame Jeanne  Martin Cissé, ancien Ministre sous la Première République qui aurait spécialement demandé à Mr Kassory Fofana de profiter de son séjour à Conakry pour intervenir auprès du Chef de l’Etat, en vue d’obtenir la libération de Sidikiba. »</p></blockquote>
<p>Mais les critiques de M. Kassory ne sont pas passifs.</p>
<p>Ainsi, Jacques Kourouma relève dans Aminata.com :</p>
<blockquote><p>  Ainsi notre pays dégénère-t-il lentement sous le poids de plusieurs fléaux dont les principaux auteurs s’appellent aujourd’hui : Lansana Conté et son clan militaro-affairiste,<br />
Les prédateurs : Kassory Fofana, Facinet Fofana et leurs sbires Les truands : Mamadou Sylla du patronat guinéen, Guido Santullo et leurs complices,<br />
Les fossoyeurs de l’économie nationale : Habib Bah, le cambiste, Fodé Bangoura, Cellou Dalein Diallo, Bruno Bangoura<br />
Les ennemis de la République : Babacar N’Diaye, Kerfalla Camara, Arafan Camara, Henry Toffany, Hervé Vincent Bangoura, Abdourahmane Diallo, El Hadji Sékou Soumah, El Hadji Momo Bangoura du résiduel PDG, Sidimé Lamine, le plus minable des premiers ministres et les rejetons qui ont animé la galerie pendant un temps : Alsény René Gomez, Goureissy Condé, Moussa Solano, Moussa Sampil et maintenant Ousmane Camara.<br />
Les anciens ministres des Mines et de l’Économie et des Finances, Faciné et Kassory Fofana, impliqués dans les plus grands scandales financiers de l’histoire de la Guinée, n’ont jamais été poursuivis après leur limogeage. Aucun audit n’a été fait sur leur département au lendemain de leur destitution du gouvernement. Pourquoi ? Pourtant, le premier vit paisiblement à Londres et le second est richement installé à Washington avec l’argent du contribuable guinéen. C’est scandaleux! En plus de ceux-ci, y a jamais eu d’audit d’un département ministériel sous l’ère Conté. Pourquoi ? », s’interroge Mohamed Lamine Touré, fonctionnaire international<br />
Ayant pris l’option de défendre tous les journalistes poursuivis, il plaide, en 1998, contre la décision d’Ibrahima Kassory Fofana, tout-puissant ministre des Finances de l’époque, de fermer le journal L’Indépendant à la suite d’un article sur le détournement des deniers publics. (Cheick Yérim Seck, Jeune Afrique)</p></blockquote>
<p>Pour terminer, la faille principale de l’article de Moro Sylla découle de l’opinion unilatérale de son auteur. Le lecteur attend du journaliste l’exposé des faits et non pas la propagande au service de l’individu et/ou de l’Etat. Pour cela, l’article aurait dû peser le pour et le contre de la gestion de Kassory Fofana, sachant que nul — même les prophètes — ne fait l’unanimité ici-bas.</p>
<p><strong>Tierno S. Bah</strong></p>
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<h3>Cona’cris, La Révolution Orpheline<br />
Film Documentaire de Gilles Nivet</h3>
<p>Prix du public 2009 au Festival International du Film d’Histoire de Pessac<br />
53 min. France-Guinée<br />
Co-production: RFO – 10 Francs – Galavidéo. 2008</p>
<blockquote><p>« Souvenez-vous, en janvier 2007, les syndicats rejoints par la jeunesse de Conakry défiaient le président Lansana Conté aux cris de « Changement !».</p>
<p>Des images amateurs d’une violente répression étaient alors diffusées dans les journaux télévisés. Depuis, plus rien. C’est dire si ce film est opportun. Bourré d’informations, il retrace la crise depuis ses origines historiques jusqu’à ses conséquences actuelles, en passant par son apogée. Il dresse la situation du pays, prend le pouls de la population sur des images soignées où l’imperturbable défilé des trains de bauxite symbolise la richesse qui part vers l’étranger (ou sur les comptes des dirigeants du pays). »<br />
Samuel Gontier – TELERAMA du 26 nov au 4 déc 2008</p></blockquote>
<p>Si ce film documentaire devait n’avoir qu’un seul but, ce serait de lutter contre l’amnésie collective récurrente dans l’histoire de la République de Guinée. Deux ans après leur sacrifice, les centaines de jeunes victimes de la «révolution de Conakry » sont bien loin des pensées de tous ceux qui leur doivent pourtant leur notoriété, syndicats et Société Civile en tête. Au cours des deux ans de tournage, Gilles Nivet s’est fait l’écho du désespoir de cette jeunesse guinéenne obsédée par le désir d’exil, exprimant sa peur finalement surmontée, sa révolte et sa soif de changement</p>
<h3>La Guinée, d’un putsch à l’autre<br />
Prévarication et messianisme</h3>
<p>A la demande des Nations unies, une commission d’enquête internationale devrait être créée pour faire la lumière sur les massacres du 28 septembre 2009 à Conakry. Plus de deux cents manifestants avaient alors été tués par l’armée. La Guinée, qui n’a connu que deux présidents en cinquante ans, est dirigée, depuis dix mois, par une junte qui a promis de transmettre le pouvoir aux civils par des élections libres d’ici à la fin 2009. Mais les ambitions de son chef, M. Moussa Dadis Camara, inquiètent la population.</p>
<p>« Nous n’avons pas l’intention de nous éterniser au pouvoir. Nous devons organiser une élection libre et transparente, d’une façon digne qui honore la Guinée, qui honore l’armée guinéenne. » Deux jours après le coup de force du 23 décembre 2008 qui l’a porté au pouvoir à Conakry, le capitaine Moussa Dadis Camara rassure ainsi ses compatriotes et la « communauté internationale ». Dix mois plus tard, les masques tombent. Au stade de Conakry, le 28 septembre 2009, plus de deux cents manifestants pacifiques sont massacrés par les militaires. Le lendemain, le même capitaine Camara, se frayant à coups de Klaxon un chemin au milieu de supporteurs surexcités, hurle à la caméra de TF1, parlant de lui-même à la troisième personne : « C’est le phénoménal patriote Dadis. C’est un mythe. C’est le pouvoir du peuple. Même le capitaine Dadis ne comprend pas ce phénomène. C’est une divinité naturelle ! »</p>
<p>Si le chef de la junte exulte, c’est qu’il savoure le triomphe d’un plan ourdi bien avant la mort de son prédécesseur, le général-président Lansana Conté, le 22 décembre 2008. Ce dernier avait lui-même pris le pouvoir en participant à un coup d’Etat, après le décès du dictateur Ahmed Sékou Touré en 1984. La France, les Etats-Unis et la plupart des pays africains avaient accueilli avec soulagement la disparition du père fondateur de la Guinée aux mains tachées de sang. Bénéficiant de leur bienveillance, absous d’avance malgré son mépris affiché pour les droits de la personne, le général Conté a transformé en un quart de siècle la « perle de l’Afrique » en un lupanar pour multinationales.</p>
<p>Malgré les revenus tirés de ses ressources minières, bauxite notamment, mais aussi or, diamant et fer, la Guinée reste un pays pauvre, classé cent soixante-dixième sur cent quatre-vingt-deux sur l’échelle du développement humain du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Après les espoirs suscités par la mort de Sékou Touré, l’essor économique ne profite qu’à un nombre très limité de secteurs, notamment les enclaves minières. Et à une minorité (…)</p>
<p><strong>Gilles Nivet</strong><br />
<em>Le Monde diplomatique</em></p>
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<h3>La Primature de Lansana Kouyaté a-t-elle les mains liées et l’horizon bouché ?</h3>
<p>Avec tous les souhaits de réussite que je formule pour le Premier ministre guinéen, Lansana Kouyaté, il me semble que le noeud de l’affaiblissement se reserre davantage sur lui, et que son horizon polique se bouche graduellement. J’espère que ce sont là des constatations prématurées. Mais la position au départ n’en reste pas moins fragilise. Si elle persistait, une telle situation ne devrait ni surprendre ni décevoir. Car elle découle logiquement du piège tendu par le Général Lansana Conté dans le replâtrage temporaire et superficiel de la profonde crise guinéenne. Les dirigeants syndicaux et civils figurent au premier rangs des victimes —consentantes ou non— de la roublardise du président de la république. Quant à M. Kouyaté, il se sera mis lui-même la corde au cou. Je m’explique.</p>
<ol>
<li>Dès le début de la 3è grève, en janvier dernier, les syndicalistes et la société civile eurent recours à des formules frappantes pour résumer leurs démarches. Les premiers proposèrent l’idée d’un “Premier ministre de consensus”. Et les seconds suggérèrent “le changement apaisé.” En dépit de leur consonnance attrayante, les deux expressions étaient —et restent— désespérement vides de bon sens et de raison. Cela est particulièrement vrai parce qu’on a voulu les appliquer dans le conflit systématique opposant le Général Lansana Conté aux populations guinéennes ; une confrontation qui, depuis quelques années déjà, signifie la victoire exclusive de l’un des deux camps en lutte. Au détriment  de l’autre. La preuve est que la nomination d’un Premier ministre, “chef de gouvernement” ne s’est pas opérée dans l’apaisement. Au contraire, elle est le résultat tragique des bains de sang du 22 janvier et du 12 février dernier. En ce qui concerne le consensus autour de la personne de Lansana Kouyaté, il s’effectue entre les oppresseurs (Lansana Conté et ses tueurs à gages) et les opprimés (les populations guinéennes, les syndicats et la société civile). A l’issue de négociations arbitrées par l’ancien dictateur nigérian, Général Ibrahim Babangida, Lansana  Conté peut logiquement proclamer sa victoire sur la contestation qui a secoué son régime. Ses adversaires finiront, plus tôt que tard, par s’en rendre compte. Que feront-ils alors ?</li>
<li>Entretemps, je me demande pourquoi les syndicalistes et la société civile ont opté pour ce compromis défaitiste. Naiveté ou inexpérience ? Réalisme ou optimisme ? Difficile à dire … On se souvient par exemple le pacifisme affiché par la société civile à travers son initiative du “mouvement bakha [symbolisant le bleu de la paix, disait-on]. Cependant,  les personnalités à la tête de ces institutions sont pétries dans l’action d’une part. Elles jouissent — individuellement ou collectivement — d’une longue et riche connaissance de la Guinée, d’autre part. On notera toutefois les contacts approfondis, le recul nécessaire, et les conditions propices à la réflexion, leur font défaut. Par dessus-tout, il faudrait peut-être souligner la compassion et le souci d’éviter l’impasse et son corollaire de souffrances découlant d’une prolongation de la grève générale.</li>
<li>Un certain esprit de suffisance, ou le dédain des idées d’autrui, ont fait jour au plus fort du soulèvement populaire conte le régime de Conté. Par exemple, les syndicats ont refusé toute concertation avec les politiciens de l’opposition. Ce faisant, ils se sont privés même d’idées stratégiques   véhiculées par certains leaders politiques, concernant spécifiquement le statut non-constitutionnel de la primature. Chat échaudé craint l’eau froide. Lui-même ancien premier ministre (1996-1999) de Lansana Conté, Sydia Touré avait suggéré un amendement ponctuel et accéléré de la Loi fondamentale pour légaliser la Primature et lui conférer juridiquement du moins, un vrai rôle de contrepoids de la présidence. Aussi longtemps que le status quo fera du Premier ministre un simple détenteur de pouvoirs délégués par le président de la république, il n’y aura pas de chef de gouvernement à la Primature guinéenne. En dépit de la pression populaire et du poids déjà évanescent des syndicats, Lansana Kouyaté est l’héritier d’une solution bâtarde. Il faut craindre dès lors qu’il se soit pris dans un engrenage explosif, qui n’a pas lâché sa dernière détonation.</li>
<li>On ne cessera de le répéter : ce qu’il faut en Guinée, c’est le changement total de régime, c’est-à-dire la destitution du Général Lansana Conté, son inculpation pour violations graves des droits de l’homme, pour crimes de génocides —dans l’intention et dans les actes— contre la Guinée, et un procès conforme aux normes internationales de justice.</li>
<li>En attendant, il faut regarder la réalité en face et admettre que le Premier ministre va vers l’impasse. Déjà, la présence du Général Arafan Camara à la tête du ministère de la défense, limite considérablement les prérogatives et sa marge de manoeuvre de M. Lansana Kouyaté, qui aurait dû réhabiliter et promouvoir un officier rééllement républicain, tel que le Colonel Toto Camara. A défaut, Kouyaté aurait pu désigner à ce poste un technocrate civil, spécialisé soit dans la gestion et/ou dans les questions militaires. Au contraire, il se voit imposer un rival direct dans la direction des forces armées et de sécurité, dont le rôle néfaste et l’impunité sont bien établis.</li>
<li>Ce qui m’amène à survoler le bilan temporaire du Premier ministre Kouyaté. Les rumeurs sur son éventuel choix avaient circulé bien avant sa nomination. Et l’on se rappelle avec quelle précipitation il s’est présenté à Conakry le lendemain de la promulgation du décret. Son accueil populaire contrasta fortement avec la réserve, sinon la froideur du cercle présidentiel. M. Kouyaté est patriote assez pour ne pas prendre son accès à la Primature pour le diamant brillant de son résumé et son curriculum vitae de fonctionnaire national et international. Il sait que les populations voient en lui plutôt un sapeur-pompier, et pour les plus désaffranchis de la société, une sorte de sauveur. J’ai confiance qu’il fera son possible pour ne pas décevoir…Cela dit, durant trente jours environ, il a créé une atmosphère inutile d’attente, d’impatience, de rumeurs, de suppositions… En fin de compte, pour pas grand-chose, car avec son gouvernement, la montagne d’espoirs de sa nomination  a accouché d’une souris.</li>
</ol>
<p>Depuis la constitution du cabinet, on attend … A ce jour, le bilan est maigre et l’activité est suspendue et absente. On note ainsi les faits ci-après :</p>
<ul>
<li>Depuis la promulgation du décrét, il n’y pas eu de conseil des ministres, ou de gouvernement, que je sache.</li>
<li>Les passations de service entre ministres entrants et sortants se déroulent en l’absence du Premier ministre.</li>
<li>M. Kouyaté a bien signé des notes officielles à l’intention des ministres. Mais elles sont limitées et elles portent sur l’inventaire des biens meubles et du parc automobile de l’Etat. Toutefois, en la matière l’intervention du Premier ministre est précipitée et déplacée. Car il a désigné un ministre du Contrôle économique et financier, de l’Ethique et de la Transparence. Il devrait s’en remettre à l’expertise comptable de ce département. Quitte à se reserver légitimement le mot de la fin sur l’analyse des rapports d’inspection des Garages du gouvernement et de la Direction national du Patrimoine bâti.</li>
<li>Le président de la république, Général Lansana Conté, n’a pas daigné rehausser de sa présence la cérémonie de passation de service entre Eugène Camara et Lansana Kouyaté. Mais, il a dirigé en personne l’investiture de son protégé, le ministre de la Défense, Général Arafan Camara. Durant la cérémonie, Lansana Conté n’a fait aucune allusion au soi-disant gouvernement de consensus ou au rôle du Premier ministre comme chef de gouvernement. Au contraire, l’accent a été mis sur la solidarité militaire. L’armée guinéenne est ainsi confortée dans son rôle répressif. Elle est lavée une fois de plus de ses crimes et des massacres de citoyens, abattus à bout portant.</li>
<li>L’aspect le plus regrettable de l’inaction de M. Kouyaté, à ce jour, est l’absence d’un projet —ou d’une ébauche, d’une proposition de plan— de gouvernement. A moins qu’il n’entende diriger le gouvernement à l’aveuglette ou au pifomètre, le Premier ministre devrait annoncer au public un tel document. Quelle meilleure manière de diriger que d’associer les citoyens à la gouvernance.</li>
</ul>
<p><strong>Tierno S. Bah</strong></p>
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		<title>Président de la Guinée de 1958 à 1984</title>
		<link>https://www.webguinee.net/bibliotheque/histoire/andre-lewin/sekou-toure-president/volume-1/chapitre03.html</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[AubreySouplet]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Feb 2020 23:59:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Bibliothèque]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ahmed Sékou Touré (1922-1984). Président de la Guinée de 1958 à 1984. Paris. L&#8217;Harmattan. 2010. Volume I. 236 pages Chapitre 3. — 14 septembre 1941 Sékou devient postier et commence une vie de militant syndicaliste Sékou Touré apprend vite comment fonctionnent les postes et télécommunications dans le territoire, et comprend comment on peut les utiliser&#8230;&#160;<a href="https://www.webguinee.net/bibliotheque/histoire/andre-lewin/sekou-toure-president/volume-1/chapitre03.html" rel="bookmark"><span class="screen-reader-text">Président de la Guinée de 1958 à 1984</span></a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h1>Ahmed Sékou Touré (1922-1984).<br />
Président de la Guinée de 1958 à 1984.</h1>
<p>Paris. L&rsquo;Harmattan. 2010. Volume I. 236 pages</p>
<hr />
<h2>Chapitre 3. — 14 septembre 1941<br />
Sékou devient postier et commence une vie de militant syndicaliste</h2>
<p>Sékou Touré apprend vite comment fonctionnent les postes et télécommunications dans le territoire, et comprend comment on peut les utiliser — et éventuellement les paralyser. La Guinée est alors reliée à la France par le câble Conakry-Dakar, qui se prolonge du Sénégal jusqu&rsquo;à Paris par trois autres câbles ; vers le Sud, Conakry est reliée, également par câble, à Freetown, Monrovia, Grand Bassam, Libreville, Cap Lopez et Loango. Un réseau téléphonique urbain dessert Conakry, Kindia, Dubréka et s&rsquo;étend progressivement à d&rsquo;autres centres urbains du territoire. La capitale est aussi reliée par fil télégraphique avec les principales localités du pays, qui peuvent donc communiquer entre elles.<br />
En 1945, on trouve en Guinée 45 bureaux postaux et télégraphiques, dont 25 bureaux de plein exercice, deux agences postales, douze bureaux auxiliaires, deux bureaux de distribution rurale et quatre gares ouvertes à la télégraphie privée. Un poste de TSF installé à Conakry reçoit directement les radiotélégrammes transmis par le poste de Bordeaux-Croix d&rsquo;Hins et assure le service côtier avec les navires en mer et le service local avec les autres postes de l&rsquo;AOF 63<br />
Pour un militant syndicaliste, peut-on rêver plus beau réseau pour couvrir par son action toute la Guinée et les territoires voisins, d&rsquo;autant que l&rsquo;administration coloniale en poursuit l&rsquo;extension et la modernisation ?<br />
Sékou, que son tempérament revendicatif et son esprit systématique portent à militer et à organiser, est peut-être entré aux PTT par hasard, mais rien ne pouvait mieux lui mettre le pied à l&rsquo;étrier pour satisfaire ses ambitions naissantes. La “personnalité dure et méthodique” de cet “homme que les masses suivent” l&rsquo;y aidera 64<br />
Les luttes sociales n&rsquo;étaient à l&rsquo;époque pas inconnues en Guinée, mais restaient sporadiques et inorganisées, la main d&rsquo;oeuvre agricole étant très dispersée et le salariat industriel et minier encore peu nombreux. La législation du travail était quasiment inexistante et le patronat régnait en maître. Après 1918, au lendemain de la démobilisation des soldats africains revenant de la guerre, il y eut pourtant quelques grèves, déclenchées parfois à l&rsquo;instigation d&rsquo;anciens tirailleurs qui avaient vu en Europe comment pouvaient se défendre les travailleurs.<br />
Le gouverneur Poiret (en poste à Conakry de 1916 à 1930, le plus long des mandats de gouverneur jamais exercés en Guinée) note dans son rapport de fin de mission: “Les grèves sont, surtout depuis 1918, l&rsquo;indice d&rsquo;une évolution qui se manifeste dans la population indigène des grands centres. Elles dénotent à la fois la facilité avec laquelle les travailleurs peuvent se laisser entraîner par quelques meneurs qui ont vu se pratiquer des grèves en France, et l&rsquo;esprit de solidarité qui commence à régner dans la classe ouvrière de la colonie … Cet état d&rsquo;esprit indique simplement que, comme d&rsquo;autres pays, la Guinée est à un tournant de son évolution et il est du devoir de tous de faciliter cette évolution en dirigeant les masses vers le travail et la prospérité au lieu de laisser s&rsquo;établir un détestable esprit de vagues revendications, dont se satisfait en premier lieu la paresse des éléments les moins intéressants de la population.”<br />
Le terrain revendicatif n&rsquo;est donc pas tout à fait vierge en Guinée lorsque le jeune Sékou s&rsquo;éveille progressivement à la conscience du phénomène social et syndical.<br />
Le contexte politique au lendemain de la deuxième guerre a commencé à évoluer sensiblement. La conférence de Brazzaville convoquée fin janvier 1944 par le général de Gaulle marque le début d&rsquo;un nouvel état d&rsquo;esprit ; le 30 janvier, de Gaulle y affirme : “La France se doit de conduire les peuples dont elle a la charge jusqu&rsquo;à la liberté de gérer démocratiquement leurs propres affaires.” D&rsquo;autres phrases au contraire sont nettement moins libérales, ce qui rend Sékou pour le moins méfiant vis-à-vis des positions gaullistes, d&rsquo;autant que les milieux coloniaux cherchent à freiner toute velléité réformatrice.<br />
Pourtant des réformes, souvent limitées mais parfois essentielles, se succèdent : le régime de l&rsquo;indigénat (système de mesures restrictives de libertés et de droits à la discrétion des administrateurs, instauré en Algérie sous le Second Empire et progressivement étendu à l&rsquo;ensemble des colonies) est supprimé par les décrets du 22 décembre 1944 (trois jours avant la création du Franc CFA) et du 20 février 1946 ; plusieurs libertés essentielles à l&rsquo;exercice de l&rsquo;action syndicale ou politique sont étendues aux territoires d&rsquo;Outre-mer (liberté d&rsquo;association par le décret du 13 mars 1946, liberté de réunion par le décret du 11 avril 1946, liberté de la presse par le décret du 27 septembre 1946) ; le travail forcé (la “corvée”) est supprimé par la loi du 11 avril 1946 votée par l&rsquo;Assemblée constituante française sur proposition de Félix Houphouët-Boigny, cependant que la loi Lamine Gueye du 7 mai 1946 confère à tous les habitants des territoires d&rsquo;Outre-mer la nationalité française, mais pas pour autant la citoyenneté pleine et entière : l&rsquo;électorat européen et africain reste divisé en deux collèges qui votent séparément. La constitution du 27 octobre 1946, celle de la IVème République, instaure l&rsquo;Union Française. Huit jours plus tôt, c&rsquo;était la naissance du RDA à la conférence de Bamako.<br />
La loi française du 21 mars 1884 sur les syndicats professionnels avait en principe été étendue aux “citoyens africains” (notamment aux travailleurs des “quatre communes” du Sénégal) en 1920, mais l&rsquo;absence de décrets d&rsquo;application rendait cette mesure largement illusoire. La véritable introduction du syndicalisme en Guinée (chez les employés européens surtout, car il est obligatoire d&rsquo;avoir un certain niveau scolaire, en fait le certificat d&rsquo;études élémentaires) remonte au gouvernement de Front Populaire en France, qui, par le décret du 11 mars 1937, autorise la constitution de syndicats en Afrique occidentale. Il faudra attendre le décret du 7 août 1944 pour que le Comité Français de Libération Nationale (René Pleven en est le Commissaire aux Colonies) libéralise plus largement et dans toutes les colonies la création de syndicats ouvriers 65 ; ceux-ci devront cependant s&rsquo;en tenir aux revendications purement professionnelles et ne seront pleinement légalisés que par le Code du Travail Outre-mer (Loi du 15 décembre 1952).<br />
Dans l&rsquo;immédiat après-guerre, les centrales syndicales françaises soutiennent politiquement, financièrement et matériellement les jeunes syndicats qui se mettent en place en Afrique. Dans un premier temps, ils en sont le simple prolongement et y reproduisent les conflits intersyndicaux et idéologiques de la métropole :</p>
<ul>
<li>Confédération Générale du Travail (CGT), proche du Parti communiste (après le départ vers FO en 1948 de ses éléments davantage liés aux socialistes)</li>
<li>Force Ouvrière (FO), née le 13 avril 1948 à la suite de la scission d&rsquo;avec une CGT jugée trop procommuniste, proche du Parti socialiste, très présente dans les milieux européens et chez les fonctionnaires, mais assez peu représentative des travailleurs africains</li>
<li>Confédération Française des Travailleurs Chrétiens (CFTC), particulièrement active dans les régions où l&rsquo;église catholique est elle-même bien implantée 66</li>
</ul>
<p>Les fédérations internationales (Fédération Syndicale Mondiale (FSM) pour la CGT, Confédération Internationale des Syndicats Chrétiens (CISC) pour la CFTC, Confédération Internationale des Syndicats Libres (CISL) pour les mouvements anticommunistes) offriront de leur côté appuis politiques et aides financières 67<br />
Sans vraiment hésiter, sans doute sur le conseil de ses camarades côtoyés par exemple au sein du GEC, Sékou choisit la CGT, à laquelle il restera fidèle pendant dix ans, jusqu&rsquo;à la naissance de la CGT A en 1956. “Il faut reconnaître (…) que rien en 1946 ne pouvait se décider ou s&rsquo;organiser en Afrique sur le plan syndical sans la participation du syndicalisme métropolitain. (Celui-ci) était dominé de très haut par la CGT. A cette époque, nous avions d&rsquo;une part en Afrique un pouvoir syndical disponible et d&rsquo;autre part en France une force syndicale avide d&rsquo;étendre son influence et son pouvoir”.<br />
L&rsquo;administration ne pense pas autre chose : le directeur de la sûreté de Guinée, Maurice Espitalier, estime que “lorsque la CGT dort, les autres centrales guinéennes dorment aussi. Sékou Touré est donc en quelque sorte non seulement l&rsquo;animateur de la CGT, mais également de la CFTC et des 68 cheminots” 68<br />
A cette explication réaliste, il faut ajouter les sympathies indéniables de Sékou Touré pour l&rsquo;idéologie marxiste et l&rsquo;action progressiste, dont nous verrons plus loin l&rsquo;origine. La classe ouvrière, pratiquement inexistante en Guinée avant la guerre, se développe rapidement après 1945, mais ne représente qu&rsquo;une fraction très faible de la population. Que ce soit à Conakry, dans les rares centres urbains de l&rsquo;intérieur ou sur les grands chantiers de chemins de fer, dans les mines ou les travaux portuaires, elle ne compte au total que quelques milliers de salariés de l&rsquo;administration ou du secteur public, et quelques centaines dans les entreprises privées : selon l&rsquo;Inspection du travail, il n&rsquo;y a guère plus de 3.000 travailleurs et employés à Conakry au début des années 50, et 12.000 à la veille de l&rsquo;indépendance 69. A cela, s&rsquo;ajoutent dans les villes un nombre croissant (plus de 30.000) de manoeuvres, de dockers, de domestiques, d&#8217;employés temporaires du commerce, de l&rsquo;artisanat ou de l&rsquo;industrie, et en dehors de la capitale, les nombreux manoeuvres ruraux des plantations (près de 30.000) ; soit 80.000 salariés au total, qui bien entendu ne sont pas tous syndiqués.<br />
Rien d&rsquo;étonnant à ce que Sékou ait rapidement estimé insuffisante la force de la classe ouvrière, rompant en cela avec la doctrine marxiste classique 70 ; pour atteindre d&rsquo;autres couches plus nombreuses de la population, notamment les agriculteurs, les éleveurs, les femmes, les jeunes, le syndicaliste instigateur de grèves devait se doubler d&rsquo;un meneur politique capable de mobiliser les masses du pays réel 71<br />
“Faire l&rsquo;histoire du mouvement syndical africain,” dira un jour Sékou Touré, “c&rsquo;est écrire une véritable histoire de la lutte des peuples d&rsquo;Afrique” 72. Pourtant, à leurs débuts du moins, les revendications syndicales ne sont pas d&rsquo;essence politique, car elles concernent avant tout des problèmes locaux et ponctuels liés aux conditions de travail et aux salaires. Réunies sous la direction de l&rsquo;Inspecteur du Travail de la Guinée au sein d&rsquo;une commission consultative paritaire réunissant représentants des syndicats ouvriers et des groupements patronaux, les parties discutent par exemple du salaire minimum horaire ou journalier, des indemnités diverses pour l&rsquo;habillement ou pour la nourriture (la ration-type journalière fixée pendant la guerre par l&rsquo;arrêté du 26 juillet 1943 était de 600 grammes de riz, 200 grammes de viande ou de poisson, 50 grammes d&rsquo;huile, 20 grammes de sel et 0,50 gramme de condiment ou de piment), de la sécurité du travail, du fonctionnement de l&rsquo;École Professionnelle Georges-Poiret, de l&rsquo;apprentissage, des cours du soir…<br />
Les revendications d&rsquo;ordre plus général concernent d&rsquo;abord le vote du Code du Travail Outre-mer et sa mise en application. Un tel code avait été instauré par le décret du 17 octobre 1947, mais un décret du 25 novembre 1947 en avait ajourné sine die l&rsquo;application. Après une longue période d&rsquo;obstruction menée par les organisations patronales d&rsquo;Outre-mer et les élus qui en sont proches 73, ce code sera finalement adopté par le Parlement français le 22 novembre 1952 et promulgué le 15 décembre, à la suite d&rsquo;une grève générale des travailleurs africains le mois précédent.<br />
Les revendications portent enfin sur la suppression des inégalités qui subsistent, tant dans le secteur privé que dans la fonction publique, entre les employés venus de métropole et leurs collègues africains : compléments de salaires, indemnités de risque climatique, allocations familiales, congés plus longs et divers autres avantages instaurés dans la ligne du “supplément colonial” prévu par le décret du 2 mars 1910, sont déniés à la plupart des Africains. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;une grève générale fut déclenchée dans les colonies du 10 au 14 janvier 1953 pour demander l&rsquo;application des 40 heures de travail, depuis longtemps reconnues en métropole.<br />
Pour obtenir satisfaction, ce n&rsquo;est pas seulement contre le patronat que les syndicats doivent lutter : ils trouvent en face d&rsquo;eux une administration coloniale puissante et assez bien dotée, soit pour le maintien de l&rsquo;ordre et la répression des troubles, soit pour la discussion des mesures à prendre afin de mettre fin aux grèves, soit enfin pour relayer en direction du gouvernement de Paris les revendications locales.<br />
Les discriminations seront vite imputées au système colonial lui-même, dont la disparition apparaîtra comme la meilleure solution aux inégalités sociales. Par la force des choses et pour être efficace auprès de ses interlocuteurs habituels, le syndicalisme africain se doublera donc très vite d&rsquo;une action politique. Sékou Touré découvrira rapidement les vertus de cette double voie ; d&rsquo;autant que pour ceux qui comme lui n&rsquo;ont pas ou peu de diplômes scolaires ou universitaires, l&rsquo;expérience syndicale est une remarquable école de formation, offre de réels moyens d&rsquo;influence et procure une exceptionnelle tribune pour l&rsquo;agitation politique.</p>
<p><strong>Notes</strong><br />
63. Au début du XXème siècle, l&rsquo;administration et les services de transmission radio s&rsquo;installèrent près de l&rsquo;isthme de la ville ; les antennes étaient fixées à de grands pylônes ; telle est l&rsquo;origine du nom de “Sans Fil” (ou “Sanfil”) donné encore aujourd&rsquo;hui à ce quartier. En 1899, la Guinée comptait déjà 17 bureaux de poste répartis sur tout le territoire de la colonie et un Office du câble est créé en 1901. Les neuf fonctionnaires européens de la poste obtiennent en 1902 un traitement triple de celui de la France. L&rsquo;aviso “Conakry” dessert deux fois par mois les localités fluviales (Benty, Dubréka, Boffa, Boké) et le train assurera bientôt la desserte de l&rsquo;intérieur jusque-là, les malles-poste emportaient une vingtaine de malles de lettres et de colis et pouvaient mettre deux semaines pour atteindre la Haute Guinée). Le courrier vers la France et international passe par les paquebots des Chargeurs Réunis ou de Fraissinet, à raison de quatre dessertes mensuelles).<br />
64. Les deux expressions sont de Jean-Claude Froelich, directeur des études du Centre des Hautes Études sur l&rsquo;Afrique et l&rsquo;Asie Modernes (CHEAM) dans une conférence sur “La psychologie des leaders africains” prononcée le 26 mai 1959 au Centre Militaire d&rsquo;Information et de Spécialisation pour l&rsquo;Outre-mer (CMISOM) et publiée par La Documentation française. Voir le texte de cette conférence en annexe au chapitre 46<br />
65. Ce texte suit de quelques mois la Conférence de Philadelphie (avril 1944), qui transforma l&rsquo;ancien Bureau international du Travail (BIT) en Organisation internationale du Travail (OIT), et encouragea l&rsquo;extension des libertés et des droits syndicaux dans les colonies.<br />
66. Hostile au syndicalisme en général, Mgr. Raymond Lerouge, Vicaire apostolique de Conakry, donna cependant en 1946 l&rsquo;autorisation de fonder un syndicat chrétien pour faire pièce à la création récente de la CGT. David Soumah, clerc de notaire chez Maître Cadoré, fut assisté lors de la fondation de la CFTC par Antoine Lawrence, Marius Sinkoun, Firmin Coumbassa, Jean Diallo et Patrice Tchidimbo jeune frère de Mgr Raymond-Marie Tchidimbo — futur archevêque de Conakry — et membre du syndicat des chemins de fer).<br />
67. La FSM (ainsi que la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique et la Fédération démocratique internationale des femmes) seront interdites en France (et dans les colonies françaises) par un arrêté publié au Journal Officiel le 26 janvier 1951 ; leurs dirigeants devront quitter le territoire français.<br />
68. Rapport hebdomadaire de la sûreté, 22/28 décembre 1953.<br />
69. Chiffres donnés par Jean Suret-Canale, <em>La République de Guinée</em>, Paris, Éditions Sociales, 1970.<br />
70. Il le dit nettement, par exemple dans son discours du 19 novembre 1961 à la Conference nationale de la CNTG (Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée) : “Ces hommes qui se disent grands marxistes, ils n&rsquo;ont qu&rsquo;à aller à l&rsquo;université, ils n&rsquo;ont qu&rsquo;à aller dans n&rsquo;importe quelle démocratie, ils n&rsquo;ont qu&rsquo;à voir les rapports entre la classe ouvrière et les partis. Qui a la suprématie dans ces pays ? Ils auront la réponse. La revolution n&rsquo;est pas menée exclusivement par la classe ouvrière : le 28 Septembre 1958, la classe ouvrière guinéenne représentait seulement les 5% du peuple guinéen. Quel que soit son elan révolutionnaire, elle n&rsquo;aurait pas pu libérer, le 28 septembre 1958, la Guinée du régime colonial. Il a fallu le peuple organisé par le PDG pour que, aujourd&rsquo;hui, nous soyons indépendants. Voilà la réalité, il ne faut pas la camoufler. Lorsque nous laissions nos camarades commettre quelques erreurs, c&rsquo;est parce que nous estimions qu&rsquo;ils sont de bonne volonté, de bonne foi ; Il ne faut pas les décourager lorsqu&rsquo;ils disent ‘la classe ouvrière a libéré la Guinée, la classe ouvrière est l&rsquo;avant-garde de la lutte en Guinée’ ; tout ça, ce sont des fausses notions et c&rsquo;est le president de l&rsquo;UGTAN (Union Générale des Travailleurs d&rsquo;Afrique Noire) qui vous le dit ! Parce que la réalité est autre (…) En Guinée, la majorité du peuple est organisée et éduquée par un parti d&rsquo;avant-garde. Le rôle d&rsquo;avant-garde ne peut être assuré que par le parti politique et non par la classe ouvrière. Nous sommes obligés de vous le dire. Le rôle d&rsquo;avant-garde, c&rsquo;est le parti révolutionnaire.”<br />
71. A. Sékou Touré, L&rsquo;action politique du PDG pour l&rsquo;émancipation africaine, Tome II, 1958.<br />
72. Colloque sur “L&rsquo;Histoire du Mouvement syndical africain” tenu le 6 décembre 1982 à Conakry.<br />
73. Sur le patronat d&rsquo;Outre-mer et ses moyens d&rsquo;influence sur place et à Paris voir l&rsquo;article de Catherine Hodeir paru dans la <em>Revue d&rsquo;Histoire d&rsquo;Outre-mer</em> (2000/1), ainsi que sa thèse sur le même sujet (Université de Paris-I).</p>
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